CHAPITRE XIII
Ses autre) divertissementi de l'étudiant.
uand on se livre à un examen plus ou moins approfondi des diverses classes des créatures qui vivent sur terre, dans les airs, et même dans les eaux du puits de Grenelle, on reconnaît que tous ces êtres plus ou moins vertébrés sont les ennemis naturels d'une autre classe d'êtres qui cependant sont appelés à vivre
dans le même lieu. — Ainsi, le brochet
poursuit le goujon , le loup déjeune volontiers avec toutes les côleiottcs d'un mouton ; — le milan regarde toujours de travers le simple moineau. Le cocher de cabriolet voudrait étrangler tous les cochers d'omnibus, etc., etc. — L'étudiant ne pouvait échapper à cette iiilluence qui est une loi de la nature, et il a aussi une aiuipaihie excessivement prononcée contre certains autres bipèdes, anlhipaihie (pie rien ne peut vaincre , et qui se révèle du jour où il est allé prendre sa première inscription à l'École de droit ou de médecine.
Les deux grandes classes des êtres souverainement délestés par l'étudiant sont :
Les sergents de ville, tt les portiers.
Aussi n'a-i-il pas de plus grand divertissement que de faire aller, quand il le peut, ces fonctionnaires publics et ces fonctionnaires privés.
Il n'est pas besoin , je pense, d'expliquer l'origine de la nonaffection de l'étudiant pour le fonctionnaire public chargé spécialement de surveiller tous les Vcstris qui se permettent un cancan qui effarouche la vertu du gouvernement, et tous les premiers ténors
qui cliatik'iit /(( Marsciltaisii nuv un luii qui agace les nerfs à ce
uiOnif ^ullvellK'llU'llI.
Au lieu (l'uiiOUT tuul sinipleniont le pas un peu liasanU'* ou la
chanson prise sur un fall^s('l trDpfalinani, le sergent de \ille arièle le (iaiiseiu' ou le rliaiiteur liii-inènie, et l'aeeoiiiiiagiie au viiildii.
C'est outre - passer l'espi il tout coneiliaiit de sesalliihutioiis, le seii;eiil de \iilc ne rdiiipreiid p^is loiilc la porsie de sa professiou ; — il eut • poijjMe brutalement et sans employer aiu'iiiie de ces phrases aimables qui coûtent si peu , fiiMuiie par exemple : — Monsieur, je suis réclleuient désolé d'avoir h vous conduire au violon ; cl je vous supplie de ne pas m'en vouloir si je vous oiïre la main pour vous y introduire : — Passez le premier, je vous prie. — Ce à (pioi l'étudiant, non moins poli , répondrait : Je n'en ferai rien ; après vous,
— Non , je sais trop ce que je vous dois.... après vous.
— Je me ferai plutôt écartcler.
— Ah ! c'est donc pour vous obéir... Mais pluliM rien n'empôciic que nous entrions tous deux en même temps.
Voilà comment l'on devrait se conduire dans un pays qui se vante d'être civilisé , et alors il y aurait vraiment plaisir à avoir des relations avec messieurs les sergents de ville.
Kn attendant, c'est toujours l'étudiant qni entre le premier dans cedit violon ; — mais, chose déplorable , souvent ses pans d'Iiabit ne l'y suivent pas, — ce qui est fort gênant surtout quand on est enrhumé du cerveau.
Vous voyez donc bien qu'il n'est pas étonnant que l'étudiant n'idolâtre pas le sergent de ville : — et , à part toute opinion politique , les danseurs de la Chaumière adorent les émeutes, parce que ça leur procure l'occasion de faire danser les sergents de ville.
Mais ce divertissement coûte assez cher, et on ne peut pas se le permettre en tout temps ; — un sergent de ville détérioré est tarifé un prix fou par le président de la police correctionnelle.
Quant à la haine vouée au factionnaire privé nomme portier , elle provient de ce que ce cerbère est chargé de faire exécuter les consignes qui, dans presque tous les hôtels du quartier latin, ordonnent qu'on ne reçoive pas de visites féminines passé minuit.
Les propriétaires ont la monomanic de prétendre que leur imnMuble n'abrita que la vertu la plus pure de minuit à sept heures
du malin , — et toute femme est impitoyablement consignée pcti-
dant ce laps de temps.
Aussi l'étudiant ((ni a ime jolie voisine , et qui pour une foule de
raisons ne veut pas corrompre le portier h i)rix d'or, ri.s(|ue de se
casser le cou piuir aller rejoindre ses amours par le chemin vicinal
de la nouliièic.
Aussi se vengc-t-il agréablement de ses ennemis intimes, les
portiers, en [rap|)aut à toutes les portes ipi'il rencontre passé minuit.
Kniin , (piand l'étudiant li( ni à ^e venger il la fois de son p(/i ticr , de son propriétaire, de ses voisins et de tonte la nature , il se met à étudier la mnslcpie, — mais ijiii lleinnsiiiiie.nrand Dieu!
— jj plus ( fliéiiée (pie l'on ait jainuis pu iiiia^'.iner pour ii:i|isperfer l'oreille de la leiisible hnmanilc.
Il se met il jouer de cet iiisli uineiil d'une .seule note... et quelle iniic! — l.'i sl-
ii-diieipie ce divertissemenl a été probablement inventé par feu
Néron de barbare niéinoire !