LÉGENDE DE LA FIGURE
. Micrococcus des plus vulgaires, répandu en toute saison, formé de cellules circulaires isolées, accouplées deux à deux, ou réunies en longue chaîne, comburant et aérobie. — 2. Micrococcus à grains de 0,5 à 1 de diamètre, moins répandu dans l'air que l'espèce précédente ; il peut aussi être compris dans le groupe des cellules comburantes ; le plus souvent on le trouve accumulé au fond du liquide où on le cultive sous la forme d'un dépôt pulvérulent. — 3. Micrococcus assez rare, à forme irrégulière et amiboïde, capable d'envahir le bouillon neutre du jour au lendemain et d'y donner d'abondants dépôts floconneux. Comme les espèces précédentes, ce microbe ne peut vivre à 1 abri de l'oxygène et ne communique jamais aux liquides qu'il altère une putridite repoussante. — 4. Etre bactériforme formé d'articles courts, bosselés, immobiles, de 3 à 5 n de longueur sur 1 à 1,2 |* de largeur; il tient du bactérium et du bacille par l'aspect et du micrococcus par l'immobilité; avec l'espèce dessinée en 5, il se montre aérobie.— S. Ce dernier micrococcus, à grains disposés le plus souvent en carré ou en cube, est surtout remarquable par son extrême fréquence et son mode de multiplication. — 6. Micrococcus elliplique, comburant, présentant des analogies avec les bacilles, résistant à la chaleur. — 7. Bactérium mobile, a cellules circulaires ou étranglées. — 8. Bactérium à bâtonnet; ces (leux microbes sont aérobies et viennent former à la surface du bouillon des pellicules sans consistance. — 9. Bactérium anaérobie. — 10. Gros bacille, très répandu, avide d'air et à semences elliptiques, quelquefois cylindriques et accouplées comme les bacténums. — 11. Bacille à articles longs, très mobile. — 12. Bacillus sulililis, le plus commun, dont les semences résistent longtemps à la chaleur de 100°. — 13. Ferment de l'urée. — U. Microbe à filaments enflés et diversement boursoflués, anaérobie, l'un des organismes aériens les moins rares je la putréfaction proprement dite. — 15. Leptothrix rameux, fait de filaments myceloides, très longs, donnant de nombreuses branches chargées de spores réfringentes identiques à celles des bacilles.
de moisissures, chiffre qui peut s'élever à 200,000 pendant les chaleurs humides de l'été et descendre à 1,000 en hiver, quand l'atmosphère est froide, calme et récemment balayée parla neige ou la pluie. La nature des espèces observées change, d'ailleurs, avec les saisons ; mais on voit aussi divers microphytes envahir presque soudainement l'atmosphère, s'y maintenir abondantes pendant deux ou trois ans, puis disparaître ou devenir d'une extrême rareté.
Les germes de bactéries ne pouvant être dénombrés par ce procédé direct, M. P. Miquel a été obligé d'employer un autre procédé beaucoup plus long, mais très sûr : celui des ensemencements. Des liqueurs nutritives variées sont introduites dans des tubes à ampoules, préalablement chauffés à 160° pendant plusieurs heures, afin de tuer tous les germes qui seraient déposés sur leurs parois; puis elles sont stérilisées elles-mêmes par une température de 110° soutenue pendant plus d'une heure. Ces liqueurs sont ensuite traversées par un courant d'air très lent, produit soit par une très petite trompe, soit par un double vase de Mariotte. La masse d'air qui traverse ainsi chaque conserve est fractionnée de taçon à produire cinq fois sur dix leur altération. D'autres fois, les germes de l'air sont recueillis dans de l'eau pure préalablement stérilisée.
Cette eau agitée est ensuite employée aux ensemencements faits à doses fractionnées et progressivement croissantes ou décroissantes, jusqu'à ce qu'on arrive à une close qui, cinq fois sur dix, produise l'altération de la conserve la plus sensible.
Comme pour les spores cryptogamiques, la température a une influence marquée sur le nombre des germes de bactéries trouvés dans l'air; ce nombre augmente avec la chaleur. Les moyennes trimestrielles des bactéries récoltées par mètre cube d'air au parc de Montsouris ont été en effet suivant les saisons :
En 1879-80 169 48 97 76
En 1880-81 ,. 114 50 73 13S
Mais il est une autre influence beaucoup plus marquée, c'est celle de l'humidité.
Après les périodes humides et quelques jours de chaleur, le chiffre des bactéries passe habituellement par un maximum, ce qui signifie évidemment que plus tard, quand la sécheresse se maintient, il est rare de récolter autant de schizomycètes qu'au début de la période sèche. En été, à l'époque des chaleurs fortes et continues, l'atmosphère se débarrasse, vers la deuxième et troisième semaine, des microbes nombreux dont l'existence dans l'air était aisée à démontrer durant les premiers beaux jours. Tout calculé, le nombre de germes diminue, et cela par le fait d'une dessiccation qui leur enlève, avec beaucoup de leur vitalité, la faculté de germer dans les milieux où on les ensemence. C'est ce que démontrent les deux diagrammes ci-après (fig. 140 et 141), (reproduits tels qu'ils sont dans
V Annuaire de V Observatoire de Montsouris. Gauthier- Villars, éditeur), dans lesquels chaque interligne horizontal équivaut à une période de 48 heures et chaque interligne vertical représente 50 bactéries par mètre cube et 1 millimètre de pluie. Dans le premier A (fig. 141), on voit le chiffre des microbes, parti de très bas au commencement du mois de mai 1880, s'élever graduellement à mesure que le sol se dessèche, d'abord avec lenteur, puis rapidement et enfin décroître jusqu'aux premiers jours de juin. Dans le second B (fig. 142), la pluie cesse de tomber le 26 juin 1881; les jours suivants, la courbe des bactéries prend une course rapidement ascendante, passe par un maximum au point de rebroussement vers le 2 juillet, puis s'abaisse le 3 et le 4. Une chute de pluie de 3 millimètres tombée le 6 juillet accélère la descente de la courbe; mais cette eau est bientôt évaporée, le chiffre des bactériens s'élève faiblement pour s'abaisser de nouveau sous l'action d'une chaleur croissante.
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5Mai 10 15 20 25 SOJuin
Juin 25 SOJuillet 5 "MO -" 15 20
Fig. 141 et 142. — Action de la sécheresse snr le nombre des bactéries aériennes — Nota : Le diagramme B se rapporte à l'année 1881 et non à 1880, comme l'indique la gravure par erreur; de même,au lieu de 30 juillet, il faut lire 1er juillet.
Même dans leurs époques de la plus grande abondance, les bactériens sont très loin d'être aussi multipliés dans l'air de Montsouris que les spores de cryptogames. Leur nombre moyen, pour 1880, est seulement de 98 par mètre cube, dans l'air de Montsouris.
Les bactériens peuvent être répartis en quatre classes générales bien tranchées en ce qui concerne leurs espèces types, mais beaucoup plus difficiles à distinguer en ce qui concerne les espèces de transition. La division indiquée n'offre donc rien d'absolu ; elle correspond cependant assez bien à l'ensemble des faits. L'un des tableaux qui suivent cette note montre dans quelles proportions
les bactériens trouvés dans l'air de Montsouris se répartissent entre les micrococcus, les bacilles, les bactériens, les vibrions, rangés dans l'ordre de leur décroissance.
L'ordre reste le même, mais les proportions changent d'un lieu à l'autre de Paris, ainsi qu'on peut le voir par ce relevé :
LOCALITÉS. HiCROCOCCGS. BACILLES. BACTÉRIENS. VIBRIONS. TOTAUX.
Montsouris 68,4 23,4 7,8 0,4 100
Cimetière du Sud 68 22 10 » »
Salles inhabitées 53 47,5 0,5 » »
Laboratoire de micrographie. 80 17 3 » »
Salles de l'Hotel-Dieu 84 8 8 » »
Egout de la rue de Rivoli.. 60 14 26 » »
Dans les salles inhabitées de Montsouris, telles quelabibliothèque, les caves, la proportion pour cent des micrococcus tombe à 53 et celle des bacilles, qui sont plus résistants, monte à 47, 5 ou près de 48. Le nombre des bactériens y est très faible : 0,o. Dans l'air des galeries d'égout de la rue de Rivoli et du boulevard de Sébastopol, la proportion des micrococcus monte un peu, à 60°; celle des bacilles devient faible, 14; celle des bactériens atteint son maximum, 26. Dans le parc de Montsouris et dans le cimetière du Sud qui n'en est pas très éloigné, les proportions montent encore, 68,4 et 64 pour les micrococcus; également pour les bacilles, 23,4 et 22; pour les bactériens, la proportion est plus faible que dans l'égout et un peu plus forte au cimetière que dans le parc, 10 contre 7,8. Dans le laboratoire de micrographie de Montsouris, les micrococcus montent à 80 0/0 du total des bactériens; ils montent à 84 0/0 dans les salles du nouvel Hôtel-Dieu.
Dans le laboratoire de micrographie où se manipulent toutes les conserves fermentées, le nombre moyen des microbes est de 21o, alors que, dans le même temps, il n'était en moyenne que do 71 dans le parc. Dans la rue de Rivoli, à la hauteur de l'entresol de la mairie du ive arrondissement, la moyenne du nombre de bactériens a été de 733, alors qu'il était, dans le même temps, de 134 dans le parc de Montsouris.
A l'Hôtel-Dieu, ce nombre a été de 5,143 dans la salle Sainte- Jeanne et de 6,166 dans la salle Saint-Christophe, alors que, dans le même temps, il était de 82 dans le parc de Montsouris.
Tout en dressant ainsi la statistique des bactériens de l'air, il est nécessaire d'étudier leurs propriétés physiologiques individuelles. Tout bactérien, isolé et cultivé à l'état de pureté suivant la méthode et les préceptes de M. Pasteur, est inoculé par M. Miquelà des lapins et à des cobayes élevés à Montsouris. C'est là un travail de longue haleine. La plupart des bactériens ainsi isolés et inoculés se sont montrés inoffensifs ; cependant, M. Miquel croit avoir trouvé, en deux ans d'expériences quotidiennes, plusieurs microbes dont la nocivité ne laisse pas l'ombre d'un doute ; il se rencontre notamment dans les salles d'hôpitaux un micrococcus qui, isolé et inoculé à un cobaye, provoque la mort par infection purulente. Ces recherches continuent sur une échelle agrandie.
Le diagramme ci-après (fig. 143), que nous avons reproduit
Fig. 143. — Diagramme résumant les relations entre la mortalité à Paris en 18S0
par maladies saisonnières, par maladies mixtes et par maladies zymotiques, et
les données climatériques (Voir p. 163).