‹ L'étudiantChapitre 140 sur 243 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Premier sinistre.

Suivez maintenant notre provincial , du Palais-Royal au bo en passant par la rue Vivienne. Il se livre nonchalainmcni noinèue de la digestion, il marche d'un pas urieiital, lor

BiBLioTiir;Qua pouh rihe.

modistes, s'arrciani aux vitres pour contempler les étalages: iiilial)ile encore dans l'art de marcher sur le trottoir parisien ; mais déjà fort de tout i'nplciinl) que lui donne celte première journée d'épreuve, qu'il a pa.-sée seul, sans guide et sans accident. Le bruit et la foule réionnent ien encore un peu ; on l'éclaboussé , un le pousse , on lui marche sur les I, lions : arrivé sur la place de la Bourse, i' se trouve pris dans un conflit de \uiiur(s déboncliaiit des quatre points cardinaux; et ce n'est pas sans subir (ui assez rude choc qu'il parvient à se . . « ^ Bif 1 réfugier sous l'auvent prolecteur du \ //> ila^ll ' ihiàlre du Vaudeville. .. Mais les Pari- \^im (/ ra '^'i ', siens les mieux aguerris n'éclinppeut pas toujours;! ces inconvénients.

Dans le passage des Panoramas , plus que partout ailleurs , le provincial court un danger auquel on est exposé dans les capitales les plus populeuses, mieux encore que dans les forets les plus désertes. Nous voulons dire qu'il y a péril en la demeure de ses poches.

Les poches placées dans les pans de l'habit ou de la reilingote, sont faites exprés pour les voleurs : elles sont larges , bien ouvertes, flottantes, sans défense, d'un accès facile, d'un commerce agréable et sâr.

Le paletot n'olTre pas de moindres avantages aux exploiteurs; ses poches , placées sur le flanc , ont des ouvertures larges comme des portes cochères , toujours béantes, toujours préparées pour un déménagement. Si vous n'avez pas la précaution de tenir vos mains constamment plongées dans ces malencontreuses poches, d'autres se chargeront de ce soin. Ce qui vient encore merveilleusement en aide aux amateurs du foulard d'autrui . ce sont les étalages d'objets d'art. On regarde, on admire, on s'extasie , on est volé.

Le provincial ne manque pas de s'arrêter devant ks plâtres de

Danlan ; il passe en revue

ces ligures grotesques, ces grimaces illustres; il pose, et au bout d'un quart d'heure, lorsqu'il s'éloigne à regret de ce spectacle, que dans sa naïve illusion il considère comme gratuit, un monsieur '^■'^ s'approche de lui et lui " dit :

= 1 — On vient de vous ^ prendre votre foulard.

Notre homme de fouiller aussitôt dans ses po- chcs avec anxiété et de

'•%^"^ s'écrier :

— Quoi!... vraiment?... En effet!

— J'étais h , à quelques pas de vous , continue le monsieur , j'ai TU le filou se faufiler légèrement b vos côtés, tâter votre poche, y introduire délicatement sa main gauche, et en retirer le dit foulard avec une dextérité, une grâce! Celui-là est assurément un des luaitres de l'art.

— Comment, vous avez vu tout cela, et vous ne m'avez pas averti?

— Cela s'est fait en un clin d'œil. Puis le voleur s'est éloigné tranquillement du côté du boulevard.

— Et vous n'avez pas couru après lui , vous ne l'avez p.is arrêté?

— Je m'en serais bien gardé ! Vous voulez que j'aiile me colleter avec un voleur? Je ne suis pas sergent de ville.

— Mais l'intérêt de la société! mais la morale publique! vous pouviez du moins le dénoncer, le signaler.... Tous lis honnêtes gens se seraient précipités sur le malfaiteur.

— Oui , on l'aurait pris , on l'aurait traduit en police correctionnelle, et j'aurais été obligé d'aller déposer comme témoin du fait. Cela m'aurait coûté une journée à passer au palais de justice. Et cela pour votre foulard, merci 1 Tout ce que je puis faire, c'est de vous offrir le mien , si cela peut vous être agréable.

Et le Parisien, en piononrant ces derniers m!)!s, tirede sa poclie un magnilique foulard des Indes, qu'il pré.sentr'galammenl an provincial.

— Ah! monsieur! votre conduite est bien médiocre! répond, avec un geste de refus, notre provincial, qui s'éloigne stupéfait, confus, et en s'écriant intérieurement :

— Quelles mœurs! quelle insouciance! quelle société gangrenée!

Page 1