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L'HOMME DE LOI

fulmine un mat>niliquc miuiMloiic dans uni; alTaire polilùiue, et qu'on va lu uununer ministre.

dite de son client avec le briyand dunt le parquet a cuubi(;né les méfaits.

CIIAPITUE IV.

Ii'Avocat du D>able.

n appelle avocat du diable celle espèce de ihiffoiinicr judiciaire h l'a'il louche , à la barbe grasse , au nez rouge et vineux , qui ramasse et jette dans sa hotte des dossiers .silcs , ijjnoblcs et fangeux que sis confrères honorables ont rebutés du pied dans le ruisseau de la rue ou dans la vermine des prisons.

Paul Niguct vend des caiious cl des ùatcaux de trois-six , — l'avocat du diable vend des paroles et des paradoxes.

Sa spécialiié se résume en deux mots : — Défendre les fripons contre les honnêtes gens.

Dans une affaire de vol , il se gardera bien de plaider pour le volé; son éloquence appartient au voleur...

Cela n'est-il pas tout simple? Le voleur a l'argent, le volé ne l'a plus.

Plds le diable sera noir, plus cher il payera pour se faire blanchir. La plupart de ses plaidoiries sont interrompues par les murmures de dégoût de l'auditoire qui l'écoute.

De même que l'innocence est une chimère pour le ministère public; — de même, le crime est une fiction pour l'avocat du diable.

Il traîne et souille sa robe dans les caveaux infects de la Préfecture de police, où la ronde de nuit entasse chaque malin les ivrognes, lesûlous, les bans rompus, les crocheleuis de portes, les souteneurs, les vagabonds, les assassins....

C'est là qu'il retrouve ses fidèles clients et qu'il en fait de nouveaux.

On ne peut lui reprocher de plaider ses causes sans énergie; il crie d'autant jilus fort qu'il a de |)lus mauvaises raisons à donner: il défend son voleur, son meurtrier, avec un zèle, une ardeur dignes de sou nom d'avocat du diable.

lin scélérat criblé de condamnations, dont la biographie annexée au dossier est une longue liste de- délits, de niéfails et de crimes; un incorrigible coquin dont le domicile habiluel est la prison ou les galères, devient , à entendre l'avocat du diable , un petit s.iiui à mettre en niche, un pauvre agneau immaculé que la société persécute iniquement. L'infernal orateur commence par nier l'idcn-

0 Voulez-vous des preuves de son innocence! s'écrie l'avoratdu diable: voici descertilicats constalant la moralité de mon ciieni. Il appartien à la famille la jilus honorable de son déparlenient; il est bon époux , bon père , biiri ciloyeii , bon garde national I Li vous voulez condamner mon client I

» >'on , messieurs, vous ne le condamnerez pas 1

» De quels crimes accuse- t-on Kisque-Tout, dit Monseigneur, dit Rossignol, dit Houge-t^œur?... ou plutôt, messieurs, je dirai : De quels crimes nous accuse t-on? — Car l'avocat et le client ne font qu'une chair et (]u'uiie àme.

» Nous avons volé , dites-vous... volé la nuit, volé dans une maison liabiiée, volé avec le> circonstances aggravantes de l'escilade, de l'elTraclioii , du meurirel

» lih! messieurs, la rage de nos ennemis va plus loin encore ., On dit (jue nous avons frappé notre vieille mère... on dit que nous avons dévoré deux de nos enfants.

» Messieurs, je veux, pour un instaiU, que ces infâmes accusations soient fondées... Croyez-vous que de pareils forfaits soient sans excuses?

» Je dirai une chose, messieurs : leur excuse est dans leur propre exagération !

» Ou ne vole pas sans être poussé au vol par le besoin et la misère — et la misère est une impérieuse conseillère!

■> On vole la nuit ])arce qu'on a honte de commettre une mauvaise action : celte honte est la preuve de l'honnêteté de notre âme.

1) On vole avec effraction , parce que les portes sont fermées. — Ouvrez les portes , il n'y aura plus d'effraction.

» On tue, on assassine. .. on se couvre dfe sang. — Pourquoi? — Parce que la loi punit le vol, et que le voleur craint d'èire dénoncé par celui qu'il dépouille. Retranchez de vos codes les lois contre le vol, et l'assassinat disparaîtra de notre civilisation. Oui, messieurs, je ne crains pas de le dire , de le proclamer hautement : — L'assassin , c'est le législateur, qui punit le vol!... •

Ici l'avocat du diable s'essuie le fioiit.

« Messieurs, reprcnd-il, passons aux deuxième et troisième chefs. — Nous avons battu notre vieille mère, notre mère inlirmc, la mère qui nous a porté jadis dans ses propres cnirailles de mère. Messieurs, je le veux bien.., oui, nous l'avons battue, nous l'avons même frappée... — Eh bien ! mes.sieurs, convenez avec moi que pour battre une mère il faut avoir de puissants nioiif»... Or, un acte molivé et puissamment motivé ne saurait eue un crime... .Messieurs les jurés, vous n'oserez pas le punir.

» On ajoute que nous, nous excellent père de famille, et qui produisons des certificats... on ajoute que lums avons dévoré deux de nos enfants , les seu's que le ciel nous eût accordés. — Mei-sieurs,

BIBLIOTHÈQUE PODR RIRE.

pour qu'un père s'abaisse jusqu'à dé\orcr ses propres curants, vous ne nierez pas qu'il faut qu'il ail une immense fainil Or, la faim

excuse tout, et nous avons un axiome de droit qui dit : La fin justifie les moyens. — Rappelez-vous ce que raconte Voltaire , le grand Voltaire , le philosophe et philanthrope Voltaire , dans son iniMV.rtel poëine de la Ihnviadc : rappelez-vous cette femme, cette mère qui fait cuire son jeune nourrisson et le mange tranipnilenunt et sans répugnance. — Vous m'objecterez peut-être que cet alTreux repas eut pour excuse une famine publique... Messieurs, la faim, c'est la famine privée! Or , la femme de Voltaire ne fut point traduite en cour d'assises ! vous ne condamnerez pas Risque- Tout. •

Après celle brillante et consciencieuse défense , l'avocat du diable s'attend à voir décerner le prix Monthyou à son client. — Les jurés condamnent le client b mort.

— Diable! pense l'avocat du diable, et moi qui ne me suis pas fait payer d'avance? Mon brigand est capable de me Toler mes honoraires.

H descend aussitôt dans le cachot de Risque-Tout, dit Ronge- Cœnr.

— Eh bien ! mon pauvre Risque-Tout ?

— Sutfii! fini, mon bra%e. .. Ah bah! j'aime autant ça, c'est plus lot fait; je crois pourtant que j'ai peut-être eu tort de manger mes enfants.

— Il ne s'agit pas de ça , mon cher Ronge-Cœur; j'ai fait tout ce que j'ai pu pour te sauver. Tu as entendu ma plaidoirie... mais les hommes sont si méchants!

— Laissez-donc ! j'ai mérité la chose.

— Ainsi , tu ne m'en veux pas?

— Moi ! du tout... touchez là.

L'avocat du diable presse affectueusement la main de Ronge- Cœur.

— Hé , dis-moi, mon pauvre ami : tu sais que tu as oublié de me payer.

— Tiens! c'est vrai!... Ah! dame! je vous ai donné assez de roues de derrière pendant ma vie... Vous me ferez bien crédit cette fois-ci.

— Crédit! mais, mon cher, on te coupe le cou après-demain. Voyons! soyons gentil! Tu as bien quelques petites

pièces de cent sous en réserve toi qui en as tant (jrinché de

ton vivant!

— Non! parole d'honneur!

— Alors, je le crois Eh bien! au moins donne-moi quelque

chose, la moindre des choses Est-ce que tu ne portes pas

perruque?

— Oui, en sortant du bagne, j'étais rasé à blanc; j'ai été obligé d'acheter un faux toupet.

— Eh bien, donne-le-moi... le mien tombe en ruine... et toi, puisqu'on va te couper la tète , tu n'en as plus besoin.

— Mais d'ici à après-demain, je vais m'enrhumer du cerveau.

— Alli)n>! qu'est-ce que ça te fait?... Tiens! voici mon gasoil Donne-moi ton toupet il est tout neuf..... Ce sera

toujours ça.

L'avocat du diable saisit le toupet de Ronge-Cœur et se sauve en grommelant dans sou rabat; — n Le gueux! au moins, il ne m'aura l)as tout à fait >olè! .1

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