CHAPITRE VI
Hygiène et assainissement «Ses campagnes.
L'étude la plus complète qui ait encore été publiée en France sur l'hygiène rurale, c'est l'ouvrage que notre collègue M. le Dr Layet vient de faire paraître pour le concours du prix accordé par le Conseil provincial de Turin, à l'occasion du Congrès international d'hygiène de Genève. Ce livre, intitulé : Hygiène et maladie des paysans (G. Masson, éditeur), comprend en effet tout ce qu'il importe de savoir sur la vie matérielle des campagnards en Europe. Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à ce livre et de signaler aussi, parmi les travaux les plus importants publiés depuis quatre années, afin de faire connaître ce que sont aujourd'hui les paysans en France, « ces racines de l'arbre national », comme on l'a dit: V Essai de géographie médicale de la France, de notre collègue M. le Dr Chervin (Annales de démographie, 1880) ; le mémoire publié clans ce même recueil, en 1881, par M. le Dr Villard, sous le titre de V Emigration des ouvriers creusois considérée au point de vue hygiénique et sanitaire ; les rapports sur le recrutement dressés par un certain nombre de médecins militaires (Voir le Bulletin de V Académie de Médecine) ; les travaux présentés à la Société de statistique {Journal de la Société de statistique); les études de M. le Dr Deligny sur la population du canton de Toul (Meuse) ; l'ouvrage de M. le comte de Montalivet, intitulé : Un heureux coin de terre, etc., etc. On conçoit en effet que nous ne pouvons à cette place faire le dénombrement de tous les travaux qui se rapportent à l'hygiène de nos campagnes, qu'il s'agisse, par exemple, d'étudier l'insalubrité des cours d'eau du département du Nord comme l'entreprend depuis plusieurs années M. Meurein (de Lille), ou l'influence fâcheuse des fours à chaux sur les vignes voisines, signalée par M. Delcominète (de Nancy), ou l'infection du sol et des cours d'eau par les infiltrations provenant des buanderies, dont a eu à s'occuper M. le Dr Drouineau (de La Rochelle), ou encore l'imprégnation du sol par le gaz carbonique provenant de la décomposition des marcs de raisin, étudiée par M. Rabourdin (d'Orléans), etc. C'est, du reste, presque toujours par suite des établissements industriels que l'insalubrité des campagnes voisines donne lieuà des travaux de la part des Conseils d'hygiène, et c'est à ce chapitre qu'il nous faut renvoyer ainsi qu'au livre que vient de faire paraître l'un de nous. Nous devons également signaler le mémoire publié en 1879 dans le Lyon médical, par
notre collègue M. le Dr Rollet, professeur d'hygiène à la Faculté de médecine de Lyon, sur les résidus solides et liquides au point de vue de la salubrité.
Nous parlerons néanmoins de quelques autres questions qui ont le plus particulièrement attiré l'attention, au point de vue de l'hygiène rurale, depuis quatre ans.
Travaux d'assainissement des campagnes. — Parmi les opérations d'assainissement, de dessèchement et de drainage ainsi que d'irrigation exécutées en France depuis quelques années, soit directement par l'Etat, soit simplement sous la direction ou le contrôle des ingénieurs des ponts et chaussées, nous citerons notamment les suivantes :
Les Bombes sont un pays d'une superficie de 112,725 hectares, dont le sixième environ, 19,215 hectares, est occupé par des étangs mis en eau pendant deux ans et à sec pendant la troisième année, de sorte que la surface inondée annuellement était de 12,000 hectares. Dans ces conditions, l'état sanitaire du pays était tel que la mortalité, par suite des fièvres paludéennes, atteignait de 40 à 90 p. 100. Pour assécher ces étangs formés au moyen de barrages établis de mains d'homme au xve siècle, il suffisait de rendre aux eaux leur écoulement naturel. Depuis 1854, 91 kilomètres de cours d'eau ont été curés et redressés, 442 kilomètres de routes agricoles ont été ouverts, 10,462 hectares d'étangs supprimés et desséchés, 6,000 autres hectares obligatoirement asséchés par la compagnie concessionnaire d'un chemin de fer reliant Lyon à Bourg, 32 puits publics enfin établis, assez profonds pour procurer en abondance une eau pure, de bonne qualité. Depuis le commencement des travaux, la mortalité a diminué de moitié ; le nombre des exemptions du service militaire pour causes physiques, qui était de 52 p. 100, n'est plus que de 9 p. 100.
Des travaux non moins considérables et procurant des résultats tout aussi satisfaisants au point de vue de l'hygiène et de la fortune publique, ont été entrepris : pour dessécber et irriguer la plaine du Forez, pour assainir les Marécauxdans le département du Nord (objet d'un rapport de M. Faucher au Conseil d'hygiène du département, rapport qui a eu les non* neurs de la reproduction au liecueildu Comité consultatif d'hygiène publique), pour faire des irrigations dans les vallées des Pyrénées, dans la Sologne, ainsi que dans les plaines de Valence, dans les plaines d'Aix par le canal duVerdon, dans la vallée de la Garonne en amont de Toulouse par le canal de Saint-Martory, et bientôt sans doute, lorsque la loi spéciale depuis si longtemps attendue et actuellement en discussion au Parlement aura été votée, dans la vallée du Rhône par le canal d'irrigation Dumont.