ÉCLAIRAGE DES VOIES PUBLIQUES
dans la Revue d'hygiène en 1880, sous les titres suivants : De la pénétration du gaz d'éclairage dans les habitations et Le gaz de l'éclairage devant Vhygiène, étude expérimentale. M. Layet a montré ainsi que l'oxyde de carbone, sur lequel M. Gréhant appelait l'attention en 1878 devant la Société de biologie, est le seul élément toxique du gaz d'éclairage et que de plus il y est inutile, puisqu'il ne lui communique aucune propriété éclairante ; c'est pourquoi il propose de faire barboter le gaz, à sa sortie des épurateurs, dans des appareils spéciaux renfermant une dissolution de protochlorure de cuivre dans l'acide chlorhydrique, afin d'absorber l'oxyde de carbone.
C'est surtout en hiver que le gaz d'éclairage pénètre aisément dans les habitations ou envahit l'atmosphère des rues, par suite de la tension plus grande dans les tuyaux lorsque la consommation est plus considérable, de la facilité des infiltrations au loin (la porosité du sol à la surface étant devenue moins grande) et de l'aspiration vers les appartements chauffés. M. le Dr Napias en a signalé un exemple très remarquable l'année dernière à la Société de médecine publique (Bulletin et Revue d'hygiène, 1881), et M. le Dr Layet a rappelé, dans l'un des mémoires que nous venons de citer, combien peut être grande l'infection du sol des villes par les infiltrations souterraines du gaz; « à Paris, dit-il, avec une population de 2,000,000 d'habitants, avec une superficie de 60 kilomètres carrés, une consommation annuelle de 150,000,000 de mètres cubes de gaz, et avec une perte annuelle évaluée en moyenne à 10 0/0, on trouve qu'il s'y brûle 76 mètres cubes par habitant et qu'il se perd dans le sol de cette ville environ 15,000,000 de mètres cubes, ce qui fait 250,000 mètres cubes par kilomètre carré. Or, l'on doit se demander aussi quelle influence les seuls travaux d'installation et de réparation d'une canalisation de plus de 1,000 kilomètres, telle que celle qui conduit le gaz à Paris, peuvent avoir sur le développement ou l'apparition de véritables épidémies de fièvres d'accès d'origine tellurique. » M. le Dr Layet n'a pas manqué d'en citer des exemples.
Cependant, dans une communication à l'Institut, en 1880, M. Sainte-Claire-Deville a déclaré que la fermentation des matières organiques, qui pénètrent par les interstices des pavés ou les fissures du macadam dans le sous-sol, peut évidemment produire des odeurs assez désagréables, mais qu'elle se trouve arrêtée par les infiltrations du gaz d'éclairage. « Les fuites de ce gaz, évaluées en moyenne au dixième du volume qui circule dans les tuyaux, ont amené, d'après lui, dans ce sous-sol, une partie du soufre, les hydrogènes carbonés et le goudron qu'on y rencontre si abondamment ; ce goudron ou ce coaltar est une matière antiseptique par excellence qui arrête la fermentation. Les odeurs qui se dégagent, du sous-sol des chaussées
peuvent donc être désagréables, mais elles perdent une grande partie de leur nocuité par les infiltrations provenant du gaz d'éclairage. »
Mais M. le Dr Brouardel, qui rappelle cette opinion dans son rapport à la commission ministérielle dite de l'assainissement de Paris, commission dont nous avons exposé les travaux dans ce chapitre, ajoute que, «toutefois, quand de larges tranchées sont pratiquées dans les rues de la ville, les émanations provenant des terrains fraîchement remués ne sauraient être regardées comme dénuées de danger, lorsque des quantités assez considérables des matières organiques accumulées dans d'anciennes fosses abandonnées se trouvent subitement placées au contact de l'air ».
Édifices publics. — Chauffage et ventilation. — Nous devons envisager ici les édifices publics au point de vue du chauffage et de la ventilation, qui constituent les conditions les plus importantes de leur salubrité.
A ce point de vue, on doit remarquer, avec nos collègues MM. Geneste et Herscher qui ont bien voulu nous fournir les éléments de cette appréciation pour laquelle ils ont une si haute compétence, il faut remarquer, disons-nous, que l'étude des questions de chauffage et de ventilation des locaux habités a fait de sérieux progrès en France depuis quelques années.
La construction de nombreuses salles d'école en France a été notamment l'occasion naturelle d'améliorations dans la voie desquelles on ne s'arrêtera plus. Le choix d'emplacements dégagés et ensoleillés, de salles élevées, spacieuses, bien éclairées, pourvues de larges orifices d'aération s'ouvrant sur des faces opposées de manière à favoriser la ventilation naturelle, telle est d'abord la donnée générale imposée.
En toutes saisons, l'ouverture en grand de baies d'aération est en outre réclamée après chaque occupation des locaux.
Pour compléter ces mesures, ou prescrit maintenant d'une manière générale l'installation de nombreux orifices spéciaux d'admission d'air pur ainsi que de cheminées de sortie, facilitant la ventilation artificielle des locaux pendant leur occupation. Enfin le chauffage très modéré de l'air pur introduit ainsi en abondance tend heureusement à se substituer à l'emploi d'appareils fournissant peu d'air chauffé à une température élevée.
Là, du reste, ne s'est pas arrêté le progrès ; on s'est trouvé,, en effet, amené à se préoccuper non seulement de fournir une quantité d'air déterminée pour un nombre donné d'individus réunis dans un même local, mais encore à répartir le mieux possible entre chacun d'eux l'air pur introduit. Pour cela, cet air doit être aussi peu chauffé que possible, de manière à se
répandre facilement, par suite de sa densité relative, dans la zone occupée, au lieu de se diriger vers le plafond avant d'être respiré, comme il arrive trop souvent. Même chimiquement pur d'ailleurs, l'air chauffé par les meilleurs systèmes affecte plus ou moins péniblement nos organes et l'observation physiologique concorde ainsi avec les déduction physiques concluant au minimum d'échauffementpour l'air pur introduit.
Le mieux à ce point de vue est que' la construction des murs soit telle que les variations thermométriques extérieures influencent le moins possible le régime même des salles.
Reste cependant à compenser l'action refroidissante agissant sur les parois qui y sont exposées et à empêcher la production des courants descendants d'air froid sur la face intérieure des murs et vitres. De cette nécessité on a déduit logiquement qu'il fallait pourvoir le bas de cette sorte de paroi d'une surface de chauffe compensatrice.
Les récentes installations faites dans les écoles de la ville de Pa ris en application de ce principe ont donné d'excellents résultats. C'est ainsi que dans les écoles de l'avenue Duquesne dont nous donnons ailleurs les plans (page 19), le tuyau de fumée du foyer établi dans chaque classe longe horizontalement près du sol la face vitrée du local. Une enveloppe garantit les élèves contre le contact du tuyau de fumée. Cette enveloppe est largement perforée en vue d'une abondante émission d'air venant de l'extérieur.
Pour les nouveaux lycées en construction, le système adopté est plus complet encore. L'importance des établissements permet de recourir à des surfaces de chauffe à vapeur qui se prêtent à une répartition perfectionnée de la chaleur. On obtient en effet, dans chaque salle, une véritable enveloppe artificielle chaude permettant d'introduire de l'air pur à basse température directement dans la zone occupée et de faire évacuer l'air vicié près du plafond.
Pour les salles d'hôpitaux, mêmes principes, mais en plus avec l'emploi de feux apparents placés dans chaque salle.
Pour les salles d'assemblée, les amphithéâtres, les salles de réunion, les théâtres, et en général tous les locaux à sièges fixes, les règles de la ventilation sont maintenant précises : parois enveloppantes maintenues chaudes, ventilation par de l'air introduit mécaniquement près de chaque individu à une température un peu inférieure à celle du milieu, et évacuation de l'air vicié par le plafond.
Dans le magnifique palais municipal réédifié à Paris, la salle du Conseil présente un exemple intéressant de dispositions rationnelles.
La coupe verticale de l'Hôtel- de- Ville de Paris (fig. 166; que nous reproduisons fait suffisamment comprendre corn-
ment l'installation est réalisée. Dans le même monument, les bureaux sont pourvus de surfaces de chauffe à vapeur développées verticalement près du sol dans l'embrasure des fenêtres. L'étude générale de ces importants travaux et leur exécution sont dues à la maison Geneste et Herscher de Paris.
L'initiative si louable des édiles parisiens en faveur des écoles et autres établissements municipaux, a trouvé des émules sur plusieurs points de la France, avant même cette admirable marche générale en avant dans laquelle les pouvoirs publics se distinguent au premier rang. Les administrations particulières suivent (plusieurs même avaient précédé) ; le mouvement enfin s'étend partout maintenant.
Il n'en reste pas moins beaucoup à faire même dans les hôpitaux, les casernes, partout, sans oublier, bien entendu, les ateliers ainsi que les habitations privées ; notre collègue , M. Hudelo, a en effet montré en 1879, devant la Société de médecine publique, dans une communication sur les orifices d'accès et de sortie de Vair dans la ventilation, combien, surtout en l'absence d'appareils propres à analyser le mouvement de l'air dans les salles ventilées, ces problèmes, malgré tous les progrès réalisés, offrent encore d'obscurité. Le résumé suivant de son mémoire constitue un véritable programme par l'étude de ces importantes questions :
Les principes fondamentaux pouvant servir à la solution du problème d'une ventilation parfaite comprennent : 1° l'influence de la vitesse d'accès; 2° l'influence de la température; 3° l'influence de la diffusion; 4° l'influence des personnes présentes; 5° l'influence des appareils de chauffage et d'éclairage; 6° l'influence des parois.
Au point de vue des deux premières influences, l'air entrant dans une salle y prendra des mouvements de direction variable, suivant la place à laquelle se trouvera disposé l'orifice et la température que possédera l'air introduit. Si l'on ne se préoccupe que du renouvellement de l'air de la salle, sans tenir compte des causes intérieures de réaction de l'air, on pourra établir les règles suivantes : Dans le cas d'arrivée d'un air chaud, on placera les orifices d'introduction à la partie supérieure de la salle, et les orifices de sortie à la partie inférieure. Dans le cas de l'air froid, on disposera les orifices d'introduction et de sortie de l'air en sens inverse, à moins que la grande hauteur de la salle, la petite vitesse initiale et la faible différence de la température de l'air introduit, ne permettent de placer les orifices de la même façon que dans le cas de l'air chaud. Ces règles sont celles que l'on suit généralement. Sont-elles absolument satisfaisantes? C'est ce que permet de juger l'étude des influences énumérées dans les numéros 3 à 6,
et ce qui se résume dans les conditions d'accès et de sortie de l'air de la ventilation. On devra introduire par des orifices de section totale aussi grande que possible, c'est-à-dire avec une très faible vitesse, de l'air ayant une température à peu près égale à celle à laquelle doivent être soumises les personnes présentes pour que leur bien-être soit assuré; cet air sera introduit au voisinage de ces personnes mêmes, et l'élévation s'en fera à la partie supérieure de la salle par des orifices placés à une certaine distance des assistants ; on évitera le refroidissement produit par les parois au moyen de surfaces de chauffe apparentes et non ventilatrices, disposées convenablement dans l'intérieur de la salle. Quelles que soient les précautions prises pour obtenir une bonne distribution de l'air de la ventilation, il restera toujours certains points de la salle où cet air arrivera peu ou point, et où par conséquent le renouvellement sera faible ou nul. Les positions que doivent occuper dans une salle donnée les endroits sans renouvellement, ne peuvent guère être déterminées théoriquement; d'un autre côté, l'ensemble des considérations qui précèdent, quelque probantes qu'en soient les conclusions, ne reposent cependant pas sur des faits d'une absolue précision.
On peut lire dans les ouvrages spéciaux récents et notamment dans le volume de la collection du Cours de construction civile, de M. P. Planât, intitulé : Chauffage et ventilation des lieux habités, dans le Traité théorique et pratique du chauffage et de la ventilation particulière des édifices publics de notre collègue M- Bosc, dans l'étude de notre ancien président, M. Emile Trélat, sur le chauffage et la ventilation du nouvel HôteËme-Ville de Paris, etc., quels sont les règles et les procédés actuellement suivis à ce sujet. Des discussions se sont aussi élevées devant la Société de médecine publique en 1880 à la suite d'une note de M. le Dr Layet sur les coefficients d'aération ou sur le renouvellement d'air nécessaire pour prévenir les effets et l'encombrement humain clans les espaces habités. M. Layet s'efforce de démontrer qu'il ne saurait y avoir un chiffre unique de ventilation toujours le même, aucun compte n'étant tenu de la grandeur du local et du nombre des personnes qui y respirent ; et il a dressé un tableau des coefficients d'aération permettant d'établir, tout de suite, la somme d'air à renouveler, suivant les différentes circonstances d'espace et de nombre. Il a même pris soin de mettre en regard une proportion des espaces considérés en mètres cubes et aussi les coefficients d'aération par bougie, par lampe et par bec de gaz produisant une quantité déterminée d'acide carbonique par heure, de sorte qu'en calculant l'espace en mètre cube accordé à une personne dans une salle, ou à plusieurs personnes dans une même salle, y compris les lumières qui y brûlent, on con-
naît par cela même, par le calcul des colonnes voisines, quelle quantité d'air par heure il faudra faire intervenir pour assurer l'aération.
Ces considérations de M. Layet ont donné lieu à une longue discussion devant la Société entre MM. Emile Trélat, Hudelo, Vallin, Charles Herscher, etc.
Celui-ci, voulant rendre bien tangible la progression de la viciation de l'air, a tracé les courbes ci-contre (fig. 167, 168 et 169). Ces courbes, au nombre de trois, correspondant aux capacités A, 10 et 20 mètres cubes par individu, représentent graphiquement, de 5 en 5 minutes, les viciations successives qui se produisent dans une salle ventilée à raison de 60m3 par heure et par personne.
La ligne des abcisses fournit l'indication du temps divisé de 5 en 5 minutes; les ordonnées correspondantes donnent les degrés successifs de viciation. Les chiffres qui ont servi à tracer les trois courbes ont été obtenus par l'application de la formule suivante:
dans laquelle on a :
y, Viciation à un moment quelconque de l'occupation d'une salle
donnée ; v, Volume (en litres) d'acide carbonique et de vapeur exhalés par
heure et par personne (t) ; V. Volume (en litres) de l'air supposé renouvelé par heure et
par personne; n. Nombre d'heures d'occupation (2) ; a. Rapport entre le volume renouvelé par heure V et la capacité
de la salle rapportée à l'unité individuelle. e, 2,718, base des logarithmes népériens.
Cette formule générale fournit, pour le cas qui nous intéresse, des renseignements bien frappants.
On voit, en effet, par l'application delà formule en question qu'avec une ventilation horaire de 60m3 par individu lorsque l'espace correspondant dont on dispose est de 4m3, la viciation au bout de la première heure atteint 499 millionièmes ; pour une capacité de 10m3, la viciation est de 498 millionièmes; enfin pour 20m3 de capacité, cette viciation est de 475 millionièmes; c'est-à-dire qu'entre les trois cas, l'écart de viciation, au bout de la première heure,
(1) Les tracés ci-contre ont été dressés en prenant v = 20 litres de CO -+ 10 litres de HO.
(2) Au lieu d'heures, ont peut prendre toute autre unité de temps quelconque sans changer le résultat.
Tracé de la. progression des Violations successives de l'air
dans des capacités différentes,
rapportées à l'unité individuelle (adultes)
et ventilées à raison de 60 mcubes par heure.
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