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CHAPITRE VIII

Aimable épisode du bonnet de coton.

Madamc de Verteuil. — En

vérité, mon cher Arthur, je ne

vous comprends pas : attendre que

r nous soyons vieux de six années de

['., mariage — d'un mariai!;e que nos

\; nuiis s'accordent à proclamer hcu-

Ù j^fW^k \ ,'.'~ I eux , — puis tout il coup modifier

'"WtI '1^' 4i . \o^ bonnes et douces li;il)iliid(s

' pour vous métamorphoser en Olhel- I lo ; c'est , ce me sendjie , vous y j prendre un peu tard !

[\l. DF. Vi;i!TEi"ir.. — Ma charmante (Jnroliiie, il n'est jamais trop tard pour être raisoiiiKible ; lorsqu'on a (|uelqiies mille livres de ^^ rente , une ayréable maison de

~ - ~ ■ campagne, il est on ne peut plus raisonnable de dire adieu à" Paris, h sou atmospliéic épai-se , à ses pavés qui brillent , et de se sauver aux champs dès (juo llcurit le mois de mai. C'est là ce que nous avons fait, avant-hier au soir, à votre grand dé|)laisir. Vous teniez, je ne sais trop pourquoi , à passer la belle saison au sein de la (Jiaussée-d'Anliu. iMoi , (]ui suis ordinairement de votre avis , Je n'ai pas consenti cette fois à vous servir de complice dans la réalisation d'un projet qui n'était rien autre chose qu'un caprice de femme charmante. J'ai donc décidé que, cette année, comme les années précédentes, nous viendrions chercher sous ces ombrages, jadis aimés de vous, un refuge contre le soleil , la pou'-siére et les importuns; et voici que vous crie/, à la tyrannie!.. Vous me croyez jaloux ? Erreur ! j'ai assez de confiance en vous, je vous aime trop sincérenient pour que jamais la fantaisie me prenne de faire de vous une Desdéuione... Vous haussez les épaules? iMes paroles ne vous semblent-elles pas l'expression simple et vraie de ma pen.séeî Est-ce ([ue le cure-dent inoffensif que j'ai ii la main a quelque rcsseinblaiice avec nu poignard? Est-ce que sous ce berceau de verdure, où nous avons déjeuné en lête-à-tète, l'air vous parait imprégné de parfums homicides? l'otir moi , je ne me suis jamais senti plus calme , plus heureux, et, dussiez-vous rire de moi, je vous dirai le mot, plus pastoral. C'est singulier comme un séjour de quarante-huit heures à la campagne vous repose la tète et vous rafrairhit le sang ! Ainsi, ma chère (jaioline, si vous m'en croyez, nous laisserons de côté le farouche iMorede Venise. Le cii'l est |)ur, les liias sont en (leurs , ne pensons plus à nos petits débats de la ■ville, soyons tout à nous-mêmes, tout à notre bonheur? Le voulez-vous, dites?.. Voulez-vous être mon Estelle? je serai votre Kémorin.

En parlant ainsi , M. de Vcrteuil, dont la physionomie était mipartie riante et tendrement sérieuse, avait passé tm bras autour de la taille de .sa femme , et je crois. Dieu me pardonne, qu'en dépit de son titre de mari il allait se permettre de déposer un baiser u'amoureux sur une épaule blanche et ronde (|ue protégeait assez mal une mousseline des plus légères, quand, par un mouvement luiii moins vif qu'imprévu , madame de Vcrteuil .se dégagea, boudeuse et mutine, de l'élrrinle maritale, et Némorin resta sur son tauc de gazon , les bras ouverts, la bouche en cœur, aussi désap-

pointé qu'un chasseur qui, voyant un lièvre lui partir entre les jambes, s'arrête ébahi , sans même se souvenir qu'il ejt armé d'un

fusil muni d'une double charge , et admire , d'un «il curieusement hébété, avec quelle rapidité l'animal arpente la plaine.

Dans tout autre moment la jeune madame de Verteuil se fût égayée aux dépens de l'ctonnemcnt de son mari , mais elle n'avait pas l'âme k la gaieté ; car, habituée qu'elle était à voir M. de Vcrteuil courir avec une docilité d'amant au-devant de ses moindres désirs, elle ne lui pardonnait pas la cruauté avec laquelle il avait osé prononcer une fois, par exception, un viril « Je le veux ! » Aussi ce fut avec un accent plein d'amertume qu'elle lui dit : « Je n'aime pas plus les fadeurs que les brutalités. » ,M. Dii Vi;iiTEUlL. — Vous êtes piquante, madame!.. Il faut qu'eu vous faisant abandonner l'aris j'aie commis un crime beaucoup |)lus horrible que je ne l'avais soupçonné... Veuillez m'éclairer sur mon énorraité , et je vous promets de me repentir quand vous m'aurez appris comment et jusqu'à quel point je suis coupable.

Madame de Verteuil. — Que celte raillerie est de mauvais goiit !

M. DE Verteijil. — Je ne raille pas. Je me contente de vous supplier, le plus humblement du monde, de me tirer de mon ignorance ; car, si vous ne venez pas à mon aide, si vous ne m'ouvrez pas les yeux sur la faute que j'ai comuiise, je suis très-capable de mourir dans riinpcnitence finale. Quoi! c'est parce que je vous ai condamnée à jouir des plaisirs de la campagne que vous m'accuse/, de brutalité ! Le terme est un peu sévère.

Madame de Verteuil. — Moi, je le trouve indulgent : si j'en avais trouvé un plus fort, je l'aurais employé.

M. DE Verteuil. — Mais enfin, ma bonne amie , vous haïssez donc la cam|)agne?

Madame de Verteuil. — Oh ! de tout mon cœur ! M. Di; Verteuil. — Et depuis quand, s'il vous plaît?.. Madame de Verteuil. — Depuis que je suis , pour me servir de vos propres expressions, condamnée à m'exiler de la ville, et cela parce que monsieur est jaloux ! !

M. DE Verteuil. — Moi , jaloux ?.. Encore ce vilain reproche ! Et de qui serais-je jaloux, bon Dieu ?

INiADAME DE VERTEUIL. — Le sais-jo , moi ?.. M. DE Verteuil. — Oh ! Caroline , Caroline !.. supposer que le

soupçon ait pu se glisser dans mon cœur, cela est mal, bien mal!... moi qui ai en vous une confiance si absolue, moi qui...

Il était lancé , le mari ! il allait s'étendre , avec une complaisance infinie , « sur la foi qu'il avait en sa femme , en la- ()uelle il croyait, n eût-il dit sans doute, comme les fanatiques croient en Dieu ;» mais un domeslique ayant tout à coup paru à l'entrée du berceau

L'HUMME A BONNES FOUTUNES.

(le veichiie pour annoncer que M. Gustave de Monlfoit diiiiandait à piVfinit'i' SCS liiiiniiiiiKes à uiadanie de Vcrteuil, le mari-oraieur s';ni("la briisciufuitiit an iiiilirii di- la pôrinde scnlinionlak' ([u'il a\ail riilaim'c. .. C'c^U'ii vaiiKiu'il l'ssaya de (lis>iiiuilir m)1i 1ioii1>1c; 111 \aiii il ouvrit imc lioiiclic non moins iiiiinonsc (lu'iiii foui- poiiiit'|i(iii(lre que M. do Moiiifoil était le bienvenu , les paroles liient delaiil à la bonne volonté :

vos fjmilnis hxsitl...

et M. de Montfort avait haisé la main de madame de Verteuil avant (|ue le malheureux Otiicllo se fût rendu maître de son émotion. Madame de Verteuil ne sembla pas moins agitée que son mari : en (pieUpies secondes elle passa tour à tour de i'écarlate la plus vive à la pâleur la plus blanclio.

Deux mots sur le monsieur qui a le don de faire balbutier un mari et de proroudénieni émouvoir une jolie femme.

O monsieur est un Don Juan!!!...

Ce monsieur est le cousin de madame de Verteuil !

Il a été élevé, il a grandi avec elle, puis les circonstances les ont séparés.

Il est allé, lui , dans l'Amérique ('m Nord, où, dans V' >pace de six ans, il a eu le temps d'.pousrr une jeune et belle femme et une ijrande fortune, puis d'élre veuf et millionnaire. C'est depuis quelquis mois seulement qu'il est de retour en I-'iance ; il a revu madanie de Verteuil , et , la revoyant mariée , il a paru éprouver un vif et sincère désappointement. Quel(iucs tète-à-lélc ont eu lieu entre le cousin (t la cousine ; dans ces lète-à-lète on a parlé poésie, souvenirs d'enfance et illusions perdues...

M. de Verteuil n'est ni sot, ni ridicule ; senlenuiil il a trois malheurs , tous trois plus graves les uns que les autres : Il est mari I

i\lari d'une très-jolie femme ! ! !

Dont il est passionnément jaloux ! ! !

Or M. de Verteuil, qui n'a pas toujours eu trente ans, qui n'a pas toujours été un mari ; M. de Verteuil , qui sait (par expérience peut-être) comment les séducteurs réussissent, professe une indic ble horreur pour les réminiscences enfantines, pour les cousins, et surtout pour les cousins qui ont dans le cœur, ou nit'tme sur les les lèvres, une immense provision de poésie, d'illusions perdues et de souffrances cachées. M. de Verteuil a l'intime conviction — quel mari ne l'a pas !.. - que sa femme a pour lui un sincère attaciienienl ; mais plus d'une fois il a tressailli de je ne .sais quelles vagues terreurs en observant que Caroline a l'imaginalion passablement romanesque. Il ne croit pas que jamais elle puisse faillir coinplcUmcnt, mais, aux yeux de ce jaloux — on m'a assmé qu'il est beaucoup de maris ainsi faits, — nue simple pensée de regret, un soupir mal étouffé , un désir de plaire , tout cela est une faute aussi grande , aussi déplorable que les fautes même les plus parfaitement graves.

Ajouterai je que du jour où M. de Verteuil a entrevu le cousin de sa femme , du jour où il les a entendus causer ensemble des joies d'un passé dans lesquelles il n'était pour rien , il s'est pris à détester le cousin de toutes les forces de son âme! Vous avez déjà deviné, n'esl-il pas vrai ? (pie, si contrairement aux vieux île sa chère Caroline, î^l. de Verteuil a voulu, d'une fiçon absolue, venir, aux premiers jours du printemps, s'assioir à l'ombre des forêts, M. Gustave était l'unicpic cause de cet impérieux besoin de voluptés champêtres ! Donc vous ne serez pas surpris (l'apprendre

que, tout en contemplant .M. de (Vluntfort , qui déposait un long baiser sur la main de madame de Verteuil , le mari jaloux se disait fi part lui : " .Mon cher cousin , je n'ai pu vous empêcher de venir ; » mais, de gré on de force , je vous empêcherai de rester. •

Donc, une lutte s'engage entre le Don Juan et le maril

Quel l'ii fut le lésuliatï

C'est ce (pie le chapitre suivant va^vous apprendre , si vous avez le bon goût de le lire.

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