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« Je regardais une des lampes du wagon qui avait une M
belle flamme, un peu fumeuse, etc.; » elle compare cette lampe à l'autre qui manquait d'essence, elle donne ensuite
des détails sur le wagon, qui est du type de ceux w
qui circulent sur la ligne de ceinture, elle décrit la forme et la couleur des lampes, des banquettes, le mode d’ouverture et de fermeture de la portière; toute cette descrip-
tion prend une bonne page. La description des personna-
ges présente les mêmes différences, mais c'est un peu moins marqué; Armande décrit d’un trait rapide, tandis que Marguerite insiste davantage; plusieurs petits faits sont oubliés par Armande, et retenus par Marguerite. Je note aussi qu'Armande a commis trois erreurs, peu importantes, il est vrai, et Marguerite n'en a commis aucune,
Est-ce là une expérience? Non évidemment, ce n’est pas une expérience rigoureuse; mais c'est une observation qui porte sur un fait réel, et elle a le mérite de bien mettre encore une fois en lumière que Marguerite non seulement a une meilleure mémoire, mais encore plus d'esprit d’observation.
2° expérience, — Autre souvenir de la veille. — Je
demande aux deux jeunes filles de me raconter, par écrit,
tout ce que nous avons fait la veille en famille, depuis la fin du dîner jusqu’au coucher. Armande donne beaucoup de petits détails sur les paroles échangées et les actions de chacun, elle n'oublie qu’une chose, l'événement le plus important de notre soirée, c’est que nous avons enregistré nos voix au phonographe. Ce n’est certainement pas une faute de mémoire, mais seulement une étourderie. Marguerite ne la commet pas, elle garde un souvenir plus complet de la veille.
3° Expérience, — C’est la dernière. J e demande aux deux
jeunes filles de me décrire par écrit tous les objets
qui sont sur les murs de leur chambre à coucher; elles ont
la même chambre. Les descriptions ont la même longueur,
3 pages. Pour apprécier ces deux descriptions, il faut faire une distinction, de l'importance de laquelle je ne m'étais pas avisé tout de suite. Quand chacun de mes sujets avait terminé sa description, j'avais lu rapidement cette description, et, la trouvant incomplète, je leur avais demandé
de préciser certains petits détails. Ces additions sont heu-
. reusement restées séparées de la partie précédente par un
trait horizontal; si on les y confondait, on dénaturerait complètement les résultats. C’est que ma recommandation a eu pour effet de changer complètement la nature du test, et d’en faire un exercice de mémoire au lieu de lui laisser son caractère de test sur l'esprit d'observation; pour répondre à ma demande, les deux jeunes filles se sont efforcées de préciser leurs souvenirs tandis que jusque-là elles s'étaient abandonnées à leur naturel. Si on tient compte des additions qu'elles ont faites, on trouve que Marguerite cite 23 objets et Armande 28; simple exercice de mémoire. Si on supprime ces additions, alors on a deux copies qui diffèrent entre elles à peu près comme les descriptions d'objets que nous avons fait faire à Marguerite et à Armande.
La description d’Armande manque de 3 caractères qui sont au contraire assez bien représentés dans la copie de Marguerite; ces 3 caractères sont : la précision de la description, l'indication de la position de l’objet, l’ordre suivi dans la description.
La différence que je signale est He dès le commencement des deux descriptions. Celle d’Armande débute ainsi : « Les objets qui frappent le plus mon souvenir sont tout naturellement les tableaux; un grand tableau représentant deux enfants, l’un tient un album, et l’autre étend le bras vers la mer. » On voit qu'aucune allusion n’est faite à la position de ces objets. La description continue :
« Deux autres tableaux dans des cadres blancs. » Remar.--
quons combien c'est vague! « Troïs autres gfavares enca-
drées représentant des choses d’Eglise. » Toujours le même
vague. Aucune indication de position. « Un cadre de photographie en cornet, où il y à de vieilles photographies de ous. Près de la cheminée, il y a deux petits sabots accrochés, une petite caricature », elle ne dit pas laquelle; « une photographie dans un cadre en velours rouge »; ‘elle ne dit pas laquelle, « une gravure entourée d’un papier vert d'eau », aucune indication de sujet. « Il y a encore d'autres photographies pendues au mur, puis deux petits masques de diable, » erreur, il n'y en a qu'un. Ces imprécisions ne sont pas dues à un défaut de mémoire; si Armande ne dit pas ce que renferment tels cadres, elle le sait pourtant, car je le lui ai demandé et elle m'a répondu exactement; elle ne manque donc pas de mémoire; c'est plutôt une tendance d'esprit à ne pas préciser, à ne pas aller jusqu’au bout de sa pensée; c’est peut-être:cette tendance qui explique en partie l'abondance d’abstractions qu'on remarque dans son esprit. Après le défaut de précision, signalons l’absence d'indication de position; Armande se contente de dire que certains objets sont « près de la cheminée ». Enfin, elle ne met aucun ordre dans sa description, si ce n’est, comme elle semble PERS par ses premiers mots, un ordre d'importance.
Dans la description de Marguerite, on ne trouve pas les expressions vagues qui abondaïent dans la rédaction d’Armande, sauf pour le porte-photographie. De plus, Marguerite a toujours eu la préoccupation d'indiquer la position exacte des objets : à gauche de la cheminée, au-dessus de la commode, au-dessus de la toilette. C’est là peut-être un trait de l'esprit d'observation; en tout cas, il ne manque pas à Marguerite; elle situe chaque objet, tandis que ceux d'Armande restent en l'air. Un autre caractère bien net de cette rédaction, c'esi qu’elle suit un ordre spécial. Marguerite commence par le mur auquel est adossé le
chevet de son lit, puis elle continue vers la droite, et tous les objets suivants, tableau, commode, cheminée, porte, toilette, sont ceux qu’on rencontre successivement en parcourant la chambre de gauche à droite; elle fait aïnsi le tour complet de la chambre, et revient au point de départ, où elle signale divers objets qu’elle avait oubliés.
J'ai donc dit qu’en s’en tenant à cette première partie de l'expérience, on aperçoit nettement la différence mentale de ces deux jeunes filles; mais si on insiste, comme je l'ai fait, pour avoir de nouveaux détails, alors il apparaît au'Armande peut apporter autant de précision que Marguerite dans sa description, car les souvenirs ne Jui font pas défaut, mais d'elle-même elle n’avait pas senti le besoïn de les évoquer.