CII.\PITHE X
lies appartements à louer.
'homme qui désire que ses domestiques le servent avec zèle doii mettre leur intérêt en jeu. Ce principe, vrai en thèse générale, est vrai surtout à l'égard de la |X)rtière, âpre à l'argent comme personne au monde. Aussi, un propriétaire qui entend son affaire se gardera bien de donner h sa portière des gages fixes; il la mettra au régime du sou pour livre. De cette façon la portière , qui gagnera d'autant plus que la maison aura moins de non-valeurs, s'intéressera à la lucaiiun , et fera si bien de la langue que jamais un appartement ne restera inoccupé.
Car la portière a une adresse véritablement phénoménale pour vous persuader que l'apparlement qu'elle vous montre vous convient sous tous les rapports , et qu'il ne présente aucun des inconvénients que vous y avez découverts. — ■ Bon Dieu , que cet appartement est triste 1 » vous écriez -vous. — « Triste, monsieur?... n'y a rien de gai comme ça... c'est parce qu'il n'y a pas de meubles. .Monsieur n'est pas sans savoir que rien ne rend un appartement triste comme quand il n'y a pas de meubles. — Et puis c'est sombre !... à peine si le jour y pénètre, et je suis sûr que l'on n'a j.imais ici un rayon de soleil. — Le temps est si noir aujourd'hui, c'est pas étonnant... bien sûr que nous allons avoir de l'orage.., c'est plutôt trop clair... La personne qui vient de le quiiicr s'est en allée pour ça. — Parce que l'appartement était trop clair? — Oui, monsieur... c'était une vieille dame qu'avait une phthatviie... Les médecins lui ordonnaient l'obscurité et trouvaient que le jour ici était trop vif... c'était surtout le soleil qui l'iucommodaii le plus. — Elle puuvait fermer les Persiennes. — Ça pénétrait tout d'mèuie.
— Et connue c'est inconmiode , ajoutezvous; il n'y a pas une armoire. — Pour ça, monsieur, c'est vrai; je n'irai pas à l'enconlre... mais vous avez vu à l'entrée , <]ui' grand portemaiiieau il y a. — l'n portemanteau ne remplace pas une armoiro. — Ça vaut bien mieux... les habits se chiffonnent dans une armoire, tandis qu'à un portemanteau ils restent toujours dans {eux plis. — .Mais je ue peux pas serrer
tn
niRLIOTIir:QUE POUR RIRE.
mon lingo an portoinnntiMii. — Cioycz-moi, monsiciir , no vous ari(?trz pas h ces pniies inénulics... I/appartcinent est si agriai)(c, si pioprp, si l)ion afré !...
— Mais quollo est donc cette odeur qui me poursuit depuis que je suis entrt.^? ce sont les plnuihs, je crois!... — Les ploiuhs!... tiens, c'est vrai... (loniiueiit donc (|iic ça se fait?... v'Ih la preniii're fois que ça arrive... c'est ce gueux d'orale, bien sûr. — Si c'est comme ça chaque fois ([ue le temps est h l'orage... — Jamais, monsieur... je vous dis, c'est la première foi.s. .. ça m'étonne moiluènie. ..
— Et quel est le dernier prix? ^ Monsieur, je vous ai dit 1,200 francs , il a toujours M loué ça... je peux vous le prouver... mais vous avez l'air si bon et je tiens tant h vous avoir dans la maison , que je vous le laisserai pour 1,100... Le propriétaire me bougonnera... tant pis... je luidirnique je me suis trompée. Mais c'est bien parce que c'est vous, au moins, que je m'cxiioseb avoir des désagréments bien désagréables ! •>
Vous le prenez, cet appartement si agrcable... vous y êtes comme dans une prison... Il faut allumer de la bougie ii deux heures... jamais un rayon de soleil ne vient percer l'obscurité... Toutes les cheminées fument, et l'aimable odeur qui avait émousiillé votre nerf olfactif régne depuis le I" janvier jusqu'au 31 déecnihre. De plus , vous avez l'avantage de le payer 1(10 francs de trop : jamais avant vous il n'avait été loué plus de 1 ,000 francs , — et quelquefois même neuf cents !
Si vous adressez îi la portière quelques réclamations , elle les élude toujours avec la même réiHjnse : « Je ne sais pas commiMit ça se fait... jamais ça n'gst arrivé... ça m'étonne moi-même... Personne ne s'en est jamais plaint... faut que monsieur soye bien suscstiih: »
Et vous déménagez au bout de six mois.
Mais peu importe h la portière; elle trouvera nioycn de louer l'appartement h d'autres comme e'Ie vous l'a inné h vous, car il lui faut son snu pour livre sur la totalité de la maison , — et clic finit toujours par le trouver et par empaumer quelques nouveaux jobards.