ACTION DE L'AIR
En [885, Pasteur, Gbamberland el Roux ônl démontré l'action atténuante exercée sur le virus par la dessiccation au contact de l'air. Dans sa communication du 26 octobre, Pasteur nous apprend que dos fronçons de moelle virulente, recueillis purement et suspendus dans l'air sec, perdent leur activité assez lentement, mais régulièrement, jusqu'à disparition complète de la virulence. Le temps nécessaire pour son extinction varie avec l'épaisseur des tronçons de moelle, et surtout avec la température ambiante. Plus celle-ci est basse, plus la virulence se conserve longtemps : exposées pondant cinq à six jours à aâ0, dos moelles peuvent ne plus donner la rage aux animaux inoculés directement dans le cerveau.
Eugène Viala a suivi do près le mécanisme de cette atténuation, liée à l'influence combinée do l'oxygène, de la température -et do la dessiccation.
- Zagari avait vu qu'à 35° une moelle conserve sa virulence 56 heures à l'air. 121 homes dans le vide, [98 heures dans l'acide carbonique.
De son côté, Viala constate pour une même température (35°) que le virus a gardé son activité pendant 20 jours dans le vide humide, pendant 48 heures seulement dans l<> \ ide sec.
En somme, tandis qu'il suffît de 56 heures au contact de 1 air. ,1 faut 20 jours dans le vide, humide pour que le virus rabique soit détruit à la même température
D'autres expériences montrent en outre que l'action pnbmee du vide et de la sécheresse détruit la virulence en 18 jours à froid. ,„ 8 jours à 20", en heUFes a 35°" Q»a^ on utilise une race de petits
lapins, les moelles- sont sèches |)lus tôl et perdent plus vite leur virulence. Pour Gamaléia, les moelles expo sées à 23° ne sont plus virulentes après 5 6 jours; celles du quatrième jour donnent, par trépanation, la rage en 1 5 jours, \u contraire, exposées à mi", les moelles du quatrième jour don neul la rage en i o. celles du cinquième en i5 jours. Malgré l'action indéniable de la température de 21-23°, c'est surtout à l'air sec qu'est due la perle de la virulence des moelles rabiques. Ainsi, dans une autre série de recherches, E. Viala constate que le virus a 'conservé son activité même après 33 jours dans le vide à 23". Dans l'hydrogène, clans l'acide carbonique, il reste actif 28-3o jours.
Malgré la dessiccation, la virulence peut se conserver, pourvu que la substance nerveuse soil desséebée très rapidement .
Vansteenberghe (893) dessèche très vite, non plus en présence de l'air, mais dans le vide sulfuriquc. uni' bouillie de cerveau rabique étalée en couche 1res mince, et il constate crue", dans ces conditions, le produit obtenu a gardé sa virulence, qu'il est capable de donner la rage aux lapins dans le même délai que le cerveau frais.
Il faut opérer la dessiccation très rapidement, en vingt-quatre heures, et à l'obscurité.
Le cerveau rabique sec ainsi préparé ne s'atténue plus par un séjour prolongé à l'éluve à >3 ' dans un appareil à dessiccation analogue à celui que l'on emploie pour lès moelles. Vansteenberghe a pu conserver pendant des mois entiers, sur de la potasse caustique ou du chlorure de calcium, du cerveau rabique desséché, étalé en couche mince à l'air ou dans le vidé. Gardé à
ACTION DK L'AIK K)<)
l'obscurité eu tubes scellés ou bouchés au coton, sans précautions spéciales, le cerveau rabique sec peut clone conserver sa virulence primitive pendant de longs mois, au moins neuf, au bout desquels cette poudre donnait encore la rage aux animaux en sept jours.
Nous avons repris cette expérience. Une première Ibis nous n'avons rien obtenu, probablement parce qué le cerveau avait été desséché en couche trop épaisse. Dans une deuxième expérience, nous avons mis sous la cloche de la machine pneumatique nu verre de montre contenant un.' épaisseur très mince de bouillie de bulbe rabique. Après quaranle-huil heures de séjour dans le nde sulfurique el à l'abri de la lumière, deux cobayes ont été inoculés dans le cerveau avec une émulsion de la poudre ainsi obtenue. Ils ont pris la rage chacun après une incubation de sept jours.
Au contact de l'air et de la lumière, il en va tout autrement, et clans ces conditions, si la dessiccation agit sur des couches minces de substance virulente elle -peut détruire le virus très rapidement. Unsi Galtier après avoir exposé à l'air «lu papier à filtrer imprégné de pulpe nerveuse, a constaté la destruction du virus en quatre jours.
Soumis à l'action de l'oxygène de l'air humide, le cerveau rabique perd sa virulence en dix jours, tandis que la dessiccation intervenant la lui fait perdre eu sjv Hogyès Fai1 passer m, romani d'air continu à travers une emulsion cérébrale virulente et voit qu'èlle devient mactive assez rapidement.
Ainsi, la méthode, si remarquable comme nous le verrons, d atténuation des moelles virulentes repose sur la triple action s'exerçant à l'abri de la lumière, de la
L'ét. oxp. de la rage.
température de 23*, do l'air etdfi La dessiccation par la potasse.
Le virus fixe, soumis aux influences complexes résultant de cette triple action, ne se transforme pas en un virus atténué au sous propre de ce mot, puisque los propriétés qu'il a acquises no sont pas axées définitivement, mais passagères.
Exposons un bulbe rabiqùe contenant le virus fixe, c'est-à-dire celui qui donne la rage en sepl jouis au lapin, à une atmosphère sèche de :>.'S" pendant quatre joms. puis inoculons ce buibe dans le cerveau. L'animal prendra la maladie après nue incubation d'environ quinze jours. Or. si l'on vient à injecter un nouveau lapin avec le bulbe de celui-ci. dont l'incubation a été retardée de huit jours, on retombe constamment et immédiatement sur une incubation de sept jours.
« La règle est absolue, dit Pasteur... Nous n'aurions donc pas affaire à dos virus faibles et à dos virus de plus on plus forts. La virulence serait toujours la même; elle obéirait seulement à la loi de durée variable de l'incubation par dos quantités do plus en plus petites et d'un virus qui no changerait pas. »
Los transformations qui s'opèrent dans los moelles virulentes soumises à la dessiccation rappellent ce qui se passe pour la bactéridie charbonneuse transformée en un vaccin à 55°, et dont une simple culture suffit pour lui faire reprendre sa virulence première. Dans l'un comme dans l'autre cas. il v aurait simplement diminution dans le nombre des microbes.
ô. Action de la lumière. — l^cs moelles rabiques soumises à la dessiccation sont conservées
dans un étuve à :?3" et obscure. En effet, la lumière agit puissamment sur le virus rabique : une exposition de quarante heures à la lumière solaire suffît pour le détruire (Celli), même si le thermomètre ne dépasse pas 3o".
6. Action des rayons Rôntgen. — D'après Hôgyès, Frantzius, l'action des rayons \ est nulle sur le virus des rues. Galabresc (162) "a repris celte question en faisant agir les rayons d'un tube assez puissant sur des morceaux de substance nerveuse ou sur des émulsions de celle même substance extraite d'animaux infectés par le virus des mes ou par le virus fixe. Le résultat des expériences est que les lapins, inoculés avec le virus soumis aux rayons, deviennent malades en même temps que les témoins inoculés avec du virus non traité et meurent seulement avec un léger retard de deux jours pour le virus des rues, de un jour pour le virus fixe, relards sans aucune signification par conséquent.
j Reprenant ensuite les expériences de Ceni sur l'action directe des rayons Rbntgén chez les animaux inocules avec le virus rabique, Calabrcsc confirme les résultats de cet auteur, en constatant avec lui que la tnc-rt des lapms traités peut se trouver relardée de M-.gt-quatre heures, résultat encore sans importance malgré la durée de la rôntgénisation, qui avait consiste en huit séances, de deux heures chacune.
7- Action du radium.- En [906, Tizzoni avril annonce que les rayons du radium exerçaient, in vitro, une influencé destructive sur le virus rabique; en
outre, îles lapins traités par ces rayons au cours do l'incubation de la rage ne prenaienl pas la maladie; enfin celle-ci était susceptible de guérir sous les mêmes influences'.
V la suite de plusieurs notes préliminaires sur cette question, Tizzoni et Bongiovanni (862) firent paraître un travail sur la guérison de la rage par les rayons du radium, et sur le mode d'action de ces rayons.
Les auteurs y considéraient comme acquises des conclusions quelque peu surprenantes et qui paraissaient avoir besoin d'une confirmation.
Entre beaucoup d'objections qu'on pouvait faire à leurs premiers travaux, les auteurs en soulevaient une. Comment l'œil, sur lequel étaient appliqués les rayons, n'était-il pas endommagé par ces radiations auxquelles la peau est d'une si grande sensibilité ? La raison en serait dans Je mode d'emploi du radium en tube de verre scellé, ou en capsule métallique à paroi de mica, mode d'emploi qui exclut l'intervention de l'émanation. Mais précisément, l'émanation n'est nullement indispensable pour obtenir des lésions de la peau, et, d'autre part, Birch-Hirschfeld a obtenu, parle même procédé d'application du radium, des lésions graves de la cornée et une dégénérescence de la rétine qu'il a fort soigneusement étudiées.
Quoi qu'il en soit, les auteurs ont entrepris de rechercher quels sont, parmi les rayons du radium, ceux qui interviennent pour la destruction du virus rabique. Dans une première série d'expériences, ils absorbent les rayons a à l'aide d'un écran métallique convenable; dans une autre série, ils détournenl à la fois les rayons a et [6 au moyen d'un champ magné-
tique. Bien qu'il soit difficile d'exclure absolument toile bu lello espèce de rayons, les auteurs n'hésitent pas à penser que, dans la destruction du virus, le rôle des rayons y est nul, celui des rayons x nul ou faible, celui des rayons (3 prédominant.
Revenani au* conditions dans Lesquelles peut être obtenue la guérison de la rage confirmée, Tizzoni et Bongiovanni affirment qu'en employant un virus fixe <|in tuail sans exception dans les six jours suivanl l'inoculation, ils pouvaient sauver les animaux en commençant le traitement même après cinq jours, alors 'I11 on constatait chez les lapins une perle de poids
• considérable (de i/3), de la paralysie du train postérieur, et une forte élévation thermique (4o°4). Le trai
'tement serait encore efficace alors que l'inoculation expérimentale montre chez les témoins le bulbe déjà atteinl par le \ irus.
t Connue l'application d'un échantillon de > unités pendant huit heures avail sauvé le lapin après trois j°llrs H demi de maladie, les ailleurs comptaient appliquer le même traitement à l'homme avec un échantillon de ooooooo d'unités.
Toutefois, en présence des expériences contradictoires cle Rehns' rl"' n'avail pu détruire le a irus rabique qu'au moyen de {'émanation du radium, et de celles de Tizzoni el Bongiovanni, qui, à l'aide des seuls rayons, étaient arrivés, à leur gré, à détruire ou à atténuer le même virus m vitro et même dans l'organisme des animaux mfectés, Calabrese (iG3) a cherché à décider par de nouvelles expériences l'action exercée par les rayons sur le virus fixe ,el sur le virus des rues. Les trois échantillons f radium dont il s'est servi avaient, des activités mesurées
III ACTION DBS AGENTS PHYSIQUES SUB LE VIRUS HAUKjl'K
respectivement par 10000. ioooooot i oooooo d'uni lés. Dans tous les cas, les rayons oui été inactifs sur le virus in vitro.
Quant à leur influence sur l'animal infecté, les échantillons enfermés en tube scellé, appliqué directe nient sur l'œil de lapins inoculés suit dans te crâne, soit dans la chambre antérieure, n'ont jamais sauvé la vie à aucun animal, ni même amené de survie notable, si l'on excepte quelques cas d'inoculation dans la chambre antérieure de l'œil, mode d'injection qui. on le sait, donne souvent aux témoins des retards assez considérables dans l'incubation de la maladie. Il fan! noter que les expositions ont toujours été prolongées avec les échantillons 1rs plus puissants pendant douze lieu tes chaque jour, trois jours consécutifs, ou bu il heures pendant six jours de suite.
Ainsi les résultats obtenus par Calabrese -nul tout à fait en désaccord avec ceux de Tizzoni.
De même. Ivo Novi (6a4) obtient les mêmes résultats négatifs cpie Calabrese. aussi bien in vitro que in vivo, en opérant dans les mêmes conditions, mais avec des échantillons de radium dont l'un était encore plus puissant (gooooo unités).
Au surplus, ces expériences contradictoires "ni suscité plusieurs réponses de la part de Tizzoni, donl on peut suivre la polémique engagée sur celle question dans les inhales de l'institul Pasteur i < > < >- »
Conclusions. — De tous ces faits, un seul. 1res important, est à retenir, à savoir l'action alïaiblissanle fie la dessiccation sur le virus rabique contenu dans les
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moelles; elle ne constitue pas an fait isolé, mais s'applique à beaucoup de bactéries.
Ivanl ses travaux sur la rage, Pasteur avail obtenu des cultures moins virulentes du charbon en utilisanl l'action de la température sur la bactéridie : ainsi trai fcée, celle-ci ne produisait plus de spores. Mais, de même que le passage par l'organisme du lapin suffit pour restituer au virus rabique affaibli par la dessiccation toute son activité première, de même L'inoculation aux animaux transforme les bactéridies charbonneuses asporogènes en microbes très- virulents, susceptibles de se reproduire de nouveau par sporulation. Qu'il s'agisse du bacille charbonneux ou bien du virus rabique, dans I un comme dans l'autre cas les changements acquis dans leur virulence ne sonl pas héréditairement Irans missibles; l'espèce tend toujours à revenir à son étal premier.
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