SCENE IV
Les Mêmes, LOUISE.
(Elle s'arrête toute confuse sur le seuil de la porte
du fond.)
LOUISE. Ah! pardon!
Ferdinand. Mademoiselle...
LOUISE. Monsieur Ferdinand... j'ignorais, je ne savais pas...
dupré, à part. Elle ne savait pas ! .. c'est elle qui m'a envoyé. (Haut.) Eh bienl qu'est-ce que tu me veux ?
LOUISE, regardant Ferdinand. Moi, mon papa... je venais... je voulais vous dire... qu'on vous demande en bas.
dupré. Qui donc?
LOUISE, de même. Je ne me rappelle plus.
dupré, à part. C'est ça ! un prétexte. (A Louise.) Allons, entre! pardi! au point où nous en sommes... (A part.) Comme c'est gai!.. (A sa fille.) Donne-lui la main. [A Ferdinand.) Embrasse - la. (A lui-même.) Comme c'est amusant !
FERDINAND Quoi ! monsieur ?
LOUISE, émue. Que voulez-vous dire ?
DUPRÉ. Eh! parbleu!., que tout est ar rangé, qu'il t'aime, qu'il t'adore, et qu» nous signons le contrat aujourd'hui même.
FERDINAND. Aujourd'hui?
DUPRÉ, regardant Louise. C'est clair, la santé avant tout!
louise, très-rmue. Ah ! mon père, ne me trompez-vous pas?
dlpré. Allons, la voilà qui pâlit... elle va être malade de joie à présent... Dieu! aue les enfans sont terribles!
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LOUISE, avec un sourire. M on, non, cela va mieux... cela va tout-à-fait bien ; mais la surprise, la crainte...
dupré. Qu'il le dise lui-même. {A Ferdinand.) Allons, toi, parle-lui donc... tu es là à la regarder.. . je ne peux pas tout faire ; est-ce que tu ne l'aimais pas depuis longtemps en secret, comme un fou? dis-le donc. {A Louise.) Il va te le dire.
Ferdinand. Si je vous aime!., moi!..
DUPRÉ. Tu vois I je ne le lui fais pas dire.
FERDINAND, avec feu à Louise. Ah ! depuis que je vous connais, que de fois j'eusse rompu le silence, sans cette fortune qui me désespérait, et qui est encore mon seul chagrin!..
dupré. Cette bêtise ! comme si la fortune gâtait jamais rien !
Ferdinand. Quel plaisir, si vous n'aviez du qu'à moi seule cette aisance, cette richesse que je ne voulais acquérir que pour vous!
LOUISE, tendrement. Eh bien ! le grand mal! si nous vous apportons la fortune... je vous devrai le bonheur. . . . l'un vaut bien l'autre.
FERDINAND, lui baisant la main. Chère Louise !
louise. Si vous saviez comme j'étais malheureuse!..
FERDINAND. Et moidonc!..
louise. Je vous avais deviné. . . oh ! oui, vos regards, cet air triste, rêveur... je me lisais : Jamais il n'osera se déclarer à mon père, car c'est l'honneur... la délicatesse même ; {timidement) alors j'ai pensé, puisque nous étions les plus riches, que c'était à moi à faire les premiers pas, ( d'un air confus) c'était bien mal... n'est-ce pas ?... ça ne s'est jamais vu... mais aussi je puis vous l'avouer maintenant... si je m'étais trompée, j'en serais morte.
Ferdinand, ému. Louise!
DUPRÉ, alarmé. Allons, il n'est pas question de cela.
LOUISE, souriant. Oh! non.... Dieu merci... car je suis bienheureuse... et vous aussi, mon père ?
DUPRÉ, d'unair bougon. Certainement...
je ne demande pas mieux.
LOUISE, s'approchant de lui d'un coté.
Nous ne vous quitterons pas.
Ferdinand, de même. Toujours là près de vous.
LOUISE. Entouré de vos enfans... qui disputeront de soins.
Ferdinand. De tendresse.
dupré, un peu adouci. Le fait est que ce tableau...
louise, bas à son père. Vous ne l'avez ^>as encore embrassé ?
dupré, basa sa fille. Ça te ferait donc bien plaisir ?
louise. Oh ! oui.
DUPRÉ, ouvrant ses bras à Ferdinand qui s'y jette. Allons donc, mon gendre, mon cher fils!..
FERDUViND. Ah! monsieur !
louise . Mon bon père !
dupré. Elle finira par me le faire aimer à la folie. , . quand ces petites filles se sont mis quelqie chose dans la tête... (S'essuyant les yeux.) Ah çà ! mes enfans, nous voilà bien contens, bien d'accord; mais moi quand j'ai pris mon parti, j'aime que les affaires s'expédient promptement. ( A Ferdinand. ) Je vais te conduire chez mon notaire ; de là à la mairie, pour la publication des bancs ; tu as tes papiers ? ton acte de naissance?
ferdi\a\d. Ils sont à l'école de droit, au secrétariat.
DUPRÉ. Va les chercher.
FERDINAND, prenant son chapeau. Surle-champ.
louise. Ne vous amusez pas en chemin.
Ferdinand. Soyez tranquille.
Air : Dieu tout-puissant. Pour qu'au plus tôt ce doux hymen s'achève, Je vais tout voir, je vais tout surveiller.
{A part)
Oui, mon bonheur me semble encore un rêve, A chaque iu&tant je craius de ni" éveiller.
{Prêt à sortir, il revient près de Dupré.) Je veux encor, de joie et d'espérance, Vous embnsser.