CONSTRUCTIONS NAVALES
navires étaient destinés à une station dans les pays froids, il serait aisé de les chauffer, étant donné le foyer considérable de chaleur qu'ils renferment.
Ajoutons que si l'aération est difficile, comme nous l'avons dit, à cause des cloisonnements, elle est assurée néanmoins à bord du Duperré par quatre ventilateurs à vapeur.
Les gardes-côtes du type Tonnerre, dont les parties habitées sont situées au-dessous de l'eau, sont divisés en neuf sections par huit cloisons étanches transversales partant du double fond intérieur, et percées de quelques portes à fermeture hermétique. Les logements sont éclairés et aérés artificiellement. Le Tonnerre a cinq ventilateurs ; un seul est destiné à l'aération, les quatre autres ont pour but d'activer les fourneaux de la machine. Toutefois, deux de ces derniers peuvent, à l'aide d'un mécanisme fort simple, suppléer le ventilateur d'aération. Les conditions hygiéniques de ce navire : température intérieure, degré hygrométrique de l'air, etc., ont été l'objet d'un bon travail de notre collègue, M. le Dr Maurel, médecin de première classe (1).
Un type nouveau de navire qui peut être considéré comme fort intéressant au point de vue de l'hygiène navale est représenté par les navires -hôpitaux qui servent à rapatrier les malades de Cochinchine : V Annamite, le Tonquin, leSchamrock, le Bienhoa. Ce type est antérieur à 1878, puisque l'Annamite a été armé au mois d'octobre 1877, mais les trois autres ont été mis plus récemment en service et le Bienhoa vient seulement d'être lancé, en sorte que ce n'est guère que depuis 1879 qu'on a pu se rendre compte des avantages indiscutables que présentent ces navires-hôpitaux. Ce sont de magnifiques bâtiments où rien n'a été épargné pour assurer le bien-être des malades, et dont l'installation a été étudiée avec le plus grand soin.
L'Annamite a 105 mètres de l'étrave à l'étambot, lom30 de largeur au maître bau, 6in80 de tirant d'eau moyen. Les logements destinés à l' état-major, à l'équipage et aux passagers occupentla dunette etles deux batteries. Celles-ci reçoivent l'air par des sabords et des hublots ; d'ailleurs, le navire tout entier est pourvu d'un système de ventilation par appel (système Bertin). L'air frais arrive par 17 trompes métalliques qu'on oriente suivant le vent, et qui distribuent cet air dans toutes les parties du navire. L'air vicié est repris par des ouvertures placées entre les baux, et est conduit, par un système de tuyaux convergents, dans un espace ménagé entre la cheminée et une sorte d'étui qui
(1) Étude hygiénique sur le garcL-sôte cuirassé le Tonnerre. (In Arch. de médecine navale, 1878, t. 30, p. 161).
l'enveloppe. Quand les feux sont allumés, la colonne d'air qui remplit cet espace s'échauffe, s'élève et est remplacée par l'air qui vient des profondeurs du navire ; au mouillage et quand le bateau marche à la voile, deux fourneaux d'appel spécialement affectés à ce service assurent la ventilation.
Ces navires, destinés à traverser la mer Rouge à toutes les époques de l'année et, par conséquent, à l'époque des grandes chaleurs, sont recouverts d'une double tente qui va de bout en bout; il y a de plus des promenoirs couverts sous la dunette.
La circulation de l'eau est assurée comme celle de l'air ; une pompe (système Thirion), fonctionnant en tout temps, conduit l'eau douce et l'eau de mer dans toutes les parties du bâtiment, par un système de tuyaux : la propreté estainsi facilement entretenue dans les poulaines, les bouteilles, les cuisines. Les salles de bains en sont largement pourvues; outre les salles de bains destinées aux officiers et aux malades, on trouve, sur le gaillard d'avant, de grands compartiments remplis d'eau de mer où les hommes peuvent se baigner à l'aise. De plus, à bord du Tonquin et des navires analogues construits plus récemment, il existe des lavabos et des appareils à doucher. On a ménagé dans le faux-pont une glacière qui peut recevoir cinq tonneaux de glace et qu'on remplit au départ de Toulon et au départ de Saigon.
Les convalescents sont logés dans les deux batteries. La batterie haute comprend le carré des officiers, leurs chambres et celles des passagers du même rang (13 places d'officiers supérieurs, 48 d'officiers subalternes); 102 couchettes pour convalescents; 36 cadres à l'anglaise suspendus à des épontilles et pouvant osciller dans le sens du roulis. La batterie basse est occupée à l'arrière par les passagers valides à la ration ; elle peut en contenir 750. Cette partie de la batterie peut aussi être transformée en hôpital par l'installation de couchettes sur deux plans superposés; c'est une affaire d'appropriation suivant les cas. L'équipage est logé à l'avant de cette batterie; ce logement est clair, bien aéré, parfaitement salubre. Maintenant que l'expérience est faite, depuis quatre ans, de ces navires-hôpitaux, et qu'on peut apprécier leurs résultats, il est .permis de dire que c'est là un progrès considérable pour l'hygiène navale et que cette création a contribué puissamment à l'abaissement remarquable de la mortalité qu'on peut constater depuis quelques années dans les troupes de la Cochinchine.
Mesures de police sanitaire — Désinfection. — A la suite des dernières épidémies de fièvre jaune, des ordres ont été donnés pour redoubler de prévoyance et pour faire concorder partout les dispositions locales avec celles du règlement général de police sanitaire du 22 février 1876. La destruction par