‹ L'étudiantChapitre 111 sur 243 · PLA75I P · texte numérisé non relu

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Ce Polonais de Strasbourg , cet Espagnol de Pézénas, ce Slapolilain de Turin , tous ces nobles élraiiscrs de contrebande cpii font appf 1 h vos libéralités : batteurs de pavé.

Et ce pauvre diable , crasseux, ri\w, délabré qui parcourt d'un alTiciics do restaurant ;

DINEIîS A 17 SOUS.

Trois plats, un carafon de vin et un dessert. DINERS A 23 sors.

Quatre plats au dioix , une demi-bouteille de vin de Màcon, dessert et pain h discrétion.

Et qui , tout bien considéré, attendu qu'il lui manque pour dincr 17 sous ou même 23 sous, se met à les chercher dans la poche des passants , soit devant l'étalage des marchands d'csiampes , soit dans la foule du Musée, devant la baraque de Polichinelle ou dans toute antre réunion de badauds. Encore un batteur de pavé. C'est celui-ci qu'on nomme le tireur.

Nous avons de plus le boijjoitrieu , qui bat le pavé à huit heures du malin, parcourt les maisons, entre partout

où il peut entrer, prend tout ce qu'il peut prendre , et se relire en vous souhaitant le bonjour et en vous demandant pnrdon de vous avoir réveillé.

Puis, V américain, qui flâne à toute heure pour rencontrer une sacoche sur le dos d'un jobard , auquel il demande en baragouinant l'échange de deux écus contre une gninéc d'or, échange que le jobard accepte , soit par cupidité, soit par bêtise, et dans lequel il reçoit , pour son bel cl bon argent , du plomb , des sous dorés , ou bien des jetons en rouleau.

Enfin , dans la même catégorie, se place le flâneur nocturne, modeste fleur des grandes villes, qui ne peut supporter ni h lumière du soleil ni celle des réverbères, et ne s'é-

panouit que dans l'ombre des rues solitaires, ou, permettez-moi ce calembour botauifpu", dans les serres du préfet de police.

Mais le balliur de pa\é par excellence, c'est ce philosophe praticien qui vit g.ii( meut au jour le jour, sans luxe, sans gène, sans préienlions h la fortune, dégagé de tous préjugés, s'accommodant de tout ce que rejettent les autres, mangeant peu, buvant beaucoup, et pouvant toujours s'écrier comme nias :

(hunia meciim ■porto!

V.n un mot, le flûneur prolétaire, le roi du pavé, le cîiiffonnier français.

CIIAPITHK VIII.

lie parrait FlAocar.

onncs jambes , bonnes oreilles et bons yeux , — tels sont les |)rincipaux avantages physiques dont doit jouir tout Français vérilahlcniont digne de faire partie du club des ^ flâneurs quand on en établira un ,— "s ce qui ne peut pas tarder.

Il faut de bonnes jambes pour arpenter toutes les promenades, tous les trottoirs, tous les quais, toutes les places, tous les boulevards de Paris; — de bonnes oreilles pour ne rien perdre de toutes les remarques spirituelles ou plaisamment siupidcs que l'on entend dans tous les groupes qui se rassemblent d'ordinaire dans les lieux publics; — enlin, il faut surtout de bons yeux pour apercevoir toutes les jolies marchandes, tous les visages grotesques, toutes les alTu lies baroques , et toutes les jambes fines que l'on rencontre dans le cours de ses flâneries.

Le paletot semble avoir été inventé exprès pour le flâneur; grâce à ce vêtement commode , mais taillé sur la forme d'un sac, le flâneur peut mettre tranquillement ses deux mains dans ses poches et se faufiler dans toutes les foules

les plus épaisses et les moins bien composées, sans craindre qu'un

voisin curieux ne vienne sonder les mystères de ces mêmes poches. — Le paletot a fait diminuer, d'une manièie prodigieuse , les rots à ta tire; vous n'êtes pas sans savoir qu'on a baptisé de ce nom l'espèce d'industrie qui consiste à tirer de toutes les poches des foulards, des tabatières, des lorgnettes, etc., etc. — Il est vrai que si le paletot a détruit en grande partie le vol à la tire, en revanche il a fait augmenter prodigieusement le vol orné d'aisrijinat ;

DIOMOTIIÈQUE POUR RIRE.

— k's indiislriels se sont vus obligés de dépouiller complétomcnt le nànciir nocturne dejiuis qu'ils ne peuvent plus iiitenoscr tout simplement ses poches; et, coiniiie ils coinineiicenl l'oiuralion en étranglant ou en assommant le sujet choisi, on voit que, si le paletot à ses charmes, il a aussi ses inconvénients.

— Il n'y a peut-être que trois classes de la société chez qui l'on Irouve des cœurs et des jambes véritablement dignes d'appartenir à un flâneur. — Ces trois classes se composent des puéles, des artistes et des petits clercs d'avoué.

Quand nous disons poctcs, nous ne prétendons pas exprimer par h qu'il faut avoir rimé des poi'mcs épiques, ou des ionqucts à Chris, — il faut avoir de la poésie, du cœur, chose plus rare encore et qui ne se irouve pas dans le Diclioimairc (Us rimes

— et enfin de l'imagination.

Le flâneur compose tout un roman , rien que sur la simple rencontre en onulibus d'une petite dame au voile baissé, — puis l'inslant d'après il se livre aux plus hautes considérations philosophiques, sociales et humanitaires, en admirant tous les prodiges que l'éducation peut obtenir de simples hannetons qui se baitiMitea

duel comme de véritables Saint-Georges.

Les artistes sont d'autant plus flà neurs , que pour eux la promenade est un vérilable besoin, — car lorsqu'on a passé cinq heures à son bureau ou à son chevalet, on éprouve un agréniont d'autant plus m and à faire l'école luissonnière après le travail , ce que du reste on se permet quelquefois même avant le tra- Tail.

Puis, les artistes, grâce aux entrées dont ils jouissent, se livrent à des flâneries toutes particulières dans les théâtres , — soit en allant lorgner toute la salle de l'entrée de l'orchestre , soit en faisant des cancans dans les coulisses avec tous les jeunes ^\^^\

liais de l'endroit, *

— et Dieu sait si les coulisses sont l'asile des rats cancaniers, — surtout à l'Opéra.

Puis 5 onze heures, au lieu d'aller se coucher comme un vulgaire garde national , le flâneur va encore faire une petite station dans un des nombreux Divans où l'on fume du tabac oriental du Gros-Cailloii.

Puis enfin même quand il dort, le flâneur est encore parfaitement heureux ! Car au lieu de rêver fortune, ialaillc, chien ou chat, il rêve... qu'il contemple la marche du bœuf gras, la descente de la Courlille, une procession qucicouque ; enfin 11 rêve... qu'il Oàne I

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