CLASSIFICATION PSYCHOLOGIQUE DES MOTS ÉCRITS
Je passe à la question principale que je me suis proposé d’élucider avec le test des 20 mots; c’est celle de la nature
psychologique des mots écrits; c'est, en d’autres termes, la classification des idées au point de vue du mode de connaissance.
Pour connaître le sens véritable dans lequel ont été pris les mots écrits, il est tout à fait nécessaire d’interroger les sujets sur l’idée qu'il avaient dans l'esprit quand üïs ont écrit ces mots; car le mot par lui-même n'indique pas toujours cette idée. Il arrive souvent qu’une personne prend dans un sens abstrait un terme concret, et qu’à l’inverse elle écrit un nom abstrait en ayant une idée concrète. Ainsi, Armande écrit petitesse, et elle pense à une personne de ses connaissances qui est petite. Par conséquent, tout en attachant l'importance qu'il mérite au fait même d'avoir écrit un mot abstrait, il faut rechercher si ce mot était accompagné d’une pensée abstraite ou d’une pensée concrète.
Cette analyse, qui demande beaucoup de temps et de patience, n’a pas toujours été faite par les auteurs qui ont publié des expériences sur les associations d'idées; ils se contentaient trop souvent de noter simplement les mots qui avaient été dits en association, sans demander l’explication de ces mots. Ainsi comprise, l'expérience sur l'association des idées reste bien superficielle; comme Sanford l’a remarqué un des premiers, elle ne peut donner que des résultats douteux. Je possède des documents nombreux provenant d'expériences anciennes sur les associations d'idées faites à mon laboratoire, avec des adultes, et je ne cherche pas à les utiliser, parce que les personnes ont simplement donné des mots, sans expliquer le sens qu'elles y attachaient.
La classification que je vais proposer est, comme toutes celles qu’on a proposées jusqu'ici, arbitraire; et il se passera peut-être bien du temps avant qu'on en trouve une qui satisfasse tout le monde; la mienne me semble avoir deux avantages ; d’abord elle n’est nullement construite a
priori. Quand je fis mes premières interrogations, je n'avais aucune idée préconçue sur les catégories de mots à étahlir, et je ne me rappelais pas les classifications proposées par les autres auteurs; j'ai fait la mienne, d'après les documents recueillis, elle est adaptée à ces documents, elle en émane, et, malgré la part d'interprétation personnelle qu'elle contient, je crois bien qu'elle est en étroite relation avec les faits. Un autre avantage de cette classification est qu’elle a eu pour but de bien mettre en lumière les différences d'idéation des deux sœurs; et ce but, je crois l'avoir atteint.
Voici donc comment je divise les mots écrits par mes sujets;
1° Mots inexpliqués;
2° Mots désignant des objets présents;
3° Mots désignant la pepe elle-même;
4° Souvenirs;
5° Abstractions;
6° Imagination.
1° Mots inexpliqués
Le premier groupe est formé par des mots sur lesquels le sujet, quand on l'interroge, ne peut donner que des renseignements extrêmement vagues. Ce groupe est surtout un caput mortuum dans lequel je jette un grand nombre de cas mal définis. On peut, pour la clarté de l'exposition, établir des sous-divisions dans ce groupe : 1° les mots pour lesquels le sujet ne peut donner aucune espèce de renseignement, car il ignore dans quelles conditions il les a écrits. La fillette emploie le plus souvent les expressions: « je ne sais trop dire — je ne sais pas du tout — j'ai complètement oublié, etc. » Le cas typique est celui où l’on a même oublié qu'on a écrit le mot, ce cas se présente
quelquefois pour Armande et aussi pour Marguerite; 2° les 1