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bien liée; très copieuse, prouvant une bonne mémoire; quelques détails inexacts que nous avons soulignés. \
Les copies appartenant à ce type descriptif permettent” d'apprécier l'exactitude et l'étendue de la mémoire des ! enfants; elles indiquent aussi jusqu’à quel point ils man- quent d'attention systématique, et aussi d’émotivité. Ce sont | là les trois données principales que cette expériencew fournit.
2° Type observateur
Le tableau que nous présentons aux enfants ne contient pas seulement des personnages et des objets; ces personnages sont groupés d'une certaine manière, leurs figures sont expressives, ils disent et font quelque chose; le tableau a un sujet, il représente une action particulière, Les élè-" ves que nous rattachons au type observateur (terme que nous employons faute de mieux) ont fixé principalement « leur attention sur le sujet de la scène. Déjà nous avons vu que beaucoup d'enfants descripteurs ont un peu cette tendance, car ils commencent par décrire le vieillard, qui est l le personnage principal; mais, chez les observateurs, cette | tendance est bien plus marquée; les personnages sont | reliés les uns aux autres, leur attitude est comprise ou conjecturée; c’est une description de tableau vivant. R
On pourrait croire que, s’il en est ainsi, c’est parce que les enfants de ce groupe savaient la fable par cœur; mais,» en réalité, on verra que beaucoup d’entre eux isnoraientw la fable et ont inventé un sujet d'un genre un peu diffé-. rent.
(10) Le laboureur qui est couché, ses enfants qui sont près de son lit, il leur parle, il est près de mourir, il a l'air triste, ils sont | tous réunis autour de lui, — Elève de 10 ans, 1'° classe. — Description de mémoire. %
Appréciation. — Description du sujet de la seène. Laco-. nisme et sécheresse.
Ge.
(11) Un vieillard, sentant qu'il allait mourir, appela ses enfants; ils étaient quatre, les trois premiers étaient âgés de quinze, seiz?, dix-sept ans, le plus petit assis sur les genoux de sa mère, l'autre appuyé au fauteuil écoutait le vieillard parler, et qui disait :
« Més enfants, ne vendez pas ces terres, qui viennent de mon : père; dans ces terres un trésor est caché, fouillez, creusez et vous verrez que vous le trouverez. » Pendant qu'il parlait ainsi la servante allait chercher du vin dans l'armoire, le chien suivait ses mouvements. Le vieillard dit encore : « Ne vendez point les terres, » et ses yeux se fermèrent. — Enfant de 12 ans, 2° classe. — Description de mémoire.
Appréciation. — Description du sujet de la scène. Beaucoup de détails. Tour dramatique.
(42) Le tableau du laboureur et de ses enfants représente un vieillard couché sur son lit de mort, et ayant à ses côtés ses enfants et leurs femmes, ainsi que la femme du mourant qui cherche à Le soulager en lui donnant quelque chose. Sur son fauteuil est un de ses petit-fils qui écoute attentivement les conseils que le père donne à ses enfants, sans faire le moindre bruit ni le moindre mouvement. A côté du lit du mourant se trouve son chien. A son tour, le mourant fait des représentations et donne de bons conseils à ses fils, car il sait que s'ils se laissaient entraîner par de mauvaises compagnies, ils pourraient se ruiner. Un grand feu est allumé dans la chambre du mourant.
Appréciation. — Description du sujet de la scène. — … L'enfant ne paraît pas connaître la fable. Peu de détails. Quelques erreurs (soulignées).
(43) Le tableau représente une humble cabane meublée très simplement. Au fond du tableau, l'on voit un lit, sur lequel un vieillard majestueux parle à ses fils qui ont un air de respect devant le wieillard. Is ont l'air triste et songeur; à côté d'eux, un enfant de 5 à 6 ans s'amuse; puis une petite fille, d’une douzaine d'années, prête l'oreille, à côté d'elle, assise près de l’âtre, une jeune femme a sur ses genoux un enfant. Tout à l’autre bout de la pièce, un chien, à ce que l'on voit, a l'air d'aboyer, puis plus loin, près de la porte, une vieille femme coiffée d'un bonnet blanc a l'air d'ouvrir le guichet, probablement au docteur. Cet aspect du tableau reproduit une
fable de La Fontaine, {e Laboureur et ses enfants. — Fille, 1'° classe, 12 ans.
Appréciation. — Description du sujet. Beaucoup de
détails, bien liés.
plexe que le type descripteur; il exige certainement plus”
Nous pensons que ce type de l'observateur est plus com="
habileté, plus d'art, un choix plus irtslligent des détails. intéressants. Gardons-nous de conclure cependant qu'un | enfant qui observe est plus intelligent qu’un enfant qui décrit. Cette conclusion tranchante risquerait fort de tom ber à faux. Ce sont plutôt deux orientations différentes de l'esprit, et on peut faire preuve d'intelligence dans lune“ ou l’autre de ces deux orientations: bien plus, il est possible qu'un enfant montre de la mémoire, de l'adresse et même du jugement en faisant une description nature morte tandis qu’un autre enfant commettra des erreurs, fera des” conjectures puériles ou montrera d’autres défauts intellec-w tuels en faisant une description de tableau vivant.
3° Type émotionnel.
L'observateur, au lieu de décrire sèchement le sujet de la scène, exprime l'émotion qui s’en dégage; nous avons alors le type émotionnel, qui ne diffère pas intellectuellement du type observateur, si ce n’est par ce détail que le nombre des observations est généralement moindre.
(14) Un laboureur âgé de 70 ans était tombé malade. Ses enfants venaient le voir tous les jours. Ce pauvre homme ne pouvait plus résister. Quand il voyait ses enfants, c'était tout. Aussi ils l’aimaient bien et lui apportaient de toutes choses. Il avait un bon chien, il se “ couchaïit au pied de son lit, une petite fille qui pleurait à touts \ larme. Enfin, ce pauvre homme était bien aimé. — Enfant de 10 ans, 4° classe. — Description de mémoire.
Appréciation. — Ne paraît pas connaître la fable. Description du sujet de la scène. Peu de détails. Beaucoup de sentiment.
(45) C'est dans une pauvre chaumière que se passe cette triste scèue. Il y a un pauvre laboureur agonisant dans son lit, et un lit,
un bien pauvre lit. Parlant difficilement, il dit à ses file: « Mes w enfants, fouillez bien la terre, ne laissez pas, un endroit où la bêche
n'ait pas passé et repassé. » A côté du lit du moribond est la mère qui a un petit bébé dans ses bras, un autre enfant est devant le lit de son père, écoutant ses sages paroles. La maison est surtout triste. — Garçon de 10 ans, 3° classe. — Description d’après nature.
Appréciation. — Description du sujet de la scène. Peu de détails. Du sentiment. Phrases bien faites.
(16) C'était un laboureur bien pauvre, il se voyait mourir et il appela ses enfants. On le voit dans son lit, très mal. Tous ses enfants sont près de lui, presque les larmes aux yeux, même le plus petit qui a l'air d'écouter avec attention. C’est très touchant de voir ce laboureur dans son lit, et les enfants autour. On dirait que le père a l'air de leur causer. On voit une vieille bonne femme qui a l'air de chercher dans un placard.pour les médicaments; on dirait
que c'est la maman, qui elle aussi est bien vieille. — Garçon de 12 aas et demi, 4° classe. — Description de mémoire. Appréciation. — Description du sujet de la scène. Peu
de détails. Sentiment. Phrases naïves.
(17) Tout le monde est triste à la maison, même le chien qui a toujours été fidèle au laboureur qui est près de mourir. Les six enfants ont beaucoup de chagrin, mais leur père leur parle avec tant d'affection qu'il ranime leur courage. Il laisse malheureusement trois beaux petits enfants qui pleurent de chagrin. Ce n'est pas pour cela que le désordre règne dans la maison; au contraire, chaque chose est “à sa place, et la servante n’en continue pas moins son ouvrage. — Garçon de 12 ans, 2° classe. — Description de mémoire.
Appréciation. — Description du sujet de la scène. Sentiment. Phrases assez bien faites.
(18) Regardez cette chambre, ne voyez-vous pas quelque chose de naturel! Regardez comme tout le monde écoute; hommes, femmes et enfants baissent les yeux à la voix du vieux père qui fait ses recommandations avant de mourir. Voyez-vous cette femme assise qui tient sur ses genoux un nouveau-né? Cet enfant lui aussi écoute les paroles sacrées du bon vieux père qui fait retentir dans cette chambre sa voix mourante. Regardez bien ce tableau, ne vous impressionne-t-il pas de voir le vieillard se lever sur son séant pour prononcer ses dernières recommandations? — Garçon de 15 ans, 1° classe. — Description de mémoire.
Appréciation. — Description du sujet. Peu de détails
Sentiment. Tour emphatique. Des naïvetés.
(49) Au milieu de la chambre, nous apercevons un lit avec des rideaux blancs, au milieu duquel est assis un vieillard qui, se sen tant près de mourir, fit venir ses enfants pour leur parler. Nous"
apercovons donc 3 jeunes gens, dont un est appuyé contre le dit, regardant son père, ayec un air triste et désolé; le second, ayant les mains derrière le dos, est triste également, et le 3° est! près de s'élancer au cou de son père pour lui dire au revoirl! Tandis qu'à côté d'eux sont 3 petits marmots, probablement ses petits-enfants
qui ont l'air de prendre peine aux malheurs de leurs parents. Nous apercevons, près de la cheminée, une bonne qui est en train de
nettoyer un des petits enfants. Pendant ce temps, une autre bonge va ouvrir la porte, car elle vient d'entendre frapper; ce sont sans doute des voisins qui viennent dire adieu au vieillard. Le chien aboe, mais pas un aboiement gai, car lui aussi est bien attristé de perdre son bon et fidèle maître.
Appréciation. — Description du sujet. Beaucoup de détails. Conjectures. Sentiment.
On peut se demander si les enfants du type émotion-
nel ont réellement éprouvé l'émotion qu'ils expriment dans leur copie ou s'ils ont simulé l'émotion, ou encore s'ils ont employé un langage émotionnel qui leur est fourni par leur mémoire et qui n’a pour eux aucune signification précise. On pourrait encore se poser bien d’autres questions; par exemple, si des enfants prompts à s'émouvoir devant une scène touchante, comme celle de la photographie, sont en réalité des émotifs dans leur vie de tous les jours, Je pose ces points d'interrogation, bien que je ne puisse évidemment pas répondre à tous; maïs je suis en mesure de donner quelques renseignements curieux sur quelques-uns. Dans les notes et appréciations que les professeurs ont écrites sur leurs élèves et que le directeur de l’école a contrôlées avec soin, je vois que, sur 5 élèves (n°° 14 à 18 des copies) que j'ai rangés dans le groupe émotionnel, 4 ont un caractère froid, une nature sèche, peu de sensibilité; le 5° seul paraît sensible.
4° Type érudit.
Nous groupons ici les enfants qui se rappelaient la fable de La Fontaine et qui, au lieu de décrire le tableau, ont résumé la fable, ce qui était certainement beaucoup plus facile. Notre groupe est probablement formé en majeure partie de paresseux, ou d'esprits lourds qui, n'ayant pas senti l'attrait du travail qu'on leur demandait, s’en sont dispensés.
Plusieurs élèves ont simplement reproduit la fable, la sachant par cœur. D’autres l’ont mise en prose.
(20) Description du Laboureur et ses enfants. Un laboureur sentant - sa mort fit venir ses enfants et leur dit: Travaillez, labourez la terre. Plus de courage vous fera gagner votre vie. Il faut toujours travailler. Il fit venir toute sa famille, il dit à ses enfants : un trésor est caché dedans (la terre). Ils cherchèrent. — Garçon de 9 ans, 4° classe. — Description de mémoire.
Appréciation. — Résumé de la fable. Aucune indication de la photographie.
(21) Un laboureur sentant sa fin prochaine fit venir ses enfants et leur dit : Je me vois près de mourir, et j'ai caché des trésors dans la terre. Vous pouvez bêcher, fouiller, vous les trouverez.
Après la mort du père, les fils se mirent à travailler, et pendant plusieurs jours ils fouillèrent la terre, mais ils n’y trouvèrent rien. La femme et les enfants furent désolés.
Appréciation. — Résumé de la fable. Presque rien de la photographie. Oubli comique de la moralité.
(22) Un laboureur étant près de mourir appela tous ses enfants et petits-enfants; étant tous réunis, il leur explique qu'il y a un trésor dans un champ et qu’un peu de courage le leur fera trouver. Allez, leur dit-il, un peu de courage vous le fera trouver. Ses enfants après avoir retourné le champ ne découvrirent aucun trésor; mais à la
nouvelle saison le champ produisit le double. — Garçon de 14 ans, 2° classe. — Description d'après nature.
Appréciation. — Souvenir de la fable. Rien ou presque
rien de la photographie.
Depuis mes premières études sur la description d'objets, quelques auteurs ont repris l'étude de ce test. Je me borne à signaler les suivants : Leclerc qui a publié une étude dans l'Année psychologique (IV, p. 379), y rapporte des expériences faites sur des jeunes filles auxquelles ül demandait de décrire une montre; le travail est intéressant, mais la partie purement expérimentale n’est pas suffisam-
ment développée, et l'auteur accorde trop de place à des.
considérations a priori sur la psychologie de la femme. Dwelshauvers a fait (Revue de l’Université de Bruxelles, t. IV, 1899, p. 29) quelques expériences rapides de description d'objets; il a trouvé les résultats très significatifs, à ce qu'il assure, et considère cette épreuve comme capable de renseigner sur les aptitudes intellectuelles des jeunes gens, et surtout sur leur manière de travailler; malheureusement, il ne donne point de détails. En 1899 (Psych. Rev. X, 3), Sharp, ayant fait de la description d'objets, a retrouvé mes résultats anciens, et il a donné l’intéressante suggestion qu'en faisant décrire des gravures qui ne sont pas connues des sujets, on augmente l'importance des différences individuelles. Enfin, Stern a publié dernièrement une brochure sur la psychologie des différences individuelles; il y parle de mon test, mais n'apporte aucune contribution expérimentale. En ce qui me concerné, j'ai publié seulement deux articles jusqu'ici sur la description d’objets; le premier, déjà cité, et le plus important, a paru dans l'Année psychologique, III, 296; le second, qui est un peu un article de vulgarisation, a paru dans la Revue des Revues, en 1898.
Tout ce que je veux retenir des travaux antérieurs, c'est la double proposition suivante: |
1° L’expérience de description d'objets révèle l’existence de plusieurs types mentaux distincts, le descripteur par énumération, l'observateur, l’idéaliste, l’esthéticien, l’émotif.