DUPRÉ, CORBINEAU, FERDINAND, UN DOMESTIQUE
FERDINAND, entrant en regardant derrière lui. Ali çà ! Corbineau, qu'est-ce que ça signifie? Où suis-je ?
CORBINEAU. Chez nous, mon cher ami.
Ferdinand. Du tout ! je n'entends pas rester ici ; je ne veux pas que tu y restes toi-même. Ln hôtel d'ambassadeur, une cour magnifique ,un<suisse ; j'ai cru m'ètre trompé de numéro.
corbineau. Du tout, le 87 Ferdinand. Je demande M. Corbineau, on me dit : à gauche dans la cour, à l'entresol I Un escalier en pierre , porte en acajou, antichambre, salle à manger, premier salon, et j'arrive jusqu'ici.
corbineau. Tu n'as rien vu encore, une chambre délicieuse décorée par monsieur.
Ferdinand. Monsieur Dupré ?
corbineau. N'aie pas peur, ce n'est pas nous qui paierons le mémoire.
Ferdinand. Et tu ne rougis pas de honte ï
CORINEAU. Pourquoi cela?
Ferdinand. Mais c'est la mènii main qui t'a déjà envoyé cette pendule , cette chaîue , et s'il y a au monde, ce que je ne pouvais croire, une femme assez absurde, assez folle pour se ruiner pour toi...
corbineau. Quoi ! cette pauvre Dorothée ! tu la soupçonnerais, eh bien ! franchement, moi aussi.
Ferdinand. Elle ou une autre, tu me suivras, car je t'emmène à l'instant , sans vouloir même savoir chez qui nous sommes !
DUPRÉ, qui a repris son travail. Parbleu ! vous êtes chez une parente de l'ambassadeur d'Angleterre, chez mylady Wilton.
corbineau. O ciel ! ce ne serait pas Dorothée, c'en serait une autre, une uryladv!
conviens que je suis un heureux coquin; je n'y pensais pas, je n'en voulais à personne, et en voilà déjà deux!
DUPRÉ , travaillant à la croisée. Ce carabin me déplaît souverainement , si je n'avais pas ces embrasses à poser...
corbineau. Ce n'est pas ma faute, si la beauté veut faire ma fortune.
Ferdinand. Et quand il serait vrai, tu ne devrais pas le souffrir.
corbineau. Est-ce que je pouvais le deviner ? elle y a mis tant de grâce , tant de délicatesse, elle n'y avait paru en rien, et cet homme d'affaires, cet intendant, qui m'a loué cela, y a mis une bonhomie...
DUPRÉ, quittant sa fenêtre. Quoi ! c'est l'intendant... M. Williams.
corbineau. M.Williams, c'est cela même, un Anglais, qui me dit (baragouinant): u Mon gentleman, vous cherchez un ap- » partement ? » C'est vrai, j'étais dans la rue , le nez en l'air, regardant tous* les écriteaux. (Baragouinant.) « Je avoir une jolie » petite appartement meublée de garçon , » que je pouvais vous louer ponr cent cin- » quante livres. »
dupré. Il vous a dit cent cinquante livres?
corbineau. En toutes lettres.
dupré. Parbleu î je le crois bien , des livres sterlings, les Anglais n'en connaissent pas d'autres.
corbineau. Hein! que dites-vous?
dupré Que vous avez loué cent cinquante guinées, c'est-à-dire à peu près trois mille six cents francs ; ce qui n'est certainement pas cher.
corbineau. Ah ! mon Dieu ! et moi qui ai consenti en sous seing-privé , pour Ferdinand et pour moi , un bail de douze ans!
ferdin\nd. Qu'as-tu fait là?
corbineau. A cause du bon marché.
Ferdinand. Mais, malheureux, tu nous ruines, nous voilà débiteurs d'une quarantaine de mille francs.
corbineau. Nous u'emportons pas les meubles , nous n'emportons pas la maison ! le bail est nul , faute de paiement.
Ferdinand. Et que dira-t-on de nous?
pour qui allons-nous passer ? pour des intrigans, des chevaliers d'industrie.
DUPRÉ. Ca se pourrait bien, sans compter l'indemnité qu'on est en droit de vous demander.
corbineau. Si ce n'est que cela... cane
m'embarrasse pas , j'écrirai à Dorothée...
« Je reviens à toi, ma Dorothée... » et tu
. toi qui me blâmais tout-àr
l'heure , nous serons trop heureux de la retrouver ; pauvre Dorothée, va !
le DOMESTIQUE , entrant et annonçant.
Mylady Wilton.
DUPRÉ. La propriétaire!
i-t.rdinxnd. Ah ' mon Dieu !
i.k domestique. Qui désirerait parler à ces messieurs.
Ferdinand, à Corbineau. Cela te regarde, arrange-toi.
Air : Bacchanale des Nones. ( Robert-Ie-Diable.)
A l'instant je venx Sortir de ces lieux , L'honneur me le commande !
Je te le demande, Et soudain je vais Faire nos deux paquets !
corbineau, troublé.
Fais ton paquet ! oui, c'est fort bien ! Et moi, je vais avoir le mien.
ENSEMBLE
FERDINAND
A l'instant je veux, etc.
CORBINEAU
Non pas, moi je -veux
Rester en ces lieux , L'amour me le commande !
Je te le demande ,
Et tuvas exprès Renverser mes projets.
dlpré, a Corbineau.
Au gre' de ses vœux
Sortez de ces lieux, L'honneur vous le commande !
(Montrant Ferdinand.)
Et puisqu'il s'amende,
A l'instant je vais Seconder ses projets ï
(Ferdinand entre dans la chambre a droite.)