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CHAPITRE PREMIER

ties femtnes de Paria.

outes les femmes de Paris ne sont pas Parisiennes.

La grât;e n'a pas de fialrie. Vénus sortit (le l'écume des flots. Ce mythe est une vérilé.

On naît Parisieime, comme on naît poëte ou rôtisseur. La coquetterie développe , mais ne crée pas. Paris n'invenié pas; il perfectionne. Le monde lui en\oie des blocs de marbre; il en fait dessiaïues. Paris e,st un artiste.

Statuaire infatigable, Paris équarrit sans cesse avec le marteau de l'esprit. Chaque année, plus de trente mille ébauches passent sous son ciseau; à peine un tiers est-il reçu à rexpusili)n. ..

La capitale est un paradis où il y a beaucoup d'appelées et peu d'élues. Ce sont les Grâces qui lieiineut les clefs.

(;lierchez la l'arisienne à travers les douze arrondissements; il faut la lampe d'Aladin pour la trouver.

Nous voici aux Tuileries. Voyez déborder par les grilles ou\ertes ces myriades de bipèdes qui sont les roues de la machine sociale. Éteignez votre lanterne, jeune Diogéne; au milieu de tout cela vous ne trouverez pas une femme.

Toutes celles que vous voyez travaillent; quelques-unes sont négociants, avoués, à demi agents de change. La Parisienne ne fait rien. .

RemontCii le boulevard un dimanche : voilà le fond de l'océan

LA PAniSIFNNP:.

piriBien qui l'olile sur TS^phalle i cet ncfaii un point do pci les;

l'u'il est iinri'-it^ |iar

le spci-lacle d'iii qnalHinMcs soiiliois di' prunelle, d'Iiy peiboli(|ni'S hrodcqiiiiis. (> soiil par- , ^ tout des gants en T' ^ filet qui font semblant do eailier des doisis roiijjes et

Ui'i IL B''*'' • ''*''* "''•"■s iiii- ■-- possibles snr des chapeaux l'aulastiqnes , des cache mires douteux sur des épaules plus douleuses encore.

Est ce une l'arisienne, celle femme du faubourg; Saint-Denis, et sa sceur du faubourg Saint- Martin , qui porte sa lOte coinnie un JHiimet à poil? Est ce une l'arisienne, cette bourgeoise du faubourg du Temple qui traîne son mari à la promenade avec les façons accurtes d'un servent menant la patrouille, enranis et bonne en tète, épagneul en queue? C'est ici le cas de poser un axiome ou deux.

Le mari de la Parisienne est un symbole ; on en parle , mais on ne le voit pas.

La Parisienne qui consent à prendre le btas de son mari dérogé.

Est-ce une Parisienne , cette jeune personne du quartier Saint- Jacques , qui serre sa taille dans un spencer nacarat , et fait crier des souliers satin puce à l'angle du Porit-Neufî Est-ce iine Parisienne, cette renli(>re du Marais, qui fait prendre l'air à son chieri sur la place Rojale? Est-ce une Parisienne, celte marchande du faubourg Poissonnière, qui sort les cheveux enveloppés de papillotes ?

Les femmes qui font du commerce ne peuvent pas être des Pari>ienues. Qui dit négoce dit province. Tous les négociants sont provinciaux, même Jes Anglais, les Allemands et surtout les Suisses. Il li'y a que les marchands de dattes et les marchandes de petits balais qui soient de Paris. Vivre derrière un couiptoir, c'est habiter la province.

Voulez-vous savoir combien il est dinPiciie de rencontrer le phénix que nous cherchons ; regardez cette femme qui descend le long du trottoir de la rue Laflitte : sa toilette est irréprochable : elle porte la robe, le chapeau, l'écharpc qui sont en harmonie avec le visage, avec le temps, avec le jour, avec l'heure.

Elle ne regarde rien , mais elle voit tout ; est-ce une Paiisieiine? Ne nous hâtons pas trop de piononcer : un uuage crève , et la dame ouvre un parapluie. Ce n'est pas une Parisienne. Une jolie femme en parapluie est comme un joli vers faux.

Le parapluie est à la toilette ce que l'orthographe est au style.

Ce (|ue nous disons du parapluie peut également s'appliquer aux socques.

La femme de Paris soigne sa santé, la Parisienne soigne la forme. L'une est femme, l'autre est poète. Voilà toute la diifércncc.

Cll.APITRE II.

!■• PariiieQne «d provliioe.

ai-is est Id seule ville du Inonde où les femmes n'aient pas besoin du vojagerj e|i conséquence, elles H ''.')l^(J.' -lîi iS voyagent toutes. Elles vont chercher

r It , t''l , . A ■■/--', .ff>. ailleurs ce qui ne se trouve i|ii'ii Pa-

ris, et elles reviennent au plus vite , non .sans avoir lais.sé quelipie < hosc ,J de leurs gràce^ aux salons de la province . comiilé les brebli i/garilés de l'Évangile un peu de leur lâihe aux nuissuns du cheniiu.

La Parisienne est une chrétienne doiit Paris est l'églîsie. tibri des banières , point de salut.

Les Parisiennes voyageuses se partagent en (leijx classes : icelles qui passent, et celles qui restent.

Nous ne parlons jias de la Parisienne qui va aiix eaiix , parce que ce serait faire un pléonasme. La Parisienni' est aii-si diftiiile h rencontrer à Spa , à li.ideu , à tîms , à Biiguères ou h Vichy i|u'à Paris même. Souvent il arrive, quel que soil d'ailleurs le nombre de fois ([u'on trouve inscrit le nom de Paris sur le registre des auberges , qu'une saison se passe sans qu'une seule Parisienne montre le bout de sa guipure aux baigneurs ennuyés. Les p iriies à âne sont cependant nombreuses; les (juadrilles des bals par souscription coniptenl une foule de jolis visages ; on fait de la bonne musique dans le salon de conversation; du(-hesses, baronnes, marquises , femmes d'agents de chaiige et de l)anquiers , tous les éléments d'une cour sont réunis; il n'y manqiie que la reine. Soit caprice, soit ennui des mêmes plaisirs, de Florence, de Paris ou de Saiiit-Péiersbourg, il n'est arrivé aucune Parisienne. Il n'y a qu'une certaine quantité de femmes (|ui sont veuues dès qoatre coins do l'Europe coiitinuer leur province autour d'un bassin d'eau qui fume.

La Parisienne qui passe est une Jioile qui file , celle qiil reste est un astre qui meurt.

Une diligence poudreuse s'àrrôte un jour dans une humble ville perdue an fond du quel(|ue département. Une femme en descend. Le regard glisse snr sa toilette sans être arrêté pai- âiiciinè couleur éclatante; la couleur est l'aspérité du costume. En province, le regard s'accroche à des nuances. La voyageuse pose lé pied à terre et passe.

Le premier homme qui l'aperçoit, n'eût-il jailliis (juitté sa proviuce, fiU-il le inailie d'école du village, ou le soué-prffet de rarrondissemcnt, se retourne et dit': C'est une Pal'islenné.

La Parisienne ne mai clie pas, elle ondule. (J'est une cbuleuvre en brode(|uins, l'aïUique serpent en capote de paille.

Une Paiisieuue! ce mot est un abîme oii rim.tginalion des provinciales se perd. La nouvelle vole de la sous-préfecture aux faubourgs. Une heure après son arrivée, — j'allais dire avant, — ou i5ait ce qu'elle est. Si elle reste, c'est là femme d'un fonctionnaire, ou quelipie malade chassée de Paris par une névrose. RemarquiZ bien que nous ne parlons pis ici île revers de fortune, car il n'y a qu'un seul malheur qui force la Parisienne à quitter Paris : la perte de sa beauté. Autrefois elle tiUralf eu le cloîti-e, aujourd'hui il ne lui reste que la piovind' ; Ihisséz-la s'ensevelir dans cette Trappe ; l'ennui creusera sa tombe, et son miroir lui dira tous les jours : Sœuf, il faut mourir !

Comme un mari impatient , le chef-lieu a bientôt arraché le voile de la Parisienne, sa fiancée. Il veut eh jouir, il veut la po.sséder. (;'esl à qui "s'emparera de ce ti'ésor. Les hommes s'empaieiii de .ses gestes, de ses regards, de ses moindres paroles |)our s'en faire des ti-opliées; les femmes lui dérobent la forme de sa robe, la coupe de sou chapeau, la couleur de sou écharpe. La province est le Calvaire de la Parisienne. Messie de la civilisation.

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

elle y traîne la croix des modes nouvelles. Martyre do l:i coqncitcrio

a (Ile c'xpii'c sur ir (i il.;o-

!''1M t!i;i du lu'';;iic'iilisiii('. L( s douairières de la justici' de paix cl les vieilles lilics de la diroeliim des postes lui jeiii lit la pierre; les bonnets graves et ennuyeux , les eoilïes jaunes et ratatinées se ^__ ro;disent roiitrc elle ; les

•- lioslililés roiiiineiK'ciil à

la secoude visite, les salons sont des champs de bataille, et les conversations des roiiibats.

Les robes l'attaqueiil , les pantalniis la défendent, mais les pniitalous sont des alliés perfides. La Parisienne est jiassée au laminoir de l'espionnage ; on la persécute, parce qu'elle a voulu transporter Paris on pl^'iii dépai^iiuent , comme si on oiiipuilail la patrie dans des carions ii eliapeaiix.

La pronieiiade est l'arène publique où ronihaitent les chain|)ions. La rari.sienno \ èlalosa toilette coiniiie un défi pi'rpétiiol.

Les proviucialos se vêtissent , la Parisienne s'Iiabille. En province, on se couvre; à Paris, on se coiffe. Le chapeau de la Parisienne semble dire à ses rivaux : Courbez la tête, fiers Sicnmbres ! Les Sicambres de gaze s'inclinent, mais gardent une rancune éternelle :iu fond de leurs rubans.

Regardez-la passer sous les regards croisés des lions indigènes ! c'est plus qu'une femme, c'est une Parisienne. Ce mol dit tout. Pour en ci^mprendrc la portée , il faut avoir connu la décence roide et la pudeur guindée de certaines provinci;ili'S. I,a Parisienne a toutes les grâces de la volupté et tous les charmes de la vertu, mais do la vertu apiès la chute.

C'est la Madeleine fnuiçaise.

Elle s'est fait une Thébaïde départementale, mais ce n'est point pour se repentir. Elle vit le plus qu'elle peut ct)mme à Paris. Sa main est toujours cachée sous un gant paille ; le gant pjiille est le talon rouge du dix-neuvième siècle. Son appartement est une réminiscence de la Chaussée -d'Antin, il est tout rempli do ces charmantes clioses qu'on appdle des siiperGuilés en province, et qiiisontaussi indispensables aux femmes (|ue les fleurs aux papillons. Il y a longtemps (pi'on l'a dit , le superflu ( si néces.saire. Otez Il la Parisienne ses ! itKlequins Je satin et de vernis, ses écharpes de soie, ses gants, ^.'s évenuils, ses mille bijoux, et vous verrez ce qu'il restera! La femme.

Or la femme seule ne suffit pas.

Le nécessaire est la prose de la vie; le superflu en est la poésie. Eve avait limniorlalité de la jeunesse et de la beauté, elle possédait le nécessaire, le supertlii seul lui nianquail. A cette ép;i(|iielà, 1 ■ siqierllu était une poniine. Lllo voulut l'avoir. Eve était une Paiisienne biblique.

La Parisienne obéit autant (|u'elle peut eu province aux traditions de la coquetterie; les Parisiennes sav/?nt seules ciseler une intrigue et daiiiaxpiiner un a:iiour, comme lîenviiioto Cellini fai sait pour les poignards ou pour les coupes. Malheureusement la malièioleur iuan(|uo : on ne les comprend pas , et les gros garçons tfu'on ap|)elle de beaux hommes dans les déparleinents pas-

sent sans succès devant elles, adorables statues dont les Pygmalions se |)romèneiii sur le bouli vard des italiens.

Mais qu'arrive-t-il? c'est qu'au bout d'un séjour plus ou moins long, six mois ou six ans, selon l'énergie du cœur, la Parisienne se détériore ; comment résister en effet aux efforts de ces Ilots d'ennui cpii vous niinenl sourdement '? On lutte d'abord avec bonheur contre cetli; lièvre lente, ses premières atteintes passent pour ainsi dire inaiierçues, les accès deviennent ensuite |)lus fréciuents, et bientôt ranévrisnie se déclare, on est au dernier degré de la phthisie. Ainsi l'ait la pauvre eviiée.

Apiès avoir dansé trois hivers chez ie sous préfet , le receveur particulier, ou chez le maire; après avoir vu cent

l'ois Culisian au théàlre lo( al , après avoirjoué cinquante ou soixante robbs de whist, elle replie

ses ailes et meurt. Ce n'est point le dernier soupir (jui fait son trépas; la Parisienne expire au dernier rêve, au dernier sourire, au dernier regard , à la dernière paire de gant. Elle vit, mais elle ne s'habille plus!

Cependant aussi flétrie qu'elle soit sous l'influence délétère de la province , on reconnaît parfois en elle des traces de sou origine divine. Le papillon n'a pn réussir à se refaire entièrement chrysalide. La Parisienne ne rayonne plus, mais elle a des reflets. (;'est le diamant dans les ténèbres : rendez-lui le soleil , et vous le verrez élinceler.

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