‹ L'étudiant et la grande dameChapitre 17 sur 28 · DUPRÉ, CORBINEAU, FERDINAND, UN DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

DUPRÉ, CORBINEAU, FERDINAND, UN DOMESTIQUE

FERDINAND, entrant en regardant derrière lui. Ali çà ! Corbineau, qu'est-ce que ça signifie? Où suis-je ?

CORBINEAU. Chez nous, mon cher ami.

Ferdinand. Du tout ! je n'entends pas rester ici ; je ne veux pas que tu y restes toi-même. Ln hôtel d'ambassadeur, une cour magnifique ,un<suisse ; j'ai cru m'ètre trompé de numéro.

corbineau. Du tout, le 87 Ferdinand. Je demande M. Corbineau, on me dit : à gauche dans la cour, à l'entresol I Un escalier en pierre , porte en acajou, antichambre, salle à manger, premier salon, et j'arrive jusqu'ici.

corbineau. Tu n'as rien vu encore, une chambre délicieuse décorée par monsieur.

Ferdinand. Monsieur Dupré ?

corbineau. N'aie pas peur, ce n'est pas nous qui paierons le mémoire.

Ferdinand. Et tu ne rougis pas de honte ï

CORINEAU. Pourquoi cela?

Ferdinand. Mais c'est la mènii main qui t'a déjà envoyé cette pendule , cette chaîue , et s'il y a au monde, ce que je ne pouvais croire, une femme assez absurde, assez folle pour se ruiner pour toi...

corbineau. Quoi ! cette pauvre Dorothée ! tu la soupçonnerais, eh bien ! franchement, moi aussi.

Ferdinand. Elle ou une autre, tu me suivras, car je t'emmène à l'instant , sans vouloir même savoir chez qui nous sommes !

DUPRÉ, qui a repris son travail. Parbleu ! vous êtes chez une parente de l'ambassadeur d'Angleterre, chez mylady Wilton.

corbineau. O ciel ! ce ne serait pas Dorothée, c'en serait une autre, une uryladv!

conviens que je suis un heureux coquin; je n'y pensais pas, je n'en voulais à personne, et en voilà déjà deux!

DUPRÉ , travaillant à la croisée. Ce carabin me déplaît souverainement , si je n'avais pas ces embrasses à poser...

corbineau. Ce n'est pas ma faute, si la beauté veut faire ma fortune.

Ferdinand. Et quand il serait vrai, tu ne devrais pas le souffrir.

corbineau. Est-ce que je pouvais le deviner ? elle y a mis tant de grâce , tant de délicatesse, elle n'y avait paru en rien, et cet homme d'affaires, cet intendant, qui m'a loué cela, y a mis une bonhomie...

DUPRÉ, quittant sa fenêtre. Quoi ! c'est l'intendant... M. Williams.

corbineau. M.Williams, c'est cela même, un Anglais, qui me dit (baragouinant): u Mon gentleman, vous cherchez un ap- » partement ? » C'est vrai, j'étais dans la rue , le nez en l'air, regardant tous* les écriteaux. (Baragouinant.) « Je avoir une jolie » petite appartement meublée de garçon , » que je pouvais vous louer ponr cent cin- » quante livres. »

dupré. Il vous a dit cent cinquante livres?

corbineau. En toutes lettres.

dupré. Parbleu î je le crois bien , des livres sterlings, les Anglais n'en connaissent pas d'autres.

corbineau. Hein! que dites-vous?

dupré Que vous avez loué cent cinquante guinées, c'est-à-dire à peu près trois mille six cents francs ; ce qui n'est certainement pas cher.

corbineau. Ah ! mon Dieu ! et moi qui ai consenti en sous seing-privé , pour Ferdinand et pour moi , un bail de douze ans!

ferdin\nd. Qu'as-tu fait là?

corbineau. A cause du bon marché.

Ferdinand. Mais, malheureux, tu nous ruines, nous voilà débiteurs d'une quarantaine de mille francs.

corbineau. Nous u'emportons pas les meubles , nous n'emportons pas la maison ! le bail est nul , faute de paiement.

Ferdinand. Et que dira-t-on de nous?

pour qui allons-nous passer ? pour des intrigans, des chevaliers d'industrie.

DUPRÉ. Ca se pourrait bien, sans compter l'indemnité qu'on est en droit de vous demander.

corbineau. Si ce n'est que cela... cane

m'embarrasse pas , j'écrirai à Dorothée...

« Je reviens à toi, ma Dorothée... » et tu

. toi qui me blâmais tout-àr

l'heure , nous serons trop heureux de la retrouver ; pauvre Dorothée, va !

le DOMESTIQUE , entrant et annonçant.

Mylady Wilton.

DUPRÉ. La propriétaire!

i-t.rdinxnd. Ah ' mon Dieu !

i.k domestique. Qui désirerait parler à ces messieurs.

Ferdinand, à Corbineau. Cela te regarde, arrange-toi.

Air : Bacchanale des Nones. ( Robert-Ie-Diable.)

A l'instant je venx Sortir de ces lieux , L'honneur me le commande !

Je te le demande, Et soudain je vais Faire nos deux paquets !

corbineau, troublé.

Fais ton paquet ! oui, c'est fort bien ! Et moi, je vais avoir le mien.

ENSEMBLE

FERDINAND

A l'instant je veux, etc.

CORBINEAU

Non pas, moi je -veux

Rester en ces lieux , L'amour me le commande !

Je te le demande ,

Et tuvas exprès Renverser mes projets.

dlpré, a Corbineau.

Au gre' de ses vœux

Sortez de ces lieux, L'honneur vous le commande !

(Montrant Ferdinand.)

Et puisqu'il s'amende,

A l'instant je vais Seconder ses projets ï

(Ferdinand entre dans la chambre a droite.)

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