L'ÉCOLIER
Par Edouard OURLIAG, — 65 Vignettes de GAVARNX.
^êmê^
Frélimlcaires.
otre toge virile , à nous autres Français, est beaucoup pins étroite , et nous la niellons de bonne beurc , mais elle nlnipose aucune obligation.
C'est une espèce de vêtement tout d'une pièce, bifurqué pour les jambes, fendu à rebours depuis la nucfue jusqu'au milieu du gs-^^ corps, garni à cet endroit v^^ de boutons qu'on ne boutonne jamais, d'où jaillit fans cesse, en cascade majestueuse, un bon pied de chemise dont l'usage est s^i varié !
]Ln un mot , c'est une culotte !
Je commence par un mot bien redoutable eus oreilles anglaises. Cela s'appelle prendre un sujet ab ovo.
Mais, quoi ! je ne serai guère lu par celles de ces dames qui ne savent pas le français, et celles qui le savent en ont bien vu d'autres.
Donc, le jour mémorable oCi le jeune citoyen jouit de cette prérogative extérieure de son sexe, ce qui arrive d'ordinaire entre la quatrième et la cinquième année pour les enfants d'une préco-
cité moyenne, on lui achète un catéchisme, on lui donne deux tranches de pain frottées de confitures , et le voilà écolier pour longtemps, peut-être pour toute sa vie.
Cejour-lbest un jour de joie , les livres neufs, la culotte, les confitures sont le miel dont on frotte les bords du vase amer de la science. Et quelle analogie touchante s'offre à moi ! l'enfant lèche l'enduit de ses tartines, déchire son livre, salit sa culotte; reste le pain sec et l'école.
Le prétexte est que l'enfant doit apprendre à lire.
Il y a des parents qui avouent crûment qu'ils cherchent à se débarrasser de leur fils bien-aimé durant la journée entière.
Mais , je vous demande , quel peut être le sort du malheureux qui s'embarrasse de ces vingt ou trente enfants dont chaque famille s'est débarrassée?
Ce malheureux, qui peut être, selon les lieux et les circonstances, un homme ou une femme, n'a rien h leur apprendre, il n'a qu'à les gardir. Ceci n'est point encore l'école, c'est une sorte de troupeau et de parc. L'infortuné! que ne garde-t-il plutôt les dindons !
Elle avait bien compris ceci, la bonne tante Chapelet! Qui
"sait ce que cette pauvre femme est devenue?
C'était à quelques pas hors la ville, dans un faubourg où s'étaient amassées quelques maisons misérables. On entrait par la boutique de M. ChaptUt , qui était menuisier , et dès les premières marches de l'escalier branlant et vermoulu, on entendait un babillage haut et confus , comme un bruit de cigales dans les champs en plein midi.
i!ii;i.i()nii:<juE polk luia;.
Il y avait Ih anc »ihglaine d'enfants des diux suxes, mais toilS en rohcs et tous bavards, tous biiiynnls, tous pliurants, tous gourmands, tons jalonx cl toiis hinlionill.'s.
Il n'y avait là de raliiie tiue lo iiiicilk noir au fond sur la nnirailir n'uc , cl, à l'antre houl, la digni- taule Cliapelet, assise sur sa chaise, les innclles sUr le nez. Tous doux doniinaieiii la scène, cl tous deux se regardaient. MOmc st-réiiité, iiiènic patience , niêinc résignalii)ii, iiiOiiU" ntlilndc souveraine, même toule-inii-sance. La tante lliapelel somliiail consulter le Cliri.st , et lo Clirist semblait encourager la lunle Chapelet.
Je l'appelle la /(7>i/ts Chapelet, parce que c'est le nom qu'on donne eli ce pays-lil aux maJircsses d'école. Ce n'est pas moi qui bkuneral re nom doux et maternel. Le bon sens de ces braves gens a deviné relie règle louclianie de renseignement religieux, qu'il faut que renfanl puisse appeler son maître »»i())i père.
Quand je dis que la lanle Chipeiet avait compris sa profession, c'esl qu'elle avait h sa droite, dans rattilude du soldat au repos, un roseau de douze piitls environ qui , de la place qu'il occupait, pouvait atteindre i toutes 1rs extré:nités de la salle ; et dus que les niarlnots d<5passiient çà et là la limite voulue d'ordre et de silence, ce nweaa s'allongeait ei leur donnait sur les doigts sans que la bonne madame Chapelei sourcillât. On voit que la comparaison du pasteur est exacte jusqu'à la houlette.
Il y avait de mon temps des nuisons où l'enseignement avait la prétention de marcher plus vite , et , tout eu abordant les mystères de l'A U C, on livrait aux enfants de grandes tables creuses pleines d'nn sable Bn et de longues ardoises où la salive effaçait l'ècrilure.
A force de soins cl d'application, les écoliers parvenaient h figurer sur ce sable les compartiments d'un jardin anglais avec fossés, bassins, bosipiets, labuintlics et cascatelles.
Quant aux ardoises , j'y ai vu exécuter d'une manière surprenante , pour un âge si tendre , le profil d'un hoiuiuc qui fumait. Ces écoles s'appelaient VEnseùjnement mutuel. Il m'en reste un souvenir bien fait pour frapper de jeunes imaginations, c'est qu'on allait en rang, en marcpiant le pas comme des grenadiers, se poster en demi -cercle devant des tableaux abécédaires où des enfants qui savaient peu étaient instruits par un autre qui ne savait rien. Quoi de plus mutuel , je vous le demande?
Mais, qu'imporle7homme ou femme, fille ou veuve, prêire ou laïque , qu'elle soit trois et quatre fois bénie la douce créature dont la patience parvint à nous apprendre à lire , ce bieiifailcur qui demeure presque toujours inconnu. On apprend à lire comme on apprend h voir , à marcher , à parler, sans savoir comment.
Je me souviens seulement que, vers l'âge de quatre ou cinq ans, je dévorais les Œuvres de cet aimable Berquiu et les Aventures admirables de Robinson Crusoé, et je ne sais à qui je dois ces premières cl ces plus pures joies de ma vie.
Je ne connais rien de plus difficile, de plus charitable, de plus rebutant ((uc d'apprendre à lire à un enlant, si ce n'est pourtant d'apprendre à lire à une personne raisonnable.
Quand vous avez démontré pour la vingtième fois à votre écolier que b et a font ha et (|uand pour la vinf;iièiiie fois l'écolier a dit 6u, essayez, ffii il voire fils, de ne pas casser la tète à votre écolier?
Calculez maintenant ce qu'il a fallu
de bonté , de dévouement , de patience,
de résignation en France , pour que le
5'-^^^^ plus sot des journaux ait trois mille
abonnés.
iUais jusqu'à présent, l'écolier n'a rien montré de son personnage ; ce n'est qu'un enfant qu'il faut laisser manger, pleurer, dormir et le reste. Vous ne soupçonnez
pas toute la malice qui couve et hiOrit sous ses cheveux blonds. Vous ne devinez pas les coliques, les fièvres chaudes, les phlhisies pulmonaires, les rhumes, les catarrhes , les transports au cerveau qui s'amassent jiour les professeurs entre celle casquette en coup de vent et celle culoUe si mal buuloniiéc.
L'école bulssOBttlère.
e plus beau jour de la vie, au moins au même titre que celui où l'on se marie , où l'on iléiiiporle son premier prix, où Ton i;agne sa première bataille , où l'on fait sa preniière sottise, etc. , etc., c'est celui où l'on jouit eu toute propriété d'un encrier et de quelqjes plumes.
Avec quel soin on remplit la bouteille, avec quelle dévotion on la renverse, avec quel zèle on se noircit le nez et les doigts ; de quel courage on griffonne sur tous les chiffons de papier; de quel cœur on barbouille son cahier, son banc, sa table , sa veste , sa culolle , son mur , et comme tout l'univers se concentre dans un pâle d'encre !
Ce preiuier encrier n'est pas sorti de ma mémoire ; c'était une belle et bonne écriloire faite d'une fiole enchâssée dans un morceau de liégo carré, percé d'un trou à chacun de ses angles; elle dura peu, mais je revins le premier jour chez mon j>cre sous la couleur d'un esclave africain.
L'enseignement primaire est difficile à définir. Il est certain qu'on en son sachant écrire , mais il est inconcevable qu'on y parvienne après un temps assez confusément distribué entre l'éducation des hannetons, la confection des cerfs-volauls , le pugilat et le dessin à la plume et au charbon dans tous ses raffinements. L'école est obligatoire tous les jours, sauf le dimanche et le JEUDI , gravés en traits de flamme dans la mémoire de l'écolier. Dimaiiclic! jeudi! qui nous dira quels beaux ciels, quels horizons dorés et magnifiques s'cntr'ouvrent à ces mots-là! Combien ces jours sont gros de promesses joyeuses , et comme ils nous dérobent tout le reste de l'avenir ! Mais aussi , qui nous dira , quand ils finissent, quel voile sombre s'étend sur le jour qui les suit, crêpe funèbre où se dessine, parmi les décors fantasmagoriques de la classe, la pâle silhouelle du maître d'école!
Je ne serais pas éloigné de croire que cette horrible pensée d'aller à l'école tous les matins , a déposé dans de jeunes âmes ces premières couches de lie qui aigrissent les caractères.
11 est, à la vérité, un moyeu d'esquiver ce souci, ([ui est de
s'habiller avec soumission , f[ de ranger ses livres docilement, de remjilir son panier avec courage , d'embrasser son père et sa mère , de partir exactement à l'heure et de s'en aller d'un grand zèle à Montmartre , ou sur les quais, ou sur les boulevards , dans le recoin de Paris le plus éloigné de ^j~^s^f^^^TT"^^' l'école et du maître; après quai , I on revient par le " même chemin comme si
de rien n'était. Celte méthode présente des écueils.
1" Le maître a coutume d'exiger une attestation des parents, qui dit comme quoi ils ont retenu leur enfant.
2" Il n'est point de statue, de pétrification subite, de congélation magique , ni le Commandeur du Festin de pierre , ni la salaison de la femme de Lolh , ni l'Ajax foudroyé, qui puisse donner
L'KCOI.ir.lU
une idée de la translîguraiioii de l'écolier s'il \iciit ù rencontrer quelqu'un de ses pareuis, ce qui peut lui arriver toujours cl ce qui lui arrive souvent.
I.c simple aspi-ct d'un parent ou niCnio d'un ami de la maison s'envenime, à cet instant terrible, de toutes les puissances de l'oeil du basilic sur le dernier moineau. L'enfant pâlit, s'aiièle, et entrevoit tout fbloui des milliers de chandelles multipliées par un nombre indéfini de taloches. On a vu de ces petits malheureux
confondus , fascinés , éi^arés , s'aller offrir d'eux-mêmes aux regards de l'oncle , du père ou du maître (pii ne les avait pas v us.
Nous sommes trop juste pour dissinuder (jnelques avanta(;es de VEcotc ùuissoiiiiîè rc , que nous soumettons aux réflexions des parents.
L'enfant errant des journées entières sur le pavé de la capitale , peut, s'il est observateur , devenir de première force dans les exercices de la balançoire , de la fosselle, du cheval fondu, et des bains à quatre sous.
11 peut s'orner l'esprit , se meubler la mémoire de tous les répertoires littéraires et gj innasti{|ues des acrobates , marionnettes , charlatans, marchands de cirage , joueurs d'orgue , équilibrisles , jongleurs , bohémiens, chiens savants, alcldes, enfants à deux tètes, aveugles, escamoteurs, paillasses, etc., etc., qui égaient et embellissent les carrefours.
11 peut apprendre l'argot , le jeu de bouchon, et s'élever même, s'il a de l'abord et de l'ouverture, jusqu'à la connaissance de quelques jeunes Clous.
Voyez celui-ci , qui s'en va le long des maisons , la tête basse , son panier d'un côté , son livre de l'autre ; Il se retourne de temps en temps; Il arrive au bout de la rue ;
11 se retourne une dernière fois, il jette un regard curieux çà cl là , jusqu'à la porte de sa maisen , il se déloumo brusquement et se met à courir. — Le voilà loin , le voilà hors de vue, le voilà sur les quais.
Il reprend une allure plus lente, d'autant qu'il sait que le temps ne lui manque pas; son cœur ne bat plus si vite : il s'ennuie déjà. Il passe devant un marchand de gravures, de vieilles images, de caricatnres, il les a vues cent fois, mais il les regarde encore.
Les bouquinistes viennent d'étakr, il parcourt les volumes , il les feuillette , les eutr'ouvre avec un discernement particulier des plus mauvais; il se met à lire enfin tout de bon les Aventures de Mandrin , les j4mours de Napoléon, le Manuel du farceur de sociclé , Sa- (HihOVAï cripanti ou les Bri gande de la Calaùre, les Chansons grivoises, le Tableau
de l'amour conjugal , les poésies badines de Firon , jusqu'à ce que l'étalagiste impatienté lui arrache le livre des mains it le chasse :
il s'en va avec un chapitre de l'aublas sur le cœur, un grand coup de pied antre part, et voilà comme il prélude aujourd'hui à son éducation physique tt moalc.
L'écolier oublie vite les offenses.
Le marchand en est <|uilte pour une écaille d'huttre lancée de loin, pour une poignée de sable , ou de plus loin un seul 11. ot passionné : voi.EtP. !
() bonheur! voici un homme qui dresse une tablette sur deux bâtons croisés eu X. L'écolier l'a flairé , c'est un paillasse , il le connaît d'aillairs, il sait par cœur tout ce qu'il va dire. L'homme ôte sou chapeau et met une perru(|ue, (piitle son habit et endosse une veste ronge, et puis il chante à pleine voix [wur amasser la foule.
L'écolier est au premier rang, riiommc fait le moulinet pour agrandir le cercle et de sou bàtuii lui caresse l'échiné ; mais rien ne l'empêche: on le chasse à travers deux rangs de badauds , il lentre par dessous les jambes d'un cuirassier. Voici que le jongleur demande pour sa démonstration une personne de bonne volonté, c'e.st-àdire une victime, l'écolier se dévoue. On le campe au milieu du cercle, et on lui fourre dans le nez une pincée slcrnutatoire; le tout dans le but de divertir l'assemblée : le malheureux éternue une grande demi-heure au milieu des rires sans oser se plaindre, et on ne le làciie que la bouche en feu , le uez en sang, les yeux hors de têle.
S'agit il de tirer une carte au hasard, de coui>er un prétendu ruban qu'on va raccommoder , de découvrir une muscade, ce malheureux enfant , qui a craint de s'ennuyer à l'école , sert de risée à la populace et reçoit les rcbudades du plus ignoble baladin.
11 s'arrête auprès d'ua empirique, et il évite à grand' peine qu'on lui arrache une (lent , pour l'exemple. Il regarde un physicien ambulant qui le laisse une heure durant sous le feu d'une machine électrique ; il |>asse auprès d'un marchand de savon h détacher qui le happe au collet et lui couvre sa veste d'ordure sous prétexte de la nettoyer.
iMais , qu'est ceci? que vent cet homme? on s'assemble autour de lui; il a déposé sur le pavé une petite litière d'herbe et de mouron , là-dessus se roule un serpent, une couleuvre, une hideuse bête toute vivante. Quand le reptile a épuisé la curiosité, l'homme tire d'une cage un oiseau , deux oiseaux , trois oiseaux qui font iet morts, dit-il, et qui le sont très-véritablement depuis six mois.
Il les pose sur la litière en attendant qu'ils se réveillent à son premier commandement, et J'écolicr ne les perd pas de vue; il
iiiiiLioiiit:yuii PODii uiiiE.
regarde le serpent , il regarde l'homme , il revient aux oiseaux, ne sachant trop qu'en penser. Les oiseaux dcmeureni iilus inorls que jamais et rouiute s'ils n'avaient fait autre chose do leur vie.
Le cercle suflisauiment alléché par ces préparatifs, l'Iioinuic découvre une uianiie pleine de petites taiilettes tontes noires; et cet homme qui a tant parlé de serpeuls et d'oiseaux , vend tout bonnement du cirage.
» Messieurs, crie-t-il, le soulier le plus sale , j'en fais un vrai miroir! Une personne de bonne volonté, il n'en coûte rien I
— Ou moins, pense l'enfant, voici qui est profitable, et j'aurai mes souliers cirés. »
Les souliers de l'écolier sont rarement propres. Il monte sur la sellette.
L'borarac frotte, brosse , décrotte , lustre, cire, polit, et en
eiït't, le soulier prend l'éclat d'une escarboucle, à condition que le cuir en sera brûlé demain par la corrosivc composition.
,^r^ L'opération faite, le jeune Vii^i Iiomiuc se mire coiiiplaisam-
nient dans son empeigne , et met l'autre pied sur la sellette , à quoi l'homme répli(pie par une boiMrade en disant que ceci suffit pour donner idée au public.
Le temps se passe , mais renfant s'ennuie : il s'avise parfois qu'on n'est pas tout à fait aussi triste à l'école. -S'il pleut par malheur , la situation devient insupportable. Oij aller? comment tuer les heures? On a vu de ces jeunes gens passer une demi-journée dans une église, sous l'arche d'un pont , h regarder couler les égouls : le tout, plutôt que d'écrire dix lignes et d'apprendre une page.
Si le ciel est beau, les ressources abondent : et d'abord le matin, on va voir défiler la parade; un régiment passe, musique en tête , on le suit , on marche à côté des tambours quand ils battent , de la musique quand elle joue , et l'on va au pas comme les compagnies, et l'on .se détourne pour regarder ces rangées de moustaches , et l'on ferait dix lieues de la sorte ; si bien que le régiment arrive à sa caserne on au Champ-de-Mars.
Au Champ-de-Mars il y a un exercice à feu : et ce sont encore deux heures bien heureusement employées.
Dans le tempsdes chaleurs, les bains de rivière suffisent à défrayer tout un jour; mais si, par un son fatal, l'enfant, dans ces circonstances, prend le goût de la pèche à la ligne, c'est fini , il est désespère , il ne fera autre chose toute sa vie , il s'immobilisera sur un parapet , il se moisira dans une eau fétide pcle-mèle avec ses asticots, des vieilles savates et des culs de bouteilles , c'est un enfant h noyer dès ce momout-là.
Car, il faut le dire ici en manière de parenthèse, l'écolier en général est d'une patience bestiale. Il y en a qui sont capables de planter et d'arroser tous les jours une vieille canne de jonc dans l'idée qu'il en sortira quelque chose. J'en ai connu qui nourrissaient la passion de faire du verre et qui ont tenté mille expériences dans ce but.
Ce bon Gérard, l'auteur de Léo-Burkart, était dans son temps grand faiseur d'école buissonnière , et il m'a conté qu'il allait passer ses matinées au bord de la Seine, et qu'il y avait creusé un trou en
manière de petit bassin , qu'il remplissait d'eau tous les jours, que la terre buvait l'eau sans cesse, et qu'il avait employé tout un clé à ce manège.
Il y a encore des écoliers qui couvent eux-mêmes les œufs des nids qu'ils ont découverts et qui consentent à les porter six semaines dans le creux de l'aisselle sans faire un mouvement qui les offense.
Il y en a d'autres , enfin , qui mâchent huit jours durant un morceau de caoutchouc ou de gomme élastique, parce qu'au bout de ce temps elle se trouve suffivimment amollie pour se distendre en manière de globule qui se remplit d'air et qui éclate sous le doigt avec un ])etit bruit (pii en vérité n'en vaut pas la peine.
Nous abrégeons les preuves d'imc industrie courageuse et persévérante qui ferait pâlir les Latiule , les Pélissou et tous les forçats qui s'occupent de leur évasion ou qui creusent à la pointe du couteau des tabatières dans un noyau de cerise.
Ii'lntéi-ieur de l'École primaire»
ous savons ce qui se passe hors de l'école , nous jetterons un coup d'œil sur l'intérieur de celte terrible institution.
Le maître d'école est ll^ d'ordinaire un jeune homme en ce temps où le professorat est si chargé de jeunes siijets qu'il ne restera bientôt plus d'élèves.
Il devient rarement vieux, à moins qu'il ne soit d'un extrême endurcissement , d'une ignorance profonde, d'une sottise aussi grande et d'un très -mauvais cœur; le plus souvent quelque péritonite aiguë , quelque congestion cérébrale , quelque phthisie laryngienne l'emporte h. la fleur de son âge avant qu'il ait pu s'illustrer par raclièvemciit de quelques poésies ou le portrait de Napoléon à cheval en traits de plume. Pour la plupart, ils ont le tort d'être mariés; ce qui complique le gouvernement public de l'école d'une administration intérieure et du soin particulier de un ou de plusieurs enfants.
Le maiire, pour parler comme l'écolier, est encore à déjeuner quand ses élèves arrivent le malin l'un après l'autre. Que peut-il manger? c'est un mystère. L'écolier curieux se fait là-dessus des illusions grandioses. Que peut manger un maître , si ce n'est tout ce qu'il y a au monde de meilleur, de plus rare et de plus secret?
Il y en a qui mangent tout simplement à déjeuner une mouillette trempée dans un demi-verre de vin.
On remarquera peut-être que c'est le mets qu'on donne aux perroquets quand on veut les faire jaser.
La classe est donc déserte , fraîchement arrosée et balayée ; les élèves s'y glissent lentement et s'installent; mais comment saisir celle scène multiple? Nous allons écouter aux portes ; et dans le cas où nous serions chargé d'un rapport sur l'enseignement primaire en France , nous transcrirons exactement ce qui va se passer et se dire : encore ce moyen laisse-t-il à regretter le procédé des chœurs de la Iragédie grecque.
Citons les personnages :
M. DesvergcUes, le maître. — Madame Desvevffettes-, sa feunne. — Uocquct. — Filipot. — Vinet. — Anatole. — Isidore. — Le reste ne vaut pas Vhonneur d'être nommé.
Les sujets intéressants qui sont entiés les premiers se groupent et causent d'un air animé. Le jeune Filipot, qui a pris en chemin une grande résolution , passe la têie à travers la porte et dit d'un ton