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CHAPITRE VI

I>e badaud étranger.

ne grande ignorance en histoire na- .^ luielle est cause que quelquefois encure on accorde la qualification de flâneur à des mortels, très- vertueux du reste, mais qui ne sont que de simples badauds , nés natifs de Carpcnlras, de Londres, de Quimpcr- 5yJ5 torentin, de Saint-Pétersbourg.

Nous voulons parler du voyageur é=s=^'i5>'~ qui a fait cinquante, cent ou trois cents lieues pour venir visiter une fois dans sa vie les monuments de Paris, et qui, en conséiiuence, fait pendant huit jours un métier qui éreinterail le cheval de cabriolet le plus fortement constitué. Depuis le lever du soleil jusqu'à celui de la lune, notre gaillard court dans tous les coins de Paris avec la carte sous le bras, ou au moins avec un mouchoir lilhograpmé dans sa poche, et à chaque minute il appliiiue sa carte ou son mouchoir sur la première muraille qu'il rencontre, afin de s'orienter dans ce labyrinthe, composé de quinze ou dix -huit cents rues, — et l'infortuné patauge coinplétcmenl pour peu qu'il veuille avoir recours à l'aide des omnibus. — Parti avec l'intcniion d'aller admirer la colonne Vendôme, il se trouve transporté devant la colonne de Juillet, et par conséquent, il trouve que le NapoUon , qui a ainsi le pied en l'air et la trompette à la bouche, est bien peu ressemblant au Napoléon de ses rêves et de ses lithographies ; — sorti de chez lui dans la ferme intention d'aller admirer la coupole du Panthéon , il admire de confiance celle des Inv.'Iidcs I

Dini-IOTIIÈQUE POUR RIRE.

Miii'i apnH lout, c'est un polit iiiallieur, car le badaud clrangcr s'osldit, le malin, en se levant : — Aujourd'hui je verrai onze monuments! — Pourvu que le soir en additionnant il trouve bien le compte de ses onze nicmnnients, il pense qu'il n"a pas perdu sa iourmV> ei il s'endort avec une conscience aussi satisfaite que celle de Titus lui-mi^ine.

A peine arrivé devant son monument, le badaud ^-transcr prend ft peine le temps de lever les yeux sur ses colomics ou autres accessoires, att'iidu que sur les cincj minutes orirnyées h ce dit monument , il en accorde quatre à la lecture de la descripiion qui en est faite dans le Guide du voi/ageuv. — Puis quand il a terminô sa lectin-e, — il se dit en hii-niCme: — Des entonnes, des corniches, des entnhlemcnts, nh! bon , je connais ça, j'en ai déjà lu tous ces jours-ci! — Tt il se dirige vers un aulre monument devant lequel il lira son Guide du voi/agcnr, cl ainsi de suite jusqu'au soir.

Par exemple, dans les musées , le badaud étranger ne court pas trop de risques de se tromper, ïi moins qu'il ne cherche à s'expliquer l'exposition des tableaux à l'aide d'un livret de l'année précédente,

— mais c'est assez rare, et il faut être tombé sur un marchand très-Hoiicur,

— et ils le sont pres([ue tous avec les étrangers porteurs d'un nez caii dide.

Alors l'infortuné attrape une migraine airoce en cherchant h trouver le Comùat de Trafatgar au milieu d'une grande forêt vert - épi nard , — ou le portrait de madame la comtesse de B... dans un cadre enveloppant les attraits d'un capitaine de voltigeurs de la garde nationale.

II est d'autres badaudsétrangersqui, moins superficiels que leurs confrères, ne sont satisfaits que lorsqu'ils ont visité à fond tous les monuments. — Ils ne se contentent pas de l'extérieur, ils entrent totijours, — ils comptent toutes les chapelles de Saint- Suipice, — toutes les marchra '— ^ de l'escalier de la colonne Vendôme, — et dans leur manie investigatrice ils demandent même à qi*i l'on doit s'adresser pour visiter l'intérieur de l'obélisque.

Pour peu qu'un mystificateur s'en mêle , l'infortuné directeur des monuments publics de France se voit assailli d'une de ces lettres qui font son désespoir.

Il a dû même subir depuis peu de temps une nouvelle et effroyable recrudescence dans sa corres|)ondancc , car probablement c'est aussi à lui que l'on s'adresse pour obtenir l'autorisalion de visiter l'intérieur du puits de Grenelle !

Parlez-moi au moins du Jardin-des-Plontes, — là tout se visite sans la moindre formalité, — sans avoir luêiue besoin de saluer le vétéran d<- faction ^ la porte d'cnirée.

Alors le badaud étranger consomme toute son aise les innombrables curiosités du lieu. Il conque avec soin tous les cailloux de la galerie minéralogique , toutes les herbes plus ou moins exotiques du cabinet d'histoire naturelle, il calcule combien on pourrait faire de boutons de chemise avec les défenses de l'éléphant.

Par exemple, au Jardin dit des Plantes , parce qu'on y cultive beaucoup d'animaux , — il est dangereux d'être distrait en même temps que badaud ; car les élé|)hanls , malgré leur intelligence, ont quelquefois l'étourdcrie de prendre le bras d'un visiteur pour un simple objet de divertissement.

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