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CHAPITRE X

Coche.

âtons-iious de léguer à la postérité les traits du bateau patriarche qui avant peu sera en amarre dans le fleuve d'oubli.

Dans quinze ans on ne saura plus en France ce que fut le coche, cette arche maternelle qui vous a peut-être, lecteur, apporté de sevrage à l'époque oii il y avait encore des nourrices.

Car vous savez que la nourrice disparaît ; on a trouvé les rouages de l'allaitement trop compliqués, on les a simplifiés : on nourrit maintenant la génération à la mécanique : le biberon a tué la mamelle.

Aux environs de la capitale il y a une villa dont le propriétaire vous prend en pension non pas

A peine au sortir de l'enfance, mais le jour même oii vous entrez dans la vie. Les pensionnaires sont âgés d'un jour à deux ans. L'écolier est placé à son arrivée dans un coquet dortoir. Sur chaque bercelonnette passe un petit tube en caoutchouc chargé de lait tiède.

L'enfant y prend de lui-même une nourriture saine et abondante.

Deux fois par jour, un professeur de langues tient un cours primaire; il monte en chaire , et , après avoir appelé l'attention des élèves par un violent coup de poing sur

le meuble , il ouvre la bouche et articule Les écohers doivent aussitôt répéter : Pa.... Puis le professeur continue, et, ouvrant toujours la bouche comme s'il s'agissait de se faire extirper une dent , il dit :

« Papa

Les élèves les plus avancés répètent en chorus : Papa.... puis après Ma... man.... puis après Na... nan.... Là se termine le premier degré d'éducation. L'enfant a reçu les principes élémentaires de l'instruction , c'est aux pères et mères et aux collèges royaux à féconder le germe.

Outre cette institution , il y a à Paris un nourrisseur d'enfants qui, à l'aide de chèvres naturelles, allaite les nouveau-nés à domicile. On s'abuune à raison de vingt francs par mois et par bouche.

La nourrice pur sang est donc véritablement en discrédit ; sou règne est passé en même temps que celui du coche où elle trouait.

Pa.

LE VOYAGLUn.

C't'tait sprciacle curieux que cotte cr^chp voRuant à Rrands renforts (le ilievanx . et chargée de cent grosses nourrices; toiiic cette populaiion au maillot qui, \iust aus plus tard, devait se transformer en notaires, eu commis, eu vaudevillistes, en faiseurs de dicliounaircs, eu pWicures, en académiciens, en gendarmes, en trappistes, en marchands de tabac, cl pcut-ôlre en exécuteur des hautesœuvres.

Tout cela criait , pleurait au milieu des psalmodies nasillardes des lîourguignonnes.

Ce bateau avait une haleine forte à suffoquer les plus intrépides passagers.

De nombreux naufrages signalaient la traversée d'Auxcrre h Paris; plus d'un .Moïse n'a dû son salut qu'au dévouement des mariniers.

Aussi, à l'approche d'un pont , c'étaient toujours des cris aigus, des sauve-qui-peut sans fin; toutes les fenêtres du bateau étiiicnt

envahies, la nourrice priait et disait :

« 0 mou Dieu 1 s'il faut que le coche périsse, sauvezmoi d'abord ; et puis après, si cela vous fait plaisir, sauvez mon nourrisson, o

A quel titre aurait-on exigé une autre formule de prière d'une villa geoise qui apportait son lait à Paris pour le vendre? Entre la nourrice et la laitière il n'y a qu'une différence, c'est que la nourrice ne peut pas mettre de l'eau dans sa marchandise.

Le coche n'était pas exclusivement occupé par les nourrices; quelquefois le provincial faisait dans ses flancs son entrée dans la capitale.

C'était alors le char économique du nouveau débarqué, la locomotive de la petite propriété.

Et si le viem coche délaissé de nos jours et foudroyé par les batteries épigrammatiques des marins à vapeur passe encore aujourd'hui dans les eaux de la Seine fier comme un vieux commis condamné injustement à la retraite, c'est qu'il a des étals de service dont il peut s'enorgueillir : sur ses archives sont inscrits de beaux noms de passagers; son journal de navigation est riche de souvenirs.

Le coche a porté Pascal , Montesquieu et Franklin. Il a porte Lulli quand il n'était que marmiton et que déjà il était compositeur.

Jean-Jacques a rêvé quelques heures dans le cociie. Et de notre temps, c'est le coche qui a amené de Briennc à Paris le petit sous-lieutenant Bonaparte.

Le premier pas de cette grande vie s'est fait sur l'étroit tillac de la diligence d'eau, et, dès ce jour, la Providence attachait au coche cet invisible câble qui devait se fder jusqu'au BflUrophon . s'amarrer à Sainte-Hélène et se rattacher plus tard à la Delle-Pouk.

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