‹ L'etudiant et la grande dame comedievaudeville en deux actesChapitre 21 sur 30 · CORBINEAU, LADY WILTON, LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

CORBINEAU, LADY WILTON, LE DOMESTIQUE

CORBINEAU, faisant plusieurs salutations tres-pn fondes. Quoi ! mylady, vous daignez, c’est moi certainement oui aurais dû... et j’allais avoir l’honneur ae me rendre. (Levant les yeux.) Ah! mon Dieu! que vois-

je ? .. .

lady wilton. Votre proprietaire.

CûnBiNEAU , à part. L’inconnue de ce matin!.. La cliente de Ferdinand serait une mylady!

lady wilton. Je venais savoir par moi-même!., si vous vous trouviez bien dans votre appartement.

corbineau , avec hésitation. C’est petit, mais c’est charmant ! flatterie à part, c’est très-bien ! trop bien peut-être pour un jeune médecin comme moi, et un avocat comme mon ami, un avocat qui commence; nous craignons que cela n’éloigne les cliens.

lady wilton. Comment cela?

corbineau. Le local pourrait les effrayer pour les honoraires, parce que l’on paie toujours en raison, non pas du mérite, mais de l’appartement.

lady WILTON. S’il en est ainsi, il faudrait prendre un logement encore plus cher, ne fût-ce que par spéculation.

corbineau. C’est ce que fout beaucoup de nos confrères... mais mon ami et moi, nous ne spéculons pas, nous ne tenons pas aux richesses, et nous réfléchissions à ce bail que j’ai signé à votre intendant , ce bail de douze ans.

lady WILTON, souriant. Un engagement aussi long vous effraie.

corbineau, vivement. Non pas avec vous, mylady. (Avec embarras.) Mais avec votre intendant ; car, s’il faut vous l’avouer , ce prix de cent cinquante livres...

lady wilton. Trouvez-vous que ce soit trop cher?

corbineau. En français, non! parce que cent cinquante livres , c’est très-bien, c’est dans nos mœurs, dans nos habitudes; chaque pays a les siennes; mais ce qui est dans vos usages et ce qui n’est pas dans les nôtres, à mou aini et à moi, cc sont les sterling*.

MAGASIN THEATRAL

lady wilton. Que voulez-vous dire?

corrineau. Qu’il y a eu de ma part une petite erreur.

lady wilton. Dont je ne veux pas profiter ! et ce sera comme vous l’avez entendu, vous et votre ami.

COR dîne AU, avec joie. En français?

LADY wilton. Certainement! je l’exige.

corrineau. Ah! mylady.

lady wilton. Ne in'en remerciez pas, car, à un moindre prix encore, vous me rendriez grand service.

corbineau. Que dites-vous ?

lady wilton. Je vais m’absenter, je pars pour Strasbourg, et j’étais fort inquiète de laisser ainsi cet hôtel seul et abandonné; mais, habite par vous et votre ami, me voilà tranquille.

corrineau. Ali! madame... lady wilton. Vous acceptez?

CORRINEAU. Le moyen de vous rien refuser!

lady wilton. Je vous en remercie, et vous m'enhardissez.

corbineau. Comment?

lady wilton. Je pousserai encore plus loin l’exigence. Je laisse ici un mobilier considérable , des chevaux , des domestiques qui n'auraient rien à faire , des voitures qui se perdraient sous la remise, et je vous prierai en grâce, dans mon intérêt, de vouloir bien vous en servir vous et votre ami, le plus souvent possible.

corrineau, à part Allons, voilà les voitures à présent. (Haut.) En honneur, madame, je suis confus.

lady wilton. Du service tjue vous me rendez?., c'est être trop généreux. Mais croyez que de mon côté je ne serai pas ingrate, et si dans le monde où je suis répandue je peux vous cire utile, à vous et à votre ami...

corrineau, a pari. Toujours le même refrain! c’est drôle! je ne puis pas marcher tans mon ami.

LADY vrILTOS.

A la : de Céline.

Par me» protcclrnrs cl mon zèle ,

Si je pni* von» servir tons denx ,

Augmenter votre clientelle...

colt Bina» u.

Ali! pour moi, e'c»t trop généreux.

( A pari.)

ban, ces bienfaits nn dessein secret perce,

Et je commence I eonpçonner qu’ici Je sers de chemin de traverse Pour arriver A mon ami.

(Haut.) Ma clientelle! Certainement, je ne demande pas mieux ; non pas que je D’en aie déjà une assez nombreuse.

LADY WILTON. Je le crois.

corbineau. Et surtout assez élevée. J’ai des malades en haut du faubourg Saint- Jacques, du faubourg Saint-Martin , dans tous les faubourgs ; je n’ai pas un moment de libre. ( Regardant sa montre.) Ah ! mon Dieu ! deux heures! ( A part.) Et Dorothée, je suis sùr qu’elle compte sur moi.

lady wilton. Qu'esl-ce donc? une visite?

corbineau. Une visite très-pressée.

lady wilton. Un malade ?

corbineau. Au faubourg Saint-Martin.

Oui, une personne qui souffre beaucoup, et que ma présence seule peut calmer.

lady wilton. A deux heures? vous n’y serez jamais.

corbineau. C'est vrai! elles vont sonner dans l'instant ; mais en courant un peu vite

lady wilton. De la me de Richelieu au faubourg Saint-Martin, je ne le souffrirai pas. (Elle sonne.) John, un cheval au tilbury.

corbineau. Quoi ! vous voulez?.. lady wilton. Yotis vous essaierez à me

remplacer.

corbineau. Au faltl ça fera très-bien, ça haussera les actions.

lady wilton. John! rien encore? pas de lettres de Strasbourg ?

John. Non, mylady!

lady wilton, à pari. Oh! mon Dieu!

chaque instant accioit tnon impatience.

conRTNEAU. Le jockey vient-il aussi?

lady wilton. Sans doute!

corbineau. Un jockey en livrée! pauvre Dorothée, la voilà obligée de me donner un cocher... (Se retournant vers lady Haillon. ) Ali! madame, Ferdinand avait bien raison de dire que vous étiez la meilleure, la plus aimable des femmes.

lady avilton, avec émotion. Ah! il vous a dit cela? s'il le pense et vous aussi, c’est tout ce que je demande.

CORBINEAU, vivement. Je le jure.

LADY WILTON. Prouvez-le moi, en tenant votre parole cl en reslaut ici tous les deux... Adieu, mon cher locataire, adieu!

( Elle sort.)

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