LA PARISIENNE
Par TaxUe DEIiOBD, — 65 Vignettes par SIENUT- ALOPHE.
Dédicace ans Femmes de la FroTlnce.
qui (U'dicr ce petit livre , si ce n'est à vous, femmes malheureuses, innocentes et persécutées de la province? Quelle héroïne de roman peut se vanter d'être plus incomprise, plus méconnue que vous, beautés limides des départements?
La liiléralure vous affuble à plaisir de tous les seniiments baroques, de toutes les robes excentri(|ucs, de tous les langages entravnganis , de toutes les écbarpes bariolées qui attristent les yeux et le cœur. Si parfois un auteur se hasarde à vous mettre en scène, il vous force i prendre du tabac presque à chaqui' ligne, il vous donne cinquante aiis ; et s'il pousse la condescendance jusqu'à vous supposer jeunes Dlles, il aura soin de vous dépoétiser à l'avance par un de ces défauts qui ne sont rien en apparence , comme un teint relevé eu couleurs, un embonpoint précoce, un imperceptible grasseyemcnl, mais quisudlsent pour jeter sur toutes vos actions, même les plus belles et les plus innocentes, ime leinle ineffaçable de ridicule. Que de fois l'auteur de ces lignes a été sur le point de s'éprendre d'une femme de Toulouse, de Mmes , de Nantes et même de Carcassonne, et que de fois il a été désenchanté en apprenaiit à la page suivante que l'objet de son cnlte aimait un sous-lieutenant de hussards, ou excellait dans la fabrication de la confiiure ! L'illu-
sion disparaissait tout de suite, et le rêve commencé s'en allait en marnu'lade d'abricots!
l'ourquoi enlever .niiisi à plusieurs raillions de Françaises les grâces, l'esprit, le bon goût, que l'on accorde aux .Parisiennes seulement? Ne fait-on pas de la confiture à Paris comme ailleurs, et ne voit-on pas les femmes de la capitale raffoler de ce mélange de conmiis voyageur, de sous-lieutenant, et de diplomate, qui forme ce qu'on appelle un lion ? Les amours de garnison sontelles plus enimyeuses que les amours d'avant-scène , et l'usage de fumer des cigarettes est-il bien préférable à celui de prendre du tabac? Qui nous expliquera rependant le mépris iraditionnei que font tous les écrivains des femmes de province? Klles seules cependant les lisent toujours et les achètent quelquefois. Ne levez pas vos regards vers les étoiles, ô vous qui voulez invoquer le plus beau de tous les anges, l'ange des premières amours! (]e n'est point au ciel ([u'il s'est réfugié, mais en pro\ince; pendant ((ue vous le cherchez dans les nuages, il habite peut-être le Calvados sous la forme de quel([ue cousine qui brode des bretelles en pensant à vous. Ingrats auteurs! ils ont tous au fond de l'âme quelque image de proviucijle secrètement gravée ; aux jours d'ennui vag-iie et de triste.'se involontaire, c'est toujours sous les arbres, auprès d'une fontaine, ou dans le demi-jour d'un vieux salon de province, qu'ils aiment à faire voyager leur mélancolie; leur cœur est resté dans les départements, ils n'auraient, pour être éloquents, qu'à décrire ce qu'ils ont vu , qu'à parler de ce qu'ils ont aimé , et ils s'épui-ent eu tristes efforLs pour accumuler des descriptions d'un monde qu'ils u'unt jamais vu , et pour inventer des femmes qui
niBLIOTlIKQUE POUR RIRE.
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n'cxiMciil pas; car la Piiiisienoe est un nulho, iino firiion, nn
symbole : oi'i tiuiivcr cet cire idral, ri'Mc sch'silîvc linhlIkV, cclli' liiii|U' ùulirii- III' {|iii inarclK; , cctiu iicfsoMni!irati(itt iIW IroiS Grâces riv^^tis'ciiP«'> (|u'«H ail^ [lilie h PjMsiertfir ? Dans
\r f 'tllLUia Sjl)clli^?(hlll.S
id'Vliiiiiî d.uis r ijuaiihi' l.idii? (làlH WS \a>li.'s Itàlcls d'di/lit' Si'iiit- T oii dans |ps a|>|)aili'n)cnls delà rue ^otrè-Uafîu'-de- LoreitP| Frajippz liardiniont h touie» les porlf-s, inUiriiafitfçs p^sse- |i(irls, les actes do naissance, si oft coiisiMil à .VoiisloS nl()|it^ej•^ l'i K's connais de îtiuriage; consulte/, inriiic au he;>fiii< im rrtëHsiiir de >l. llMm.1liii, et vous Verrez que loules ces feninies cliîlrniadips dont vous aVei c(î(revri lo p iyiioir (loitaiit .sont nées en jirovinte, <|n'elles dill vêtu eil proviilCe, et vous ne les Irouverei |ias fllus niansNidt's piiiir c(!la. Parcourez Ifs bal.s, lés llièàlreS, lis coOcerts, le» protnenadPs; , tons les eiulioiis oii les fettiines se iiionlrcnt; leyardeat avec qiielie lôyèreif , avec ([uei abandon celte valseuse se laisse entraîner j(u< ritournelles do ^o^fhi!si^e; celle (;iàce (jtlc Vnii.s aduijrei; tàiii , c'en dahs li's salons d'iine sops-préfectnre voisine de l'Alleinagne qu'elle a comniencé li l'appi-cndre. ^ou•^ Ih-bas, à l'avanl-scène, celte Jeune dame qui a des aiis de lOie si ravissants; peut-être aurait-elle moins de goût aujourd'hui si elle n'avait été liahiluée dès sa jeunesse à liouer autour de sori front le foulard coquet des yriseltes de Bordeaux ; et cette inconnue dont une conversation furtivement nouôe entre doux quadrilles de Xusard vous a permis d'apprécier l'esprit, où croyez-vous qu'elle ait puisé ses saillies, ses repaities, la facilité de ses paroles, si ce n'est dans la vivacité de son origine méridionale?
N'a\ions-nous pas raison de dédier ce livre aux femmes des provinces? Ce sont elles (jui alimentent celte population si vive, si gaie, si originale des femmes de Paris. Depuis le salon où trône ime reine enii'iirée d'Iioiiihiages, jusqu'à la mansarde où Iravaille en chantant une pauvre ouvrière; depuis madame Tallien jusqu'à Frétillon , partout vous renconirez la province. Paris n'est point un moule, c'est un creuset : on en sort avec sa physionomie personuelle, mais épurée. Voilà pourquoi il y a tant de variété , tant d'imprévu , tant de contrastes chez les femmes parisiennes.
Nous voulons faire leur éloge, mais non leur immoler toutes les autres feiiime.s. Les lectrices de la banlieue et des déparlements nous sauront gré de noire impartialité. Celte physiologie est bi ulauttt. nous avons rhercbé longtemps par quel bout on pou\ait la prendre; maintenant que
nous I avons plongée dans les eaux froides de la juslice , il nous sera plus facile de la façonner à notre gré. Arrière la réclame 1 Tout |)our la vérité !
£n rendant justice à la supiémaiii- i[ue donne aux îeuiuies le séjour de la capii.ile,Hous démuntierons qu'on prend du lahaceuiclVnihoiqioml à Paris, qu'on y porte des luileltes extravagantes (voir tous les articles de modes des journaux ) , qu'on y fait de la confiture et qu'on i»'\ Cl préoccupé de l'aflauc Lafargc comme dans n'im|iorte quille BOUS -préfecture; nou» (>roiivpronfi enPm qua le» cinq
sixièmes des Parisiennes soi^t pr-ovijiciales par l'esprit et par les mœur.s. C'est là une vieille véHté qui pourra nous servir du p'.IMdôxp qiii iious est indisjieiisahle. (Jumt aux dangers que noire franchise poiin a nous ailiier , nous çoiiiplons stjr votre appui , ô
f^is qu'au Coinmenceuieiil de cfctfe dédicace iioits avons saluées de èpIlliYié lin i^fii surannée de ùèàlilés timides; ne nous gardez pas r.'iiK'une (le ci légei- provincialisme, (ious saVotis qu'il n'est aucurf af(l|Cclif (lofil fous ne sOyez dignes, et (|(io vous prclez admirablenieni « loiffes le's périphrases de la psychologie moderne et ■f toutes les rtnes'ses (le l'analyse roinantifjiie ; mais en commençant iihe ri'iiction m vtfti-e faveiîr, nous iivoifs çifliiit d'eti compromettre le siiccès par nue trop grande aiidafcfe, jj faijt agii- avec ménagpmeni qùanil «ji s'attaqtiaà utt préjugé dejJuis longtemps enraciné. VSÏU's donô des vteBx en raveur d jingalafij p^l,-idin sdr cet djr de la niiitw $jli,tvhe.
que ()iosd'hhe parmi vous doit chanter encore : et ai par hasard Icsjotil'naiix voilà apfiré nàicnt iin jour qti'uii bomtne de lettres, en rentrant chez lui, rue Nolrebame de-Loreite, a été déciiiré par des Bjacchanles en bibi, consacrez quelques-unes de vos larmes départementales à la mémoire de votre Orphée.
Riais écartons ces présages funestes. Le temps n'est plus où la vérité n'élait que l'impisse du martyre. Dieu avait prévu les Physiologies quand il envoya sur la terre Luther et Galilée. Oui , la terre tourne, et les provinciales ont de la grâce et de l'esprit... pourvu sètilement qu'elles n'habitent pas la prS^ince !
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