SERVICE MEDICAL DE NUIT
mature un champignon en cuivre, et il s'établit alors une circulation de la lessive à haute température.
Afin d'empêcher toute perte de calorique, il est indispensable d'adapter au cuvier un couvercle fermant hermétiquement.
Le linge soumis pendant deux heures à l'action de cette lessive à haute température est absolument nettoyé, toutes les taches sont saponifiées; très vraisemblablement tous les germes de maladies sont détruits.
Pour enlever les dernières traces des souillures, le linge, à la sortie des cuviers, était soumis à l'action d'un fort courant d'eau au moyen d'un tonneau rinceur système Decaudun. Ce tonneau, disposé de manière à obtenir un renouvellement constant- de l'eau de rinçage, avait pour moteur la machine à vapeur d'une locomobile qui fournissait en même temps la vapeur utile au fonctionnement du cuvier à lessive.
Enfin le linge était égoutté et renvoyé à son propriétaire, accompagné d'un certificat de désinfection.
En résumé, la ville de Bordeaux a réalisé une idée juste en établissant un service pour la désinfection des linges des varioleux. Elle l'a réalisé dans des conditions sans doute insuffisantes, pour des causes indépendantes de sa volonté, mais qui, il faut l'espérer, ne tarderont pas à disparaître.
Voitures spéciales pour le transport des contagieux. — La construction de plusieurs voitures spéciales pour le transport à l'hôpital des malades atteints d'affections transmissibles a été décidée l'année dernière, à la suite d'un rapport de notre collègue M. le Dr Auguste Voisin, au nom du Conseil d'hygiène de la Seine, par le Conseil municipal de la Ville de Paris, quia voté une somme de 8,000 francs pour l'achat, l'entretien et l'utilisation de trois voitures du modèle en usage à Bruxelles. Ces voitures seront desservies par le cheval et le cocher d'une voiture de place, réquisitionné en cas de besoin, et qui recevra une indemnité de S francs par heure ; elles seront chauffées et désinfectées après chaque transport. L'appareil de chauffage, du système Lemeunier, est placé dans un angle de la voiture, de manière à donner une chaleur de 18 à 20 degrés ; on brûlera des briquettes de charbon de Paris et une cheminée d'appel servira au dégagement des gaz de la combustion ; l'épuration de la voiture aura lieu à l'aide de l'acide sulfurique nitreux. Diverses mairies ont été désignées pour le dépôt de ces voitures ; jusqu'ici l'emplacement n'a pu être déterminé et les voitures sont encore inutilisées.
A Bordeaux, d'autre part, une voiture spéciale conduit depuis quelque temps les varioleux à l'hôpital. A Marseille, on peut le voir plus loin, ce service est réglementé par un arrêté spécial (p. 364).
Service médical de nuit. — Le service médical de nuit,
organisé à la fin de 1875, a reçu diverses modifications et améliorations dans ces dernières années. Ce service est, rappelonsle, organisé comme il suit : dans chaque quartier, les médecins qui veulent bien faire partie de ce service se font inscrire au commissariat de police ; toute personne qui, la nuit, a besoin d'un médecin, peut s'adresser au poste de police le plus voisin et désigner celui des médecins inscrits dont elle réclame le secours. Un agent de police accompagne cette personne chez le médecin désigné, accompagne ensuite le médecin chez le malade et le reconduit jusqu'à son domicile, après lui avoir remis un b'on d'honoraires de 10 francs.
Ce service a été très goûté de la population parisienne et les dépenses qui ont été occasionnées de ce chef n'ont pas cessé de s'accroître. En 1880, ces dépenses se sont élevées à 52,625 fi\, et en 1881, à 56,622 francs.
Le Conseil municipal a exprimé le désir que l'Administration présentât un projet d'organisation d'un service pharmaceutique de nuit. La préfecture de police propose d'instituer des boîtes de secours pharmaceutiques de nuit. Cette boîte, de petite dimension, garnie d'une poignée et aisément portative, serait portée par l'agent qui accompagnerait le médecin lors de sa visite de nuit. Le médecin pourrait, en cas d'urgence, trouver ainsi sous la main du seigle ergoté, de l'éther, de l'alcool camphré, de l'ammoniaque, du perchlorure de fer, du papier sinapisme, de la farine de lin, de l'émétique, de l'ipéca, du chloroforme, de la charpie, du laudanum, des compresses, des bandes, un appareil de fracture.
C'est là une amélioration désirable que déjà, il y a quelques années, l'un de nous réclamait dans la presse politique (1), et qui complétera utilement le service médical de nuit, organisé à Paris et ensuite dans toutes les grandes villes de France.
Kiosques avertisseurs. — Ce service de secours est encore évidemment insuffisant dans une grande ville comme Paris. Il sera certainement assuré si on adopte le système de kiosque avertisseur qui a été proposé par notre collègue M. J. Cambon, alors secrétaire général delà préfecture de police et maintenant préfet du Nord. Dans le système inauguré par notre collègue, dont on connaît le zèle et la compétence en matière d'hygiène publique, il y aurait à Paris 464 stations télégraphiques, établies dans des kiosques avertisseurs et réunies au poste de chaque quartier, et, par ce poste, à la préfecture de police. En ajoutant à ces 464 kiosques, les 80 postes de quartier, on voit, que la population parisienne aurait 544 points où elle pourrait, d'une façon permanente, s'adresser pourdemander des secours.
(1) Petite République française, 1879.