DUPRÉ, LOUISE
DUPRÉ, regardant ce qu'il vient défaire. Si on ne donnait pas soi-même le coup d'ceil du maître, ces gens-là n'ont rien d'artiste... ça ne fera jamais que des tapissiers et pas autre chose. (S' approchant de Louise.) Eh bien I qu'est-ce que tu faislà?. . tu pleures î
LOUISE. Non, mon père.
DUPRÉ. Parbleu! je le vois bien... et ce n'est pas pour cela que je t'ai amenée avec moi...
À» : De sommeiller encor, ma chère.
^esî pour travailler sans relâche , C'est le remède en pareil cas J Par amour, j'ai doublé la tâche ; Car c'est le travail ici-bas Qui nous fait oublier, ma chère , Nos ennuis, nos chagrins, nos maux.
(Avec un soupir. )
Aussi va ! du temps de ta mère, Je n'ai pas pris un instant de repos.
Je travaillais ! ah I c'est elle qui est
cause de ma fortune. (Regardant l'ouvrage que tient Louise. ) Eh bien ! ce rideau n'est pas même commencé?
LOUISE. C'est que vous avez beau dire , mon père, je suis sure qu'il m'aime.
DUPRÉ. Et qui donc?
LOUISE. M. Ferdinand.
dupré. Encore lui I... Je ne veux plus y penser.
LOUISE. Ni moi non plus.... mais si cependant il n'était pas coupable ?
DUPRÉ. Pas coupable... quand on trouve une femme enfermée chez lui !
LOUISE. Mais alors convenez que c'est bien mal. . . que c'est indigne î
dupré. Je suis de ton avis.
LOUISE. Et qu'après un trait pareil il faut détester tous les hommes.
DUPRÉ. Certainement. . . excepté ton père, et le mari que j# te destine, ma notabilité.
LOUISE. Quoi ! vous pouvez déjà penser à un nouveau gendre ?
dupré. Dis donc à l'ancien... comme par bonheur, je n'avais pas retiré ma parole.... il est inutile de lui dire maintenant qu'il y a eu un laps dans notre
L'ÉTUDIANT ET LA (iKAJNDE DAME
fidélité ; j'irai le voir aujourd'hui en tant de cet hôtel. (Regardant autour dé lui.) Voilà l'entresol terminé, sauf les petits rideaux à mettre dans ce boudoir... cela te regarde; je monte au premier, surveiller mes commis , parce qu'il y a là , un salon à se faire une réputation... une tenture en velours blanc.
LOUISE. Quel est donc le propriétaire de ce bel hôtel ?
DUPRÉ. Une mylady, qui est arrivée depuis hier de sa campagne d'Auteuil... une grande dame une parente de l'ambassadeur d'Angleterre.
LOUISE. Est-elle jolie?
dupré. Je ne l'ai pas encore vue, mais je l'ai entendue, car elle sonnait ce matin à briser tous mes cordons, qui sont beaux, mais pas trop solides. . . elle attendait une lettre qui n'arrivait pas. Du reste, je n'ai eu affaire qu'à son intendant , un galant homme qui aime le grandiose, et je tâcherai que tout soit dans ses goûts!., tout, jusqu'au mémoire.
louise. Est-ce que mylady habite ce côté de l'hôtel ?
DUPRÉ. Du tout, il est préparé pour des amis à qui elle l'a loué et qui doivent même l'occuper dès ce soir ; ainsi dépêchetoi.
Air : Hardi coureur ( du Lorgnon) .
Va, mon enfant!
Et dans l'instant Reprends l'ouvrage Avec courage.
LOUISK.
Je nesaumis...
A mes regrets Comment m'avracher désormais !
{Pleurant.)
Je ne pourrai supporter mou malheur.
DUPRli.
Dans le commerce il faut qu'on se retranche Et les tourmens, et les peines «lu cœur ; Car, pour pleurer, on n'a que le dimanche.
EN SEMBLE
DUPRE.
Va, mon enfant !
Et dans l'instant
Reprends l'ouvrage
Avec courage.
Plus de regrets !
Je ne saurais
Te les pardonner désormais.