V. de Luynes. F. Besançon
, Vu : Le préfet de police, E. Camescasse.
Précautions contre les accidents de machines. — La pro tection des travailleurs contre les accidents résultant du travail et particulièrement contre le danger des machines est une question qui préoccupe justement chez nous les hygiénistes, et aussi les législateurs. Dans l'état actuel de notre législation, l'industriel, le fabricant, ceux en un mot qui emploient des machines ne sont tenus à prendre des précautions que s'ils font travailler des enfants de moins de 16 ans. S'ils n'ont que des jeunes gens de plus de 16 ans et des adultes, la loi n'exige plus rien. Cela est évidemment regrettable.
Pour obvier aux accidents si fréquents encore dans les ateliers, on a imaginé de saisir les Chambres d'un projet de loi qui
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établisse la responsabilité des patrons. Cette loi aboutit à une indemnité pour la victime et c'est fort juste. Il serait peutêtre plus logique qu'elle s'appliquât à éviter les accidents au lieu de chercher, après coup, une sorte d'équivalence pécuniaire.
On doit cependant convenir que certains industriels prennent spontanément dans leurs ateliers toutes les précautions imaginables (1). Nous allons citer ici l'exemple que nous avons vu dans les ateliers de M. Cbaix, imprimeur à Paris, et qui nous paraît intéressant surtout parce que le plus grand nombre d'accidents de machines observés à Paris a lieu dans les imprimeries, tant à cause du nombre relativement grand d'enfants que cette industrie occupe, que par suite de l'entassement des machines dans des ateliers trop petits, et aussi par la négligence trop fréquente des patrons, surtout dans la petite imprimerie.
M. Chaix a bien voulu mettre à notre disposition un certain nombre de planches que nous reproduisons ci-après avec une courte explication.
La figure 103 représente le pare-engrenage placé sur les roues d'angle, à l'extrémité supérieure de la tige qui communique le mouvement au cylindre de l'encrier.
A l'extrémité inférieure de la même tige, un revêtement en tôle ou en bois couvre à la fois les deux roues dentées de la commande de l'encrier, les poulies et la courroie de transmission. Cet appareil, dont la figure 104 donne le dessin, permet à
Fig. 103. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. - A, pare-engrenage du mouvement de l'encrier.
Fig. 104. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — B, revêtement des roues dentées de la commande de l'encrier, des poulies et de la courroie de transmission.
(1) Plusieurs Sociétés industrielles ou scientifiques, notamment à Rouen, à Amiens, s'efforcent de vulgariser la notion des précautions a prendre contre les ac;idents de machines, suivant en cela l'exemple d'une société née française, la Société mulhousienne, dout le zélé secrétaire est un de nos collègues, M. Engel-Dolfus,
l'ouvrier de poser le pied sur cette partie de la machine sans courir de danger.
Les figures 105 et 106 montrent le pare-engrenage appliquée
Fig, 105 et 106. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — C, pare-engrenage du cylindre. D, échappement des tringles des cordons.
la roue dentée du cylindre sur lequel se pose la feuille à imprimer. Les tringles de serrage des cordons, au lieu d'être fixées à leurs deux extrémités, s'appuient sur des coussinets évidés d'où elles peuvent s'échapper si la main du margeur vient à s'engager dans l'intervalle qui les sépare du cylindre.
Pour préserver le pied et la main du margeur contre la crémaillère du marbre, et en même temps contre l'engrenage du cylindre et la tige de commande de la tringle des pinces, on a placé aux points dangereux de ces organes, un petit grillage métallique E et une plaque de tôle F représentés dans la figure 107, où le cylindre porte, en outre, le pare-engrenage G dessiné sur la figure 108.
Tatte M^L
Fig. 107.
Ateliers de l'imprimerie Chaix. — E, F, C, pare-engrenage de la crémaillère du centre et de la roue dentée du cylindre.
Les roues dentées du mouvement de la raquette placée à l'extrémité de certaines presses pour recevoir les feuilles imprimées, sont également munies d'un pare-engrenage du même
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système, qui recouvre eu même temps la crémaillère du marbre (fig. 108).
Fig. 108. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — G, pare-engrenage du mouvement de la raquette et de la crémaillère du marbre.
Les têtes de la bielle qui commande le mouvement du marbre viennent alternativement, toutes les trois secondes environ, se porter aux deux extrémités de la machine, et peuvent aussi produire de graves accidents. Pour mettre les ouvriers qui circulent autour de la presse à l'abri de l'atteinte de ces pièces, on a placé, fig. 109, du côté de l'encrier, un tambour en bois H représenté dans la figure 109, et du côté du receveur de feuilles, une forte cloison en chêne I qui empêche l'enfant de tendre sa jambe jusqu'au rayon dangereux (fig. 110). La figure 111 représente le pare-bielle du receveur de feuilles, vu de face.
Le marbre sur lequel est posée la forme d'imprimerie opère un mouvement de va-et-vient analogue à celui de la bielle ; à son extrémité, du côté de l'encrier, les apprentis seraient ex-
Table à recevoir.
fj Tabouret du Receveur de feuilles
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Fig. 109 et 110. — Ateliers de l'imprimerie Cliaix. — H, pare-bielle du côté de l'encrier. — I, pare-bielle du côté du receveur de feuilles.
posés à recevoir des coups violents si une tablette en chêne n'en défendait l'approche (fig. 112). La figure 113 représente cette disposition en coupe.
Table du Receveur de feuilles
Fig. 111. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — T, pare-bielle du côté d.i receveur de feuilles, vu de face.
Encrier
Fig. 112 et 113. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — J, tablette destinée à parer les coups du marbre, vue en coupe et de face.
Le volant de la presse mécanique produit, dans son mouve ment de rotation, une force considérable qui entraîne rapidement tout ce qui se trouve dans son rayon d'action ; il en est de même des courroies de transmission. On a donc placé devant chaque volant un garde-fou en bois ou en tôle, et enfermé les parties des courroies accessibles au personnel dans un tambour en bois. La figure 114 indique la disposition de ce gardefou K et du tambour à courroie L.
Dans la figure 115, ces deux appareils sont représentés de face, et la figure 116 montre une application du tambour aux courroies à mouvement vertical. Par surcroît de précautions, une cheville d'arrêt M a été ajoutée au garde-volant, afin que la machine ne puisse pas être mise en mouvement à l'improviste, sans la volonté de l'ouvrier, pendant le nettoyage des organes.
Les laminoirs à glacer le papier sont munis également d'un appareil destiné à empêcher l'ouvrier, et surtout les enfants qui lui servent d'aides, d'approcher leurs mains des cylindres. Cet appareil se compose de deux tringles de fer recourbées à leurs extrémités et fixées sur la table qui reçoit les plaques de glaçage, à une distance de vingt à trente centimètres des cylindres, de manière à laisser passer les plaques tout en arrêtant les mains.
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Fig. 114. — Ateliers de l'imprimerie Cliaix. — K, garde-fou placé en avant du volant. — L, tambour de recouvrement de la courroie et de la poulie commandée.
jAh!
Fig. 115. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — K, garde-fou du volant. — L, tambour de recouvrement des courroies de transmission. — M, cheville d'arrêt.
Fig. 116. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — L, tambour de recouvrement d'une courroie à mouvement vertical.
Dans les parties des ateliers où les courroies de transmission se meuvent verticalement, la poulie folle a été supprimée et remplacée par un galet mobile, dont la figure 117 indique la disposition. Quand la machine doit fonctionner, ce galet tend la courroie et la rend propre à transmettre le mouvement. Lorsque, au contraire, la machine doit rester au repos, on fait cesser, à l'aide d'un levier, la pression du galet sur la courroie qui reste inerte, et toute communication entre l'arbre de couche et la poulie commandée se trouve ainsi suspendue. On a fait disparaître, par ce moyen, les risques résultant de l'action des poulies folles et des courroies pendant l'arrêt des machines.
Fig. 117. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — Courroie à tendeur : N, poulie de commande, à rotation continue. — 0, poulie commandée, à rotation intermittente. — P.P, courroie de transmission de mouvement. — Q, position du galettendeur quand il appuie sur la courroie pour communiquer le mouvement à la poulie 0. — R, position du tendeur quand la courroie est rendue libre, et que la rotation de la poulie 0 est arrêtée. — P.P, position de la courroie quand elle est détendue.
Les appareils de préservation que nous venons de décrire ont été ajoutés successivement aux presses à imprimer, aux laminoirs de glaçage, aux courroies de transmission, et ils sont aujourd'hui au nombre de plus de cinq cents. Ces dispositions sont complétées par un système de désembrayage instantané,
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et de sonnerie d'alarme qui permet, en cas d'accident, de préserver très promptement la victime. Le désembrayage instantané, dont les figures 118 et 119 montrent le mécanisme, est
Fig. 118. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — Désembrayage instantané de l'arbre moteur principal pour l'arrêt immédiat des machines eu cas d'accident. — Plan de l'installation.
Fi?. 119. — Ateliers de l'imprimerie Chaix. — Désembrayage instantané de l'arbre moteur principal pour l'arrêt immédiat des machines en cas d'accident. — Elévation de l'installation.
destiné à suspendre, au premier signal, l'action de l'arbre de couche sur les machines. L'arbre de couche est divisé en deux tronçons, dont l'un S ne fait mouvoir les presses que
lorsqu'il est mis en contact avec le deuxième T, dont il reçoit l'impulsion. Cette solidarité entre les deux tronçons est le résultat du rapprochement de deux boîtes d'accouplage, U de la boîte V. Cet écartement s'obtient, soit de la salle des générateurs, à l'aide du levier W, soit du centre du grand atelier, au moyen de tringles à chaînettes X. Quand l'un ou l'autre de ces deux appareils est mis en jeu, il rend libre un contrepoids articulé Y qui entraîne dans sa chute la pièce Z à laquelle il est fixé. Cette pièce vient alors se loger dans la cavité à spirale ménagée entre les manchons d'accouplage, et les éloigne l'un de l'autre ; le désembrayage du tronçon S de l'ordre moteur se produit ainsi immédiatement, et les machines cessent de fonctionner. S'il survient un accident, il est aussitôt signalé par les ouvriers qui en sont témoins, au moyen d'une sonnerie d'alarme. Cette sonnerie se compose de quatre timbres électriques, dont le tintement peut être provoqué par seize cordons d'appel placés dans les différentes parties de la maison où fonctionnent les machines. A cet avertissement, le mécanicien ou toute autre personne qui se trouve à proximité d'un des deux appareils de désembrayage, met celui-ci en mouvement pour arrêter l'action de la transmission.
Grâce à cet ensemble de mesures, les accidents de machines sont aujourd'hui très rares dans l'établissement. Ceux qui se produisent encore, dus, pour la plupart, à l'imprudence ou à l'oubli des recommandations les plus expresses, se réduisent à quelques cas sans gravité dans lesquels intervient très utilement, pour la prompte préservation de la victime, l'emploi du désembrayage instantané et de la sonnerie d'alarme dont nous venons de parler.
Durée du travail des ouvriers. — La Chambre des députés et le Sénat ont été régulièrement saisis d'un projet de loi de M. Richard Waddington, député, tendant à fixer à 10 heures par jour la durée du travail des ouvriers. Le projet n'a pas été accueilli favorablement par les Chambres. On a pensé que l'application de la loi actuelle, qui est celle du 9 septembre 1848 sur la durée des heures de travail était suffisante., et que l'action restrictive ne devait pas aller au delà. Beaucoup d'hygiénistes, en France, pensent cependant que ce serait une prudente et sage mesure d'hygiène que d'abaisser à 10 heures la durée du travail. C'est l'opinion qu'a soutenue notre collègue le professeur Arnould dans ses récents Nouveaux éléments d'hygiène.
Pour faciliter l'exécution de la loi de 1848, que M. le député Waddington accepte comme un minimum, il serait utile qu'un service d'inspection fût organisé; or, il existe un personnel d'inspecteurs chargés de faire respecter la loi du 19 mai 1874 sur le travail des enfants ; et M. Waddington a pensé qu'il
conviendrait de lui confier aussi l'inspection des ateliers où ne sont employés que des adultes, au seul point de vue de la durée du travail (1). — La question est encore à l'étude.
Hygiène des mines et des ouvriers mineurs. — L'Académie de médecine a été chargée, il y a cinq ans, par M. le ministre des travaux publics de rédiger une nouvelle instruction médicale sur les accidents auxquels sont exposés les ouvriers mineurs et sur la nature des secours qui doivent leur être donnés. Notre collègue, M. le Dr Proust, a lu dans la séance du 15 mars 1881 un rapport très complet à ce sujet, que l'Académie a renvoyé, après l'avoir approuvé, à l'Administration. Le 1G mai de la même année, M. Proust donnait également lecture devant l'Académie d'un rapport sur l'encombrement charbonneux des poumons chez les houilleurs. Notons encore, sans pouvoir nous y arrêter plus longtemps, les travaux de notre collègue, M. le Dr Fabre (de Commentry), sur le rôle des poussières charbonneuses dans la pathologie des houilleurs, ses recherches sur les conditions hygiéniques et l'anémie des mineurs, celles de M. le Dr Manouvriez (de Valenciennes) sur la même question, de M. le Dr Riembault (de Saint-Etienne) sur l'ankylostome duodénal rencontré chez les mineurs de cette dernière ville; un helminthe ne paraît pas y être la cause déterminante de l'anémie de ces ouvriers, etc., etc. (Voir Y Index). — Le gouvernement s'est occupé tout spécialement, d'autre part, de rechercher les moyens de prévenir les explosions de grisou dans les mines ; une commission spéciale a été nommée par une loi votée sur l'initiative de M. Paul Bert ; elle a publié, en 1880, un rapport très étendu, rédigé par M. Haton de La Goupillère.
Respirateurs. — Nos collègues, MM. les Drs Henrot (de Reims) et Layet (de Bordeaux), ont présenté au Congrès de Paris, en 1878, des modèles de respirateurs ; divers autres essais ont été tentés depuis, et, dans ces derniers temps, M. le Dr Regnard a imaginé un appareil, très simple et très ingénieux, qui permet de prolonger longtemps la respiration, grâce à un dispositif au moyen duquel l'air s'épure au passage ; cet appareil est décrit dans les comptes rendus de la Société de biologie en 1882.
Hygiène navale. — Les progrès accomplis en hygiène navale ne sont pas aussi importants que les médecins de la marine, si
(1) Consulter le Journal officiel du 13 mai 1882.
actifs, si zélés pour le progrès, le désireraient. Il y a là des difficultés qui tiennent à beaucoup de causes parmi lesquelles il faut compter les résistances d'une administration fortement organisée et qui a les qualités solides et les défauts inéluctables des grandes administrations ; il faut tenir compte aussi, dans la construction de navires, par exemple, de questions d'armement et de qualités militaires qui priment et dominent toutes les autres questions. Et quand on songe qu'un navire est une habitation dont les conditions de milieu climatérique peuvent être à chaque instant variables et osciller entre celles des pôles et celles de l'équateur, on conçoit qu'il y a là des problèmes complexes, quasi insolubles, malgré le talent de nos ingénieurs, malgré l'action incessante du Conseil de santé, malgré son zèle et son activité servis par la parole éloquente de son chef actuel M. le Dr Jules Rochard, notre collègue et ancien président.
Cependant un certain nombre de faits relatifs à l'hygiène navale doivent trouver place ici ; et quelques-uns ont, on le reconnaîtra,une importance de premier ordre.
Architecture navale. — Les progrès de l'art de la guerre ont introduit dans les constructions navales des changements profonds qui sont loin d'être, en général, favorables à l'hygiène navale. Les cuirassés des nouveaux types (Duperré, Dévastation), avec leurs grandes dimensions et leurs équipages peu nombreux si on les compare à ceux des anciens vaisseaux de premier rang, offrent sans doute un espace relativement considérable, un cube d'air plus grand pour chaque homme, mais cet avantage est malheureusement compensé par la difficulté de l'aération. Ces navires sont partagés dans le sens de la largeur (Redoutable) ou dans le sens de la longueur [Dévastation) par des cloisons qui divisent le navire en un certain nombre de compartiments étanches et qui s'opposent ainsi à la libre circulation de l'air, de bout en bout ou d'un côté à l'autre. D'autre part, ces navires construits en 1er sont extrêmement froids en hiver et tropchaudsen été, ce qui tient au peu d'épaisseur de la tôle qui en forme les parois dans les parties non cuirassées. A bord du Duperré, lachaleurest telle pendant l'été qu'il est impossible de tenir la main appliquée sur la muraille, à l'intérieur, dans les parties exposées au soleil et peintes en noir extérieurement. Lorsque la peinture est blanche on constate, à l'intérieur, une différence de 15 degrés au contact de la muraille, de 5 degrés à 15 centimètres de distance, de 3 degrés pour l'atmosphère de la chambre tout entière: Du reste, on ne s'est pas contenté, pour rendre la température plus supportable, de peindre la muraille en blanc à l'extérieur, on a eu recours avec succès à un enduit intérieur fait avec de la peinture au liège, enduit qui est très mauvais conducteur du calorique. Si ces