CHAPITRE Xn
IiC mal de mer.
Il y a deut conditions indispensables à l'agrémcnl d'un voyage océanique on méditerranéen.
Il faut être doué de deux (lualités natives :
Avoir le pied et l'estomac marins; avoir le pied marin, c'est savoir conserver l'équilibre et se tenir droit sur ses tibias malgré le mouvement oscillatoire de la lame.
On a beaucoup vanté messieurs les voya^jeurs qui se soutexpurli's dans les régions inho-^pitalières où certains arbres donnent la mort,
et ceux qui se sont exposés à être transformés en biftecks après avoir été préalablement lardés à l'aide de flèches dites empoisonnées. Une preuve bien plus éloquente du courage humain , est le mépris qu'on affiche pour le mal de mer quand déjà il vous a révélé sa puissance.
,1e n'ai jamais été mangé par aucun sauvage, mais je crois que la sensation fruit de l'anthropophagie est [iréférable à la comiuotion ci-dessus désignée ; les plus intrépides patients y perdent la tête.
Les carpes lancées dans l'huile bouillante ne font pas des sauts plus mon strueux que les culbutes des martyrs de :
la navigation.
Vous entendez crier :
— Capitaine, vous' qui avez droit de vie et de mort sur votre équipage ( préjugé que la crédulité des touristes appuie sur la présence du poignard fixé à la ceinture des oÛîciers de mer) , capitaine... faites-moi pendre... ça me soulagera.
Un autre crie : — Ma femme, étrangle - moi avec tofi lacet.
La femme ré pond : — J'ai un charbon ardentdans nron corset... au feu... an feii... au secours. . .
Un autre , ou bilan t qu'il est à 275 lieues de toute patrouille... cric de toute la force de ses poumons: — A la garde! Un antre encore, abusant de sa position sociale d'agonisant, se li\rc au plus féroce calembour, et croyant flatter le mal marin, s'écrie qu'il préférerait cent fois éprouver le mai de mère. A quoi son épouse répond par im saut galvanique. Le paquebot est le tombeau de bien des illusions ; le mal de mer doit être souvent un cas rédhibitoire dans les transactions d'amour ou d'hymen.