LÉSIONS ÉTUDIÉES
PAR VAN GEHUCHTEN Eï XELIS DAiS'S LA ElAGE RETROUVÉES DAXS D A I TRES MALADIES
CYTOLOGIE DU LIQUIDE CÉPHALO - RACHDDIEN
RECHERCHES DE RAMOÎN CAJAL
i. Nodules de van Gehuchten et Nelis. — En
1900, le professeur van Gehuchten (061) (de Louvain) annonça qu'il avait découvert dans les ganglions nerveux périphériques, cérébro-spinaux el sympathiques, des lésions, spécifiques de la rage, sinon par leur nature, an moins par Leur localisation. Les observations du savant belge avaient été faites sur beaucoup d'animaux rabiques, ainsi que sur les ganglions périphériques de deux hommes morts de rage.
L'action nocive du virus rabiqne se traduit, dil van Gehuchten, au dehors par une pullulation abondante des cellules de la capsule endothéliale , entraînanl à sa suite la destruction d'un nombre plus ou moins consi dérable de cellules nerveuses. Rien a'esi plus démons
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tratif à cet égard que la comparaison d'une coupe d'un ganglion spinal du chien avec la coupe d'un ganglion
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Fig-. 3. — Ganglion spinal normal.
d'un animal mort de la rage. Tandis que, dans la première, les cellules nerveuses volumineuses, serrées les unes contre les autres, occupent complètement la cap-
suie endothéliale qui leur es1 réservée, on voit, dans le ganglion rabique, qu'un nombre considérable de cellules nerveuses ont disparu et sont remplacées par des amas de petites cellules rondes, formant des nodules cellulaires plus ou moins nettement séparés des parties voisines. Les cellules nerveuses qui persistent encore présentent des lésions variées dans leur protoplasma el dans leur noyau.
Cette destruction des cellules nerveuses par ce tissu de néoformation peut aller plus loin encore, et l'on rencontre des ganglions où toutes les cellules nerveuses sont détruites. Dans ces conditions, les limites qui séparaient primitivement les nodules rabiques ont disparu, et tout le ganglion paraît formé d'un tissu nouveau à cellules petites et étroitement serrées les unes contre les autres, au sein duquel apparaissent encore, par ci, par là, des traces de cellules en voie d'atrophie.
L'intensité de ces lésions, dans les ganglions cérébrospinaux, varie quelque peu d'un animal à l'autre : elles sont surtout marquées chez le chien; elles sont moins prononcées chez l'homme, moins intenses chez le lapin, tout en restant partout hautement caractéristiques.
Chez le lapin et le chien, les lésions sont toujours plus prononcées dans les ganglions cérébraux que dans les ganglions spinaux. Le plus vulnérable de tous semble être le ganglion noueux du nerf vague.
Ces faits, ajoutait l'auteur, nous paraissent devoir amener une révolution complète, non seulement dans l'anatomie pathologique, mais encore dans la physio logie pathologique de la rage, puisque ces lésions des ganglions nerveux périphériques permettent de comr
NODULES DE VAX GEHUCHTEN ET NÉLIS
prendre, avec une simplicité étonnante, les principaux symptômes de l'infection rabique. Ils prouvent, à ne pouvoir en douter, que la rage détermine dans les
Fig. 4. — Ganglion rabique, montrant la destruction de quelques cellules nerveuses.
centres nerveux des lésions profondes cl constantes; ces lésions sont, de plus, spécifiques de l'infection rabique, sinon par leur nature, au moins par leur localisation.
Ces faits nous mettent entre les mains un élément de diagnostic de la plus haute importance.
Jusqu'à présent, l'existence de la rage chez un cliien
Fig\ 5. — Destruction de toutes les cellules nerveuses d'un ganglion rabique.
par inoculation à un lapin. L'on doit attendre quinze à dix-huit jours avant de pouvoir se prononcer. De plus, ce procédé par inoculation n'est pas toujours applicable : pendant les grandes chaleurs de l'été, l'animal mordeur, abattu, arrive quelquefois au laboratoire en pleine décomposition, de telle sorte que le lapin inoculé succombe à une infection intercurrente avanl que les symptômes de la rage aient pu se manifester.
Actuellement, il suffira d'examiner un des ganglions
CRITIQITH DK LA Sl'I-CII-ICITK DLS LKS10NS DI5 VA N (JKUUCHTKN 7!)
cérébro-spinaux d'un animal mort de tarage pour pouvoir établir le diagnostic en L'espace de quelques heures. D'après les recherches que nous avons laites clans ce sens, le diagnostic peu! s'établir en moins de vingt-quatre heures, si l'on veut recourir à l'enrobage du ganglion dans la paraffine ; il peut se faire en inoins d'une heure, si l:on a recours à des coupes dans le ganglion congelé.
En effet, en plus de l'intérêt dogmatique que présenteraient les lésions spécifiques de la rage, leur reconnaissance rapide permettrait d'établir un diagnostic ferme sans perdre un temps précieux, puisqu'il s'agit de commencer, en connaissance de cause, et le plus tôt possible, un traitement préventif de la rage.
2. Critique de la spécificité des lésions de van Gehuchten. — Malheureusement . si les lésions décrites par van Gehuchten sont assez, faciles à retrouver, elles ne se présentent pas davantage que les nodules de Haltes avec les caractères spécifiques que leur attribue l'auteur. Leur absence ne saurait, en aucun cas. permettre d'exclure la rage (Nocard).
\insi. Carlos França donne la rage paralytique à des Muridés, Mus decumanus, \l. rattus, M. musculus, el à Aruicôla incertus au moyen du virus des rues, et il constate que les nodules de van Gehuchten fon1 toujours défaut ; en revanche, il y a des lésions de neurofibrillcs semblables à celles que Ramon Cajal (voir plus loin) a décrites chez d'autres animaux.
Le même auteur rencontre les nodules de van Gehuchten chez deux renards infectés avec du virus des rues
(299), et dans le bulbe les lésions péricel lu laires décrites par Babes.
Enfin, plus récemment, des altérations identiques à celles de van Gehuchten ont été observées par Manoué liait (542) chez le» chiens âgés normaux, aussi nettes cjue chez les animaux ayant succombé à l'infection par Ifvirus fixe (5/ji), par Stroebe dans le tabès, par Crocq dans la laryngite diphtérique, par Spiller dans le cancer, par Spiller et Sherman dans la maladie de Landry, par Babes dans la polynévrite, par Biffi dans la fièvre typhoïde, par Gosbel dans la syphilis.
Ces lésions d'envahissement des neurones par les neuronophages avaient été décrites pour la première fois dans le cerveau des animaux âgés par Melchnikoff ; elles rentrent clans la série des processus phagocytaires de la vieillesse.
La spécificité des nodules de van Gehuchten n'a donc pas été moins attaquée que celle des" nodules pcricellulaires de Babes. Les uns et les autres sont regardés aujourd'hui comme des lésions assez banales, puisqu'on les rencontre, moins accentuées, il est vrai, dans les intoxications du tétanos et du botulisme.
Quant aux altérations des cellules nerveuses ellesmêmes. Vnglade et Chocrcaux (18) ont démontré qu'elles avaient une valêùr restreinte; pour ces auteurs, l'infiltration leucocytaire ne serait pas plus intéressante. La prolifération névrogliqae périvasculaire et périépendymaire. bien que dépourvue du spécificité; — on la retrouve dans la maladie des jeunes chiens, dans l'épilepsie. l'éclampsie, la paralysie générale chez l'homme j
— serait une lésion très précoce et très intense.