ABLUTIONS DANS L'ARMÉE
à la cible que de remplir un grand nombre des obligations du service.
Alimentation. — On a essayé dans ces dernières années, de préparer pour l'alimentation des troupes, et sur les indications de M. Scbeurer-Restner, des biscuits avec addition de viande et présentant l'aspect du biscuit ordinaire. Ce biscuit est très riche en matières azotées, très nourrissant; il se conserve très bien et semble capable de rendre de réels services pour l'alimentation des troupes. Le général Chanzy qui en a expérimenté l'usage dans son corps d'armée a eu beaucoup à s'en féliciter. De nombreux essais de biscuits à la viande ont été faits depuis deux années à la manutention. Ces essais se poursuivent, et on peut dire que les résultats obtenus sont de plus en plus satisfaisants.
Propreté corporelle. — Ablutions. —Depuis quelques années, on a fait en France de grands efforts pour assurer le lavage fréquent des hommes dans les casernes : d'après un l'apport de notre collègue et vice-président, M. le Dr Vallin, au ministre de la guerre, il résulte d'expériences sur la rapidité d'opération et sur le degré de température de l'eau nécessaire pour l'emploi d'un système d'ablutions ou de douches, à installer dans les casernes : que la quantité d'eau dépensée par homme est de 10 à 15 litres, la température de l'eau en hiver peut n'être portée qu'à 18 ou 20° c. ; la quantité de savon dépensée est minime ; l'on peut laver 6 hommes à la fois, et l'opération ne dure que 5 à 6 minutes. Ces résultats ont été consignés dans la thèse de M. Villedary (Essai sur la question du lavage des soldats dans les casernes, Paris, 1879).
Un autre moyen d'ablutions préconisé par M. le Dr Haro, médecin-major de l'armée, consiste dans la projection d'eau tiède avec une forte pompe de jardin sur l'homme placé dans un large bassin plat; de bons résultats ont été ainsi obtenus au 69e d'infanterie.
M. le Dr Vallin (Revue d'hygiène, 1879, p. 882) a préconisé l'utilisation de la chaleur des fumiers pour le lavage des troupes ; dans plusieurs régiments de cavalerie, on a pu, en enterrant des bonbonnes en verre ou des fûts dans le fumier provenant des écuries, obtenir par jour jusqu'à 2,000 litres d'eau à -f- 33° c. permettant délaver très fréquemment tous les hommes du régiment. M. Tollet a installé, dans les casernements d'après son système, un bâtiment spécial pour les bains-douches.
Le ministre de la guerre a autorisé les chefs de corps en 1879 à consacrer une certaine somme pour l'installation dans toutes les casernes du système d'ablutions qu'ils auront choisi ; on se contente d'attirer leur attention sur les avantages du lavage au
savon sous la douche intermittente. Dans la plupart des casernes, ce lavage est aujourd'hui assuré.
Gymnastique. — Nos collègues, MM. les D1'3 Daily et Chassagne, dans un ouvrage sur l'influence précise de la gymnastique sur le développement de la poitrine, des muscles et de la force de l'homme, ont constaté les excellents résultats de la gymnastique sur les élèves de l'Ecole militaire de gymnastique. Cet intéressant travail est destiné à faire comprendre aux chefs de corps l'utilité, la nécessité même de l'exercice corporel trop négligé dans les casernes et remplacé par l'exercice qui fatigue beaucoup et ne développe guère le corps.
Vaccinations dans l'armée. — Depuis plusieurs années de grandes améliorations ont été apportées dans ce service, et ont amené une diminution marquée des cas de variole dans l'armée. Les conscrits, dès leur arrivée, sont tous soumis à la revaccination, par les soins du médecin en chef de l'hôpital militaire ou du médecin du corps ; des indemnités très larges sont données aux mères des enfants vaccinifères qui se présentent pour offrir le vaccin, et la vaccination a désormais lieu toujours de bras à bras ; on ne fait plus usage de vaccin conservé ; aussi le nombre des succès s'est-il élevé jusqu'à 30 et 35 pour 100. En Algérie, les médecins militaires attachés aux bureaux arabes font de longues expéditions dans les localités les plus reculées du territoire indigène, surtout quand une épidémie de variole se déclare parmi les Arabes ; en tout temps, ils propagent la vaccination dans toute la contrée et chaque année l'Académie de médecine décerne les principales récompenses à des médecins militaires de France ou d'Algérie, pour le zèle et le dévouement qu'ils ont apporté dans ce service .
Casernes. — Déjà, lors du Congrès international d'hygiène de Paris, en 1878, la réforme du casernement en France, telle que notre collègue, M. l'ingénieur Tollet, se propose de la réaliser, avait été l'objet de nombreux mémoires et discussions. Depuis celte époque, la Société de médecine publique a pris nettement partie en faveur de ce système de construction, dans deux rapports de M. Emile Trélat. (Bulletin et Revue d'hygiène, 1879.) Les conclusions du premier de ces rapports sont les suivantes :
1° Les corps de logis des casernes régimenraires construites sur le type de 1874 comportent des dispositions menaçantes pour l'état sanitaire des casernements, ils réunissent un beaucoup trop grand nombre de soldats sous un même toit; ils sont malencontreusement composés de plusieurs étages; ils contiennent des développements considérables de matériaux dangereusement enfermés, sans aéraiion, dans l'intérieur des bâtiments ; la capacité des bâtiments
ne ménage à chaque homme qu'un cube insuffisant de lim3 d'air clos.
2° Il est urgent de changer cet état de choses; et les projets de modification présentés par M. Tollet paraissent constituer une amélioration hygiénique des mieux appropriées aux ouvrages existants.
3° Pour les casernes qui restent à construire, il y a lieu d'abandonner le type de 1874.
4° En principe, la Société de médecine publique approuve les bases sur lesquelles sont établis les projets de casernement par unité d'effectif exécutés par M. Tollet.
Les projets que notre collègue soumettait à la Société comprenaient, en effet, d'une part, les modifications à apporter aux casernes existantes; la comparaison des figures 120, 121, 122, 123 et 124, permet de s'en rendre compte, et l'on en trouve le détail dans le rapport de M. Emile Trélat; d'autre part, il indiquait des dispositifs pour de nouveaux casernements, tels que celui qu'il venait de construire à Bourges (fig. 123). A la suite d'une visite spéciale àce casernement, la commission dont M.Emile Trélat était l'organe a fait adopter par la Société l'avis suivant :
1° Les deux casernements occupés aux portes de Bourges par la 8e brigade d'artillerie (1er et 37e régiments) et composés de pavillons isolés à simples rez-de-chaussée , logeant chacun une demi-batterie, sont des établissements qui présentent des conditions de salubrité tout à fait inconnues dans les casernements appliqués en France jusqu'à présent, surtout dans les casernements du type de 1874.
2° Quand on les compare aux constructions de ce type, ils permettent d'établir à leur avantage les différences suivantes, qui se rapportent aux deux principaux facteurs de la salubrité d'une habitation collective : A. Les enveloppes des constructions en contact permanent avec l'air extérieur n'ont, dans le type massif de 1874, qu'une étendue de 1 ; elles ont, dans le type disséminé de Bourges, une étendue de 1,5. — B. Les matériaux privés du contact direct de l'atmosphère extérieure, et soumis à l'influence immédiate et permanente des hommes, c'est à-dire les matériaux infectables, ont, dans le type massif de 1874, un développement superficiel de 42; ils n'ont dans le type de Bourges qu'un développement de 1.
3° Il est urgent de renoncer au plus tôt aux casernements massifs, et tout d'abord d'arrêter la construction de nouvelles casernes sur le type de 1874.
4° Il est urgent d'adopter les casernements à pavillons isolés, de capacité restreinte et sans étages, conformément aux dispositions appliquées dans les quartiers delà 8e brigade d'artillerie à Bourges, cette disposition comportant le déve'oppement maximum de matériaux directement aérés, et le développement minimum de matériaux renfermés.
Des conclusions aussi favorables ont été adoptées à la Chambre
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