CHAPITRE Vin
Quelques mots sur le parquet et sur la magistrature
e père de l'avocat sans causes avait bien
^^\ < \y, 'm' " raiscn lorsqu'il écrivait à son fds : « La
K . '■'• I f{ profession d'avocat peut conduire h
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Vj '';rl Lu avocat bilieux que son tcnipéra-
défenseur et qui se sent plus porlé pour alUKiue (pic pour la juslilicaiion, s'enr("ile, avec l'aide de queUpies protecteurs, dans la milice du par(piet : il fait ses premières armes en qualité de substitut, ce (pii équivaut dans l'armée au grade de conscrit.
Le substitut est chargé de remplir , par stibsiiiulion , les fonctions de procureur général , c'est le piocheur, le factolum du panjuct ; dès le malin, il est condamné à lire Ions les journaux ((iii paraissent avant l'aurore et d'y découvrir des attaques contre le gouvernement, et tous les dossiers criminels et coneciionncls qu'il doit enrichir d'un réquisiloire plus ou moins fulminant. A l'Iieure de l'audience, le susbliiiit va siéger au fauteuil du iiiinislêre pub'ic, toujiiiirs par substitiilion à son chef de file ; il devienl l'organe de la sociéiê outragée et demande en son imni lu répression des crimes ou délits.
Par habitude cl par étal , le substitut voit toujours dans le prévenu et dans l'accusé un luons're dangereux pour la société : il fui-
i.llUMMl 1)1. LOI.
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mine avec la même ardeur contre le bandit des cours d'assises et contre un jeinie fouyou de police correctionnelle accusé d'avoir sricnunent et avec [iréinédilalion laissé loinher sa l.irliiu' djns le raisiné d'un é|)icier.
Au milieu de la niiii. il faut (|ii'il s'iiabille b la liÂte et qu'il
acconi|ia^iU' l'autoriié sur le lln'iître du crime (expressinn consacrée). — Il préside h l'eidévemcnt du cada\re de la viciime, il recueille les premiers éleineiilsde linformation et fait airéter les auteurs présumés de l'atlentat. — Après (inoi, il est libre de regaj^ner son domicile avec un rhume de cerveau. Heureux encore si, en rentrant chez lui , il ne trouve pas un substitut de contrebande dans l'alcôve conjugale.
Quand un homme s'est fait un nom et une fortune dans la carrière du barreau ou de la magistrature , il est rare (pi'il ne lance pas ses rejeîons dans la même roule.
Or il arri\e pies(pie toujours (pie le rejeiim d'une célébrité est doué d'une nullité remarquable. L'iiéritier d'un grand avocat général peut faire un trèsmauvais avocat |)ariiculier.
— C'est iiumiliaiii; mais ~
qu'y faire? — Il faut à tout
pris faire quelque chose de ce grand garçon-là. — On en fait un
juge.
Les juges que l'on fait ainsi jugent peu et dornient beaucoup. Conformément au proverbe. Le bien vient en donnant , on les \oit avancer a\ec une rapidité prodigieuse. — Ils ne s'éveillent dans le fauteuil du tribunal de première inslanceqiie pour aller s'endormir sur la banquette de velours des conseillers de cour d'appel; puis dans le fauteuil des conseillers à la cour de cassation. Leur existence est un long souuneil pendant lequel ils marchent à grands pas, comme les somnambules, sur le sentier uni et fleuri du népotisme.
Tandis que ces heureux personnages enjambent les degrés de la liiérarchie judiciaire et s'emparent de tous les fauteuils laissés vacants devant eux, de vieux magistrats, qui n'ont d'autres titres à l'avancement que leur âge et leurs longs et pénibles travaux, les regardent marcher en axant et restent en arrière. — Ils continuent à rendre la justice, en attendant que le ministère de ce nom la leur rende à eux-mêmes. Ceux-ci appliquent la loi avec é((uité,
avec mesure à moins toutefois qu'il ne s'agisse d'un délit
ou d'un forfait tant soit peu politique comme d'avoir chanté
la Marseillaise h une heure indue ; dans ce cas exce|)tionnel ils s'abandomient à toute l'indignation d'un simple mortel, saisissent la loi à deux mains et en écrasent le malheureux anarchiste.
Dans les cas ordinaires le juge est assez impassible. Afin de mieux se tenir en garde contre les insinuations et les subtilités des avocats, il écoule rarement ces derniers et se laisse aller fort souvent à un assounissemenl prémédité que l'on peut appeler le sommeil du juste. Le pcsident seul est leuu de veiller, aussi prend-il toujours du tabac.
In privilège de tous les présidents de cours d'assises est de faire toujours UD résumé consciencieux et impartial des débats. Ln
pré.sident de cour d'appel doit avant tout praliipier le caleudM)ur
conime feu Al. de Bièvrc, et de\ii;er a |);cuiieie vue les tebus du C hiiriitiii.
Cli.M'ITHK I.\.
D<B faiseurs de lois.
n avocat quelque peu célèbre et quelque peu ambitieux aspire assez souvent, lorsqu'il est asd'explicpier les lois, au bonheur d'en fabriquer lui même.
Voici en peu de mots la recotte la plus vulgaire pour réussir dans ce louable projet.
Notre honnne prend la diligence, et se fait rouler au fond d'une connnune quelconque où il |)ossède un oncle , une vieille tante et quelques arpents de bruyères représentant le cens d'éligibilité exigé par la loi; on écrit ce ''J cens-là par un C, afin de le mettre à l'abri
de tout soupçon de parenté avec le sens commun qui prend un S, et qui n'est nullement cousin du premier. Le dernier n'est pas exigé par la loi.
Le premier soin du candidat est de visiter le sous-préfet, le maire, les adjoints, les membres du conseil municipal, le juge de paix , le percepteur , le curé et le brigadier de messieurs les gendarmes. 11 distribue des poignées de main et des promes.ses à tout le monde. Il fait la cour à la fille du sous-préfet, et ne paraît pas dédaigner la fille de monsieur le maire. Il promet au conseil nmnicipal trois chemins vicinaux, deux routes nationales, six ponts, quatre canaux et plusieurs chemins di' fer; an percepteur une recette générale ; au juge de paix une loi qui doublera son traitement ; il promet au curé un clocher neuf pour son église; il promet au brigadier son estime et sa bénédiction...
Ce dernier est éum et verse des larmes d'attendrissement... Il est prêt à empoigner tout électeur qui oserait refuser sa voix à un candidat aussi aimable.
BIBLIOTHÈQUE PODR RIRE.
Cependant le caiididai se met à la ciiassc des voix ; cuiiimc au début de sa carrière il s'est mis h la chasse des clients. Mais ici la chasse se fait |)lus (isleiisihieint'iit , avec plus de hardiesse; ce n'est plus une (luèie d'honoraires poursuivant des plaideurs timorés c'est à des hommes parfaileuunt aisés qu'on s'adresse;
ce n'est pas de l'argent qu'on demande ; que demande-t-on à l'électeur :
— Monsieur, vous ne n)e connaissez pas...
— ^oil , monsieur.
— Monsieur, je viens réclamer votre confiance, l'honneur de vous représenter devant le pays...
— Monsieur, je ne vous connais pas davantage , mais ces choscs- Ih ne se refusent pas...
— Monsieur, je suis voire icroiinaissant serviteur...
Une voi^ n'est pas plus dillieileà enlever que cela... sur le commun des niarl\rs qu'on appelle les représentés... Mais il y a des électeurs rétifs, hargneuv , maussades, envieux, grognons, hostiles quand même h tout raïu'i 'al, sous le prétexte qu'ils n'ont jamais trouvé de représenlanls ([ui les représen lassent le moins du monde. — Il y a ensuite la catégorie nombreuse des indilléients , des électeurs paysans.
Les premiers se pèchent à la réunion pi éparaloire , ou bien à
^ . -, - l'hameçon , quand
-Tw., OU a soin d amorcer
ledit objet d'une
trulïe périgourdiiic.
La seconde s'enlève à âne. Ce procédé est fort connu. Dès le malin du jour de l'élection , les amis du candidat s'emparent de tous les ânes de la conunune, ils se répandent dans la campagne et ramènent en croupe toutes les voix qu'ils ont |)u renconlrer dans les champs. I.a caiavane entre triomphalement dans la ville; on lui fait des bulleiins (|u'clle jette aveuglément dans l'urne fatale... Ils font un législateuk !
Après ce beau chrf-d'œuvre, ces dignes censitaires .se réunissent chez le premier traileur de l'endioii où les racoleurs du matin leur ont donné rendez-vous pour un banquel monsire.
Au sortir de ce festin qui ne phigie point celui de Ballhazar, les électeurs champêtres cherchent du regard les bourriques qui les ont menés et qui devaient les attendre à la porle pour le retour. Les bonrricjues ne parais.sent pas |tlus que les racoleurs... Nos hommes s'en reiouinent donc pédestiement dans leurs fermes, très-fatigués, mal régalés, mais pouvant se dire avec fierté : « Nous venons de fabriquer un fabricant de lois. ■>
Quant à celui-ci, il s'empresse de revenir à Paris et de s'asseoir au centre des i)anquettes |)arleiiientaires.
Inutile de me demander si le conseil municipal a eu ses trois chemins vicinaux, ses deux routes nationales, ses six ponts, ses quatre canaux et ses plusieurs chemins de fer; si le percepteur, si le juge de paix , si le curé ont vu se réahser les brillantes promesses du candidat !