ADIEUX AUX ÉCOLES. 9R
monde pour l'intelligence rapide, qui comprenait toujours au premier mot, souvent d'avance, où la parole semblait à peine nécessaire, où ma pensée, indiquée seulement* me revenait plus vive dans Téclair du regard.
Que de fois sur cette assemblée j'ai vu passer le souffle de l'esprit, et poindre la\cnir, l'aube du temps qui vient, une France meilleure!..
Que vous rendrai-je, Messieurs, pour ces moments d'espoir, pour les puissances fortifiantes dont vous avez, à votre insu, augmenté ma penséc?.. Je vous donnerai ce que j'ai : ma pensée elle-même.
La constante pensée de mon cours pendant dix ans (1838-1848), je ne lai confiée encore à pcrsonne, nulle part formulée.
J'ai fondé ce cours d'abord en quatre ans par une forte étude des faits, créant, du quatorzième au seizième siècle, la liberté moderne, dont j'allais me servir, la libre vie morale, brisant la vieille aulorité, la lourde chape de plomb où elle étouffait l'homme.
Le tout concentré, en esprit, dans un cours philosophique (1842), sur l'idée générale de la vie historique.
Reprenant (1843-45) cette œuvre de guerre et de paix, cette destruction fondatrice, j'ai montré que le moyen âge lui-même, quel qu'il fût, n'était nullement le père du mouvement jésuitique, qui s'en dit le fils légitime. — Ayant ainsi deux fois détruit le Faux, détruit en lui, détruit dans sa tradition, j'ai mis la main au Vrai, expliqué l'œuvre de la nouvelle Église religieuse et politique, montré comment elle amenait au dix-huitième siècle son premier essai, la Révolution.
Cette année donc, j'arrivais pour la seconde fois aux conclusions philosophiques. En 1842, Philosophie de l'histoire; en 1848, Philosophie sociale. La première regardant le passé, le couchant ; la seconde tournée vers l'aurore.
Tout le cours de cette année roule sur un seul point, le point essentiel : Le divorce moral, social, les moyens de réunion.
Divorce bien plus grand qu'on ne croit. Trente millions d'hommes, sur trente-quatre, restent étrangers au mouvement de la pensée commune; les lettrés font pour les lettrés des livres, des journaux, des drames ; c'est comme un cercle enchanté où la petite nation travaille à l'insu de la grande. Il iaut franchir le cercle.