‹ L'étudiantChapitre 8 sur 33 · ADIEUX AUX ÉCOLES · texte numérisé non relu

ADIEUX AUX ÉCOLES

Et eomment le franchir ? par ugi élan du cœur. — Qui le fera ? Celui qui a encore un cœur, le jeune homme surtout, qui, n'étant pas encore le serf de la fortune, met la sienne dans la fortune de la France, dans l'unité de la patrie. — Quels moyens? La parole fraternelle, qui sans intermédiaire, va, chaude et vive, au cœur; et la même parole écrite, un nouveau mouvement littéraire,, un large esprit, ni lettré, ni peuple, mais France; des livres écrits pour tous, un théâtre pour tous.

Tel est l'esprit général du cours. La première ' leçon dit le divorce ; — la seconde, que pour y • remédier, il vous faut, jeunes gens, vous rapprocher du peuple, que vous-mêmes en avez besoin; — la troisième, qu'il faut mettre bas l'orgueil, tenir compte des faibles, ne pas dire : « Ce n'est qu'un enfant, une femme, une classe ignorante, etc.; » — la quatrième (qui répond à une objection) enseigne que l'extérieur, que la rudesse ou la vulgarité ne doit point arrêter; elle ■dit ce que c'est que vulgarité et vraie distinction, etc.

Voilà jusqu'ici mon enseignement.

Et je continuerai, Messieurs. Toujours, jusqu'à la mort, j'irai versant mon cœur. Je ne vous man-

querai jamais. Hors vous, qu'ai-je donc en ce monde? Je n'ai, je ne veux rien de plus.

Je ne vous manquerai point; mais vous me manquerez.

L'inspiration que, chaque semaine, je reprenais en vous, je la perds. Ces rapides, et pourtant si fécondes communicalions, il faut y renoncer.

Tel pourtant m'anima; tel m'arrêta, m'éclaira, sans s'en apercevoir. Bien des choses, hasardées dans mes livres, se sont rectifiées dans mes cours, mises à leur vraie mesure. Cette critique me manque, celle du sens si droit, si ferme et si fin de la France. Et dans quelle bienveillance, je la trouvais en vous !....

Que l'inspiration désormais me manque, ou la critique, vous me lirez encore, Messieurs, et par un indulgent ressouvenir des heures passées ensemble, et par l'étroite communauté d'esprit où nous nous retrouverons toujours dans les voies de la liberté.

J. MlCIlELET.

1 janvier 1848.

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