I.K K LOUEUR
noncos destinées à chaiiiïcr le public exigeaient de l'argent. I,e fou- ' dateur de la société en coinniandiie se présentait c\n/. noire banquier, et lui tenait 5 i)en prés ce langage:
— Monsieur, j'ai obtenu un brevet pour la fabrication des sucres d'orge en caoutchouc; c'est une luaHuilicpie affaire. Elle a nn but pliil;uillir()pi(|ue qui ne vous érliai>pera pas; car le sucre fait mal auv ilenls des enfants, et il est essentiellement cber. l'ar notre invention, nous mettrons toutes les classes de la société en état de goûter les douceurs réservées jusqu'à ce jour aux classes riches , et de les goûter perpétuellement. .. nos bâtons de caontcliouc ne fondent pas; ils resteront clans une famille, et se transmettront perpétuellement. Quant au\ résultats linanriers, (pielle opération, je vous le demande , est sueeptible de plus d'extension que le caoutchouc 7 Voulez-vous être le banquier de noire société?
Le lUNoniiR. — Monsieur, je suis toujours disposé à prêter l'appui de ma mai.son aux entreprises conçues dans un but utile et moral et conduites par des hommes aussi honorables ([ue vous paraissez l'être. — Je crois parfaitement à la solidité de. . . vos nouveaux sucres d'orge, et je serai très-volontiers votre banquier aux couditions que voici :
— Je vous ferai une avance de 20,000 francs pour les frais de lancement, et je recevrai, pour me couvrir de cette souune, une valeur de 50,000 francs en actions.
Le gérant. — Ça va ! accepté.
Le BANQl'ii'R. — vous lue donnerez à titre de gratification la
moitié des actions que vouy accorde l'acte de société eu ([ualilé de fondateur....
Le GiiRAN t. — Comment !
la moitié de mes 500,000 fr.?
Li: BA^QU1ER. — Farceur !
.V* la moitié de vos ciutj cents
morceaux de papier intitulés :
Action de mille francs.
Le gérant. — Oui , mais si nous les plaçons, cela ne sera pas moins 500,000 bons francs !
Le BANQliER. — Sans doute 1 mais les placcrez-vous, si vous n'avez ni bottes, ni chemise, ni bancpiier; si vous ne pouvez faire ni annonces, ni affiches, ni prospectus?
Le gérant. — Diable! c'est dur. — Voyons, passons...
Le banquier. — Les versements se feront chez moi , et les premières actions placées sciunt les miennes.
Ue plus, une i^riiue de 10 pour 100 me sera allouée sur le placement général des actions.
Le gérant, eff'rai/é. — C'est sur ma part que vous prendrez encore ces 10 pour 100!
Le banquier. — Eh ! non , c'est sur le fonds social.
Le gérant. — Ah !
bien, très-bien!
Le ranocier. — Je /-., demande aussi une épin- // /jj gle de dix mille francs après le placement de toutes les actions.
Le gérant. — Sur ma part?
Le banquier. — Non, non, toujours sur le fonds social.
Le gérant. — Bien !
bien ! bien !
Le gérant recevait ainsi 20,000 fr., et s'empressait , toujours pour représenter dignement la société , de Iou't un magnifique
appartement , de le meubler il crédit, d'acheter de mèinc un cheval ou deux et de prendre une ou deux luaitiesses. — Les annonces, les prospcdus, les affiches, tout uiau hait rondement, car le,, impriueurs , les courtier»
de publicité et les fournisseurs coniplaienl sur la caisse du ban(|uier de la société.
Les actions s'enlevaient.
Mais It s produiis manufacturiers ne s'enlevaient pas ; quelquefois même la fabrication n'était pas commencée , (jue déjà le capital social était absorbé , — ])ar les frais de lancement , — le prélèvement du gérant, les remises , bonifications , |)rimes, etc., accordées au banquier, — les appointements di' l'état-inajor, — les achats de machines , les constructions inutiles, et les préparatifs faits sur une échelle toujours triple des besoins et des uiovens.
Quant au banciuier, il était en règle ; aussitôt les actions placées, Il avait fait ses comptes et les avait présentés au directeur. Doit la Société des Sucres de caoutchouc à M '". Avoia.
.avances convenues.
Moitié des actions attribuées
au Rirant.
10, 00 .sur le placement inté-
gral des actions.
Pour prime ou <?pin|;lc.
Intérêt de 30li,000 fr. avan-
cés au gérantavant l'entier
placement des actions ,
commission, etc., suivant
le compte remis le... etc.
Créditeur pour balance.
Total. 1
l'aiemcnt de mille actions de 1,000 fr. cliacunv.
Total.
Notez que ces 599,000 fr., après les avoir reçus en espèces sonnantes, il les avait versés par bribes, en billets à échoir et payables à Pantin , — à la Villeltc , — à .Mont-Rouge ; quelquefois même payables en province et à l'étranger.
.\insi, outre le bénéfice réel de 181,000 fr. qu'il a\ait réalisé sur une misérable avance de 20,000 fr., il avait joui pendant plus ou moins de temps d'un capital flottant de 6 à 800,000 fr.
Sans compter qu'il n'avait pas inan(|ué de vendre un certain nombre d'actions au-dessus du |)air, sous prétexte de rareté.
Vous croyez les bénéfices de noire l)an([uier finis là? Cette
erreur atteste votre innocence! Non, tout n'est pas dit encore. Aussitôt ses comptes réglés avec la société , notre homme écrit à tous ses correspondants et fait ré|)éier par tout le monde qu'il n'a pris aucune part réelle à cette oj)ération , mais qu'il regrette de lui avoir prêté le nom de sa maison. — Sa religion a été surprise ; il craint que l'affaire ne soix pas gérée avec toute l'économie, toute l'intelligence désirable, etc., etc.
Les souscripteurs d'actions s'effraient et se hâtent de lui adresser leurs titres, a\ec prière de les vendre au|)lusvile.
Bientôt la panique devient générale, tous écrivent de vendre à ([ueUiuc prix que ce soit.
C'était là le moment attendu, la inaluritéde l'aclionnaire, l'heure de manger le melon.
Le banquier fait venir le gérant.
« .Mon cher monsieur, lui dit-il, je ne voudrais rien faire qui vous fût nuisible; mais voyez, voyez ces lettres, je suis forcé de jeter demain sur la place Zi0O,OUO fr. de vos actions... J'ai des ordres précis de vendre, voyez...
Le gérant. — Fichirrrre ! mon affaire est coulée si vous le faites!
BIBLIOTHÈQUE POUR RIHE.