‹ L'étude expérimentale de l'intelligenceChapitre 44 sur 55 · A NT · texte numérisé non relu

A NT

bien suffisants pour démontrer que chez Armande la vie intérieure est plus importante que chez Marguerite. J'ajou-

terai cependant le compte rendu de quelques expériences

précises que j'ai faites sur les deux sœurs, en vue d’une toute autre fin, et qui me semble prêter un appui à l’interprétation précédente.

Je me suis convaincu que Marguerite se rend beaucoup plus exactement compte que sa sœur de la position et de la distance des objets : Armande est plus habile à perce-

voir les petits intervalles de temps. On voit de suite le

rapport de ces expériences avec les vues précédentes. Quelle que soit l’origine profonde de la notion d'espace, nos perceptions de distance et de position appartiennent à la connaissance du monde extérieur; elles renferment un des caractères les plus frappants de l’extériorité, et c’est surtout

lorsque notre conscience prend une direction objective que

nous avons une forte impression de la distance et de la position des corps; l'expression la plus claire de la distance nous est donnée lorsque notre corps entier ou une partie seulement, par exemple notre main, se meut d’un point à un autre, ou que notre vue se fixe successivement sur les objets et parcourt leur distance.

Il en est tout autrement pour la perception du temps; elle peut nous être donnée, sans doute, par la connaissance du monde extérieur; mais, en outre, nous la trouvons en nous-même, dans le monde intérieur de notre conscience, puisque nos états de conscience se succèdent dans le temps. Il est donc intéressant de montrer que l'objectivisme de Marguerite s’allie avec une juste perception des distances, et que le subjectivisme d’Armande s'allie à une perception très sûre des intervalles de temps.

La question est trop complexe et trop obscure pour qu'il me soit permis de rien affirmer de précis; y a-t-il là une relation de cause à effet, une coordination d'aptitudes ana-

logues, ou une simple coïncidence? Le lecteur décidera. Si ce n’est qu’une coïncidence, elle est bien curieuse,

Relations de position et distance. — On pourrait envisager sous bien des aspects expérimentaux ces relations de position et ces distances; ce sont là des questions que la psychologie générale a pris depuis longtemps pour thème d’un nombre infini de variations; mais la psychologie individuelle n’est pas encore intervenue dans ces études.

Je signale les faits suivants :

1° L'écriture d’Armande devient irrégulière, quand elle est tracée les yeux fermés; celle de Marguerite est beaucoup moins modifiée par l’occlusion des yeux: La diffé-

rence est tout à fait évidente au seul aspect; mais il est

difficile de la mettre sous formes de chiffres; et j'y renonce; le moindre essai méthodique m'obligerait à donner à cette question plus d'importance qu'elle n’en a dans mon exposé;

2° L'orientation dans un endroit inconnu. J’ai remarqué très souvent que, dans une promenade en forêt, Marguerite se rappelle mieux :que sa sœur la direction du point de départ, et se rend aussi mieux compte de la direction des points cardinaux. Je n'ai pris aucune note; maïs j'ai fait cette observation très souvent;

3° L'orientation dans un’ endroit connu. Les deux fillettes habitent la campagne et ne vont qu'une fois par semaine à Paris, qu’elles connaissent peu. Je leur demande de m'indiquer par écrit le chemin de la gare Montparnasse à l’Opéra. La réponse de Marguerite est correcte, elle indique un chemin par le Palais-Royal; Armande se perd en route, elle confond, comme position, la place de la Concorde avec le Carrousel;

4° Dans beaucoup d’expériences, Marguerite a fixé l’attention sur l’ordre spatial des objets, et Armande l’a négligé; ainsi pour décrire les objets décorant les murs de

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leurs chambres, ou pour décrire une série d'objets, fixés sur un carton; …. 5° La reproduction d’une longueur avec un mouvement de la main. Le sujet promène l'index droit sur une règle graduée, de gauche à droite, les yeux fermés; il fait lui- — même deux fois le mouvement modèle, qui est limité par la perception d’un curseur; puis il reproduit le mouve- …. ment, le curseur étant enlevé, et il arrête le doigt quand il pense être arrivé à la même distance; une marque à l'encre sur l’ongle permet de lire à un demi-millimètre près la position du doigt. Mes sujets ont reproduit successive- . ment, les yeux fermés, les distances suivantes : 5 cm., 15 cm., 10 cm., 20 cm.; ils ne connaissent pas la valeur en centimètres de ces distances; chaque fois, on leur fait parcourir 2 fois, avec le curseur en place, la longueur à reproduire, et aussitôt après (on comprend le sens vague de ces mots) ils font leur reproduction; chaque expérience a été répétée 10 fois, après un certain nombre de tâtonnements (une vingtaine d'expériences) avec d’autres longueurs (de 4 à 20 cm), qui ont servi de dressage. Marguerite, de suite, s'adapte mieux, elle tient la réglette de la maïn gauche, pour l'immobiliser. Ses reproductions sont plus exactes.

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