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CHAPITRE VIIF

Des Instrumentistos.

Musicien d'orchestre théâtral.

l'our être admis à l'orchestre de r.os principaux théàircs lyriques, il faut avoir passé par le Oiiiservaioire, a\()ir pendant une di/aiue d'années coiLsacrû douze heures par jour à faire des gammes, des trilles, des arpèges et autres exercices récréatifs, être enfin parvenu b acquérir une force remarquable et une certaine illiisiralion sur son inslruinent. Nonobstant, ces artistes sont très-mesquinement rétribués; le minimum de iraitement est de fiOO francs et le maxinuun de l.')00 à 2,OdO francs. A la vérité un pupilre dans un orchestre de grand théâtre lyrique est un piédestal qui met en évidence, et les deux (|uinquets qui brûlent à rùié forment une espèce d'auréole autour (le la tète de l'exécutant. Celui-ci est recherché de préférence comme profes.seur, et il peut faire payer ses ler-ons fort dur. Le chef d'orchestre lui-même, bien que sa profession exige une aptitude et des connaissances musicales hors ligne , est quekpiefois moins rémunéré que le coryphée chantant chargé d'annoncer un personnage en si naturel.

In fait peu connu, et (|ui paraiira éirange au premier abord , c'est (pie les virtuoses les jilus clièicmeiit pa;(''s, dans un orchestre lyrifiue, sont ceux qui jouent des timbales et de la grosse caisse. Vous croyez peut-être qu'il est l'on peu difficile de laper en nicsurp sur la peau d'âne! — Détrompez-vous; un musicien consommé est seul capable de s'en acquitter avec distinction. Il n'est pas étonnant dès lors que les timbales et la grosse caisse n çoi\eiit une forte prime: de plus, il faut que le muMcien de talent qui se dévoue à ces instruments fort peu brillants soit naturellement liès-inodeste; e. la modestie se paye cher parmi les artistes... à raison de sa rareté.

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

La renoiunu'e baclii(|iio et \i\eiisc faite aux musiciens ilale de fort loin , car chez les Romains on disait déjà proverbialement : " Miisice viverc, vivre en nuisicieii , c'est-h-dire mener joyeuse vie. • Aujourd'hui, nous devons le constater à l'honneur des orclies- Ircs de nos théâtres Ijriques et de nos instrumentistes de talent en général, les anriemies mœurs de la profession ont coinpléleiiiciit changé. Bacchus a cessé d'eue Kur di\inilé favorite; leurs délassemenls sont modestes , même ^'raves. A l'orchestre de rO|)éra , par exemple, on compte des anti(iuaires, des bihiiophiies, des numislualcs , des péciu urs h la ligne , beaucoup de pécliems à la ligne. Or on sait que la ligne ne s'allie qu'à une âme pastorale et candide. L'asticot est un acheminement au prix Monllivon.

Nous dirons donc que la majorité des musiciens modernes a une conduite très-rangée, l'eut être cependant certains instruments h

vent sont- ils encore quelque pou évaporés. On a remarqué en efTct que le jilus souvent le choix de l'insirunuiit e5t un indice du ca raclére. Ainsi, il est très-rare qu'un basson fasse parler de lui ; la clarinette est exein|)le de toute espèce d'exaltation romanesque; l'alto est toujours paisible et ami de l'ordre établi : quant à la contre-basse, nous n'hé.sitcrons pas à lui décerner un certificat de moralité et d'austérité ; mais la trompeiic a des moustaches, im teint rubicond qui ne permettent point de répondre avec assurance de sa candeur : la petite flûte a un air éveillé qui annonce qu'elle est en- I , ^^f-Mj^i^S^^ cline à s'émanciper; le cor, le trom-

i^Si ^^ ^ bonne, la trompe de chasse portent

le chaiieau d'une façon tapageuse, et ont pour la plupart un nez qui , comme dit M. de Balzac, aspire à lu ùuluille.

— Comme il ne s'agit dans les orcheslres de vaudeville que d'accompagner l'air de faFoimltcde l'apothicaire ci une vinf^ laint: d'autres airs coimus, on n'a pas besoin d'être de première force sur l'iuslrumentation ; aussi la rétribution y est-elle presque fantastique. Ces orchestres se composent, en général, de tout jeunes gens ou d'hommes sur le retour. Les premiers entrent là pour s'exercer en attendant mieux ; les seconds sont en grande partie de petits bonnetiers retirés ayant joué dans leur jeunesse d'un instrument quelconque, et qui, pour jouir du plaisir de voir chaque soir, sans bourse déher, Uéjazet, Arnal , Bouffé, etc., viennent s'insla'ller à l'orchestre sous prétexte de basson , de violon ou de clarinette.

— Les virtuoses des orchestres de mélodrame sont des êtres éminemment vertueux, qui consacrent leurs plus doux accords à accompagner Vinnocence persécutée, frottent avec indi<Tnation les cordes de leurs basses lorsque le tijran se manifeste, et" signalent par un trémolo effpré les approches de l'assassin.

— Découvrez-vous devant l'orchestre du Théàlre-I'raiirais; respect à la vieillesse! ce sont les nestors de l'instrumentation. La flûte a des cheveux blancs, le violon pni te béquille, le hautbois se poudre et s'orne d'une (|ueuc en salsifis; il y a longtemps que la contre-basse a perdu toutes ses dents. Naguère encore ces véritables artistes exécutaient toujours la même sonate, une sonate à barbe grise comme eux, et qu'ils avaient entendu jouer à leurs aïeux. Mais voilà que , depuis quelque temps , on s'est avisé de mettre sous leurs lunettes des quadrilles du Musard. Profanation! ces vieillards .sont forcés i de jouer des contredanses sur le bord de la tombe! et il arrive que l'en-avant-deux est interrompu par l'entrée de Néron déclamant d'une voix gravement sinistre :

N'en doutez point, Burilms, malfiré ses injustices, C'est ma mère, et je veux ignorer ses caprices. Les vieux luibiliiés cla.ssiques de l'endroit se sont voilé la face en voyant la contredanse échevelée envahir le temple de Thalle cl de Melpomène, et ils ont prédit que la scène des Talma et des Mars en viendrait un jour à jouer le vaudeville: — en effet, le quadrille mène h tout.

— Ce (pie nous avons dit plus haut des orchestres des théâtres lyriques peut s'applicjuer aux orchestres de bals cl de concerts, car ce sont ordinairement les mêmes artistes. Aujourd'hui, certaines paroisses dilettantes font également appel à leur harmonie profane: on s'est mis à invoquer le Ciel avec accompagnement de cornet à piston: coimnent s'étonner dès lors que le Ciel ferme souvent l'oreille.... â nos prières'?

Mtisiciens militaires.

'ai entendu contester i'ulililé des musiques militaires, en France surtout où le lourlourou est généralement peu accessible à l'harmonie. Dans d'autres pays, c'est différent. Ainsi , il est reconnu que si les Autrichiens se maintiennent en Italie , ce n'est point par leur puissance dominatrice et par l'habileté de leur politique, mais uniquemciil par la suavité des musiques de leurs régiments.

Le peuple dilettante de la Lombardie et des États vénitiens se résigne à une oppression embellie par les symphonies de Beethoven et par les valses de Strauss. Si des soulèvements venaient à éclater, soyez assurés que les commandants tudesques feraient marcher non pas des baïonnettes et des canons , mais des clarinettes hongroi-ses et des cors tyroliens. Les insurgés, aussitôt désarmés par la mélodie, crieraient: Bravo il clarinetlo ! bravo il conio! et ils retourneraient tranquillement chez eux manger des ravioli à la milanaise.

— Nos musiciens militaires se divisent en gagistes, qui vouent, non pas leurs bras, mais leur souille au service de la patrie, moyennant une haute-paye de quaraute à soixante francs par mois, — et en conscrits dans les-^ mains desquels on met une clarinette de buis au lieu d'une clarinette de cinq pieds, et à qui on fait apprendre l'exercice chromatique au lieu de l'exercice en douze teiii])s. Les musiques des régiments de France et d'Algérie ne jouissent pas, en général, d'une haute réputation harmonique; et si nous avons porté très-loin la gloire de nos armes, il n'en est pas de même de la gloire de nos petites flûtes.

— Les douze légions de la garde nationale de Paris ont aussi chacune leur musique militaire. Au pretnier coup d'œil , on ne voit pas trop à quoi elles servent ; car la garde nationale, cette belle institution , si amie de l'ordre d'ailleurs , paraît avoir, sous le rapport musical , les tendances les

plus anarchistes.

Les officiers brandi.'^sent leur épéc à contre-temps , et il règne dans tous les pelotons une telle confusion de jiieds droits et de pieds gauches, qu'il est vraiment éinnnaiit que chacun puisse retrouver les siens quand on se met au repos.

Mais les musiques do la garde nationale ont cela de précieux, qu'elles offrent uue échappatoire ù ceux que uc séduisent pas les

LE MUSICIEN

chaiiiics (lu coips (le j-anlo , que m- dêvoro pas le /.(■l.' do la pairoiiillc. 1.0 niusicioii-citojoii n'a qu'a venir MUilllor iino fois par mois, poiidaiu une lunii-c. au bôMélke de l'ordre piil)lic, et il esl ceiisi' avoir payé sa dette h la pairie. Aussi , c'est 5 (pii lâchera d'entrer dans celte milice liarnioiiiipu- ; les instrunienls de remplissage , tels que le chapeau chinois, le trian(;le , qui n'exige aucune élude préparatoire, sont les plus recherchés. Il y a des gens (pii ont fail des bassesses pour se faire recoNoir triaU'^los. Orrlic^lrts hors Imnières.

Ces orclie>lros se cumposenl de hautbois inécon uus , de violons poursuivis par l'in justice des houi nies, de clarinettes ayant eu des niallieurs. Aussi , suivant le proverbe , ces instrninents infortunés ont-ils une disposition à noyer leurs chagrins dans la

pi(|uette. Lorsqu'ils reviennent le soir, après avoir joué pendant six sont enivrés d'autre chose que d'harmonie.

cacopluMiio, (pie , si niaisoii nu écrito.ii

heiiios d'horloge, il est aisé de voir (pi'ils se

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