CHAPITRE X
Se la BourgeoUe , de ion esprit et de te» moeurs.
Nous n'avons jamais eu l'intention de passer la Bourgeoise sous silence, jamais nous ne nous serions pardonné un pareil oubli ; mais comme elle partage en grande partie les opinions de son mari, nous n'avons pas cru jusqu'à présent nous devoir appesantir sur elle,
La moitié du Bourgeois est \ reine et maîtresse au logis ; elle gouverne, dirige, taille et rogne, coupe , recoupe et découpe ; tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle fait, est toujours bel et bon ; elle n'est soumise à aucun contrôle. .Monsieur, pour un merle blanc, ne se permettrait pas la plus petite observation; il counaît le terrain, il sait à qui il aurait affaire.
f-PîV
Dans un ménage bien ordonné, madame porte les cui.
au marché , tiei.
cordons de la l)(iur.se, traite directement avec les fournisseurs.
IMonsirur ne fait rien , ne coriiiail rien, ne dit rien, ne voit rien ; c'est une ciiupiiéme roue h carrosse ; c'est ce |u un appelle un biavc homme dans toute l'acce|)ti()n du mot. Il resterait un mois au lit , davantage peut-être , si s-a femme omettait un jour de lui préparer ses affaires. S'il ne trouve pas ses panloulles sous le lit, : Ma femme les aura sans
y un
où elles reposent habituellement, il se dit doute coupées pour en faire un coussinet de cravate. — Kt il se lève pieds nus ; il va ouvrir au porteur d'eau, qui lui jette sur les tibias une partie de son li(|iiide. if
C'est la Bourgeoise qui 'i.
tient, comme à sa religion, à l'étejjnelle cravate blanche, h ces cols de chemise monstrueux (jui enterrent la face de son bien-ainié , et le font ressembler de loin à un bouquet de fête. Elle a constamment refusé , la chère dame, l'entrée de son domicile à ces souspieds d'invention désastreuse et coupable , qui tiraillent le pantalon, le tourmentent, le harcellent , le fatiguent . et accélèrent sa maturité.
Celte eau de noyau , ces confitures et ces cornichons , dont le mari se fait un si grand mérite, sont l'œuvre de son ia téressante moitié , qui so charge en outre de l'éducation morale et religieuse de ses enfants.
Ce qui préoccupe le plus la Bourgeoise dans l'éducation de ses demoiselles, c'est la tenue ; il faut bon gré mal gré que ses filles se tiennent droites : la mère ne dit pas un mot, ne fait point une réponse sans les accom])agncr de cette rcconnnandalion.
— Bonjour, madame, comment vous portez-\ousî
— Vous êtes bien bonne. ..
Mélanie, lenez-vous droite.
J'ai élé bien enrhumée.
— Je le fus aussi. Cela va mieux î
— Beaucoup mieux, oui, madame.
Melanie!
— Vous nous avez bien négligés cet hi\cr !
BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE
— l'eiu'z-voiis... J'ai tant à faire avec mes ciifanls...
— ils sont rliarmnnts.
— S'ils se teiinient droits , mais c'est chose impossible ! Et votre dcmoisollc , la voilà grande comme père et mère.
— J'aurais le même reproche ii lui faire : Clémence, ne le liens donc pas ainsi , tu es en deux !
Quant aux garçons , ils font à peu près ce que bon leur semble ; la maman a toujours un faible pour eux , et ne veut pas qu'ils apprennent le latin. Klle répond à chacune de leurs sottises : — C'est de leur âge. Tout leur est permis, et Dieu sait s'ils usent de la permission ; gardez-vous , dans ces maisons-lîi , de vous présenter avec un h.ibil et un chapeau neufs.
I.a Bourgeoise aime à s'entourer de ses petits ; quand le nombre n'est pas sufTisaut , on emprunte des neveux , des nièces ou de petits voisins. Ce sont ces daines qui, le dimanche soir , après une journée laborieuse , traînent leurs bambins après elles, siaiionnenl au coin des rues en prenant con;;é de leur com|>agnie , interceptent le passag'' et produisent ces atlroupements qui troublent et compromettent le repos et la tranquillité de la grande cité.
— Adieu , madame Marié.
— Adieu , madame.
— A bientôt. Prosper , dis donc adieu à ta petite femme ; ne sois dette pas grognon connue ça !
— Ne m'oubliez pas demain pour mon châle.
— So\ez tranquille.
— Je serai chez moi toute la matinée.
— Maman, allons-nous-en! ! !
— Tiens, monsieur Boisset , porte un peu le petit ; il s'est endormi sur mon bras, il pèse cinq cents. Si vous voyez madame Morisseau...
— Nous dînons demain ensemble. •
— Uites-lui que c'est une laide de ne pas être venue...
— Je n'y manquerai pas.
— Que nous nous sommes bien anmsés. Ne lui parlez pas de l'orage, ni des petits pois, ni des pigeons...
— Je m'en garderai bien.
— Maman , allons-nous-en ! ! !
— A dimanche.
— Eh bien , mesdames, dit un des papas, est-ce qa'on se quitte ainsi ?
— Bon ! voilà monsieur Fignolet qui va encore faire des siennes!
— Je propose d'embrasser toutes ces dames.
— Maman , allons-nous-en ! ! !
— Voyons, monsieur Fignolet, pas de bêtises.'.. Il m'a écrasé le nez. Dieu me pardonne !
— De quoi vous plaignez-vous ? je ne vous ai embrassée que d'un côté !
— Où va-t-il prendre tout ce qu'il dit, je vous le demande?
— Je ne le prends pas , c'est ma propriété.
— Voyi z s'il restera jamais en défaut !
— Adiiu, madame.
— Maman , allons-nous-en ! ! !
— Au plaisir.
— Vieudnz-vous nous voir celte semaine?
— Je l'espère.
— Venez jeudi.
— Je ne vous le promets pas.
— Bien des choses chez vous.
— De tout mon cœur.
— Bonne nuit !
— Pas de mauvais rôvesî