PRÉFACE, AVANT-PROPOS
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ENTREE EDI DAIVSE^
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J'aurais bien envie de faire le savant et tic remonter jusque dans les nuits dos temps les plus reculés pour vous donner des notions exactes sur le carnaval , le bœuf gras et le cancan chez les Grecs , les Romains et autres Égyptiens! Mais doux considérations ég;i!'' ment graves arrêtent ma plume qui comincnrait déjà à frissonner sur mon papier glacé.
Première
considération importante. — >^ Tour vous ap-f
prendre une M.
foule de choses sur ce sujet , il faudrait d'à - rf;
bord que je ~-
commençasse i me les ensei-;«sg:
gner h moi mC ^— ^' rac, ce qui ne laisserait pas qnn dVtrc assez long, — cela pourrait
munie retarder l'apparition du présent ouvrage jusqu'à l'annéo 1860, ce qui ne ferait pins le compte des onze mille souscripteurs qui ont formellement manifesté le désir de l'avoir en 1850.
De plus, cela serait encore bien moins le compte de mon éditeur, qui m'a payé cet ouvrage d'avance. —Gros imprudent!
Deuxième considération non moins grave. — Une fois qu'il serait bien prouvé, à la face de l'Europe, que je suis savant, trés-savant, et que je pourrais au besoin faire une dissertation sur l'mlîîience du cornet à iouquîn sur la civilisation, ou tout autre sujet égaleinent digne dos prix de VInstitvt historique, on de VAcatlcmic des sciences morales cl podtiqucs, il est Ifès-probablc que ces corps savants m'appelleraient dans leur srin. — Comme j'ai une énorme disposition à l'nmbonpoirU et à l'attaque d'apoplexie, je me vci rais obligé de refuser le soiunifére bonncur de m'asscoir dans un fauteuil académique.
Les savants irrités de mon refus, qu'ils qualifieraient do blessant, me diraient des choses peu flatteuses; je leur en répondrais de complètement désagréables, ils m'en rerépondraient d'atroces, et tout cela finirait par devenir insupportable cl déplacé quand nous serions arrivés à une époque de l'année où il n'est plus admis qu'on peut, comme dans les jours gras, se disputer et se dire une foule de choses de vive bouche sans se fâcher.
Ainsi donc, toute réflexion faite, nous allons écrire le présent chapitre de manière qu'il soit le moins possible susceptible d'être couronné par la moindre académie, fût-elle de province.
On ne saurait trop prendre ses précautions, par tous les prix qui coincnt. — On s'indort simple garde national, et un beau ma-
itiiii.ioiiii-.ijiJt: poL"U liiiiE.
tin, gràcp îi M. de mpiUlivon, (iobeil 0\\ fliUrcs |ihil;iiii!iioiH's, qui n'ont pas lu'sili ii se pvivi'C tic ions leurs biins apri's leur mort,— on so révtillo l.iun^ai île l'Acadcmi»' française I — siTtion ilcs ôpoux xtrlucux, tics liistoriuuï inipailiaux ou des commissionnaires ûdclcs!
Admettons donc, «'il vont pl;iîl , que le hal Mu"!ard (îtait connu di's la plus liaulu aniiquilô; — le masipie ayant ôl6 inventô p.n- les Crfcs, iU n'ont pas di) reculer devant un léger cancan , (l'aiitanl mieux ijue les gardes nutuicipaux n'étaient pas encore, à celle épo- (pu- , dami l'exeieice de leiir* foiu'tious.
gumU i\\x Humains, la répulallun du l^urs saturnales doit èlre arri^Co ^jusqu'à VUUh; |o mont Aveuiin rcinpl.iraii avaniaseusement h CnurlUlc, et ils le dcscoi\Jaicnt pendant huit jours de siiiie, — cnlin ils le descendaient aussi louijlemps qu'il y a\ail do gens lant s"rt peu capables do lu remonter.
,0 carnaval no se trouvait fl(^lmé que du moment où tout le ,4ple toi cuvait sur le foi um son falerne , ïon Chypre et autres -Uns de llordeaux plfs uu moins épais.
Quant aux i;;;ypiicns, ils promenaient toute l'atinée , «vcc les marques du plus profond respect, comme nous, — non pas m kvufgras, mais cent bœufs gras; —seulement ils ne le^ mangeaient pas ensuite , et eu cola ils avaient tort , car ils se privaient de bien suaves becfsteaks 1
Une seule cliusc m'allligo donc pour ma hcUo et s|iirituplle patrie j c'est qu'au lieu d'avoir inventé le vaudeville , elle n'ait pas créé le carnaval. — Mais, que voulez-vous! du moment où la elinsc était faite depuis environ trois mille ans, il était diQicilc dç fcvcuir là-dessus, — du moins Ici est mon avis.
A moins tl'imilcr ces perruquiers qui, tous brevetés les uns plus que les autres (sans garantie du gouvernement), invenlent tous régulièremeut chaque trimestre, et cela depuis un siècle, la même iiitile de Macnssar ou la mC'Uie pommade du Rhinocéros.
Le carnaval est pendant onze mois de l'année If rêve des nuits des trois quarts des Parisiens, qui ne se consolent de ne pouvoir danser dans certains lieux qu'en allant danser dans une fouie d'autres lieux.
Car sauter et crier pendant six ou huit heures de suite, tel est le détassemciit favori des Parisiens qui ont travaillé pendant toute la semaine. Qu'on dise encore que l'homœopathie est une chimère !
Si le débardeur émérile voit arriver avec ivresse le moment où le calendrier et M. le préfet de police lui permettent de déployer son costume et de secouer la poussière qui en ternissail les nobles
couleurs, jugez de la joie qui s'empare du cœur du trèsjeune homme qui , s'échappant furtivement à minuit du domicile de ses ancêtres, s'apprête à entrer pour la première fois de sa vie dans le bal Musard et dans un costume de pierrot !
Les Italiens pré- ^ tendent qu'il faut C avoir été à Naples 1 au moins une fois pour pouvoir se vanter d'avoir eu on moment agréable dans sa \ ie ; — les Parisiens, eux, disent : — Lire pierrot, et puis mourir!
Aussi tout le monde bénit-il le carnaval qui nous vaut de tels divertissements , et notamment les costumiers, les cochers de ilacre , les joueurs de clarinette et les marchands de pâte de Hf^gnault.
Los seules vieilles portières ne voient pas venir d'un bon œil les bals (pli les forcent à tirer le cordon passé uiinuit, et elles mandisseat .M. Jlusaid eu particulier, tt tous les débardeurs en général.
W^isl l'univers entier ne peut pas èlre coulent à la fois, c'est là une vérité philosophique aussi viedle ([uc peu consolanlç.
Quant à moi , il y a longtemps que j'ai pris mon parti sur les chagrins de la portière : je vous engage à ra'imiter.
Hommage au gi.iri<) hnnnr,ie!
Comment écrire sur le carnaval sans consacrer tout d'abord quelques pensées plus ou moins grandioses à l'homme qui, d'i haut de sa chaise, que dis-je! de son trône, dirige tout un peu|)le de débardeurs avec un petit sceptre noir, qui, de loin, ressemble à un vulgaire fragment de manche à b;ilai, mais qui, de près, a un fiMX air de bâton de réglisse I
O Musard ! ô mon roi, même en république! lu accueilles toujours avec un aimable sourire de bienveillance les génuflexions de tous tes admirateurs, permets donc que je me génuflexionnel — et si je ne demande pas avec la foule idolâtre qui t'entoure à baiser la poussière de tes bottes, c'est que je suis trop pressé pour attendre mon tour, et que, d'ailleurs, les rues de Paris, au mois de février, m'effraient un peu sur les suites de cet usage oriental aussi distingué que malpropre.
Avant Musard il y avait bien en France, si vous voulez, des espèces d'orchestres composés d'un plus ou moins grand nombre de violons, clarinettes, flûtes, contre-basses et trombones ; — ces braves musiciens, voulant gagner loyalement leur agent , clarinettaient et trombonaient avec toute la force de leurs poumons et de leurs bras, et le tout produisait une musique turque, bonne tout au plus à faire polker l'ours noir de la mer Glaciale avec la sultane favorite de Schahabaham !
Ça faisait pitié,— et, chose plus triste encore, ça faisait mal aux oreilles.
C'était une barbarie complète; nous tournions aux Vandales, aux Iroquois, aux chiens savants I
Enfin Musard parut, et le premier en France Fit sentir dans nos pas une juste cadence.
Mon Dieu, qu'il est beau , Musard, quand il commence un de ses immortels quadrilles, celui des Chaises cassées, par exemple, chaises sur lesquelles il a é'iabli la base de sa renommée!
r.i. r.Ai- M USA ni).
Ce n'est plus un boninie, c'est un Uicu ! que dis-jc ! un dieu I...
mais je suis foiii^ de mr i-oiitciitiT di' iclio déiumiiiiaiioii, luiisiimla laugiK' (rauçaiso ii'isl pas assi^ riilii; pour me fminiii uii autre mot digue de iMusard... O Mu-ard! l'c\i ooiiienleias-lu î
Qnclqucs-iins de ce? individus qui ne sont jamais satisfaits de rien ne sont pas entiî^remeiU satisfaits do la figure de Miuard; ils vont même jusqu'à dire qu'il est laid!
Musard est jaune, c'est vrai, mais il est tri'S-grclé ; — or, qn'y a-t-il de plus distingué que la grêle on 1850, en ce temps de vaccine générale ?
La seule manière de ne pas être comme tout le monde à notre époque, c'est d'èlrc comme Musard.
Quant b la nuance orange de son visage, c'est encore un bel apanage qu'il a de commun avec l'or et le soleil... et aussi, je l'avoue, avec les gens qui ont la jaunisse. Et puis, ce que Musard possède en propre, bien en prqpie, c'est
son admirable n)Q- /i^^^ des lie.
Musard a été porté iruis cent quarante-cinq fuis en triomphe, ce qui fait trois cent quarante -quatre fois de plus que
Napoléon ; eh bien , Musard ne cherche pas à s'en faire accroire , et '*^ il a formellement ^ manifesté l'inlentiun de ne laisser ^^>^ placer sa slatue en .JK haut d'une colon- '•• "^ "'^ quelconque - '^ qu'après sa mort.
Bien plus , et vous me croirez si vous voulez , il rend le salut à Meycr-Becr; et tine fois il a consenti à donner une poignée de main à Rossini.
Au^si il faut voir avec quel respectueux empressement, au bal de l'Opéra, la foule vient entourer le grand homme, ttllcment chacun est avide de pouvoir contempler, ne fut-ce que de profil, cette face auguste.
Les plus hardis débardeurs osent i peine tuuclier les basques de sou habit, et les plus fringantes loietlei ne se sont jamais permis de le lut(i]ur, ce ([ui se lait teiK'ndjiit généralement dans les meilleures sociétés en temps de carna\al.
Et son petit bâiou noir, est il lorgné aussi celui-là! — Il n'y a pas de bâton de maréchal du France qui suit plus yluricuv que ce bout de bois de réglisse, — du moins telle est l'opinion aussi consciencieuse (|ue res|)ei.'table de Musard lui-même, (.'est pourtant sous ru bàion ipie se donnent, cha(|ue nuit de bal maM|ué, trois ou quatre cents rendez-vous ! — Il s'en donne laut luénie, que bientôt on ne |x>urra plus se retrouver dans la fuuW, et le seul moyen bientôt sera de se donner ren(k'Z-\ous non pas sous, mais sur le bâton de Musard.
Il est vrai que, pour se livrer à cet exercice péi illeui, il faut êlrc d'une certaine force sur la gymnastique; mais qui n'est [tas un peu élève d'Auriol dans noire siècle d'acrobates!
Nous nous plaisions tout à l'heure à qualifier Musard de diet) ; hélas! il n'est dieu (pie dans la nuit du samedi au dimanche, et à sept heures du malin il redevient simple mortel, et, plus (|ue |Kîrsonne, il connaît toutes les fatigues d'une nuit passée sans sommeil.
Musard, le grand Musard, sait alors ce qu'il en coûte pour amuser les Parisiens.
Le dimanche et le lundi, enveloppé d'une large robe de chambre et en tète-à-lète avec un vaste pot de tisane, le dieu de la veille est en proie à toutes les mesures de la pauvre humanité, et, couune le roi d'Yvetot, il se plaît h cacher sa couronne sous un gigantestjuc bonnet de coton.
Alors encore il est beau, mais d'une autre façon.
Les costuœps cxceotriquct.
Sous prétexte qu'il était né matin, le Français ne connut, pcn« dant assez longtemps, qu'une seule manière de se travestir en carnaval : c'était d'acheter une petite veste de velours, un pantalon dilo, puis d'ornersou chapeau de huit ou dix mètres de ruban rouge.
Les Parisiens économes, qui ne voulaient pas se mettre trop en frais, n'avaient même pas besoin de faire emplette de ce costume ; ils rempruntaient au counnissionnaire du coin, moins les rubans, — lesAuvergnats ne se croyant. pas suffisamment malins pour avoir le droit d'en porter toute l'année à leur chapeau, lequel chapeau est d'ailleurs d'ordinaire une casquette.
Il y a huit ou dix ans, les Parisiens entrèrent dans une voie toute nouvelle : reconnaissant qu'un bal masqué n'olTre un joli coup d'œil qu'à condition d'y rencoulicrdes costumes différents, ils résolurent
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de varier leur travestissement, — et se mirent tous en pierrots.
Il faut rendre celte justice aux pierrots, c'est qu'ils éulèrent, auiani que possii)li', la luonoloiiie : — les uns étaient picnols blancs, cl les autres pii'iiois à carreaux.
Il y a\aii l)ien par-ci par-là quelques aiidaricuv nui so niellaient en frais con>iJérahles, et qui apparaissaient dans tou'e la spl'MuIeur du costume oriental: — un pantalon cosaque hianc et un gilet rouge de Savoyard français, — ou liien qiielipies romantiques audacieux .se uiiinlraient en Robert Maraire, pendant que de raies classi(iues ob>tin(;'s venaient en arlequin et en policliinelle; — mais sans cela, partout et toujoui-s, pierrots, pierrots et repierrols!
Du reste, il faut convenir que c'était un costume excellent... pour attraper une lluxion de poitrine en sortant du bal. — Nous ne savons si tous ces infortunés pierrots sont décédés à fleur d'âge, mais le fait est que toute celte nombreuse niellée disparut à la snitc de l'hiver 183Û, conjointement avec les hannetons (iiii tounnenlaieiit le département du Calvados en général et M. Roniieu en particulier.
Qu'on dise encore que les hivers rigoureux ne servent à rien !
C'est h peine si de temps en temps on aperçoit maintenant, dans les bals niascpiés, un ou deux iiierrots fossiles. — Il y en a qui, pour rafraîehir leur cosluinc laiil soit peu frr])pé, ont bien soin de se faire brosser à la porte du bal par un décrolleur plein de zèle, qui . pour empêcher qu'on aperçoive le gris de la poussière, couvre le dos de sa pratique d'une couche noire de cirage.
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Depuis quelques années, les fenilletons de M. Théophile Gauthier ont porté leurs fruits, et chaque amatem- de bal masqué n'a plus connu, pour autre guide dans l'art du travestissement, que la fantaisie!
Divine fantaisie qui, par exemple, nous a procuré plusdeCa^tùan que d'.'iriet.
Chicard, l'illustre Chicard, le premier en France arbora le drapeau de l'indépendance, pris sons le point de vue de la culotte, et de la réforme considérée sous l'aspect de l'habit vert h queue de morue.
Et h tous ceux qui hésitaient encore, il cria de sa voix si puissante (pinnd elle n'est pas enrouée: « Enfants, qui m'aime me suive; .Monijoic et saint Musanl ! ralliez-vous h mon panache rouge, vous le trouverez toujours sur le chemin qui conduit... au violon ! •
Tel que l'a fait l'aimable liberté dont nous jouissons , au moins en fait de costumes, le bal masqué de l'Opéra offre le tableau touchant de la fraternité qui régnait du temps de l'âge d'or, car tous les rangs y sont confondus.
Là on voit un prince cosaque faire plus qu'épouser une bergère , car il danse publiauemenl le cancan avec elle; — plus loiu on
aperçoit un marquis donnant le bras à une simple titi, et un tour-
lourou donnant du pied à un général , sans que ce chef magnanime daigne seulement avoir l'air de s'en aperce»
voir.
Plus loin nous apparaît le Juif errant, qui, du 2S moment où il aime à courir sans ^ jamais s'arrêter, y5~^^C" ne pouvait mieux faire que de venir prendre part au grand galop de Musard, quatre lieues ii^niei^re, — ^ommc la malle-poste , — et ,^c=:i'i;:^C??
on culbute de temps en temps , toujours colonie la malle-poste. Voyez la chaussure du Juif errant, à force de marcher, ses bottes , privées de semelles , sont arrivées à la hauteur du mollet. — C'est la seule manière dont cet infortuné, qui n'a que cinq sous dans sa poche, puisse les remonter!
Remarquez également comme tout son système capillaire est inculte et (lotte au gré des vents ! — il est vrai qu'en cela notre Juif est blâmable ; car s'il n'a pas dix sous pour se faire tailler les cheveux, du moins devrait-il se les faire friser moyeimaut vingt-cinq centimes. — Ses moyens le lui permettent. Voici un costume impérial parfaitement porté !
Profonds politiques et à la piste de toutes les nouTclles étran-
LE BAL MDSARD.
gôrcs, les disciples du grand Miisard lisent exactement le Moniteur pour connaître où en est la question d'Orient, la question chinoise ou la queslioii-romaré :— le tout, pour |)rendrc des traveslisseinents analogues à la circonstance.
Aussi cette année, le Mdiulurin, fort W'^Vv^v depuis quol(|iic temps, a-t-il repris faveur; — seulement, lorscpie ce Coni'liunnaiie du Cî'leste-Emiiire veut trop faire sa tOlc en portant une (piiue d'une longueur effrayante, il fait bien de s'en entourer la taille tii guise de cordelière, sous peine de vexations nombreuses que lui font éi>rouver les Européens impolis ou distraits.
Les amateurs du genre polynésien se sont rabattus sur l'unifoiiue des oflicicrs de sa majesté Poraaré.
Autre incon\énient ! des seri^ents do ville, trouvant que cet uniforme, composé uniquement d'un cas(|ue en plumes et d'une bretelle mise en ceinture, est troj) décolleté pour la France et |)our les yeux de Musard, couvrent de leur manteau virginal et bleu-deroi les épaules de ces Taïtiens, — puis poussent même l'aiteniion jusqu'à les conduire dans un asile contre toute espèce de persécution française, — c'est-à-dire dans un poste défendu par quinze bomiucs et un sergent.
Il est un costume encore plus dangereux que celui de Taïlien ou de Priichard , et nous engageons bien vivement les amateurs de travestissements excentriques à s'en méfier, — c'est une peau d'ours , de loup ou autre tigre quelconque.
On est bien fourré, si vous voulez, et parfaitement à l'abri de rhumes de cerveau , mais il est fort dangereux de revenir chez soi autrement qu'en citadine , — heureux encore si , à votre aspect carnassier, les chevaux de ce véhicule ne prennent pas le mors aux dents?
Si vous revenez à pied, méfiez-vous surtout des rues où demeurent des bouchers ft par conséquent des dogues !
Soyez donc loup pour ne pouvoir seulement pas vous faire respecter d'un chien !
Entre onme heiitei et minuit.
Les soirs de bals masqués, le boulevard commence à prendre un air de fête dès dix heures du soir ; — c'est-h-dirc que deux if» lumineux, formés de vulgaires lampions ou de gaz aristocratique, s'alluiuent tout 5 coup, et révèlent au bon bourgeois qui rentre chez lui pour se coucher, que cette nuit il y aura grand festival à l'Opéra, à l'Opéra-Coniique , ou b l'Ambigu, —suivant le degré de longitude où se trouvent ledit bourgeois et lesdils lampions.
A celle illumination joyeuse, une foule de braves Parisiens, qui jusqu'alors n'ont jamais mis le pied dans un bal masqué , sentent naître au fond du cœur un extrême désir d'aller prendre part à une fête qui se révèle à leurs yeux par des dehors si éblouissants!
Anssilôt, saisi d'une espèce de vertige, notre homme , complètement marié, oulilic la mortelle inquiétude dans laquelle il va plonger femme , enfants et portière ; — lui aussi veut à tout prit aller au bal, pourvu , toutefois, que cela ne lui coûte pas plus de cinq à six francs.
iMais ce n'est rien que de jeter son bonnet de coton d'homme marié et rangé par-dessus les moulins; il faut encore attendre l'heure solennelle de minuit, et c'est là le plus difficile.
Cent vingt mortelles minutes doivent parcourir leur route sur le cadran solaire de l'élernité avant que l'on puisse entrer dans le sanctuaire; — et comme cent vingt miimles passées sur le boulevard an mois de janvier ou de février formeraient beaucoup plus de deux heures, — le Parisien se voit obligé ou de renoncer à son plan voluplueux, et de rentrer chez lui en maudissant M. Wusard qui ne fait les honneurs de sou salon qu'à minuit précis, —ou d'enircr dans un café pour se placer en lète-à-lète d'un verre d'eau sucrée; toujours pour se monter l'imagination.
Pendant ie|iremicr quart d'heure, noire bourgeois lit la Prttrie; — durant le second quart d'heure, il relit la Pairie; — ([mnd commence le troisième quart d'heure, il est parti, ou il dort sur la table de marbre jusqu'à quatre heures du malin. — Du reste, il a l'agrément quelquefois de rêver qu'il est au bal.
CcHte heure tardalive pour le commencement des plaisirs du carnaval fait perdre au moins deux ou trois mille francs de recette par
Les débardeurs les plus éveillés éprouvent eux-mêmes le besom
de tuer le temps de dix heures à minuit, et c'est alors que, pour so
distraire, ils se li\rent à une foule de facéties ; ils cassent les queues
I de billard, vont parler pohtique et cancan avec la dame de corap-
lill!LIOTlIKt,1UE POUR HIUE.
tolr, cl jeitelil loipiioyab.'iiionl ;i la porte le gaiçon «jui viciil leur d'un qiiiiiqiKl fuo)cax> envie le sort de son bienheureux camarade,
et se lamente sur '(V ce qu'il ne pourra
goùtcTious ces plaisirs que daiisunan!
— ou u:èiue deux ans , s'il est refusé à son premier examen de baciiclicr es lettres!
Notre infortuné est obligé d'aller se
coucher à neuf heures, juste une heure avant qu'on allume les ifs de la porte de l'Opéra ,
— et il maudit le ciel , la grammaire
grecque et les pions I
donner sa parole d'honneur que d'ordinaire on ne fume pas dans l'établissement.
I.i's jeunes gens tout frais échappés de collège, les étudiants en droit (le première année, ayant entendu dire à leurs anciens qu'il ne faut jamais aller au bal sans s'être d'abord mis en gaieté par une petite collation pré-alable, se mettent d'ordinaire tellement en train que ceux qui ont le vin tendre pleurent comme des faons qu'on aurait séparés de leur biche, — pour nous servir d'une comparaison aussi pastorale que possible.
Les anciens en sont quilles pour les confier aux soins maternels d'un garçon de café, — et ils viennent les rechercher le lendemain malin à sept heures.
Ce qui ne les empêche pas d'écrire le lendemain à leurs camarades qui ont encore à faire une année au collège — qu'ils se sont fièrement amusés à leur premier bal de l'Opéra , et qu'on ne peut pas s'imaginer ce que c'est si l'on n'a pas passé par là.
Puis quelquefois même l'échappé de collège termine sa lettre par le catalogue des marquises et comlesses qui , — toutes plus espagnoles les unes que les autres, — ont pris un domino pour venir se disputer son cœur.
i>oirc collégien , qui lit lous ces détails en cachette ii la clarté
Le Bal de l'Opira.
A notre époque , tout le carnaval parisien $c résume à peu près dans le bal de l'Opéra.
Mais aussi , quel Opéra et quel bal !
Il faiulrait Mariiiin, ce fameux artiste anglais qui ne consent à peindre que le déluge, le festin de Baliliasar ou autres petits tableaux du même genre, pour retracer dignement sur la toile le coup d'œil olTert par l'immense salle de l'Opéra , quand cinq ou six mille danseurs, aux costumes tous plus fantastiques les uns que les autres, se hvrent à des poses infiniment plus fantastiques encore.
Je n'ai jamais vu un grand raout chez Lucifer; mais je suppose que les choses ne doivent point se passer différemment qu'au bal Musard.
Jugez donc notre embarras pour vous dépeindre ce pandémonium, nous qui, au lieu du pinceau de Martinn, ne possédons qu'une plume Pcrry ; et Cliam lui-même , notre spirituel dessinateur, n'a en ce moment ii sa disposition , pour vous faire le lableau de ce lieu gigantesquemcnt folâtre, qu'un panneau de bois de deux pouces carrés. — Ce n'est réellement pas assez.
Cependant nous vous offrons ci-dessous, en petit, en très-petit, une image Ddéle du bal masqué de l'Opéra. — Rien qu'en conteraplant celte vignette, je danse sur ma chaise I
yii„ï!iii'ij iM r>i "S'".iiiiiiiiitiii i«i
Les vieux Parisiens, qui ne connais^icut le carnaval que par la
Li: ItAI. MIJSARD.
pronioiKi(U' ilii hœiif uras, et qui se rt'iuli'iit sur les houlevaids, dans l'i'spinuu'i' de \oir délilcr ers ;iiili<nu's calvacadvs (|iii raisaiciil les délices de nos pères, — soiil fort surpris de \o\t qu'ils ne voient rien , — et ils rentrent cliez eux en secouant tristement la* lilv et en di,'<ant : « On ne s'amuse plus cominu de notre temps! ■>
Avec tout le respici (|iie je leur dois, je me permettrai de traiter ces personnages de \ii'n\ radoteurs !
Ces respectables patriarches ont raison, s'ils tiennent ahsolu-
inenl à ce que, pour s'aïuuscr, on se nielle en Espafjnol pour aller
.--v-\ ^"^^S^.^ )>alaujier dans la
bouc des rues de Paris; — mais je doute qu'à aucune ('potiuc de l'Knipire ou du Directoire on ait jamais dnnsé avecpinsdc fi êiiésie qu'ac- 'lellemcnt.
Kl il faut croire (|ne les milliers (le (lébaideurs s'amusent grande ment, puisqu'ils cuniinuent leurs = exercices jusqu'à ce ([tie le préfet lie police arrête )ras des violuns et les jambes des danseurs au nom de la raison , de la vertu et du carême. Si , par une fantaisie de l'almanach , le jour de Pâques vient à tomber une fois vers l'êpoquc de la Toussaint, les Parisiens seront capables de danser pendant trois cents jours et trois cents nuits de suite sans quitter leur costume de caractère.
Ce qui prouve mieux que tous les discours du monde l'immense dôveloppemenl pris par le bal de l'Opéra depuis quelques années , c'est le chiffre des bcnéûccs d'une entreprise qui jadis n'avait que des chances de perte.
Presque toutes les recelles s'élèvent à quatorze mille francs. Quand on présente ce chiffre aux partisans de l'ancien système du carnaval à Paris, leurs soupirs ne font que redoubler, et ils crient à la profanation , parce que les Parisiens se permettent de danser sur •un thcàlre... spécialement consa cré à la danse.
Ne semble-t-il pas que c'était un
bien heureux temps que celui où l'on allait au bal de l'Opéra uniquement en Lahil noir et en cravate blanche,— toilette de nuit qui, pour le résultat auqut 1 on arrivait généralement, aurait été bien plus avantageusement remplacée pari:ue cribederliambreetm) honnetdecoion! Actuellement on ne dort plus à l'Opéra, —c'est une justice qu'il faut rendre h ^lusard et à sa grosse caisse. S'il est des gens qui se procurent encore de temps en temps
cette satisfaction au fond d'uni' loge, ils doivent a\oii' un sommei fiuieusement agile dans les moments où les <piadrilles de Musard vont cresivndo ; — et, règle Rénérale, dans tous ses quadrilles, Musard va toujours crfscinifh.
« Les feuunes lidunétes ne peuvent plus aujourd'hui aller au bal de l'Opéra. » Telle est la phrase lamenialile que se plaisent surtout h répéter les parlisans de l'ancien régime.
Mais, fianchement, nous ne comprenons pas trop ces doléances. D'abord , est-ce bien la place d'une fennne honnête qu'un bal mas(pié (piilcontpie, où elle peut être tulovée par son coiffeur sans qu'elle ait le droit de s'en formaliser le moins du monde?
Et en second lieu , une femme honnête court-elle plus de danger dans un bal où un danse des pas un peu tiup folâtres, si vous voulez , mais qu'elle a le droit de ne pas regarder plus longtemps qu'il ne lui convient, — que dans un bal où elle se rend uniquement pour inii iguer et être intriguée?
Or, vous savez, ipiel est le fond de toute conversation entamée sous le masque? — l'amour et les maris en font toujours Un frais.
Il est des personnes (|ui trouvent ce divertissement plus lionnêle que de voir danser un léger cancan. — Chacun .son opinion !
Du reste, que les femmes dites honnêtes se rassurent, elles trouveront encore moyen de causer, en 1850, au bal de l'Opéra, dans le foyer qui a été spécialement réservé à ce genre de délassement ; — et les amoureux eux-mêmes bénissent la gros.se caisse dc IMusard, puiscjuc, grJce à son bruit assourdissant, ils ont droit de risquer toutes les phrases les plus passionnées. — On peut tout dire à une femme tpiand elle est censée ne rien entendre.
Mais ['iiilrirjue au hal est un sujet trop délicat pour que nous ne lui fassions pas l'honneur d'un chapitre spécial.
L'intrigue au liai.
Jamais IV-iipril d'iniriguc , — pardon si je me sers de eu mol d'esprit dans celle circonsiance, — jamais l'intrigue, si vous atinez mil u\, ne fut peut-être portée à un plus haut degré qu'."! notre époque, toujours quoi qu'en disent les vieux amateurs aux souvenirs infiniment trop rétrospectifs.
Il est vrai que, si l'intrigue esi générale, au foyer de l'Opéra, en revanche, elle se borne à « .le te connais, beau masque» (il est d'usage au bal d'appeler ifff" 7)m.«(7«^ tout individu qui esl là en liabit plus ou moins noir et à vi.sage entièrement découverO : — puis , après ces mémorables paroles de : o Je te connais, beau masque, » le domino ajoute quelques phrases qui prouvent que d'ordinaire il ne vous connaît |)as du tout, — ou bien qu'il vous a reconnu tout d'abord pour un galant homme parfaitement susceptible de lui offrir un souper.
Du reste, mieux vaut encore tomber sur mi de ces dominos «an
BlULIOTllEQLE POL'U r>lUL.
façon, qiii n'ont aucun préjugé, — pas mCme celui de la gram-
uiaiic fianraiso ,
— (|uc d'Oli c accioclié par un domino bas-bleu ou sciitiinciital qui , pcndauuleux heures, vous tient des ^ propos lion pas à ^ & ■^ dormir debout , - -" ■ "r parce <[ue je crois "' peu de personnes
-' Miscepiii)les de , pou\oir se livrer ," à ce difficile exer- ■ cice , — mais du moins dos propos I sullisiiuinieut opiacés pour vous faire bâiller d'une manière démesurée, même au foyer de l'Opéra. Dans le temps où la police s'amusait à faire courir des bruils plus ou moins étranges pour occuper les badauds, elle fit, entre autres choses, croire aux Parisiennes qu'il se rencontrait inliniment souvent au bal de l'Opéra des princes russes et des barons allemands qui ne demandaient qu'à déposer leur cœur, leur main et leur baronnic aux pieds des dominos qui [)ar\enaient à les captiver. — Astucieuse police!
llien n'a pu déraciner cette idée delà tète d'une foule de loreites superstitieuses, ([ui, du reste, ont toutes les faiblesses de croire . nix cartes, au marc de café et aux princes russes!
Il n'y a qu'en leur propre vertu qu'elles ne croient pas. Tous les samedis, à minuit, heure des revenants, on voit descendre, des différentes rues qui serpentent sur les flancs de la bulle Montmartre, des jeunes personnes qui, accompagnées de leur mère ou de leur tante, se rendent au bal de l'Opéra pour faire la connaissance du prince russe qui doit délinitivenieiil les épouser,
Et comme un domino, qui sait ce que c'est que le monde, ne
sort jaiuais sans un chaperon, à défaut de parente respectable, notre lorette se fait accompagner par s:i femme de ménage ; coauuc elle l'a prise pour tout faire, elle lui fait faire la tante.
n est une chose certaine, c'est qu'au foyer de l'Opéra, les messieurs gris-pommelé, ayant du ventre et un nez quelque peu kalm.iuk, ont infiniment plus d'agrément que les plus jolis cavaliers du monde.
L'n joli garçon est, aux yeux de la lorette, un joli garçon, ccrtaincnjent elle s'y connaît trop pour dire le contraire, — mais ce n'est qu'un joli garçon ; tandis qu'en voyant le monsieur gris-pom-
melé, ayant du ventre cl un nez kaluiouk, la lorette, émue, se dit
immédiatement : " Voilà le prince russe de mes rêves ! »
Vingt fois , cent fois trompée dans son fol es- IHiir de devenir snjelle de Sa Mi'jesié le czar, la lorelie n'en persiste pas moins dans sa recherche
Il .iMiimM'ii> f^"""' -'TKKi'^'- *'P'"'i^'''' ' — '* pour la L)/|y /IIiIBIKMP^W*"^-^^ r ^^^^ cent et iniièmc fois, elle
reprend son fol espoir quand elle retrouve le signalement du boyard tant désiré. — Sans hésiter, notre domino aborde ce pcrsomiage au nez retroussé , quand bien même il atyait l'uniforme d'un sergent de ville. A ses yeux le>ergent de ville prend l'apparence d'un prince russe travesti.
j^ms
Les femmes lioiin&les, qui se rendent en cachette au bal de
l'Opéra, n'y vont pas du moins pour courir après de fanlasliques boyards ? — d'abord elles ont un époux, et ça leur suffit.
Mais elles y cherchent d'autres personnes h intriguer, — plaisir bien innocent, — que souvent cet imbécile de ; mari a la petitesse de prendre enmauvaisepart, et c'est avec des
manières parfois brutales qu'il prétend ramener sa femme dans le chemin de la vertu et du domicile conjugal!
LE UAL ML'SAllU.
Se la polka, de la inazourUn rt du ctincankA.
11 est un fait (lu'oii no peut nier, c'i'-l i\w la il.msf fraiiraisc a fait iriiniiK'iiscs piotiiès depuis mit' ili/aiiic iramucs!
Lrs gens (iiii liouvaieiit (lia- li-s Kiaiirais dansaii'ul iii inarcliaiil iifgligeiuinenl el d'un air ennuyé doi\cal èlre sati^fuit; on ne luarclie plus aujonid'liui, au bal inasquî-, que sur les pieds des curieux. — Du reste, (|uels bonds! quels sauts! quelle télégrapliie des jambes et des bras!
Quand le cavalier seul va en avant dans la naïve figure de la Pastourelle, il se livre surtout à tonte l'improvisation de ton génie, et sur cinq cents danseurs pas un n'imite son voisin.
Il en est inènie dont le génie s'allume tellenienl, ([ue le garde municipal est obligé de venir calmer cet excès d'enthousiasme.
Il faudrait ini volume entier rirn que pi)ur cataloguer tons les pas créés par les Ve.stris des bals publics, — depuis la Clialoupe o;rt(/f«i6 jusqu'à l'avant-deux tin Tiiunau furieux.
nent- elles beaucoup le costume masculin pour se rendre au bal masqué. — On ne voit ([ue débardeuscs, queiiussardes, etc., elc., — s:iuf ensuite à se montrer excessivement cliiiilix les soir» où elles viennent au bal en domino. (Chipie est un mot qui se dit au bal de l'Opéra , où l'on en dit , ma foi , bien d'antres.
Du reste, inie autre reinar(|ue assez singulière et <iue Lcgouvé a oublié de signaler dans son poënie du AJcritc ilrs Femmes, c'est que la danseuse la plus frêle, la débardense la plus mignonne, snppoi le iidiniinent iiii( u\ la fatigue do bal Musard (pie le fort de la halle le plus vigpiireusenienl constitué.
Au bout de vingt-sept contredanses et de ciiu| galops, un hussard, queKjne Chamboran qu'il soit, commence déjà à sentir un pi^u de roidem'dans lesaitictdalions; — mais sa hussarde, plusfiélillantc que jamais, commence seulement à entrer en haleine, et, à sept heures du matin, elle serait capable de f.iii<' le tour du Cbamp-de- Mars en cimi minutes, et de gagner le prix roval, si ce genre de course était encouragé par le gouvernement. — Mais le gouvernement n'y a pas en-
Car notez que chaque hiver la mode change conipléteincnt; et tel étudiant qui brillait à la Chaumière eu 18/iO serait traité de perruque et de rococo, au moins autant que feu M. Trénis, si, en 1851), il revenait du fond de la province avec son pas de caractère qui l'avait fait proclamer grand iiomine par le père Lahire luimême.
Une seule chose reste toujours de mode dans tous les quadrilles de bals cham|X'tres quelcomiues , — c'est , lorsqu'on va en avantdeux avec une dame, delà serrer contre son cœur.
C'est galant, délicat, de bon goût, enQn c'est vraiment frrrançais!...
Grâce à la pudeur naturelle de leur sexe et à leur jupe qui les gène beaucoup, les danseuses se livrent à des écarts moins prodigieux que les cavaliers; — aussi, la plupart de ces dames affection-
coresongé;ilfaut espérer ()ue cela viendra un jour ou l'autre.
L'introduction toute récente des danses hongroises tn l'rance a influé sur le cancan na- ^ lional et l'a rendu plnssantlllant(|uc ii ] par le passé ; car, ' ] dans l'ancien sys- ; tème, le bras dan- ,jir ^ait au moins au- "" lant(iuelaj3nd)e.
Par exemple , toutes les poses polkanteset mazurkantes, autorisées parle préfet de police, puisqu'elles font le principal ornement des bals de la meilleure société , — ces poses allemandes, disons-nous, ont eu pour cITet de brouiller complètement les idées de la garde municipale française.
Ces braves municipaux, dèfi'useurs nés de la morale qu'ils se chargent de protégera vingt-cinq sous par nuit, sont mis à chaque instant dans la perplexité la plus cruelle, d'autant mieux que le débardeur, qui, d'ordinaire, a la langue bien pendue en sa qualité d'étudiant endroit et de futur a\ocat, |)laide sa cause et défend sou pas avec une losi(|ue et une volubihté désespérantes.
...an»»
A croire le débardeur, tout est polka, tout est auloiisé* il n'est
UHlI.lOTHÈyUE POUn RII\E.
pasjiis(|iraiix coups (le poiiis fl aux coups di- pied a(liiiiiiisln''S dans un momi'iil de di^eus^iull géiiéiale . qu'il ne Nciiille ensuite faire passer pour un divenissenieni également honi;iois.
Lo garde municipal n'a qu'un ainumenl à opposer à tant de raisons , mais cet arnumeiil est victorieux : — c'est le violon.
Le nom seid de cet instrument (gouvernemental fait sauter encore bien plus le déhardeur, qui assei souvent est rageur : c'est là son moindre défaut. — Ajoutons (]ue , presque toujours, force reste à la lui et aux venons de sûreté.
1,69 petits Malheurs du bal masqué.
Il ne faut pas croire, ô candide provincial, sur la foi des feuilles publiques cl de la Renommée , autre craqucuse , que le parfait bonheur sur terre se rencontre au bal de l'Opéra , et (pic, pour goûter des jours heureux , il suffît d'y passer toutes ses nuits de carnaval.
Certes, le bal masqué a bien son charme; mais pourtant, outre que l'àme naïve qui se rend en ce lieu pour chercher une autre âme non moins naïve qui corresponde à son cœur, se trouve bien souvent volée; — outre ce premier inconvénient, disons -nous, le bal masqué en a d'autres qu'il serait trop long de détailler et que nous nous contenterons d'indiquer.
Si quelquefois le cœur est froissé, les pieds le sont bien davantage encore , — surtout lorsqu'on est en train de faire queue à la porte de l'Opéra , de onze heures et demie à minuit ; — par exemple, une fois qu'on a eu le bonheur de pénétrer dans le foyer, c'est encore pire.
Si , pour échapper à celle Saint •Barthélémy de cors, ù ce massacre de durillons, un brave rentier, possesseur d'une figure tant soit peu candide, se met îi fuir le corridor aux dominos où il n'a rencontré que des noirs, et pénètre dans la salle où s'agitent les
débardeurs et autres noceurs, il ne tarde pas à être en (repris ppv (pieli|ue jeune tili luùle ou fiinelle, qui lui tient des propos qui font rougir jus(pi'au coton (jui se trouve dans ses oreilles.
Car, notez que tout se dit à l'Opéra ; — si les visages sont masqués , en rcvauche les mots ne sont pas même gazés. — Cela fait compensation.
L'homme (pii a de la vertu se sauve alors sans demander niCiue au contrôle une coutre-niarque , — que d'ailleurs on ne lui donnerait pas.
D'autres bourgeois, plus lovelaccs et ne voulant pâS quitter le bal sans avoir an moins ébauché une bonne fortune , arrêtent tous les dominos qui se promènent seuls; et, règle générale , tous les dominos seuls se laissent accoster , — à moins pourtant qu'ils ne vous accostent eux-mômes tout d'abord.
Le domino qui erre sentimentalement dans les corridors de l'Opéra semble toujours poursuivi par une idée , — et c'est l'idée de se faire payer n'importe quoi par n'importe qui.
Ce n'est d'abord qu'une modeste orange qu'elles demandent pour apaiser la soif qui les dévore , — soif que le galant se plaît a expliquer en pensant que c'est l'indice d'un amour brûlant qui s'allume en sa faveur. — Aussi mord-il immédiatement à l'orange.
tui^
'iiiik'iiiiiniiiiimÉï
Une fois arrivé devant le comptoir, le domino chause d'idée, ou plutôt SCS idées se jnultiplient; — c'est-à-dire qu'elle prend trois oran-;es, — à vingt sous pièce — plus im léger bâton de sucre de poinuie.
Il faudrait être un Pédouin pour refuser si peu de chose à une femme qui (hiit être charmante: aussi notre monsieur paye-l-il le tout, montant à six francs.
Quand on vient de solder pour six francs de douceurs , on croit bieii pouvoir se permettre d'en débiter quelqiieâ-unes par-dessus lo
-E BAL MUSAOn.
iiiai-cliô. — Mais au preiiiirr mot, k il(imiiu), qui a fourré loules ses provisions iIjiis les puclies de son (luiiiiiii) , poches (pii (l(ii\eiit éclipser celles de iiurtraiid lui-niènic, le doniiiiu, disuiis-iiuus, répond : « Monsieur , je ne vous comprends pas I a
Le monsieur, croyant a\oir aiï.iire A une danseuse un peu vertueuse, ce (|ui ne lui doniuMpie plus de clunine, rheri lie ii devenir plus intelii(;ible; et alors notre doinini), qniuanl le Ixasdu lovclace, s'éloigue avec un air ili' dignitt' en laissant londjer d'un masque dédaigneuxces nobles paroles: uMonsitur,jevous<lis zut! '
Le monsieur, stupéfait, reeonnaîi ù celle note qu'il n'a pas eu affaire à une danseuse, et se dit que c'est une ehanteuse.
11 est certain qu'il existe li l'Opéra une foule de dominos ipii , pour le tour de l'oranjjje , sont d'une adresse (pii surpasse de beaucoup celle du fameux eseamolcur du l)oule\aiil lii)nne-Nou\elle lui-même, l'iiilippe fait sortir une muliitude de llems du iiiéiue diapeau; — mais faire entrer une mnliitutio de fruits dans la luèuie poclie me sendjle encore plus miraculeux.
^'èles-vous pas de mon avis?
Je ne m'expiiiiue ce tour ([u'eu pensant que ce sont toujours les mêmes oranges que se font payer ces dames, qui les rapjiorlent îi la marchaudo , en partageant, h la fin du bal , les dividendes de cette société en couimandile, dont le monsieur inllatmuablc est actionnaire.
D'autres fois la myslirualiou est plus complète encore : c'est quaud uu domino, doué d'un robuste appétit, se fait payer un souper à dis... ou plutôt à indiscrétion.
Le naïf aiupliiiryon , en voyant disparaître les ailes et les cuisses de poulet, les bouteilles de bordeaux, puis du cbanipague, les omelettes souillées et non souillées, s'élonne d'avoir alfaiie aune dame jouissant d'une sanlé si formidable, tout eu ayant une petite voix enrhumée. — Puis au dessert tout s'explique ; — Celle demoiselle est uu monsieur à longues moustaches I ,,^. .
Mais en 1850 il faut arriver de bien au delà de Pézenas pour se laisser encore attraper de la sorte , — les compatriotes de M. de Pourccaugnac eux-mêmes ne s'y laissent plus prendre.
Au nombre des petits malheurs des bals masqués, nous ne comptons pas les foulards égarés et les bourses qui ne se retrouvent pas. — Ceci n'est pas l'apanage exclusif du bal public , cela arrive journellement dans les meilleures sociétés. — Un vieux dicton du temps de l'Empire nous apprenait qu'on ne pouvait pas se réunir à trois sans qu'il y eût un agent de police.
De notre temps , tout cela est changé ; et quand vous voyez trois individus rassemblés, dites hardiment : — Sur ce nombre il y a au moins deux filous.
Par exemple , si vous êtes rue aux Fèves, ou sous le péristyle de la Bourse, vous courez risque de vous tromper dans ce calcul : —
ce n'est plus deux liions , mais bien trois qu'il faut peut-être compter. Autres temps, antres additions.
Dans les jours gras , l'allégresse publique redoublant , l'esprit des individus travestis eroil devoir imiter l'alléuresse; et presque tout les di'bai-dems croiraiciil Mi.iiupu'r à leur mission sociales s'ils n'apostropiiaieiil diaipii^ in(li\iilu (pi'ils, reuconireii; par cette pliruse de rigueiu' : >• Olié, olié , c'ie lélc ! »
Les plus spirituels disent v'tc baiUt — mais il faut Cire Irùsfort pour en venir lli.
Les pierrots et autres arlequins onl conservé une autre tradition
de Venise et de l'éporpiede Napoléon , c'est de 11-
ihogiapiiier, Ji l'aide (le leur latte, des grenouilles et (les lals sur les habits ou sur les joues dos personlU'S qu'ils jugent à propos d'honorer de celle marque de familiarité.
js:-^ Lu autre peut malheur du bal uias(iué , c'est d'y aller en chapeau rond et en tenue aussi buurgeoicc et aussi respectable que possible , ou d'eu revenir lêle nue ou |iis (|ue cela , avec la tête couverte d'un chapeau de général à plumet gigantesciue, unique débris trouvé sur le champ de bataille livrée aux sergents de ville par une troupe de balochards indiseijiliués!
Un respectable médecin fut, un malin, obligé de rentrer ainsi chez lui avec cette coiffure de fantaisie , et sa portière ne voulait pas le laisser monter, croyant avoir allairc ù uu inarchand^le ibé suisse.
YIII.
Xiea Jobards au bal.
Il est un fait qu'il faut reconnaître : c'est qu'il y a beaucoup de jobards dans notre belle pairie ; — nous nous plaisons à croire qu'ds ne sont pas Français, et qu'ils ont seulement été attirés à Paris par la douceur du climat et des sergents de ville.
RIBLIOTHfeQ[]E POUR RIRE.
Quoiqu'on prétende que les pauvres d'esprit sont lieurcux (sorte de fiche (leconsi'laiion ([u'on leur a donnée et qu'ils ont acceptée), pourtant ils ne jouissent pas en général d'une béatitude complète dans lus l).ils uiaMiués.
Il est certaines yens qui semblent porter écrit, en lettres moulées , sur leur large li;iure : <■ Attrapez-moi, j(! vous en prie,
faites-moi le plaisir (i-^ de m'altrapcr ! »
Les débardeurs et (lébardeuses sont trop polis I pour se refuser à une invitation si pressante; et, ^g-fe après le cancan, il ^^i?f-^H n'est pas de plus giaiule satisfaction ([ue de mysdfier k's âmes candides , ot primitives qui T-ÏÏ-j veillent bien les çè* honorer de leur confiance.
Trés-souvcnt , pour être encore plus facilement reconnu dans la foule, le jobard prend un travestissement. — Il est vrai que ce travestissement consiste en un nez de carton. Il n'est sorte d'avanies auxqtiellis ne suit exposé le niallieiircux nez de carton. — De guerre lasse, ne sachant où se fourrer, il (init par se mettre au fond de la poche de son propriétaire, — et alors le jobard est mystifie h visage rompléienieni découvert. — Ça le clianye un peu.
Quand 11 est bel homme, et il arrive assez souvent que le jobard soit un bel homme , il ne se conteiilc jias de venir au bal en se costumant avec un nez de carlon : il choisit un travesiisseinent qui avantage plus son physique , et il se pose en magnifique Castillan ou en superbe Andalou : — toque à plumes et petit manteau de salin, ou culoitc de velours et feutre orné de toute une boutique de marchand de rubans.
lùiftii un travestissement à mollet ! Rien n'a rendu le bel homme malheureux coinnie l'apparition du paiit.ilon en France; ce vêtement le prive d'exiiiber aux regards ébahis tous les agréments d'un tibia calqué sur celui de l'Apollon du Belvédère.
Noire Espagnol, coslumé de la sorte, se pavane sur le boulevard en comte Almaviva, dès dix heures du soir, — sans le moindre manteau, car cela gâterait l'harmonie de son costume; et, avant d'entrer au bal, il attrape généralement un rhume de cerveau, plus cinq ou six boules de neige , attendu que le gamin de Paris ,
dans son orgueil patriotique, aime beaucoup à liumilicr les puis-
<~'^ft^
sances étrangères dans la personne d'un de leurs plus magnifiques
représentants.
C'est surtout vers deux ou trois heures du matin que l'on trouve
une bonne collection de tètes (jui font faction vis-à-vis de chacun
de ces grands hommes de l'Opéra.
Rameau, Lnlli et autres musiciens célèbres ne se doutaient
guère qu'après leur mort ils serviraient de signes de ralliement aux
amoureux du dixneuvième siècle, et, par suite, aux jobards de la même époque.
Il n'est pas de domino qui , outre un , deux ou même trois rendez-vous sérieux, n'en donne une douzaine d'autres miaginaires ; tous
ces soupirants sont impitoyablement envoyés faire faction devant le même buste , — en face duquel ils posent à qui mieux mieux!
Heureux encore celui qui en est quitte pour une faction, et qui
s'en va après deux heures d'attente en maudissant une inexacte
beauté !
Quelquefois le domino n'est que trop fidèle au rendez-vous du
souper, et alors le jobard maudit encore bien plus son étçile et son
bonheur.
C'est quand il paye à souper à une vieille femme. La stupéfaction de noire homme à bonne fortune est h son comble, et ne peut être comparée qu'à celle qu'éprouve une autre
classe de jobards lorsqu'ils se rendent au bal masqué.
Nous voulons parler de ces familles vénérables qui , venues à
Paris du fond de leur vertueuse |)rovince pour visiter, quinze
jours durant, tout ce que la capitale offre de curieux , ne croient
pouvoir se dispenser d'aller passer une soirée dans un de ces bals
publics que les journaux les plus politiques et les plus graves recommandent vivement à leurs lecteurs, à la colonne des réclames,
en disant que ic
hal *** est ptus
que jamais ie
remlez-vous de
l'élite de la société pari -
sienne!
Lemonsieurde
Quiinper-Coren -
tin ou de Brivis-
la- non -Gaillarde
frémit , pâlit et
rougit , le tout
dans l'espace de
la même minute,
loisqii'ayant été
reçu, moyennant
ses trois francs ,
dans ce lieu de
réunion de l'élite de la société parisienne, il s'aperçoit qu'il procure
à sa vertueuse épouse et à son non moins vertueux moutard le
spectacle d'une danse qui n'a même pas de nom à Quimper-
Curcnlin t
i.i r.M. .irsA:.;>.
Comme il ne peut pas croire qu'un journal comme le Constitutionnel ou la Presse l'ail abusé , noire liounne retourne dans son chef-lieu en cinporinnt une driosiable idée de la sociclé pariiieiuiu, — dont niOme il n'a vu cpie l'élite.
ijtTir.M
XiCi jour! spécialement grai.
Il est d^rtains jours de l'année que l'on est convenu de nommer gras , nous ne savons trop pounjuni , à moins qu'ils n'aient emprunté cet adjoitif au birnf <|ui (•.•■t le plus bel ornement de la féie nationale qui se pratique à Paris depuis des siècles , de père en fils et de bœuf en veau.
A cette mémorable é|)oque qui clôluro le Carnaval , 1rs daneurs parisiens ne sont plus «les fous ordinaires; ce sont «K'S fous furieux, au\(|uels il faudrait presque mettre une camisole de force aux jarrets.
Je plains vivement les chefs arabes d'avoir quitié Paris avant les jours gras, car c'est dans ce moment surtout qu'ils auraient pu acquérir une haute idée de la civilisation française prise au point de
vue... de la béte h cornes.
Il est certain que lorsqu'on voit le bœuf gias se promener dans les rues, on prend en piiié l'éléphant de la Bastille, et en voyant ce monstrueux rumi nant, on est réellement fier d'être Français , surtout qnand on y joint encore la qualité de Normand,
Pauvre bœuf, il ne lui sera pas donné , à lui , de revoir sa Normandie !
Après ça , que la brillante cavalcade qui entoure ce monarque des abattoirs rehausse singulièrement l'éclat de sa royale promenade!
Car le peuple est ainsi fait : si un roi , fût-il excessivement puissant, se promène comme un simple bourgeois dans la rue, sans le moindre attribut, personne n'y fait attention, personne même ne songerait à lui trouver un air majestueux ; — mais qu'il ait seulement une dizaine de gardes, fussent-ils Espagnols, soudain on s'écrie
et on se récrie!
— .l'avoue que les écuyers cavalca dours ordinaires de Sa Majesté le bœuf gras mériteraient seuls une foule de hurralis.
Poussors donc des hurralis et pour le bœuf normand et pour les écuyers espagnols!
^ On en cherche- ^ rait de pareils de ^ rencontre qu'on n'en trouverait pas; je crois qu'on les a fait confectionner exprès, et ce sont toujours les mêmes qui servent depuis cinquante ans. — Âh I les beaux Espagnols , les superbes Espagnols I
C'est un bien grand honneur que d'accompagner ainsi le iKcuf (;ras dans sa tournée triomphale; mais, comme tous les honneurs du monde, il n'est pas sans quelque danger.
Dans le cours de ses visites oITieielles aux principales autorités de l'Étal, le bœuf ne se conduit pas consiaumient eu mouton; et il arrive parfois, soit (pi'il ait di s vapeurs, soit ipi'il lui répugne d'aller melire une carte cln/, un miuisirc dont il ne paiiage pas les opinions p(iliti(|uts, — il arrive, di.suns-nous, que le ba-uf se conduit en véiiiable .sauvaj;c vis-i-vis de ceux qui raccoin|)3gnent, et d'un coup de téie il les ( nvnie voltiger dans les airs connue des papillons, — sans s'impiiéter s'ils iront se poser sur des roses ou sur des pavé.s.
Mais cet incident ne suspend pas la cérémonie, cl l'auguste rorj tége ne tarde pas à reprendre sa marche , aux acclamations générales; — et comme le bœuf est, en général, a.sscz taciturne, c'est son précepteur ou son acquéreur qui se charge de saluer à droite et à gauche, et d'adresser un aimable sourire aux dames qui agitent leur mouchoir, et qui manifestent uiènie l'iuleulion de jeter leur bouquet.
Suites (ftcheuscs de le Banie.
Si l'on pouvait toujours prévoir au juste ce qu'il doit en couler pour aller au bal masqué, bien des bourgeois se refuseraient ce délassement, — qui, pour suite la plus immanquable, produit le lendemain une courbature générale.
Mais, à moins d'être l'ami intime de Barestadamus , qui, en sa qualité d'auteur de YAlmanack prophétique , lit plus couramment dans les astres que vous dans le Charivari, il est dilTicile
BIBLIOTHEQUE POUR RIRE
de savoir ce qui doit arriver le lendemain d'un bal de l'Gpfra. Je sais bien qu'à la rigueur on a le marc de café , qui csl une denrée colonial'- aii^^i prophétique au moins que les étoiles; mais j'aurais peu de goût pour cette consultation , car on doit ne voir dans ce ré>ido que des choses fort noires, — et même trésamères quand l'épicier a mis moitié chicorée dans sa livraison de confiance. — Or , la plupart du temps il met trois (piarls de chicorée, et alors il profile de cela pour vendre son café comme étant entièrement moka.
Du moment où ih ne savent déchiffrer ni dans le marc de café ni dans la viiie lactée, les mortels vont donc au hal , dans la pleine confiance (|u'iU en seront (piittespour les déhmirsés portés au tarif, c'est-à-dire le fiacre on le décrotleur , le billet d'entrée, un bouquet de violettes et une bavaroise au lait pour souper h sept heures du matin : — souper doublement économique , puisqu'il sert en
même temps de déjeuner.
Outre le chapitre des rhumes plus ou moins de cerveau , auxquels on ne songe jamais , et qui pourtant sont une suite si fréquc nte des nuits du C(iina\al, il y a le chapitre des bonnes fortunes, qui vont souvent beaucoup plus loin qu'on ne pciisaiu
Alorsvousmaudisscz la nature qui vous a fait naître si joli garçon !
Quand cette bonne fortune ne conduit que rne Notre-Dame- :e-l oie ;c ou Rieda slrcet, c'est bien; le plus fâcheux qu'il pUl^S'? v u. ; ni- er, c'est de vous rencontrer deux ou
trois tisileurs accrochés au même instant au même cordon de son nette.
Stupéfaction , — tableau !
Apr'slacon- (1 il ion sociale
du cheval d'omnibus, je ne connais pas d'emjjloi pluf fatigant que celui de cordon dcsonnetterue Notre -Dame de-Lorctte.
Mais si la bonne fortune est complèlc , si on a eu ses blonds che oiov-" veut couronnés (I9 roses par les mains d'une femme iionncte, ce qui se traduit par romplétement mariée, — il arrive des rencontres bien autrement fàcheusos (juc celles du cordon de sonnette , Brçijla sU'çcl '
Un beau matin , au lever de l'aurore , on se trouve nez à nez avec un nioiLsieur qui s'est également levé avec l'aurore, mais qui n'arrive pas avec un visage couleur de rose : il est du jaune le plus safran, le jikis conjugal que l'on puisse imaginer ; et, sous prétexte que vous l'avez blessé, il veut absolument vous tuerl — QucUe singulière manière de raisonner I
Fort heureusement que tous les maris n'ont pas celte rage do dépopulation de la France, et boii nombre d'entre eux se contmtent d'appeler leur adversaire sur lo terrain de la police correctionnelle — et de faire empoigner par la gendarmerie leur infidèle moitié. !
l'n slatisiicicn ofïiciel du minisièrc de la justice et des nijuis chagrinés a relevé dernièrement le clillfre exact des couples en faveur desquels les juges ont prononcé la séparation de corps dans le cours de l'année ISklt : — ce chiffre monte à huit mille sept cent vingttrois.
Paris en réclame deux mille pour son contingent; — et sur ces deux mille , Rlusard peut bien eii réclamer quinze cents pour sa parti
M. Il Al. S'A .s ai; II.
Qn'on \i('iiiK' encore nous chanter que l'hymen est un lien diarmant ! Il paraît (jn'il n'a (jnc niédiocrenienl iliariiié les huit mille couples en (piesiiou.
Or, comme il en coûte environ cini] cents francs pour tous les frais de paperasses qu'entraîne une si'iiaration de corps, il s'ensuit que , si cet agrément était mis .'i la portée de toutes les fortunes , ou , si vous aimez mieux , de toutes les infortunes , ce total déjJi si rcspeclahlu de huit mille sept cent \ini;t- trois sinistres conjugaux serait porté à un rhilTre au moins (rijile , en stalisti(|uant sam la nioindro exagéralinn.
L'année 18^t5 s'annonce d'une manière bien plus fâcheuse encore en fait de sinistres conjugaux : ih-puis le 1 "' janvier, les papiers publics ne sont remplis (pie d'anecdoles (pii font frémir la nature en général et les maris en parliinlier! — toujours par suite dil'immense succès des bils de l'Opéra!
On ne volt que des récits de lellres inlerccptécs , d'amants surpris dans des armoires ou dans des puis à beuirc , de fiacres à rideaux rouges arrêtés dans leur course par des maris aussi infortunés qu'essoufflés, etc., etc.
Et notez que nous sommes encore 5 la bienheureuse époque de l'année où l'inilueuce des étrennes se fait sentir, c'esi-à dire où toutes les femmes et toutes les porlières sont dans leur lune de fidélité et de douceur.
Du reste , ce qui prouve mieux que toutes les statisliciucs et tous les totaux du monde la situation conjugale en France depuis l'abolition du bienheureux divorce , c'est (jue , parmi les centaines d'industriels qui ont établi des milliers de sociétés en commandite pour assurer les hommes, et même les bêtes à cornes, contre le feu , — la pluie, — le tonnerre, — la jaunisse, — les rhumes de cerveau, — la grcle et autres tremblements , il ne s'est pas rencontré un seul spéculateur assez hardi pour assurer les maris contre les sinistres conjugaux.
En présence des effrayants calculs du statisticien du ministère de la justice , le préfet de police avait songé un instant à défendre tout bal public ou privé; — mais un autre statisticien, non moins officiel et non moins consciencieux , lui ayant prouvé , plume et cbiiïres en main, que, dans les villes de France où Mu.sard et son bal n'avaient pas encore été inventés, les sinistres conjugaux n'é-
talent pas moins nombreux, M. Caf/ier a toléré jusqu'à nouvel ordre et Mn^^ard et sa i.<rl|..i.
Mais ce ne fut pas sans accordei- une larme aux maris fpii devaient être victimes de son indidgonce pendant le carnaval de IS.'jO.
L'ne larme à partager entre huit mille infortunés, — c'est bien peu!
El) lin , que voulez-vous , le meilleur préfet de police du monde ne peut donner que ce (|u'il a de dis|)onible.
Ainsi donc, maris, si vous voulez m'en croire , prenez un travestissement (iuelcon(iue, et allez vous-mêmes au bal pour surveiller vos trop légères moitiés !
lia Descente de la Courtille et le Mercredi de» Ccndrei,
La descente de la Courtille serait un des spectacles les plus cur rieux que l'on put imaginer; — mais, par malheur, on ne peut même pas l'imaginer !
Cette fameuse cérémonie est encore une de ces traditions inventées par la police impériale pour occuper les badauds de tous les régimes.
Chaque année , la descente de la Courtille se compose uniquement des piétons qui montent la rue du Faubourg-du-TeinpIe pour aller jouir du spectacle dont eux seuls sont les acleun.
BIBLIOTHÈQUE POTR RIRE.
Comme CCS iiorsonnagcs ont les joues cramoisies cl le nez bleu, — grâce au froid pi(]uaiit qui règne toujours h six heures du matin dans le mois de février. — celle agréable teinUne donne à nos n.ineurs un faux air de masque en paliioi, et chacun est convaincu que sou voisin est un salaué farceur qui vient de passer la nuit au
bal.
Hn réalité, tous les individus qui sont h la Courliile n'en descendent pas le mercredi des Cendres, h sept heures du matin, par
la raison excellenle qu'il leur est impossii)Ic de retrouver l'usage
de leurs janibrs avant six ou huit heures du soirdc la inêmc journée.
Ce qui n'empêche pasque, jusqu'à la lin des siècles et du carnaval ,
les Parisiens se laisseront élcruellemeut mystifier, cl ne manque-
ront pas de rép<;icr à Iciirs cnfaiils, nui le rcJirniil à leurs luiii;
neveux, que la descente de la Courtille est ud spectacle excessive ment curieux.
Seulement , chacun ajoute qu'il ne l'a jamais pu bien contempler, parce que , pendant dix ans de suite , il s'est rendu au faubourg du Temple, le mercredi des Cendres, une heure trop lot, et que, pendant dix autres années, il est constamment arrivé une heure trop tard.
Au bout de vingt tentatives infructueuses , notre Parisien, se croyant poursuivi par un guignon tout particulier, renonce la plupart du temps h cet exercice par trop matinal ; mais il engage bien son fils à le remplacer et à tâcher d'être plus heureux que son enguignonné de père !
Du reste, si c'est pour prendre une haute leçon de morale et de philosophie que l'on se rend au faubourg du Temple , il n'est pas besoin , pour cela , d'attendre lejourspéciaidu mercredi des Cendres.
Toulcs les fois que l'on sort du bal vers six heures du matin , on se trouve nez à nez dans les rues de Paris avec des balayeuses qui , mieux que personne an monde, peuvent vous dire les paroles sacranicnlelles : u Souviens-toi que tu n'es que poussière , et que tu retourneras en poussière. »
Et ce discours vous fait apercevoir que, tout en bâillant d'une manière démesurée , vous mettez les pieds dans un énorme tas de boue 1
Morale. — Allez au bal , mais revenez toujours en voiture; — cela vous évitera surtout le désagrément d'être arrêté au coin d'une rue par des individus déguisés eu voleurs.
lâëSU
riN PIT BAL Ml'SAUP.
Parii. • Typ. r.aiii^i, rue Cil le Cœur, 1.
LALORETTE,
Par MAURICE ALHOY, — 60 Vignettes de GAVARNI.
Invocation en coalear antique.
Icclcur ! j'ai craint le nau fragc avant la sortie du port. Le rivage 6tail hérissé d'écueils.
Enfin je vogue que la douce
brise s'élève et rafraîchisse mon luth an prélude de mes accents!
Stjle lyrique! je te demande la permission de renoncer à l'instant même à ta formule pour entrer prosaïquement dans l'exposé des difficultés de ma position.
Je ne sais quelle brume compacte s'est mise un moment entre ma mémoire et l'horizon de la poésie antique; par l'effet d'un mirage alphabétique, il m'a semblé, au début de tous les poënics, depuis 1'/iiade jusqu'à la Physiologie du fumeur, \o\t figurer la lettre 0, celte particule si laconique, cette apostrophe si stridente, cette magique avant-courrièrc dé l'invocation.
J'ai vécu trois jours dans la persuasion que le poëte devait partir de la quatrième voyelle de l'alphabet, comme le garde natiouial doit partir du pied gauche.
Et j'avais dit à l'éditeur du poërae physiologique de la Lorctte : O Mécène (style virgilien) , au nom de la gloire et de la mienne,
fais confectionner , ou plutôt , pour me servir d'un terme qui donne h mes inspirations la date et la couleur de leur époque , fais iftustrer un O.
Et l'artiste avait appcndu un O en guise de couronne h ma lyre.
Les choses ainsi avancées , il n'y avait plus à reculer. J'étais irrévocablement voué à l'O , il n'était plus temps de modifier mon ignorance, de rafraîchir ma mémoire et de demander au vieil Homère pourquoi il n'avait pas prévu l'embarras dans lequel il me mettrait en commençant ses rapsodies par un mu ( c'est ainsi que les Grecs primitifs, dans leur ignorance de notre langue maternelle, s'obstinaient à nommer la lettre M).
Il n'était plus temps de faire comparoir Ariostc, Torqualo Tasso, Dante, Virgile, ni même Chateaubriand, Victor Hugo et Odry , l'Homère de la maréchaussée, pour leur demander compte de l'absence de la note sympathique qui manque à la première gamme de leurs chants.
Il y avait aussi prescription contre Camoëns, qui dans sa lultc sur les flots oublia d'interpeller en O les cétacés auxquels il arracha son poëme hydrofuge.
Aucun précédent ne justifiait ma lettre initiale. Moi, timide, je tremblais. Heureusement la patronne desLoreltes me vint en aide, elle me ramena au souvenir des hymnes que l'Église nomme les O de Noël.
Ce sont neuf cris de joie qui s'élancent de la terre aux cieux, neuf harmonies dont la quinzième lettre de l'alphabet est la première modulation.
BiRi.iOTiiftQiJE POUR ninc.
La M)ilà conquise mon iiiiiiali; pritilcgicc , je la iiicis en saillie comme pime (raiiciile <le l'éililice.
C'rsl le [iroiiiier anneau de ma grande chaîne^ d'anges terrestres. C'est la premiùre tige iju mon champ d'églantiers. O Lurettes! je vais vous chanter, on pliiic'it , pour parler un langage plus familiiT, Lorcttes, je vais vous er(>(pier.
() l.orelies . fnus scarabées, nomades phalènes , laissez-moi lire h travers ïo|re {ransparence les nijstères de votre organisation bizarrç. ^
() ^orcjtos, méléorcs îi mille feux dont anrim calcul ne pont prédire fa marche ni les réiolulions.'jc vous suivrai dans la zone tii'i \ous errez. '
O Lorcttes, aiglons an\ ongles pointus, linollesau gazouillement S3IIS ilivilmie, nous dirons coumienl vous l)àlissez vos aires de velours cl vos priils nids de mousse et de chaume.
O LorèHes , Pénélope a Cii son Flonière , la grisettc a en son Bcrni)-(r,'voiis aurez vos pôêies, vos historiens, vos feuilletonistes, V ^ \aude\illi>les, vos romanciers.
O Lorcttes, Théophile Cautliier vous a(lo|>lera au nombre de .ses trilbys, i|vous associera aux jeux de ses Iniins, et le soir, il éclairera le forestier sous les noires voOlcs des bois avec les flammes (|c vos ycin brillants comme la luciole.
O Loretles, un jour Ba|/ac vous saisira par corps, il vous fera une visite domiciliaire et instrumentera avec son inflexible plume, sa plume de recors qui saisit tout et ne laisM' rien échapper.
o' Loretles, .|ides Janiu, ce ^rand parrain des renommées, vous jettera sur |a tèle l'encre bapiismale du feuilleton, il vous adoptera , il vous noilimera Ses belles Loretles , ses blondes Lorcttes, ses liraVcs t-orettes , ses Loretles ."i lui et à .son cœur. Sa rhétorique vous fera un berceau de fleurs endiaumées, il vous couchera sur sa phrase souple et moelleuse connue le hamac dans lequel le loriot s'endort bercé par la brise.
O Lorcttes, Alphonse K.arr vousprendra sursesnerveusesépaulcs,
il vous plongera dans les belles eaux dis fleuves où il vous fera courir comme de svelics couleuvres; puis il dira :
Ce sont des sirènes que j'ai rencontrées et qui jouaient dans les roseaux avec les blanches mauves du rivage et les marlins-
pêcheurs aux ailes bleues.
^li^Ë^— ^ Loretles, que d'ovalions vous nlicndeni!
Craquez donc sur votre pcëievcs lorgneiles Derepas, et dites-vous : Voilà celui qui a donné le premier coup de trompe de noire marche irionipliale !
Clacsement âes spécialités.
A celle demande : Qu'est-ce qu'une Lorettc?
Voici la réponse : — La Loreite échappe à la définition.
On ne l'explique pas, on l'analyse, on la classe.
T'est à tort qu'on a cherché à établir quelques rapprochements «"nlrc la Lorcite et la griveite.
La grisettc est un être qui tend à disparaître comme le quartier qu'elle habile. Le pays latin est appelé à devenir une conirefaçon des steppes de Pologne , une parorlic des landes de Gascogne , le hav.'n du Luxembourg sera frère du Iwsmu d'Arcachoii, la rue .Saint-Jacques obliquera sur Montmartre , alors la griseitc se fera Lcretle, c'est ce qu'elle a de mieux à faire.
Dans retie iransformation , les itiœar.s primitives de la grisettc leront modifiée":,
La griseite ne de'-n plu.s avoir un dnigl laloii^ p,ir les iiioistircs
d'aiguille, la Lorelle a horreur du travail. Dans sa vie, elle commence à broder une descente de lit , un porte-cigares, une pantoufle, tuic di lui paire de bretelles, mais personne ne peut témoigner qu'aucun de ces ouvrages ail jamais été terminé.
La grisclte devra renoncer à la pipe, la Lorelle consomme le cigare à quatre sous. Nota. Elle fait sortir la fumée par les narines ou par l'oreille, au choix de la société.
La grisetie devra renoncer h l'usage immodéré du cidre de Normandie ; la Lorelle croit que la France , sa belle patrie, n'est composée que de deux départements , la ijoiirgoguc et la Chaini)agne. Quand on a chanié sur l'orgue, "l'-i.^"
Je vais revoir ma Koimaiulic, la Lorelle a cru que Bérat était un malilot de l'Astrolabe qui avait
acnelé une langue de ierre sur laquel|ë oh parlait le patois de Gaspard l'Avise.
La Loreite n'exécute le caiicàn qu'au carnaval ; il faudra que la grisclte renonce à celte danse, qii'elle pratique en mardi ni, inCme pendant le carême.
Lagriselle vaenjouruce, la Lorelle peut à 'y peine se décider à aller en soirée quand elle a obleiui de la protection d'un régisseur son enraialognemont dans les chœurs des théâtres du Vaudeville, des Variélés ou des l-'olies-Dramaliques.
La Loreite figuranle, par siiile de la répulsion que son espèce a pour loin iravail, n'a jamais pu apprendre le preiuier hémistiche d'un chœur. Tout ce que l'aiilorilé de la régie peut oblenir d'elle , c'est qu'elle ouvre la bouche pour faire croire au public qu'elle dit :
Oli! quelle ivresse, fju.'lk- alloBrcsSBl f.liaiiloiis CM ce beau jour L'aniuur.
Ou.,.
r.eslons JHSfin'à demain, Amis, II' \ciTc' en main, l'our hoiic il sa liautesse (nu bien à soji altesse ou bien à la princesse).
Parlons, l'heure nons presse, ■ ;
Pas (le paresse,
fanons; plus lard r.c serait du retard.
C'est sans doute une Lorelle qui a fait donner aux dames qui paraissent en scène le sobri([uet de paraisseuscs.
La Lorelle ne resic jamais plus de vingt-neuf jours à un théâtre, ses appoinlemenis paienl ses amendes. Ainsi , en quatorze ou quinze mois, elle fait son tour dn monde théâtral, et rentre dans sa zone, où elle s'excuse de son mieux de sa désertion.
Bien des feuillotonisles se dunnenl les gants d'avoir .signalé à l'aitention pnWiqne l'appariiion de la Loreite. J'ai recherché avec la palience d'un chartreux tous les documents qui ptnirraieni jeter (lu jour sin- cette ténébreuse question, et je dois à la vérité de l'hisioiie astronomique, dédire que c'est Nestor Roqueplan , le spirituel rédacteur des Nouvelles à ta main, qui le premier a découvert nu soir le passage du cet astre sons le disque d'un réverbère; en même temps il remarquait le mouvement de rotalion des Arihurs, satellites nombreux jusqu'ici oubliés parle bureau des longitudes.
Nous avons promis une nonienclalure. Nous pensons qu'on peut fractionner ainsi la grande famille des Loretles.
rrciiiière grande diviMun du genre :
Ou.
I A i.()i;i:iTr.
1" La l.oi'Cttosous puissuiice de |uit t't iiK'ie. '2° La LoiTiip cniaiif ipôe.
Division dv \'v>-\H-ce (|tii peut s'alliir a la clas!>iricatiuii du {jciire. 1" La Liircllo plt'bi'ieiiiic.
2" La Ldii'ili'avfC aïeux.
3" La Loioite à paii'Mis aiioin. ics.
h" La Lori'ttc cxoiiciue.
La I.orcttc sous /luissance de père etmère, portiers, a pmir
boudoir une soupeulc; le tinau du poêle furiiie un couilr à la hauteur de sa cliauibre aé'ieuue, et e'esl à ce coude que la Lorelle se cliaud'e les doigts pi n- (laiil riiiver ; l'clé, elle eou- \erlit le poclc eu porteniaiileau.
L'autour de ses jours est lires(pie toujours uu auricu Cvii douiiier (|iii eoulinue sou couinuTce dans sa loge et partage son admiration entre l'œuvre de chair et l'œuvre de cuir; il fractionne sou enlliimsiasme en deux jiarls égales, une qu'il donne aux souliers qu'il a créés, l'autre allouée h sa lllle qu'il forme.
S'il y a dans le mobilier paternel une tasse avec une anse, c'est la Lorettc sous puissrincc de père et mère (]ui en fait usage. Sa mère prend sou café dans tiii |>ot de fleurs.
Le demi-poulet qu'où mange le diuiam l'.e n'ayant qu'une aile , la Lorette doit l'accepter.
Si elle la refusait , son père lui donnerait sa malédiction.
Le père de la Lorcltc lui donne un professeur de galop, qu'il paye en ressemelages.
Si la Lorelle a une robe neuve, le père pleure de joie, et prie
le fils ou le neveu du propriéiaire dé conduire sa ûlle au spectacle.
Le père va se cacher au parterre, il dissimule son droit de propriété, craignant que le nom de l'auteur ne nuise ii l'admiralion qu'on a pour l'ouvrage.
Le père pense un matin que la jeune plante s'étiolera dans la serre chaude de la loge.
11 dit adieu au cordon, il transporte ses pénates et son mobilier à un quatrième étage.
Un soir, il va prendre l'air sur le boulevard extérieur; à son retour on lui dit : Votre épouse et votre fiUe ne sont pas là-haut.
— Quand rentreront-elles? ' """ '•
— Elles ne rentreront pas.
— Ah... ont-elles laissé la clef?
— Llles l'ont laissée...
— Je vais aller me coucher.
— Dans (pioi?
— Dans mou lit.
— Il n') en a plus , votre épnu<;c et votre fille ont déménagé , cl le mobilier est parti avec elles.
— Klles n'ont pas laissé leur adresse/"
— Si fait , elles m'ont chargé de vous dire qu'elles allaient au numéro 2 3.
— Dans quelle rucî
— Je ne sais pas.
— Merci toujours.
Lu prince plus ou moins lurc ayant iiianiiesié le désir do causer de la question d'(jrieut avec la jeune (ille, la mère a jugé convenable de ne pas recevoir la tète couronnée dans le domicile d'un élre qui travaille poiu' les pieds ^^^^^^^ humains, voilà ce qui a
['"M^J^^^LI-'I^'tBE^^^^^ ^}\ motivé la translation des ! ^^^Ti mlsJÊXW^k.':M: \ Y ■ ■') meubles. Oiiaud ma fille
sera snllaue, se dit la maman, je réinstallerai le chef de la communauté dans le noyer d'où je l'ai momentanément cijuilsé.
La Loretta émanci' pce offre (h s traiis tellement divergents , que nous les retrouverons cpars dans tous les chapitres de cette esquisse physiologique. '"' '' '' " Passons h la subdivision :
La I.orciie plcùcicnnc est l'espèce la plus commune des Lorettes. Klle doit à elle seule sa transformation : elle a appris, on ne sait counnent, à porter son cliàle, à se rouler dans uu cachemire; elle arrive à la contrefaçon de la femme d'agent de change; seulement, on la reconnaît, quoi qu'elle fasse, au fanatisme qu'elle professe pour la sous-jupe Oiitlinot. lille pousse son usage jusqu'à l'abus; elle est fièrc de ressembler à un aérostat qu'on va enlever.
La Lorette plébéienne tient aussi 5 la conservation de quelques plirasrs favorites.
Quand bien même elle épouserait M. Napoléon Landais, et qu'elle aurait en dot sou dictionnaire, elle vous dirait : thalenton et Mémorcncy, au lieu de Montmorency et de Cliarenton. Il y a une parliculc qui joue un grand rôle dans la vie de la Lorette, c'est la particule ON. C'est l'énigme de toute sa vie, quand elle veut que sa vie soit mystérieuse.
On viendra me prendre ce soir. Si ON savait que je suis chez vous, o\ serait bien furieux. On m'a dit hier que si ON ne venait pas au bois, ON viendrait dîner. Il y a des Lorettes qui devant un tiers n'ont jamais prononcé le nom qui se cr.clie sous le masque de ce mystérieux monosyllabe. C'est une graude leçon de discrétion donnée à noire sexe.
La Lorelle avec aïeux a fait son éducation et ne s'est fait enlever qu'après avoir |)assc tous ses examens de syntaxe et avoir remporté trois prix de gymnastique.
La Lorette avec aïeux n'accepte an carnaval que les bominagcs des masques moyen âge. Dans ses relations habituelles, elle donne à chaque nom une particule nobiliaire, ou elle met en vedelto devant lui une qualification qui le rehausse. Si vous vous nommez Félix , elle vous appellera de Saint-Félix; si vous signez un billet Durand, hôtel de Provence, elle mettra sur l'adresse d'une épître ornée de son scel : A M. de Flurand , en son hôtel. La Lorette avec aïeux achète ses ancêtres chez les marchands de
LlULlUll.Le^Ll. rJUli IvlUl"-.
bric il biac de l.i cour ilc> l'iiiiLiiiics, dti bien elle deaiaiidc ii un jicintrc un grand-pêic de fantaibic quand elle ne rencontre pas un aïeul d'iiccasion.
La Lurciie a\ec aïeux monte h cheval, suit de loin les stccplc-
cliases , escortée d'un groom de location qui appelle sa maîtresse uiada- |S\ nie la baronne et a une couronne sur
de
1 ^ X ^» >. / -TvnjTSHHnnv v<hu yf SCS boUlOU
niaillecliur.
La Loretta avec aïeux e.sl née artiste, elle doinie des leçons de |)iano à cinquante centimes le ca chct. Elle offre dans les Petites Affiches de voyager avec une famille anglaise.
La Lorttlc à parents anoni/mcs est un type qui tend à se généraliser. Il y a deux mille Lorettes à Paris qui disent être filles de colonels de la grande armée. Si elles ne révèlent pas leur nom patronymique , c'est qu'elles ont juré le silence et le mystère sur le piédestal de la coloruie Vendôme.
La Lorettc exotique. Les statisticiens que nous avons consultés sur cette individualité nous ont juré, de par M. Charles Dupin, que le sol le plus fécond en exportation de Lorettes était la Belgique. Pendant quelque temps , les Loicttes de celte nation se sont fait passer pour Polonaises réfugiées. Messieurs les sergents de ville signalent les Lorettes du Nord comme les prètres.ses les plus culhousiaslcs de la danse qu'ils ont la consigne de paralyser.
Un phare aa milieu des écueils.
eut-être n'avez-vous pas reçu , ô Lorettes , la circulaire que le pasteur de votre troupeau a adressée non franco à ses brebis.
La voici :
i> Madame, depuis l'ouverture de l'église de Noire-Dame-de-Lorette, nous avons plusieurs fois parlé à nos paroissiennes deschargcs immenses qui ont été imposées à notre administration , et nous cherchons encore les moyens de réaliser ce qui est nécessaire à ce sujet.
» La magnificence des dorures, le talent remarquable quia pré'sidé h toutes les peintures qui l'embellissent , disent beaucoup à notre admiration pour les arts , mais n'ajoutent rien à nos res- .sources pour éteindre proniptemenl les dépenses où nous ont entraînés des richesses si éclatantes.
» Aurai-jc trop présumé de votre générosité et de votre zèle, je ne le pense point, en formant le projet de faire une quête extraordinaire et définitive , afin de n'avoir plus rien à désirer à cet égard. Je me transporterai moi-même, ou avec le concours de mes vicaires, dans \otre demeure pour recueillir vos offrandes.
» J'ose me flatter que cette démarche, dans un but si louable, sera comi)rise, et que je me féliciterai autant que je suis heureux de saisir cette occasion de vous rendre visite. » Recevez, etc.
» Th. de Rolleau ,
• Curé de N'olrc-Damc-di'-Lorettc. »
Vous le voyez, Lorettes , vous êtes les protectrices du temple, vous en êtes les blanches et sveltes colonnes; sans vous. Userait peut être tombé , et avec lui serait tombé le joli nom que vous portez.
Vous avez toutes ouvert votre auinôniérc, et quand le collectein-
cstvenu, l'offrande ne s'est pas fait attendre.
C'est un placement que vous avez fait sur une caisse d'épargne qui lient compte des moindres mises; plus tard vous en recevrez l'intérêt.
Voilà ce que je vous dirais, si je faisais un sermon.
Et si je faisais un vaudeville, je dirais en langue du terroir et sur un air nouveau de mon ami dont la mo-
desic timidité est presque évangélique :
Thys,
Plus (l'une naïve fillette
A lrouv(5, fuyant les amours,
En Nolrc-Dame-iIc-Loretlc