‹ L'Étude du Scotome ScintillantChapitre 5 sur 20 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Antécédents héréditaires: Nervosismeet arthritisme ; père ayant eu une attaque de photopsie ; sœur sujette à la migraine ophtalmique.

Antécédents personnels : Neurasthénique et arthritique. Attaque de rhumatisme il y a 15 ans ; depuis, arthrite sèche des grandes articulations, arthrite déformante des phalanges. Dyspeptique et, jusqu’à l’âge où apparut lescotome scintillant, sujet à des migraines fréquentes, très violentes, se terminant par des vomissements.

Au point de vue de la vision, j'ai une acuité visuelle normale (6/6°) sans correction d’un astigmatisme myopique d'environ une demi-dioptrie suivant un axe incliné de,45° du côté du nez. Après correction, mon acuité visuelle monteau delà de la normale, à 6/5°.

Au mois d'octobre 1893, un soir, vers 6 heures, dans la rue, je perçus une sensation de gêne dans mon œil gauche. I] me paraissait lourd et les paupières en étaient raides. Je frottai l'œil sans arriver à éclaircir la vision qui se trouble de plus en plus. J’eus l’idée de me couvrir l'œil droit avec la main et me trouvai dans une obscurité complète. Assez inquiet, je pris le bras d’un camarade qui, me regardant, me trouva les paupières de l'œil gauche très rouges, sans doute par suite du frottement que j'avais exercé. J’y ressentais des battements.

Le scotome était total : environné de lumières de tout côté, boutiques, becs de gaz, je n'en percevais aucune.

Au bout de quelques minutes des éclairs violets traversèrent de haut en bas cette nuit absolue. Ces éclairs devinrent de plus en plus nombreux, se pressant à la partie externe du champ visuel, tandis que la partie interne était envahie par un flamboiement d’étincelles, Cela dura une dizaine de minuteset à la partie externe, au milieu des éclairs violets qui devenaient plus rares, je commençais à distinguer les flammes des becs de gaz, mais très confusément, comme à travers un brouillard intense. Cette amélioration alla progressant lentement pendant la demi-heure que je mis à rentrer chez moi.

A ce moment je voyais tous les objets situés devant moi, mais ceux un peu éloignés sans netteté dans leur contour, ni dans leurs détails. J'ai trouvé plus tard que la vue devenait absolument nette en mettant devant mon œil un verre concave faible : ce qui montre que ma réfraction était augmentée par un léger spasme de l’accommodation. Il y avait encore dans ce demi-brouillard des étincelles douloureuses.

Au moment où j'arrivais dans l'appartement relativement chaud, le phénomène disparut subitement ; en même temps je ressentis une transpiration abondante et fus pris d’un tremblement nerveux qui dura quelques minutes.

Le D' Meyer qui examina le fond de mes yeux à ce moment, n’y constata aucune altération, ni aucune différence. L’œil droit, où je n'avais absolument rien ressenti, m'avait servi à me conduire.

2° attaque : Quatre mois plustard,en février, pat un froid de 10°, je ressentis, également dans Îa rue, une pesanteur et une gêne dans les paupières de l’œil gauche. J’eus la prescience d’une nouvelle attaque de scotome scintillant, et me mis à observer soigneusement la suite des phénomènes.

La cécité s'établit dans l'œil gauche, avec une grande rapidité. Parti du côté nasal, le scotome envahit rapidement tout le champ visuel ; cependant, à son extrème limite du côté temporal, je perçus encore la sensation des lumières extérieures, mais confusément comme à travers un épais brouillard. Presqu'aussitôt quelques éclairs se produisirent dans la partie nasale du scotome ; puis, dans tout le scotome, des fusées d’étincelles jaunes, brillantes ; le flamboiement en est tellement intense qu’il devient douloureux. La vision s'améliore à mesure que j'arrive dans un endroit chaud ; mais les étincelles deviennent de plus en plus nombreuses et douloureuses.

Enfin la vue revient totalement et très nette, la crise ayant duré 6 minutes en tout.

L'œil droit aconservé pendant tout ce temps la netteté de sa vision et l'intégrité de son champ visuel.

Après la crise j'ai eu encore une transpiration, mais moins abondante que la première et surtout marquée aux mains, mais aucun autre malaise consécutif.

Quelques jours après, une nouvelle attaque se produit au théâtre ; mais le scotome ne fut pas absolu ; je continuai à voir au travers les lumières situées de l'autre côté de la salle, et un peu mieux celles situées

Dot

du côté temporal de mon champ visuel. Le scintillement éclate alors comme d'habitude et la vue reparaît peu à peu, le champ visuel allant en s'éclaircissant de la périphérie vers le centre. La crise, en se terminant, laisse quelques instants derrière elle un léger spasme de l’accommodation.

Des camarades qui m'accompagnaient observèrent de l'inégalité des pupilles, provenant de ce que celle de l’œil gauche se rétrécissait et se dilatait alternativement, alors que celle de l’œil droit semblait ne pas varier.

J'ai aussi observé de la moiteur des paumes des mains.

Jai eu depuis un grand nombre d'attaques de scotome scintillant; les dernières présentent un aspect particulier dans la forme du scotome:

Le scotome est rarement total ; presque toujours, à la partie extrême du champ visuel, du côté temporal, subsiste une partie en forme de croissant où la vue est seulement très trouble : il me serait impossible d'y distinguer la forme des objets ; mais j'y perçois l’existence d’une source lumineuse, lampe, ou bec de gaz, alors qu’en face ou du côté nasal je ne peux faire aucune distinction entre le jour et la nuit.

Cependant dans ce scotome subsiste parfois une éclaircie où la vue est entièrement et nettement conservée. Au théâtre j'ai constaté son existence en voyant la tête et les épaules d’un acteur, alors que tout le reste du champ visuel avait disparu. Dans la rue, jy ai vu une roue de voiture et si nettement que je pouvais

Page 1