I. \ i.oiu.Tir
et la bolic sans ciralrici's lui sont toujours ri'siés inconnus. Il a reçu avec reconnaissance de la nature ses lrenle-(leu\ dénis , et il les considère connue un élan n;ilin'cl confeelionné pour élreindre un tiiynu de pipe ; les vapeurs cpii siiitent du lahac sont les nuages sur Itsipicls irone ee roi de la eréaliun.
L'Arlhur libre est sans f.içon, comme l'ours ou l'isard. Il croit que les biftecks poussent naturellemonl sur les plais, comme la fouiière dans les bois, et il ne pi'use pas (|u'il faille une imitalion pom- se repaître d'im i>r()diiit natinel. (i'esl ee (|iii e\pli(|ue eominent l'Artlnu' de cette classe se trotte souvent convive de la I.orelte. Comme loutes les idées de l'Ai llinr libre sur la {généralité des fondions de la vie sont idenlii|ues, il s'ensuit (pi'il partai;e d'anlres meubles (pip la table; et (pi'll jnsiifio l'emploi 4<' (elle formide : l.li oit II y a pour un, il y a pour di'ux.
Les Aribms ipie l'on peut observer dans la zone de la I.orelie ù parents anonymes, et ceux ipii gravitent dans la s|>lière des l.orellcs populaires, des l.nreltes avec aïeux et des Loretles exotiques, ont des traits caraclérisliiiiies que nous ne pouvons ici qu'ellleurer.
Un genre fort curieux à étudier, c'est le «jenre Arihiir ipw vent
Cire aimé pour liii-mé-
me. Craignant (jn'on puisse ailribuer un triomphe à une iiiriieiicc de fortune , cet Aiilim-Iaisse jeriiierri'bjel aimé le plus loiig- I temps possible, il voit i d'un ail sec les liuissicrs 1 faire la saisie de ses cartons h chapeaux, el l'Iii- J ver il promène sa lionne ^ sans fouirmo ni buur- 7 nous.
I Si l'Arthur craint ' qu'on l'aime pour son tilbury, il va en om uibus; s'il craint ([u'on
i^': ;„;'"?" IVi/'"
l'aime pour ses aïeux, il se fait appeler bâtard dans les petits journaux.
L'Arlhur viveur est une autre division de rindividnalilé : celui-ci donne à la Lorette un souper dont la carte s'élève à 200 francs, il laisse un cabrialei de réyie douze heures à la porte de la dame; après le dîner il débouche sept bouteilles de Champagne pour exécuter ce qu'il nomine la salve d'amour. Il ne voit rien à l'horizon du lendemain , ni le vide du huiïet de la I.orette, ni son crédit moi t chez le fournisseur de comestibles. Vins^t-quatre heures après, la Lorelle, faisant application de l'axiome, Qui dort soupe, se jette sur son divan à six heures un quart. L'Arthur viveur ne comprend pas qu'une femme ait besoin de vivre quand il n'est pas là.
l'Arthur avare est encore un type à signaler. Un de ces individus invite un jour trois dames h dîner chez le restaurateur; mais, avant de se mettre ù table, il tire à part le garçon et lui dit: Toutes les fois que je te demanderai tout haut du viu de Volnay, lu nous donneras du beaune.
Le repas fnii, l'amphitryon réclame la carte, et fait un saut à l'endroit de l'addition; d'abord il cherche à faire comprendre par signes au garçon l'erreur dans laquelle on est tombé : l'Arthur lui dit... Il y a faute à l'article vin.
— Je ne pense pas, monsieur, dit le garçon... vous avez demandé trois fois du volnay.
— Oui, disent les daines, nous témoignons.
— Et on a marqué trois bouteilles volnay, continue le garçon. L'Arlhur, ne pouvant donner l'explication sans dévoiler sa ruse,
paye le beaune connue s'il était volnay.
On cite un Arthur qui fait mettre son nom en toutes lettres sur les hclius et les pii^iiuirs que porie la Lorette de son choix.
La Lorelle écrit sur son livre de blanchissage : 2 clieini.ses du feintnu niar(|uées Julien. 2 camisoles, idem.
Vm cas de brouille, l'Arihur fait citer la blanchisseuse clicz lejuge de paix, et la poursuit en reslituiion.
lia Correspondance.
Si la petite poste n'existait pas, la Lorette éprouverait le besoin de l'iin enter. Sur 19,7;Vi lettre s (pie le fadeur )>aii'-ien Colporte en onmibus (|uiitidleniieinent , il y en a ù,SG9de Loretles.
Sur ces /i,.")69 épitres sur papier rubané , parfumé , satiné , 1 , lOS .^oiM refusées pour causes de départ , de (larjure , ou faute de monnaie.
Ces /i,36'J leitres sont toutes sous enveloppe, et consomment chacune trois pains à cacheter, non compris l'empreinte de cire : c'est donc 1,'),107 |)ains omnieolores et oiniiiformes (]ui, avant d'arriver au papier, s'iiumeetent à la rosée des lèvres de Loretles. Cliaijue pain à cacheter a son parfum, son encens, son goûl. il y a des pains à cacheler jujubes qui guérissent le rhume. Il y a des boîles de pains à cacheter au sagou , h la menthe, à l'angélique; et chacun d'eux, outre son principe hjgiénique, a sa forme symbolique.
Le cachet à devises est devenu aussi un besoin général. Lu Lorelle écrit-elle à soii cordonnier pour obtenir un délai de
payement; elle met ii l'épître un cachet dont l'empreinte représente un.
■laissetiu hattu, par l'orage, avec ces moUi gravés à la proue... C'est t^3 la l'ie. Si elle promet un Sv-r amour sans partage , elle ■^?i" met par distraction sur l'épître un sceau qui représente le soleil avec pas .-^ mal de rayons, un œil au ;5^ milieu, el au bas on lit :
// fjritlc pour tout le inonde.
Si un Jupiter ganis jaunes veut renouveler l'aventure de feue Danaé, la Lorette répond et met sur le cachet une Fortune avec ces mots : Pourquoi courir après elle? vaut mieux t'attciutre dans son lit.
Les flèches, les carquois, les cœurs transpercés, les colombes qui se becqoètent, les deux mains qui se joignent à l'instar des enseignes de la bonne foi visible rue Saint-Denis, les lyres éoliennes qui soupirent, les serpents (|ui se mordent la queue en signe d'union à perpétuité, les bougies qui brûlent , avec ces mots : Feu Éternel; une souris qui est dans la souricière, avec cette légende : Hélas! je suis prise; la mort en postillon avec cette devise sur sa valise : Partir, c'est mourir; un lévrier qui fait concurrence à la poste et tient dans sa gueule un message affranchi , vu que le facteur n'est pas a|)tc à faire la perception : voilà à peu prés le dépouillement complet de la collection des sceaux (|ue possède lu Lorette et qu'elle emploie avec plus ou moins de profusion. La Lorette ne date jamais ses lettres du lieu où elles sont écrites. Si elle est dans une auberge à Dieppe, elle met en vedette de sa correspondanre : A bord du brick ^^:sPÊKA^CE... (ou autre nom). Si la Lorette écrit d'un sol élevé de deux millimètres audessus du niveau de la nier, elle date sa kllre : Du haut des Alpes... ce...
BII5I.10TIlf:QUE POUR RIHE.
Sur deux mille ipîtrca st'iitiiiK'iitales, la Loiclle en coiinncnce div-iieuf cent soixaiue-sept par ces mots : Minuit soiiir-...
A ce sujet, voici ce qui arriva à une Lorclto très-connue dans Pari».
An moment de quitter Paris pour une excursion , elle anticipe fcur les pensées de la nuit (ju'elk' \a |>asser ù la campagne; et elle écrit par avance à son Ariiiur quelcjues phrases qui rellèlent les tristes impressions d'iMie àmc veuve.
Elle date sa lettre d'inie localité dont le nom seul fait venir la chair de poule, et elle trace ces mots': De ia Viillce aux Loups... inhiuit.
tlle parle des heures lentes du soir... du concert du vent qui semble pleurer avec elle, des cris lointains et du mauvais augure des chiens de bergerie qui aboient après la lune... cnGn, comme les peintres, elle fait son paysage sans sortir de Paris; elle a ih'jà ré|K'té cinq fois : Il est uiinuil, je pense à toi...
Quand elle s'aperçoit qu'il est six heures de relevée, comme di.>ient les avoués, elle plie sa lettre ; son cachet place sur la cire noire l'empreinte d'une Iléro C[ui pleure son Léandre absent, elle donne la missive au portier et lui recounnande de la porter le lendemain matin. Ij Lorette part avec conliance et se dit : A minuit, n'ayant pas de lettre à faire, je mangerai des crêpes ou de la galette chaude.
Le portier, par un excès de zèle excusable parce qu'il est fort rare dans son emploi, porte le soir même la lettre à l'Arthur.
Par une double fatalité, la voilure de la Lorette s'étant brisée à la barrière, la dame revient à Paris, et, sans rentrer chez elle, va au spectacle.
La |iremière personne qu'elle rencontre, c'est son Arthur : il était alors neuf heures.
0 Virginie, lui dit l'Arthur, tu as le droit désormais d'être un peu paresseuse dans ta correspondance. Un autre jour je l'excuserai d'être en retard pour m'écrire, parce qu'aujourd'hui, dit-il en montrant la lettre , tu es en avance de trois bonnes heures, sur minuit. »
Les Lorettes puristes possèdent un dictionnaire Napoléon Landais. S'il arrive qu'elles
V f?=- =r-f^V égarent le premier vo-
uuie, elles n'cmi)loient plus dans leurs cpîlres que les mots qui se trouvent orthographiés dans le volume qui leur reste.
On cite une Lorette qui , dans sa correspon- , dance , n'use jamais des /^vA, mois qui dépassent la '/ ffi \ onzième lettre de l'alphahet ; son langage écrit est £^S circonscrit dans les li- ""^ mites de la lettre a... à la lettre k. Une autre Sévigné a la série de mots depuis 1... jusqu'à z.
Il y a des Lorettes qui écrivent. comme si elles devaient être lues exclusivement par .^1. Cliampollion. L'obélisque de la place de la Concorde aurait le droit de les attaquer en contrefaçon ; voici à ce sujet une anecdote qui prouve qu'on a quelquefois tort de négliger l'étude des hiéroglyphes :
Une jeune fille des environs de Vendôme, arrachée au chalet de son père, vient à Paris, et, après quelques transformations , est reçue et baptisée Lorette à grands (lots de cham])agnc ; elle s'attache Tellement à son parrain , qu'elle regrette de ne pouvoir lui dire en prose écrite ce qu'elle éprouve en le voyant et même en ne le Toyant pas. Le parrain , voulant seconder les intentions épislolaires de sa pupille . lui fait donner soixante-cinq leçons par un calligrapbe qui apprend l'écriture en six séances. La jeune fille est rebelle
h l'art des Audoycr et des Erard et Saint-Oirer : non-seulemeiit elle n'apprend pas à former les signes graphiques (c'est ainsi que les professeurs nomment l'alphabel), mais encore, économe du terrain comme une lille de laboureur qu'elle est, elle n'observe aucune distance dans le sillon : et toute la semence ou plutôt toutes les lettres se louchent et forment une chaîne sans solution de continuité. Le grimoire du diable serait plus déchill'rable.
Le parrain reçoit à peu près cent vingt à cent vingt-cinq letlres dans resi)ace de six mois. Le facteur seul est assez Kigeac pour lire l'adresse. Quant au contenu, le parrain renonce à tes révélations. Le parrain a vingt-qualre ans, il baptise force Lorettes; la première pupille en conçoit de la jalousie, elle transmet toujours par la postp ses impressions d'absence à l'auteur de ses maux. Lca baptêmes conlinuent, les pupilles augmentent, les letlres redoublent, le facteur les apporte avec une féroce ponctualité; jamais il ne met au dus la formule postale de renvoi : Inoonim.
Enfin, six mois s'écoulent, et la correspondance cesse. A celte époque l'Arthur s'avLse de calculer que rinq mille bouteilles de Champagne dont il a fait son eau lustrale lui ont coûté
25,000 fr., sans comptir les bouteilles frappas qui augmentent le chiffie I d'un cinquième. Il faut qu'il 1. renonce forcément à contil'i nuer l'œuvre de saint .Jean :| le faiseur de cbrélivus; il , ''I est réduit au liquide avec ■f{ Iccfuel instrumentait l'Église S;C' piimilivc : les fonds baptismaux vont lui maTKiuer; les Lorettes ont fui. Il jelii' une pensée sur l'arrière de sa vie, il songe à la Vendômoise qui l'aimait si bien et qui écrivait si mal; et, comme s'il éprouvait le besoin d'un acte expiatoire, il prend les letlres, se condamne à en déchiffrer au moins une; faisant application de la loi du progrès, il prend , comme la plus facile à lire , celle qui avait dû être écrite la dcriiière. A l'aide d'une loupe de marchand de tableaux, il parvient à saisir quelques mots. Il les isole, il les bâtonnc, il les sépare; enfin , il arrive h ce produit :
Tu n'ai qu'un nain..,.
Le lecteur de ré|iître , ayant cinq pieds sept pouces (ancieime mesure), comprend qu'il y a erreur, et que ce mot est évidemment tronqué; il poursuit ses recherches et réunit cette phrase :
T un' ai q u un nain fidèle. Enchanté, il continue et s'arrête de nouyeau stupéfié à ce mot : maichc.
Mèche, dit-il... et il se gratte les cheveux comme Archimède au moment du fameux problème ; puis il obtient ce produit : Tun'ai qu'un tuiin fidèle, maiche tèine (mais je t'aime). La fin du travail donnait pour résultat la nouvelle que la Vendômoise venait d'épouser un boïard ou un hospodar moscovite, et qu'avant de partir elle déposait chez un notaire de Paris 100,000 fr., monnaie de l'rancc, que le parrain de la pupille avait le droit de venir léclaraer , et qu'elle lui laissait comme souvenir des temps heureux où elle était si malheureuse. Je fais grâce au lecteur des combinaisons graphiques cl orthographiques qui formulaient et complétaient cette pensée.
Que ceci serve d'enseignement aux indifférents ou aux paresseux qui ne lisent pas les letlres sous prétexte qu'elles sont mal écrites. La Lorette collectionne les lettres qu'elle reçoit. Le plus grand chagrin qu'on puisse lui faire dans une correspondance suivie, c'est de changer souvent de format de papier; parce que le volume des lettres réunies n'a plus de grâce et ;ie peut plus faire corps de bibliutlièipie.
Une Loreite s'excusait un jour d'avoir fait attendre un Arthur dans son antichambre.
i.A i.oiii-.i'ii:.
« J'ciais occupt'C, monsieur, dit-elle, quaïul \ous Oies entré, je repassais vos leliifs.
— Ali! inadenioiselle, vous relisiez...
— Je ne vous dis pas cela. Je repaNsais vos letlres comme on repasse une culliTclle, un fuliii , un limlaid. liie roiiesiMjndancc fripée, c'est cciniuie une rohe tliillonnéi', \a nr()irus(|ue.
tt en disant cela, la Lorelte sonna, demanda un fer chaud, continua son opération, et passa au fer toute la eorie>|iondaiice de la semaine.
Après cela cliaiiuo lettre fut insérée dans son dossier ou pliilùt dans son caiion fait en foraie de xuliune, sur le dus ducpiel il y a\ait le nom du signataire : eouinie en lihralrie on voit sur les ceuvres reliées le nom de \ ictor Hugo, d'Alfred de Myny et de George Sand.
C'est une I.orelle ([ui écrivait à son Ariluir : u y tins (le honnv /icnrr, le iniin est de te voir. » Une autre, qui aimait beaucoup les olliciers, répondait il une déclaration par une lettre commençant ainsi :
* Monsieur,
* Ce qui peut inililer en voire faveur , c'est que vous Viles (militaire). »
Il y a des Lorettes qui poussent jusqu'à l'avarice la plus sordide l'économie qu'elles font des lettres de l'alphabet.
Kllcs écrivent J rai vius voir.
Et si vous leur demandez pourquoi elles suppriment dans j'irai l'apostrophe et l'i, elles disent que c'est de trop et que ça ne change rien au mot.
Elles écrivent aussi G dîné.
J'ai eu sous les jeux un autograplie d'une jeune comique de l'Ambigu qui s'excusait d'une absence ;i un déjeuner on ces termes :
• Mon chair, je croyai que 7 es {c'était) pour de main.»
Une autre commençait ainsi une pétition au roi des Français : « Cire. 0
Une amie hii fit observer qu'elle était dans une fausse route, la Loretle haussa les éjiaulcs, prit une délicieuse boîte de la papeterie Alarion , en tira un bâton qui sert ii sceller les lettres , et montrant avec orgueil l'inscription , elle prouve h la donneuse d'avis qu'on écrivait cire par un c.
Une Lorette mère disait en montrant sa fdle : Voilà ma plus belle omrage.
Un Arthur lui dit tout bas :... mon plus bel ouvrage.
La Lorette repond : Ouvrage est du masculin quand c'est un ouvrage d'hotume, mais il est féminin quand c'est un ouvrage de femme.
Cette méthode grammaticale en vaudrait bien une autre, si l'Acadéiuie voulait l'adopter.
lia table d'Hôte.
1 y a une heure chaque matin h laquelle on ne peut circuler dans le quartier du faubourg Montmartre sans s'exposer à «^tre pris entre deux paniers à provisions.
A cette heure, l'asphalte est envahi par les ménagères de toutes les classes. La Parisienne se fait cuisinière, la Lorette se travestit en cordon bleu, ea demoiselle Marguerite; elle est mère nourrice, hôtelière : elle va faire son oiarcbé.
— J'ai ouvert une table, vous dit-elle... vous viendrez, n'est-ce pas? D'abord je vous invite. La première fois on ne paje pas; on est reçu à tiirc d'ami; la seconde fois, c'est différent.
La spéculatrice déroule verbalement la carte du menu quotidien; elle a les meilleurs fournisseurs de Paris; un sommelier du roi lui donne du vin en contrebande, et un courrier de la malleposic lui apporte du Périgord des truffes d'occasion. La table est
des mieux composée : il y a des l)einlrcs, des comédiens et des
gros marchands de bois
de la banlieue.
Le prix du diner est trois francs. Le jour où Vous faites honneur à l'invitation que vous avez reçue , vo'is jouez de malheur, vous dit la maîtresse de la maison :
c'est jour maigre; et le poisson étant hors du prix , on ne vous en donne pas. Vous êtes averti , il faut en faire votre deuil.
Le premier objet qui frappe \otre regard est une colossale tuilier à
potage en fer galvanisé. La Loretle se penche à votre oreille, et
vous dit : Mon argenterie est absente, j'avais
un billet à payer hier.
Lundi vous la verrez.
Cet a\ is vous dispense
de toute réclamation ù
la vue de votre couvert
en étain.
— Madame de B..., je vous demanderais un couteau.
— Mon l)ieu , c'est un fait exprès! ce diable
de coutelier emporte toujours, il ne rap|iorle
jamais; madame de Saint-Auge, soyez assez bonne pour partager votre couteau avec monsieur. La Lorette hôtelière saisit cette occasion pour vous prier de vous dispenser aussi de serviette, elle vous autorise à prendre le coin de la nappe : sa blanchisseuse ne vient qu'une fois tous les deux mois.
Une dis|)ule affreuse s'élève entre le convive du milieu de la table qui fait le service d'officier répartiteur et un marchand de chevaux qui réclame un peu d'aile de volaille. Il offre de prouver que depuis deux mois il mange exclusivement des pilons; et il ajoute que toutes les jurisprudences de table d'hôie ont décidé que les ailes de poulet devaient être données de préférence , sans distinction d'âge ni de sexe, aux plus anciens pensionnaires.
— Un nouveau vctiu \(Ut dire son opinion.
— Un hourra d'anciens et d'anciennes le flétrissent de la double épithèle d'affreux égoïste !
Le plaignant est réduit à dévorer son dépit, — mais il ne dévore que ça.
Au rôii, un monsieur demande une pomme-rcinelte.
Ah... ah... ah... ah... est le cri général qm' s'élève. Le nouvel arrivant ne sait que penser de cette fornmle de joie, quand on lui présente une fourclieite au bout de laquelle est pi(iuéc une pomme.
— Monsieur, je vous remercie , je ne mange jamais de pommesreinettes.
— Il n'est pas question de manger la pomme, monsieur, c'est d'un jeu qu'il s'agit : nous vous prions , au uoui de la société , de
!!ir.l.IUlIli\)UE POUR UIRE.
tPnii- ilo la tnaiii j;.iiiilif celte fniiiTliiiic, les (Iciils el par consfqiieat l.i pdiiime en l'iiir; ilo raiilie main pieiii/. ce cotitiaii Iraîrlieineiil éiiioiilii , as>enez iiii coup Mir le finit , enlevé/, un morceau sans (pie le innt perde éipiilibre et tombe, et [la^sez à \olrc voisin. Ce n'csl pas plus (lillicile que cela.
— Le nouveau \cnu fait aiibi qu'il lui a été expliqué, ut ilu premier coup il abat la pomme.
De nouveaux cris s'élèvent an plafond.
Al)... ail... perdu... à l'amende!
— Vous devez une bouteille de Champagne, moiisieur, dit la maîtresse de la maison.
— Mais on n'avait pas parlé de l'enjeu.
— liiiuile, c'est connu... Rosalie, montez une bouteille clininpagiie. I.a maîtresse se bais.se de nouveau à votre oreille, et vous dit : Je le fais payer six francs aux Anglais , vous ne le payerez que cinq.
Fuis la pomme passe de main en main : mais, on dirait (|iie tous les convives, hommes et femmes, ont suivi u!i cours d'escriuie appliquée à la pomme, chacun enlève une fraction , et le fruit reste
immobile sur la four clieite.
— Madame Saint - Lambert , dit une petite voix flùiée à la dame de la maison , csl-cp que tu ne vas pas mettre aujourd'hui quel(iuc objet à
l'eiulière?. .. c'e.'ît si amu^aiii!
A peine ce vœu est-il formé , que la dame de la maison place sur la table la gravure de 1'//luour et Psyché, et s'cciic : « A six francs l'Amour et l'syché.
— Avec son cadie?
— ParLleur... dil un clerc d'avouéi.
— .Sept francs.
— Mimi , lu vas trop vite. Ah ! ben , il n'y aura pas de plaisir. Si pt tVaiics un sou.
— Deux sous.
— Sept francs dix, continue gravement un convive qui braque mi Terrede lunette nionstresurleradre.
— .Monsieur Bicliard, vous voyez bien que vous voulez encore amener le trouble ici; qu'entendez-vous par ces paroles, sept francs dix... est-ce sept francs dix sousî
— Non , monsieur, je ne donne pas se|)t francs dix sous de cet objet d'art. .J'en donne sept francs dix ceiiliine.s.
— Mais j'ai dit avant vous sept francs deux sous, c'est la même chose. .. Vous vouliez escobardcr.
— .Madame, je ne veux rien avoir à démêler avec vous.
— Monsieur Dichard, vous insultez madame, vous lui devez des excuses.
— Des excuses, j'aimerais mieux m'en aller sans payer mon dîner. »
La maîtresse de la maison se penche à l'oreille du nnu ^aii venu et lui dit : " Pour faire cesser ce coiiUit et raviver lus uuclières, dites huit francs. •>
Le nouveau venu dit huit francs.
Le calme renaît. L'hôtesse frappe sur la table avec son verre...
Allons, luetsieurs, huit francs; mcsdamus, huit francs! Amélie.
tu no dis rien... Joséphine, regarde encore... huit francs... Avec le cadre... huit francs... lit on le porteiaàdomicile, iiioyeimantun franc (|u'ou donnera à ma biinne. Huit francs... L'Amour et Psjché, d'après Gérard.. . C'est vu... entendu... vu... personne ne dit plus rien... — Allons, monsieur, vous avez la main heureuse pour votre première visite, à vous le tableau pour huit francs. J'espère qu'un autre objet mecouvrira delà perte. « Madame de Saint-Lambertiiiet eu vcnicun nécessaire de voyage, il est fermé, elle a perdu la clef; mais il y a dans la société des personnes (pii connaissent l'ohjel, on peut eiitliérir de confiance. Celui ([ui gagne le nécessaire lu fait ouvrir le lendemain et il y trouve sept luancliesde rasoirs sans lames, sur lesquels il y a écrit Semaine; un rouleau de papier chimique contre les engelures, et deu\ inoireanx di' savon pour enlever les taches. A la table d'hùlc de la Lorelle succède la table de bouillotte ou
d'écarté ; quelques-unes dus habituées ont un dialecte pariiculier qu'il n'est pas facile de comprendre le premier jour:
vous entendez dire en jetant du pique sur table.
Je joue piche !
Au lieu de dire : Je '4 l'iends, une autre ré- WM^ pond :
''"'^■" Je tonds.
Ou , si c'est un roi qu'elle relève , elle s'écrie :
Je pince le monarque.
C'est un vocabulaire à publier à l'usage de ceux qui voudront diiier aux tables d hôte de Loreltes,
Xacs liorettes au carnaval.
nomes, sylphes, farfadets, djinns, vous êtes des paralytiques, comparés à la Loreite observée aux jours de carnaval. La langue française, pas plus que la langue chinoise, n'a de mots pour exprimer ce mouvement incessant , cette action galvanique, ce tournoiement continu, ce bourdonnement aigu, cette convulsion constante qui constituent la vie de ces myriades de lutins hlaucs, bleus, tricolores, qui se choquent, se heurleut, et sorlent de la ruche du domicile pour n'y rentrer qu'au milieu du carême.
Vous eutcndcz dire à la Lorette :
Lucien , je serai demain à l'Opéra à minuit; Charles, venez me prendre îi la Renaissance à une heure ; Adrien, que je vous trouve chez Musaid à deux heures, heure militaire; Ferdinand, à trois heures je reviendrai à l'Opéra; h quatre je serai au bal chez Griguon, à cinq chez Dcfficux , h six aux Vendanges de Èourgognc; à sept nous irons manger une matelote h Sèvres, à neuf nous déjeunerons au Rocher. Et tout se fait comme il est dit.
Et pendant six semaines chaque jour amène la réjjétition de la veille. Il faut que le corps des Lorettes soit bien mieux confectionné que les machines à va|)eur à haute et basse pression ; il n'est pas possible de lus faire iunctioiiher aussi acliveiiicat sans retouche.
LA LOnETTE.
Les aniculjiioiiN des Loiollcs >;ili'iil niii'ux c,ue lous les cn^reiiagcs de la iiiécaiiique. (Jiiellc iiiiii|)r! Il f.iul nnivir h croire ^u'il y a là-haul un uiûcaiiiclcn qui eiUeiuJ joliment son aiïaire.
Il y a à Taris trois jf//^^-J y jollrs Loretles, Lurettes
^-> d'élite : Lorelles-pliéiiix, f Lorelles- inndi'lis, Lo rellcs-tjpes, qui sont illustrées lies suruoius de MOUSQUETON , de nAÏON-
NETTi; et de cahabim!.
C'e>l la triple persoiuiilication (lu caïuau , c'est riMcarnaiiou sous trois facis du driirc carnava- ^ lesquc tempéré par beau-
coup d'e^piit et uu |)mi
" de sert;ent de ville. Eh
bien! eu quarante jours, depuis le jeudi de jusqu'à la uii-ca-
réuie, cette trinilé infallt;al)le a été vue dans 87 bals; on élève à 1,7(H) le iionihie des roiiired.ins's (|ue eliatune a dansées, ce ipii forme un total colleelif de 5, 100 couircdanses, sur lesquelles on peut compter liardinunt 1,070 galops.
El à propos de bals, a dus qui ui- dansez pas le cancan, et qui ne pous-sez pas l'idolâtrie de la transformation jusqu'à échanger votre elbenf contre uu costume de débardeur ou de pirate de l'Archipel, déliez-vous du repos de la l.oietle, de la halle ([u'elle fait après le galop. Le génie des affaires est éveillé par le bâton de Musard; et sans ([ue vous vous en doutie/., vous, tranquille spectateur qui vous cachez sous un nez de carton , vous êtes au moment de payer les violons. Voici le dialogue auquel vous allez participer.
La Lorette. — Dis donc , beau nez ( il faut faire remarquer au lecteur qu'on ne peut pas dire beau masque à un honuue qui ne possède que quelques millimètres de carton sur la ligure) ; dis donc, beau nez, tu ue t'amuses guère... c'est trop cohue... n'estce pas?... moi, je m'enibèie. La Lorette bâille.
Le nez de carton croit |)ouvoir prendre sur lui de l'imiter.
La Lorette. — L'Opéra tombe tous les ans; j'y viens par habitude, mais, ma foi, je n'y viendrai plus .. il y a mieux que ça. — Où ? dit inconsidérément et sans réllexiou le nez de carton. Ce monosyllabe est son arrêt de mort : le goujon est ferré, style de pêcheur, il n'y a plus qu'à tirer la ligne et l'amener avec on sans épuisette. — Où, reprit la sirène; vous le saurez si vous voulez me faire l'honneur de mettre votre nom sur ma liste c'c souscription. Je donne jeudi lui grand bal dans le salon de Grignon. — Ah ! — Tout le monde doit être travesti, c'est de rigueur; mais vous, monsieur, vous aurez le privilège de venir avec votre nez revêtu de son ornement. Il y aura un souper exquis ; un orchestre composé de 70 nuisiciens et conduit jiar Musard, qui m'a donné sa parole d'homieur. — Quel est le prix? — 3.î francs jiour les agents de change, 15 francs pour les étrangers et 10 francs pour les amis. — Voukz-voiis me permettre de me compter au nombre de vos amis ? demande le rusé nez de carton. — Comment donc, monsieur! dit la Loreile, mais certainement. Le nez de carton prend son billet, délicieuse contremarque en carton Brisloh encadrée d'arabes(iues d'oi" et de camaïeux eu nacre. Il lit :