‹ L'étudiantChapitre 30 sur 243 · GRANDE SOIRÉE DANSANTE DONNÉE PAR MADAME DE LONGCIIAMPS · texte numérisé non relu

GRANDE SOIRÉE DANSANTE DONNÉE PAR MADAME DE LONGCIIAMPS

Prix d'entrée : 25 francs.

On se réunira à 11 heures précises.

Un prince grec assistera au bal.

Nota, l'nç loitn- paniculi^re adrosst'o i cli.iciuo sou- »criplcur indiquera le jour cl le lieu de la soirée.

LaLorcUe place à chaque bal d'Opéra cinquante àsuixaDie billets.

Le nez de carton <lemande ciiaque soir à son portier si un n'est pas venu indiquer le jour et le lieu de !a fêle à laquelle il a souscrit.

Enfin il reçoit la circulaire promise : le jour est fixé; le bal aura lieu dans les salons du Veau qui telle, place du Chàtelel.

Le ni7. de carUiii arrive à l'heure indicpiée ; il renvoie son cabriolet et s'élance, sou nez li la main, vers le perron du restaurant. Le chef de rétalilisjeinenl lui dit qu'en elfei il éliil question de donner le bal chez lui; mais (|u'a\anl eu avec madame de Lon'^cliamps une dillicullé le matin même, il a ronq)u le marché : il sait que le bal se donne chez son confrère des Vendanges de Boiir'r,o^iie.

Le souscripteur reprend un nouveau c.diriolet et se dirige vers rélal)lis.seinenl des Vendanges de lluur^ogue , et il renvoie son cabriolet. Là, le nez de carton trouve en faction un invalide (pii a un bras de bois; ce qui n'einpèclie pas le vétéran de remettre à l'uriivaul uu petit cariou imprimé sur lequel ou lit :

» Les persimiu s invitées au bal de mailauie de Longchamps sont piévenues qu'il e.sl ajourné à mardi prochain, et (|u'il aura lieu dans les salons de M. Durand, limonadier, place de la Madeleine. • L'énigme csl facile à trouver. La I.orelle a des créanciers : il» ont su <|u'elle donnait un bal par souscription, ils sont venus l'assaillir et ont allégé sa bourse au point qu'elle ne |)eul plus payer restauiaieur, glacier, ni musiciens. Mais elle esl femme de lêle, elle avise aux moyens de sortir d'embarras : huit jours sufliseiil pour réparer l'échec.

Luc des amies de madame de Longchamps occupe, rue LalTiile ,

un apparteuieiii magnifique ; elle se nomme Joséphine. Le 19 mais c'esl sa fête; madame de Longchamps lui ménage une surprise : elle fait imprimer de nouvelles invitations et iiidi(|ue la demeure de son amie comme lieu de la réunion.

Au jour dit, madame de Longchamps va trouver madame... elle lui apporte un bouquet monstre et lui demande la permission de lui amener le soir quelques WiWJiHW *^' "" ' amis, sans façon.

Le soir arrivé, trois cents personnes envahissent le logis de madame... ; tout le momie est en tenue de bal : chacun se regarde , car rien ne si iiiblc préparé pour un bal. La maîtresse du logis , averiie eiilin, |)rend la chose eu riant et demande à madame de Longchamps où elle aura un orchestre.

0 Je connais mon affaire, dit la Lorette; il y a trois ans que Geivais, le violon, me fait la cour, je lui ai donné rendez-vous ici, ce soir, à huit heures, et je l'ai prié, comme par caprice, d'apporter sou iusirumeut, Une fois entré, il ne sortira plus.

— En quelle monnaie le payercz-ïous ?

— Ceci me regarde.

— Mais un violon ue sufTit pas.

— Je ie sais; aussi ai-je fait pour une clarinette, pour un cornet à pistou et pour un alto ce que j'ai faii pour le violon. Il csl des circonsiances où il faut savoir se sacriûer. •

Les choses se passèrent au mieux, l'orchestre joua de verve.

Restait l'article du souper.

Vers deux heures du malin, madame de Longchamps prit la parole : elle raconta qu'un chien enragé venait de mordre le restaurateur, que celui-ci avait mordu ses garçons, et que les garçons pourraient bien mordre les danseurs. On décida à l'unanimité qu'il y avait lien de se retirer à jeun.

Le nez de carton a renoncé aux bals par souscription.

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

Excentricités.

Demander h la Lorelle de modifier ses allures générales et de les passer au moule vulgaire, exiger qu'elle nivelle sa vie, c'est dénaturer le type, c'est flétrir la statuette par le badigeon. Ce croquis ne veut pas de retouche. Il faut lui laisser ses traits heurtés, ses liyiics imprévues, sa physionomie irexceplion.

La Lorelle a sa charte, son catéchisme, son évangile, pour lesquels il ne faut pas demander de réforme.

La Lorctte a ses joies, ses haines, ses goûts , ses soupçons, ses amours, qui ont leurs formules spéciales.

La Loretle aime le cigare , c'est une confession que nous avons déjà faite et que nous croyons pouvoir renouveler encore, et en cela la Loretle nous semble douée de l'intelligence du bien-être que ne possèdent pas h un degré égal beaucoup de dames non loreltes.

Uc nos jours, Paris est une atmosphère au tabac. Ceci est incontcslablemenl vrai.

La fumée du cigare est appelée à remplacer provisoirement ce que nos pères nommaient dans leur temps les iirouiUards de ta Seine : il n'y a donc rien de mieux h faire que de s'arranger de manière à vivre dans celle brume normale; et le meilleur moyen, c'est de s'en nourrir.

Le gouvernement et les Loreltes sont d'accord sur ce point. Mais, par compensation, il est un autre article sur lequel ils sont en constante opposition.

La Lorctte éprouve très-souvent l'envie de changer sa couturière contre un tailleur. lilie dit que, dans la loi naturelle, tel ou tel ^ètcinenl n'apparlienl pas plus h un sexe que tel ou tel autre.

A cela , le sergent de ville , fraction nomade du pouvoir représentatif, répond par un arrêté dont voici, sinon le texte, du moins le sens admi~ nisiraiif.

« Toute personne qui (.iu carnaval excepté) sera vue, sans permission, dans des vêtcmenls autres que ceux de son sexe sera considérée comme masque et mise au violon. »

Aussi le nombre des pétitions tendant à porter culotte tient -il du prodige. Une Loretle écrit :

Monsieur le préfet.

Désirant donner des coups de canne h une personne qui m'a insultée, je vous prie de me permettre de porter des habits d'homme.

Adolphine.

Une autre :

Monsieur In préfet ,

Eprouvant le besoin de prendre ma demi-tasse à l'estaminet, je TOUS prie de m'auloriser à porter des vêtements masculins.

Clara.

Une autre :

Monsieur le préfet , Ayant été douée par la nature de mouslaches qu'aucune poudre 6pilatoire ne peut extirper , et étant dans la nécessité de me faire la barbe, comme vous , monsieur le préfet , veuillcï me permettre de porter les habiis de votre sexe.

Évchna.

Etc. , etc. , elc...

Le chef de bureau des ira^tviissements répond à chacune des solliciteuses :

Mademoiselle ,

Monsieur le conseiller d'État préfet de police est désespéré de

ne pouvoir accorder la permission que vous sollicitez, l'autorisnlion

du travestissement ne se concède que pour des raisons de santé.

Le lendemain une Loretle mieux inspirée que les autres écrit :

Monsieur le préfet , Me trouvant pour le moment à l'agonie, je vous prie d'être assez

bon pour m'autoriscr h porter pendant deux ans des babils d'homme.

Ci-joint les certificats de trois médecins.

Quand la Lorctte a obtenu la permission si désirée, on dirait qu'elle a eu en même temps le privilège de la transformaiion; elle change de sexe , on croirait qu'ellca porté chapeau toute sa vie et qu'elle est née avec des bottes : elle fait la roue a.vec sa canne, arrête les passants qui fument et allume son cigare au leur ; quelquefois même elle prend le meilleur des deux et s'esquive. Au spectacle elle envahit la place de celui qui sort et met dans sa poche le gant qu'il a laissé comme signe de son retour. La Loretlehomrae croit que personne ne se doute de sa métamorphose ; si un sergent de ville s'approche et lui demande l'exhibition de sa permission , elle lui rit au nez et dit : « Je ne suis pas une femme ; » mais quand l'agent de surveillance insiste, la Loretle se dit :

« Il faut que ce soit une farce, on m'aura trahie. »

Vendelta de Loreltes.— Se venger comme le conmiun des martyrs ce serait à dégoûter du plaisir des dieux ; la Loretle a donc perfectionné ce genre d'exercice.

QuandlaLorelte.dans un paroxysme de jalousie, a dit en montrant son Arthur : Je veux que cet être-là périsse sur l'échafaud, ou qu'i7 aille sur

te tabouret, expression surannée et sans valeur qui se conserve

encore dans le langage populaire, elle écrit immédiatement une lettre au procureur du roi et accuse son Arthur d'attentat contre l'État. Elle ajoute qu'il cache deux • cartouches à la Congrève sous son oreiller. Le magistrat ne tarde pas à faire sa visite à l'inShlpc; heureusement ce jouràle parquet est en bonne humeur et il reconnaît que les deux prétendues

cartouches politiques sont deux vieilles fusées Ruggieri qui ont servi au dernier feu d'artifice do Tivoli. En descendant l'escalier, le parquel trouve la Lorelle qui baise ses bottes eu criant grâce et qui

l.A i.oiu.iTi:.

ollVi", coiiiine il.iii.N IcsiiirluiliailU'.sdc M. de l'ixt'ii'cmiit, ses bolirk's d'oreilles i-t sis ilu-M-iix pour sauver son amant. Kllu leraiinc la scène par un ('vanoui>seMU'nl.

ISi un Arthur chante en brossant le matin son habit , Il faut partir , Agiiit rordonnc , la I.orelle lui assène siu' le crâne un coup de hachette à fendre le sucre en lui disant : Va [lortcr cela à ton Agnt'S.

S'il fredonne :

Vos pio'ls (lanj le satin ^'oSL'Ml fouler l'herbctlc,

la I.orotte s'écrie : Alfreil on Gustave, je vais tout à l'hcnre le fouler ipielcpie chose; et elle lance ininiédialenient au chanteur un coup de tibia dans ce (pie Paul de Kock nomme, dans ses jours de chasteté, — le fémur.

Si la Lorette soupçonne son Arthur d'avoir aprùs le spectacle un souper avec des rivales , elle le prie de la reconduire i domicile : elle le fait passer près d'un corps de garde vers minuit ; et à peine est-elle à queicpies pas du faclioimniretpi'elie jeite àriin|iioviste son chàle en sautoir sur les épaules de son sigisbée , et d'une voix d'adjudanl-major elle crie : Ju voleur... Le caporal accourt, l'Arthur est signalé comme attentant au droit de iirojiriété. «i Mais, Annctie, lu es folle, s'écrie-t-il. — Caporal, mettez les menottes à ce drôle qui se iiermet de me ttito\cr ; il se croit sous la llépublique : jamais je n'ai vu cet être. « Le cajjoral emmèni' l'Arlliur, la lionne s'éloigne; cl après une nuit de cnnlinement solitaire, le captif parvient D prouver que, s'il n'a|)parlient pas à cette classe honorable qui donne des châles, il ne doit pas non plus êlre rangé dans la catégorie de ceux qui les prennent.

La Lorette jalouse ne reconnaît aucunes lois sociales, aucune condition de mutisme, aucune force paralysante.

Pendant la revue de la garde nationale, elle fend les rangs au défilé et dit à un Arthur capitaine : Eu passant sous le balcon de Louise, si vous saluez de l'épée, je vous soufflette de mon éventail à la tête de votre compagnie,

Kn passant sous le balcon en question , le capitaine tourne la position , il se mouche.

Si la Lorette est dai'is une stalle de balcon au théâtre et qu'elle ■aperçoive à l'orchestre son Arthur regarder langoureusement les

actrices , la Lorette se lève et s'éci ic : Adolphe, aiircz-vous bientôt fini de lancer votre •prospectus aux actrices?

Kl elle reprend sa place avec la gravité d'un député qui se retire de la tribune où il a demandé qu'on empêchât les tribunes d'éternuer.

Il y a toujours une époque dans la vie de la Lorette où la misanthropie la pousse à fuir tous les hommes /le Taris; elle croit que le paradis terrestre avec ses anges est exlra-rauros. Alors elle réalise ses capitaux et s'élance dans le coupé d'une diligence escortée d'un carton à chapeau.

Elle va se désaltérer à tous les ruisseaux d'onde minérale qui coulent dans notre belle patrie; elle fait collection des plus beaux cailloux qu'elle trouve sur la voie publique ; elle achète des morceaux de vieilles marmites romaines ; elle fait un herbier de pissenlits et de tiges d'épinards sauvages. Mais le mal du pays court les monts avec elle. Un luatin elle se r£veille avec l'appitit

(lésa leire natale et la soif de son Anhin-. Il y a entre lui et elle beai.conp de mvriainètres. Sa bourse est vide, ce qui est absolument pour elle roMiuie si la (lili;;ence était pleine, hnlin le Destin, sous les traits d'un coiiilucteur de inessagi'ries, la conunandile d'une place de banquette!

Badset de la Iiorette.

Maintenint suivons la Lorette sur le terrain de l'économie do-

mesliipie ; assistons au inorcelleinent (prelle fait de sa fortune non patrimoniale et Irès-peu héréditaire. Siii»ons la répartition de ses ca|)itau\. Ilien des gens se demandent .i quoi l'argent peut servir aux Lurettes; et sans creuser la (itieslion , ils répondent : à rien ; Ou bien en vers ,

Largont pour la Lorette est un meuble iiiulile. Et cette conclusion , ils la tirent de cette grande vérité sociale .

(jne les robes, les buurnous, les chapeaux, les ganis, les brodequins, les lorgnettes, les ombrelles, etc. , etc. , sont une manne bienfaisanie qui tombe gratuitement sur la Lurette dans son pèlerinage vers la terre; promise. La |)rovidencc (|ni fait tondier cette manne a ordinairement des gants jaunes. Or, si la Lorette n'a pas besoin d'acheter, à (pioi servent les acitctoirs, mot trivial ennobli par le grand Napoléon, qui, au dire d'ijuile Marco de Saint-Hilairc, .se plaisait à en faire usage! Il y a des Lorettes qui nomment \qs achetai rs, quibus ; d'autres nomment le (piiluis, grains d'or ou d'argent, suivant la nuance du métal.

Mais ne sortons pas de la (jueslion , et montrons à quels nombreux impôts la Lorette est obligée de satisfaire, ce qui expliquera la rapidité torrentielle avec laquelle s'écoule entre ses mains un llcuve d'or, en d'autres termes comment elle dévore un demi- ' sac de mille francs. La veille du jour où le l'aclole, c'est-à-dire le sac de grosse toile grise, monte au domicile de la Lorette, elle est réduite à exploiter ce qu'elle nomme sa pièce de crédit. C'est une pièce de monnaie presque toujours de cinq francs ; (piand elle est de vingt

francs elle prend alors le nom de grande pièce de crédit. La propriétaire de la pièce en question ne la change jamais , c'est un talisman à l'instar de ceux que M. Perrault donnait à ses fées. On dit à la crémière , à l'épicière :

Je ne vous paye pas aujourd'hui, je ne veux pas changer ; et en disant cela I.S.' ..•^v^ fl^^°^PTffT~"T'¥fi'"'^ "" nioncc la pièce, afin

de prouver que si on voulait on changerait. 11 faut avoir soin de n'acheter aucun objet qui dépasse quatre-vingt-dix-neuf sous trois liards ou 699 centimes. A l'aiilc de ce procédé, il y a des Lorettes qui ont dû jusqu'à 200 francs à leur porteur d'eau. Arrivons au budget. Passons en revue chaque article.

BIRLIOTIli':QUE POU T. RIRE.

Le (oi/ir. — l a (.(ir<lU" iiililligciilc pciil mctlrc 0 h ce rliapilic de (U'pc'iise. Depuis (itiil(|iii's amicH's l'art de se loger smti.s a fait de grands progrès, vu la rapidité des ronslriictions. Dans la rue Notrc-Damc'-de-l.nrelle il a été longtemps d'usage de prendre des locataires sans leur imposer aucune lave, pas même le son pour livre, ni la dîme du gaz. Ouelcpies propriétaires ont même poussé .<ii loin le (lé>ir d'avoir les lieux g.nnis, qu'ils pavaient les ports de lettres de leurs locataires. On concédait gratuitement , pour six mois, un appartement complet aux daines assez intrépides pour risquer les rliuuKitismes produits par les pleurs du plâtre. Quand on avait essuyé pendant deux termes ces susdites pleurs, on rentrait dans la classe dis locataires payant leur terme. Les liôles , Irop liers pour se souineitrc à ce joug, allaient ciiercher dans la maison voisine d'autres pleurs h tarir. Dans cette lutte contre les plilrcs neufs, les Loretles étaient de vraies Jeanne Haclicitc; je n'emploie pas, pour cause, comme expression comparative, le nom de .leanne d'Are. On a vu de ces héroïnes changer d.rns l'espace de quatre années seize fois do domicile ou plutôt de bivouac.

Mais, malheureusement pour ces intrépides lorataires, les maisons nrnvesont vieilli, et en trouverait à peine aujourd'hui à louer rue Notre-Damede-I.orelle une mansarde payable en rhumatismes. La J.orelle est réduite h porter ses pénates économiques rue Navarin , rue Neuve-Uréda , rue de Laval, rue P'onlaiuo-Sainl-Georges, rue Il Ferrière, oii elle rencontre encore, sans bourse délier, des domiciles provisoires. I!n chcrrhnni bien, en giieilaiit l'apparition du bouquet des charpentiers et des couvreurs sur le faîlc des édifices, la Lorelte peut donc arriver l\ ne pas grever son budget de la dépense du loyer.

La ùoiiiic ou fcwmc de ménage de (a Lorcifc. — Voici un

moyen qui nous a été

révélé et qui nous a

>-^ ^jœ-ija-r-*-./) r-Tn fort ingénieux

I iÏT, if ..t^^^MJi^jMf^ ,-^'^\^ r^u'" arriver à l'écono-

' 'I l^PriBifii^BYllF^ / '^ <fSk\i\ '^''*' *'^^ S'igPs d'une

chandiriére. Admettons d'abord, lecteur, que vous soyez une jolie Lorelte et que vous connaissiez un aide de camp du roi , ou un questeur de la chambre ;-*» des députés, ou un député , ou même un capitaine de la garde nationale qui ne chante jamais (a Marseillaise. Quand vous avez, comme on dit, dans T' trc manche, votre aide de camp, votre qucs'.eur, votre député on votre garde national , vous vous mettez en quête d'une femme de ménage ou cordon bleu, dont le nom de famille commence par CCS deux lettres : De.

S^ppo^ons donc que vous ayez découvert Félicité Denise, et que vous l'ayez prise en service à raison de 300 francs par an.

Quand arrive le premier mois de gages , vous prenez une feuille de papier vélin , et vous signalez à la bienfaisance royale ou ministérielle, midamc Félicic de i\ise , rejeton d'une noble et mallieureuso famille dimt la fortune .s'est engîontic sous les décondircs des léviilulions. Quand la lettre est formulée, vous allez trouver votre M'rénc, vous lui imposez une apostille en faveur de votre protégée; ou bien vous obtenez qu'il aille solliciter lui-même une pension ou UD secours (wur la descendante des Nise.

La gratification arrive au domicile de la Lorelte, qui a dit h Denise : Tant que tu seras ici, lu resteras noble cl pensiminée du-gnuvernemenu Le cordon-bleu prend ses fonds et retourne à sa Lroche.

l'es Lorclles ont, dil-on, d'autres moyens de salarier leurs cuisinières; il y a même, assure-t-on, de ces dernières qui pavent pour servir leurs maîtresses , comme les chefs de claqueurs payent pour

ir;^ni~i

applaudir les auteurs. Mais les faits positifs nous manquent , nous demandons le dépôt aux renseignements.

La caisse d'épargne. — La Lorelte met ses chfdcs au »Mont-

(le-piété, qui lui prêle de l'argent à \h p. 100; elle place ses fonds à la caisse d'épargne , qui les enqirnntcà Z| p. 100. La ' - spéculation paraît un peu .){ hasardée, mais il y a nial«!è\ nière de la rendre fruc- ■' tuense. Quand la Lorelte est en jouissance de li»

l|— ;: vret , quand elle passe à : la catégorie de renlière, ,j elle dit : Chai les , vous ' scriiz bien gentil de pla- ,(' cer quelipie chose pour \f. moi; — Adrien, mettez 50 francs sur mon livret ; — Auguste, faites-moi un comp'e rond. Son livret est comme ces albums sur lesquels il faut bon gré mal gré inscrire quelque chose. (;ellc dépense est portée au budget comme recette.

Les pâlissorics. — Un cinquième de la fortune privée de la Lorelte est dévoré par le gâteau d'amandes, le biscuit au rhum , la tarte aux fraises et la galette. Il y a des Loretles qui consomment 90 mètres de pâte ferme par trimestre ; elles exportent les produil.s des pâtissiers jusqu'au boudoir, vous trouverez du feuilletage jus • que sous l'édredun. Chaque page du roman qu'elles lisent le soir est mouchetée par la cerise cuite, tatouée par l'abricot confit.

Cabriolets. — La Lorelte professe un enthousiasme fébrile pour le cabriolet à quatre roues, dit cabriolet nîilord ; le fiacre et pour elle une Bastille ; si parfois elle fait quelques concessions au mystère et consent à s'abriter derrière les stores garance de la citadine, elle s'évade le plus tôt possible de celte prison non modèle et reprend position dans le calcchino : c'est le nom que les Arlliurs donnent au cabriolet dont le cocher est isolé.

Écrivez à une Lorelte : Je vous offre pour la vie un cœur constant. L'épîlre court les chances de rester sans réponse. Écrivez : Je vous ollre pour l'élerniié une flamme vivace. Il peut se faire (|uc le facteur vous rapporte votre pétition sans réponse. Mais écrivez à la Lorette : J'ai l'honneur de mettre, pour la journée, à votre disposition un cabriolet à quatre roues. La Lorette est femme à descendre perpendiculairement par la fenêtre pour vous apporter plus

viteson adhésion. La Lorelte va au bois en cabriolet à quatre roues, elle donne trois francs de prime au cocher riuand il peut accrocher la voiture d'un prince grec ou d'un agent de change parisien. C'est souvent le moyen de faire un tour à la roue de fortune. Le lendemain la Lo- .

rctie va au bois sur un cheval de louage. Un mois après elle s'y montre avec ses équipages et quelquefois avec ses gens. Toutes ne sont pas également favorisées parles chances de la vie, témoin certaine Lorelte à Iaf[utlle advint ce que nous allons dire : Un matin elle se réveille avec de grandes idées d'ambition, elle regarde avec tristesse le joug quasi conjugal ou elle est attachée. ; Son Arthur fait des feuilletons, et la Lorette se livre h la botanique ; et à la chimie appliquées aux besoins usuels, en d'autres termes ; elle épluche les légumes du ménage et a la gérance du pot-au-feu ; soudain elle se rappelle avoir vu dans les contes pas mal de rois ,

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