SCENE VIII
Les Mêmes, DUPRÉ.
DUPRÉ , entrant par le fond. C'est ime horreur !
louise. Dieu ! mon père!
DUPRÉ, apevcevant Ferdinand qui est encore à genoux. Et lui aussi ! en voici bien
d'une autre ! tous les deux me narguer à la fois !
louise, courant à lui. Moi , vous pourriez supposer?..
dupré. Il ne s'agit pas de toi.
LOUISE. Et de qui donc?
dupré. De l'autre, de son ami! au moment où je descendais dans la cour , je manque d'être écrasé, par qui? par M. Corbineau qui partait en tilbury, et qui a l'audace de me crier : Gare ! ! gare les meubles ! gare le tapissier !
louise. Est-il possible !
dupré. Un carabin, en voiture! un cheval alezan ! un laquais, une livrée magnifique , et il me crie du haut de son char : Décidément je garde l'entresol, mon cher ! que tout soit prêt à mon retour?
FERDINAND. C'est-à-dire, monsieur, que je suis aussi étonné que vous, aussi confus.
dupré. Oh! vous! ne parlez pas , c'est encore pis. {A Louise.) Car tu ne sais rien encore ; imagine-toi qu'en rentrant dans le salon je trouve M. Williams, l'intendant, qui parlait, chapeau bas, à la maîtresse de cet hôtel.
louise. A lady Wilton, cette grande dame ?
dupré. Que je n'avais pas encore vue , je lève les yeux et je reconnais...
louise. Qui donc!
dupré. La passion de M. Ferdinand!
cette beauté mystérieuse que nous avons rencontrée ce matin chez lui, au cinquième étage.
FERDINAND, surpris. Comment?..
DUPRÉ. Faites donc l'étonné !
LOUISE, vivement. Oui , mon père , il n'est pas coupable , il s'est justifié.
dupré. Vraiment!
louise. Il m'a promis de ne plus la revoir.
dupré. C'est donc cela qu'il loge chez elle.
LOUISE. Chez elle!
dupré. Oui , mon enfant, ici , dans cet appartement que j'ai tendu de mes propres mains ! vieillard stupide ! et toimême , fille crédule , ce boudoir où tu viens de faire poser des paters et des rideaux de mousseline, c'est le sien.
LOUISE, d'un air de reproche. Quoi, monsieur ?
Ferdinand. Eh ! non, c'est Corbineau, ou c'est le diable lui-même qui se mêle de mes affaires ! car je ne peux plus m'y reconnaître...
dupré. C'est cependant bien aisé à comprendre : quand une grande dame reçoit
et loge chez elle gratis, ou à peu pics, un beau jeune homme qui n'a rien !
FERDINAND. Monsieur, D 'achevez pas , c'est une îufâme calomnie: vous pourriez supposer que latly Wilton...
DU PRE. Je ne suppose rien qui puisse l'offenser! car je sais, au dire même <le ses gens, que mylady a toujours joui d'une réputation irréprochable, qu'elle est d'une grande famille , d'une grande naissance ; mais elle est veuve, dit-on; elle est maîtresse de sa main , rien ne peut l'empêcher d'en disposer en faveur d'un jeune homme qui lui plaît.
Louise. O ciel!
DUPRÉ. Ce n'est pas à elle que j'en veux, c'est au jeune homme qui, prêt à contracter une pareille alliance , cherche encore à séduire la fille d'un honnête industriel.
FERDINAND. La séduire I c'en est trop ; quelle que soit cette lady Wilton que jusqu'ici j'honorais et je respectais, je veux lui demander compte des bienfaits dont elle m'accable à mon insu , et que je repousse.
louise. Quoi, monsieur, ce mariage, s'il était vrai, vous le refuseriez?
Ferdinand. A l'instant même.
DUPRÉ. Laissez donc, on ne renonce pas à une perspective comme celle-là !
Ferdinand. Vous le verrez! et puisqu'il vous fallait des preuves de mon amour, je serai ravi de déclarer devant vous à lady Wilton que je ne veux plus ni la voir, ni entendre parler d'elle.
LOUISE, l'approuvant. C'est cela.
FERDINAND, s 'échauffant. Il est aussi trop fort qu'on ne puisse pas se soustraire à une telle persécution.
LOUISE , de même. C'est vrai.
Ferdinand. Qu'un jeune homme tranquille et inoffensif soit exposé à des soupçons...
louise. Qui peuvent faire tort à son honneur.
Ferdinand. C'est juste.
LOUISE. Et à son établissement.
Ferdinand. C'est cela même.
DurRÉ. La voici.
FERDINAND. Nous allons voir !.. ne me quittez pas ! . .