CHAPITRE XI
!•<■• plaisir' d'ttt.
> jA, iez tant que vons vondioz, mais il n'en
T '^ i/tiL ''*' l^*** moins vrai que la griselle est
-\v5\ Il rAiA irè.s-sensible aii\ beautés de la nature el aux joies pures (|ue pnicurent la rontem|>ialioii des petites feuilles vertes , l'audition des petits rossignols , — el la consoniinalion des gros melons.
Dès (]u'a\ril \icnt ouvrir les boulons de violettes et fermer les bals du l'rado, I étudiante éprouve l'irrésistible besoin d'aller fi MiUnorenc;/ et autres lieux où l'on trouve peu de rossignols mais beaucoup dànes :
— animaux qui du reste leur sont bien préférables pour les cavalcades.
La grisette affectionne donc les merveilles de la nature , mais c'est surtout lorsque ces merveilles se manifestent sous la forme de magnifiques cerises, de superbes radis et de monstrueuses groseilles ; le tout cueilli, — non épluché et dévoré sur pied.
Une fois qu'on s'est livré à ces premiers divertissements champêtres et potagers, on songe aux plaisirs de l'équitation , avec ou sans caleçon, — attendu que les ânes ont généralement la vue basse, — et si ia chute a pour témoin un simple mortel h deux pieds, tant pis si ses regards sont blessés.
Du reste , les âniers de Montmorency et de Boulogne ne manquent jamais de vanter toutes les qualités physiques et morales de turs quadrupèdes; — c'est vraiment un panégyrique qui serait capable de faire rougir l'espèce humaine, — el l'àiiier Unit toujours par dire que son coin sier, qui primitivement était né pour être mouton , n'a peur d'absolument rien , — excepté des chiens , des piétons et des poteaux.
En outre , ces mêmes Sniers , qui ont toute l'astuce des plus grands diplomates, ont divisé les ânes en deux classes, suivant qu'on désire en louer h l'heure ou à la course.
Les ânes qui vont ii l'heure sont tous paralytiques et font une demi-lieue en deux heures, de sorte qu'ils rapportent beaucoup à leur hourgcoi».
Quant au\ Anes pris h la rom-se, ils sont excessivement nerveux, et , au bout île iiii(| minutes île connaissanre , '\\-> se brouillent tout Il fait avec leur vouiyeur, el, sans le inoindra propos , le laissent au nulieu du chemin , ii moins (pie ce ne soit au fond d'une mare.
Fuis l'animal, plein d'iiUelligence (nous parlons de l'une), revient \\ son domicile ; et c'est ainsi que dans l'espace d'une heure on le loue sou\eiit pour trois ou ipiatre parties dcjilaisir.
Mais tout cela n'empêche pas (|iie les promenades ii âne oe soient une délicieuse chose quand on est amoureux ; car cela aide puissamment h faire connaissance avec la beauté que l'on escorte d'àbord , et ([ue l'on ramène ensuite.
Après la cavalcade h ài:e, le |)lus grand plaisir des partiis de «am|)ague consiste dans le rejias sur l'Iieibe, — ou sur la poussière, il défaut d'Iierle, — ce (jui arrive très-souvent , à moins cju'ou ne prenne la peine d'aller àipiinzc lieues de i'aiis.
llègle générale : toutes les fois que , dans un dlncr sur l'hcrlic (on persiste à les apiieler ainsi), on compte sur le plat que doit apporter chaque coinive , il arrive iiivariableiHent (|ue la surprise consiste toujours dans un pilé de veau froid. — Autant de têtes, autant de pàlés. — On est surpris, mais désagréablc-
URIll.
Aussi la grisette la plus cuisinière de la société propose-1 elle de varier l'uniformité de ces divers services par une entrée de salade que l'on se procure tant bien (pie mal chez le iireniier \iliageois venu, — moins l'huile et le vinaigre; — mais on a du sel, beaucoup de sel.
Enfin, on court dans cinq ou six autres endroits, on parvient à trouver Ji peu près les autres accessoires de rigueur : — que disonsnous! — au milieu du repas , on trouve même des accessoires qui ne sont pas de rigueur; car, en niaiigeani de cette fameuse salade, il est rare (ju'on ne sente pas croquer sous les dénis quelque chose d'hétérogène.
Les uns disent: Que dîahle est-ce que je sens ta? — Lcg autres : — Tiens! c'est un croAlon!
Enfin des convives ne disent rien du tout, mais se mellent à
fouiller dans la salade , et décou vrent,... deshannctons! — surprise générale. — Tableau !
Après cela, mon
â!?^'^v'^'~^5 quoi s'effrayer outre mesure, — le ban-
i;vT?r^-^«>-'
neton n'est pas mauvais pour l'esiomac, — à moins qu'on n'en fasse abus et qu'on n'en consomuie immodérément. Ce qui n'empêche pas que la société se prive d'achever une salade ainsi éiiiailléc
de coléoptères , et se hâte de prendre un coucou pour revenir h Paris, où l'on fait tant que l'on veut des festins de iialtliazar à quarante sous par tête. — Et si l'on tient à être encore mieux servi, on n'a (pi'à y joindre un supplément de dix francs.
Mais le fàclieux de tous ces plaisirs d'hiver comme d'été , c'est qu'ils coûtent très-cher; — et les cartes de restaurant surtout nécessitent pour l'étudiant la ressource de la carotte, dont vous trouverez la motwtjrapliie dans le chapitre suivant si vous voulez bien prendre la peine de le lire.
DiiiLun iii'.oi K pouii uir.r..
CIIAPITRK XII.
Sf !• carotte considi^réc commn légume nourrin^iant.
I , — jamais plante rare, aihusic précieux,
'•''■ - -5k ^JL 1 r camélia, tulipe de Jlollaiide, rliododeii-
droii on ^'irollée ne fuient cultivés avec
plus (le sniu que la simple carotte, lé-
. L Miu" runsidéié îi juste titre par tous
JioiticulietMS (lu pays latiu comme
Ile plus excellent, le plus succulent et
(surtout le plus nourrissant !
I/étudinnt a henu faire des économies nuiiriilurc et sur l'achat de ses li\res de droit, il n'en reconnaît pas moins immanquablement vers le 15 de clia(|ue mois que l'or est ime chimère , et l'argent aussi ! S'il est un moment dcsa^r(\ihled:ms l'existence d'un jeune honune nerveux, c'est lorsque, fouillant dans toutes les cavités les plus profondes de ses tiroirs, de ses armoires, de ses poches et de ses goussets, il s'aperçoit , apr(''s de nombreuses rerherclies, que, pour payer ses inscriptions , sa blanchisseuse , s(m tailleur, ses dîners, ses déjeuners , ses allumettes chimi(|ues allemandes, ses professeurs et ses cigares, il lui reste la somtne de dix-huit sous (tout compris) — dont une
pièce de quinze sous excessivement rognée et trois monacos !
Avec ces dix-huit sous il s'agit de vivre jusqu'à la fin du mois qui a 31 jours, et en outre de payer un chapeau rose proiuis depuis longtemps. Vous m'avouerez que voilà un problème assez difficile à résoudre; feu Arclii- I niède , (pii dans son temps pasj sait pour être très-fort sur les prot=^^^JLy^"^^<u<»iggffl8^ blêmes , les logogriphes et les clia- V /<^:>^.^Sa^^^^^^HS^ rades, aurait peut-être perdu son
grec dans celte (|uestinn de dix - ^ huit sous. lili bien ! il n'est pas un étudiant en droit , même de première année, qui ne s'en tire parfaitement, grâce à la carotte.
Voici l'épîtrc dont accouclip notre jeune homme, après qu'il s'est livré pendant quelques quarts d'heure aux réllcxions que nécessite la gravité des circonstances.
• Mon cher père ,
• le vous annonce avec satisfaction que je continue à me bien
• iwrter, quoique je travaille beaucoup. ■ .', -i ' .
• Tandis (jue la plupart de mes camarades ne pi^ennent qu'une » iiiscripiian tous les trois mois, j'en prends une régulièri'mcnt
• tous les mois; je vous serais même obligé de vouloir bien m'cn-
» vover le plus pronip-
« tenicnt possible 30 » francs pourcet usage.
» Je vous préviens » aussi que j'ai acheté "hier une nouvelle édi- » tion d(i Code civil » pour l'aniiétAi'itxO; • comme j'achète beau- » coup d'ouvrages au Il même libraire- édi- " teur, il m'a fait un » rabais de 25 0/0, et » je n'ai payé ce Code » que 38 francs.
> La fête (le mon professeur arrive hienli'it, et j'ai communiqué mes CjiuaraJcs l'heureuse idée d'ouvrir une souscription pour
I offrir à ce vénérable vieillard un souvenir de l'aiïection et de la 1 reroniiaissanee de ses élèves , une soupière en maillectwrt.
J'ai souscrit jiour \ingtciu(| francs, etje suis certain d'avance que
vous applaudirez à mon idée.
» Je termine ma lettre en vous apprenant une fâcheuse nouvelle. I Vous savez (pie je ne puis pas souffrir les dettes et que je paye ■ mon laillein- av;uit (pi'il m'apporte une redingote ou un panta- I Ion. lih bien ! je viens d'être victime de ma confiance, car mon
taillein- a fuit faillite ; et la veille je lui avais prêté soixante-quinze
fr.mcs, qu'il est venu m'em|irunter en me disant que je sauvais > son honneur. Cet événement m'a été bien sensible, moins à cause 1 des soix.inte-qiiinze francs que parce que cela m'a prouvé ou
que nyon tailleur m'a dupé, ou que mes soixante-quinze francs
n'ont pu le sauver.
» Du reste voici la note exacte de mes dépenses de ce mois:
» Dîners et déjeuners.
" Blanchissage.
» Menus plaisirs et spectacles.
• Location de livres de droit.
>i Papier, |)lumes, pains à cacheter.
» Chambre garnie.
» Dépenses au café.
■> Briquets phosphoriques.
» Bonnes œuvres.
» Coupe de cheveux.
» TOTAt. 192f. 25 c.
» Veuillez donc m'adresser un mandat de 192 fr. 25 c. — C'est I beaucoup; mais, si vous voulez, ne m'envoyez pas les 25 cent., . je ferai des économies sur mes dîners. Adressez-moi tout simple- I ment im mandai de 192 fr.
» Votre bien dévoué fds, » Félix Mocssard. »