L'IMAGERIE SPONTANÉE ET L'IMAGLRIE VOLONTAIRE
Voici ce qu'Armande & dit, et ce que j'ai noté en l'écoutant. Elle a les yeux fermés. La succession d'images a lé très rapide : « Je vois le salon de M... — il n'arrive rien, c'est si calmel — Ça ne continue pas. — Je vois un drapeau — qui me fait penser à une grande plaine où il ÿ a un bastion (le bastion des Trois-Mousquetaires). — — Je vois la place près de 3... (marehand de bicyclettes à EF...) Ça brille beaucoup, je mène ma bicyclette à réparer.Je vois des poissons accrochés, je ne sais pas où. — — Rien.— Dans la rue Grande, Camille arrivant et tomdant de bicyclette. — Je vois la gare de M..., près du te — Je vois très bien un parapluie. — Rien. — Un jeude quille devant la fenétre de notre maison à Saint-V.… — La maison fait une ombre très noire qui se projette “rés loin sur le quai. — Pas une idée ne se suit — c'est comme haché. (Après réflexion, ouvrant les yeux.) Je vois eau d'une ville, une rue, une place, et tout d'un , à la place, je voisautre chose. — D. Ce n’est pas une “iransformation ?—R. Non. Cen’estpasune transformalion, (aa air de se mottre devant, et le fund a l'air de s'effacer. » Le lendemain, je l’interroge longuement, et elle end que ces défilés d'images lui sont familiers, al l'assaillir pendant qu'elle est toute seule à rèvas- , étqu'elle a les yeux ouverts; les images se succèdent nent, elles sont différentes, et Armande ne s'attend je seconde auparavant à celle qui lui apparait. Ce VPamuse; mais parfois, pendant une occupation e, quand elle apprend par cœur, celle prolifération « Alfaut alors, dit-elle, que je täched’avoir desimace que j'apprends, que je me représente ce que un vers, pour chasser les autres images. Mais le vent ce sont des pensées et non des images. Je ‘dés choses que je ne vois pas. »
qu'il semble facile de faire ces analyses psycholosde l'idéation, car elles exigent seulement du papier, a
de l'encre et un peu de Er j'en ai rarement | rencontré des exemples dans la littérature.
Le seul exemple que j'en connaisse & été donné par Galton et jel'aireproduit dans ma Psychologie du raisonnement (p. 104). C'est une observation qu'un clergyman a faite sur lui-même. llraconteque, fermant les yeux, il voit une série d'images, qui se succèdent; ces images procèdent directement les unes des autres ; elles se lransforment, au sens réel du mot. Chez Armande, comme elle le dit elle-mème, l'image ne se transforme pas; il y aun défilé d'images différentes, qui se chassent, Je ne crois pas cependant qu'on puisse affirmer qu'il y a Loujours succession el jamais métamorphose. Le lendemain, j'ai répôlé l'épreuve, en priant Armande de bien vouloir coter. ces images, car je supposais qu'elles devaient être très intenses, mais je me trompais, Voici celte nouvelle série :
(Elle ferme les yeux)... « Je vois un caniche qui fait le beau — seulement il se transforme en un dessin dé tapisserie. … Je la vois avec les yeux sans le penser,.. Je ne sais pas comment le faire — D. Choisis une première. image, et puis vois ce qu'elle devient, Par exemple, l'é= glise de M... —R.Jo vois surtout lebijoutier d’en face —ÿe vois Loujoursla place sansque çachange… il ya un chien qui traverse dans le lointain, maintenant je vois des peti> les ‘maisons sur une roule isolée. C'est imaginaire... Je vois uné quantité considérable de parapluies. — Je vois une vieille gravure (ici des détails que je n’ai pas eue temps de marquer). — maintenant je me représente Jabro= derie de Marguerite.Oh! elle s'amplifie, cette broderie, elle devient immense... de vois un panier sur une chaise... — D, Essaye de coter cela comme intensité. — R. Je ne me souviens plus. — D. Les maisons sur la route isolée ? — R., 5 à 8. — D. La quantité de parapluies ? —R. Oh! 3—D. Souvenir de gravure ? —R.6.—D. Etpuis,
TANÉE ET L'IMAGERIE VOLONTAIRE 163 ?— R. Je ne me souviens pas... une
A mende série d'images a été donnée environ en 2 minutes. Armande ne parle pas continuellement, elle note - ce qu'elle voit, puis se lait : et sun silence est figuré dans Deere précédent par un lrait. On ne peut se défendre comparaison. Colle succession d'images visuelles rasenble beaucoup à ces « dissolving views » obtenues rojetant sur un écran avec une lanterne, une première 1 puis une seconde image, qu'on éclaire progressivement pendant qu'on obscurcit la première. Ce n'est là ne comparaison bien incomplète avec un phénomène physique ; 3 et cependant cette comparaison me paraît i comme impression morale, Armande est bien son image mentalecomme'sielle était assise devant n du cinémalographe; je suppose qu'on lui demande décrire ce qu'elle verrait pendant les projections, parlerait pas autrement que lorsqu'elle analyse
ons-nous certaines de ses expressions, « Je vois. rs la place sans que ça change. il y a un chien qui. dans lelointain. » N'est-ce pas une description bien phique?J'entends par là unedescription d'imai semblent extérieures à l'esprit d'Armande, Autre raison, aussi nécessaire que la précédente, L'idéaande rappelle les exercices de cristal-vision. quoi ils consistent. Une personne douée pour. fignore si tout le monde y est apte — regarde avec fixité une surface brillante, par exemple celle de cristal taillé, ou une boule de verre; au quelque temps de contemplation, le sujet voit se Le cristal de petites images, qu'il décrit comme un détail très fini, et de couleurs brilmages sont des objets de fantaisie, ou bien au les retracent des scènes de la vie passée du
sujet. Leur caractère essentiel, c'est c'e
pent en dchors de sa pensée volontaire ; il y assiste en
spoelateur, il ue Les appelle pas, ne les modifie pas volon-
iairement. IL y a une littérature très abondante sur ces
exercices de eristal-vision. On la trouvera presque
| gulièrement réunie dans les curieux Proceedings of the
| Society for Psychical Research, de Londres. Sices exer-
aices ont été pratiqués avec Lant d'assiduité, surtout par
des dames anglaises, c’est parce qu'il s'y attachait un inté-
rêt pour celle chasse au surnaturel qui a séduit tant d'es-
prils en Angleterre. On a trouvé dans le eristal-vision
une méthode pour fouiller le domaine de la sous-cons
cience, méthode comparable à celle de l'écriture autas
malique. On a conslaté, ou cru constater, que, parmi ces
images. il y en avait de prophéliques, qui figuraient des
événements à venir ; d'autres faisaient revivre des sou
venirs complètement effacés, ou pouvaient apprendre des
faits entièrement ignorés, par exemplela place d'un objet
perdu. La préoccupation du surnaturel a détournéles esprits:
de la psychologie de ces images spéciales, de même que le
« culte du spiritisme n'a point porté les adeptes à étudier
l'élat mental des médiums ni le mécanisme de leurs mouvements,
—. J'aidoncétéun peu étonné de rencontrer chez Armandey, | qui n'a jamais lu d'études de ce genre ou entendu parler: | de eristul-vision, une idéation ayant un caractère aussi
particulier, J'ai cru d'abord qu’en fermant les yeux eten formant ces séries d'images elle se mettait sans le savoir dans un élat un peu arlificiel; mais elle m'a assuré que c'est là sa manière habituelle de penser, quandielle pense:
avec des images.
Passons maintenant à Marguerite; si elle s'applique à une représentation mentale, elle en perçoit bien le détail, | et celte image a une grande netteté, puisque Marguerite lui attribue souvent la vivacité de la sensalion réelle;