L'ECOLIER
profond : •• Qu'est-ce (jui \iciil voir passer lu ruvucî Viuus-lu voir la revue, Vinci?
Vinct. — Et rniaîlreî
Filipot. — On y dit zut..- y a personne chez nous. Viens-luî Vinet. — Ali bon non, tant pire.
Filipot. — Ali! que l'es coucimc...
j'y vas , moi.
Finet. — C'est bon , ça va Ctro dit an maître.
Filipot. — Oh ! y dis pas , c'est bote.
l'iiHt. — Eh bien , donnc-uioi qiu- (jtie chose.
Filipot. — Tiens, v'Ià mon coulean.
Vinet prend le couteau et s'enfuit.
— Je le dirai loiil de même... alinipe. Filipot consterné s'écrie: — Oli !...
Il lâche cette dernière injure — Méchant galopin ! — et dispaïaîl.
Finet. — C'est moi qu'a un beau couteau I
j4ixatole. — C'est moi qu'a un hanneton ! Vinct. — Vcux-Iu changer?
Anatole. — J' t'en fiiiiiiiiiiichc... Et toi, veux-tu changer? Vinet. — Ah quin ! j'en ai plein chez nousd'z'hannetons. Anatole. — Et ton couteau donc, tu peux hcn le garder. Vinet. — Eh bon ! changeons. , Anatole. — Ça y est.
On ne peut s'empêcher ici d'être frappé de la mobilité de ces jeunes esprits. L'élève nommé Tonneilier entre dans ce iiiomeni , coiiïé d'un chapeau de paille qu'il porte depuis peu.
Vinet. — Ohô, Zidore! v'ià Tonneilier ! Oh ! c'chapcauloh c'ie tète !
Zidore bourre Tonneilier d'un côté, Bocquet le repousse de l'autre , et l'on crie de toutes parts: — Oh! c'caloquet! nous allons-t'y nous amuser.
Tonneilier grognant. — Lais-se-moi-donc-tran-quille , toi. Zidore revient h la charge : — Oh ! c'nez qui vous fait ! ohé , mayeux"
Tonneilier impatienté. — M'sicu !
Bùcquet. — Ali! t'es capon, toi?... mayeux! mayeux.
Tonneilier. — M'sieu I m'sieu !
LNTERBUPTION.
On s'empresse de réparer ici un oubli notable dans la liste des personnages. Il doit être reconnu que Tonneilier, que madame
Gallocliat et sou fils pren-
^^gpy^ nent une part assez vive à cette scène, et l'on prie d'ajouter:
Madame Gallo chat , Son fils Gallochat , Tonneilier.
Revenons au jeune et Infortuné Tonneilier dont s'agit....
On lui eflbndrc son chapeau de coups de poing. — V'Ià pour ton m'sieu !
Tonneilier. — Hi , bi, hi, qu'est-ce iiu'on va dire chez nous? hi, hi, hi.
Zidore. — Ah ben non, tais-loi, ça ne sera rien... ne le dis pas, hviu?
Tonneilier. — J'veux le dire, moi! hi, hi, mon chapeau qui n'a plus de fond.
Zidore. — Nous soinm' amis, tu sais, ne pleure pas... tiens, j'te vas donner quéque chose pour la peine.... Vli un crayon ronge.
Tonneilier. — J'en veux pas, d'ton crayon, j'veux un chapeau, hi, hi.
Zidore. — Tiens, v'Ii encore un bouton... tu vois, c'est gentil, c'est en vrai or.
Tonneilier calmé. — Nous serons amis , pas vrai? Vinet. — Qu'est-ce que t'as dans ton panier? Tonneilier. — Du raisiné.
Vinet. — Donne-moi-z'eu un peu.
Tonneilier. — Est-il ijneulard donc, celui-li! V'Ib pour Zidore; toi, l'auras rien, l'es trop gueulard: v'Ià ce que c'est de demander.
Vinet. — V'Ià ce que l'auras, toi. — Il lui donne un soufflet éclatant. Tonneilier crie et appelle, on étouffe .ses cris, on l'entoure, on lui fait les cornes.
Zidore monte sur une table et déclame:— Prêchi, prâclia, la chemise entre mes bras, le bonnet sur mes cheveux.... Une voix: — Me(j' à vous, v'Ià m'sieu ! Zidore, dans son empressement, tombe du haut de la table en bas.
Un ami. — Bien fait.
Zidore. — Ça m'est égal, je ne m'ai pas fait de mal. Il se met à pleurer.
Mais la scène change: le maître paraît à la porte et crie d'une voix forte: — Gare là-bas, si j'y vas. Sensation marquée.
Tonneilier. — Ui, hi, m'sieu!
Le maître. — Attends, attends, chenapan... J'vas vous en faire du train, moi.
Il entre.
Tonneilier. — Hi, hi, m'sicu I Vinci m'a bat....
f.c maître. — C'est donc toi, savoyard, qui... (il lui détache une claque à tour de bras), et à genoux tout le temps de la classe î Tonneilier. — Ho lo lo lo lo la
la la la, c'est pas moi qui bi, bi
Le maUre. — A genoux! obstiné!... Silence par là , ou j'en vais faire autant... Ah, tu as une mauvaise tête! et moi aussi... Nous allons faire la prière.
Tumulte , bruit de bancs et de vaisselle dans les paniers. Le maître.. — J'avais dit déjà qu'on devait déposer la mangeaille derrière la porte... dorénavantje la confisque... pour Azor... A genoux !
Il fait le signe de la croix: — In nomîne Patris... Il jelte un regard furieux à droite et à gauche. — In nomine Patris... J'te vas aller cingler, toi là-bas... /u nomine Patris... — Tonneilier gémit encore d'une voix étouffée. — Qu'est-ce que j'entends?... In nomine Patris... Le maître lève la main pour un nouveau signe et la rabat violemment sur la nuque de l'élève le plus proche en appuyant sur ces mois: — I n-no-mi-ne-Patris, ct-de-lamain-droite-animal!...
L'élève à demi-voix. — Chameau!
Le maître. — Qu'est-ce que tu as dit?
L'élève levant les coudes. — Pas moi , j' ne dis rien. Vinet. — M'sieu , il vous appelle chameau. Le maître impétueusement. — On ne te demande rien, toi... enfant de rien du tout , ver de terre ! — Il court à Vinet et le secoue par les orcUles.
Vinet. — Holà , holà, c'est pas moi, c'est lui qui vous appelle cha-a-a-a-a-nicau, chaaaa-meau, hou you you you you!
lîllil.lOI IIKOUK i'Ol II lîIRE.
l.c maître. — Ab ! Ii's vermines !... vous voulez donc m'épuiscr , m'assassiiuM' !
Il parait hors d'haleine. Gullochal se glisse diuis i,i classe.
Le madré. — In noinine Patru... D'oùscjue lu viens à celte lieuie , toi ?
Gallocltitt. — M'sicu, ni'man a dit comme ça queje vous dise, qu'elle avait dit (iiie... que... elle n'avait pas fait cuire àdrji'iiiitr. .. et (ju'il était iroj) lard.
Le maître. — Ileluurnes-y cl tout de suilc , on n'( nlre pas apriV-i neuf lieures.
Ualloc/tat. — Mais, ni'sieu...
Le niaiire s'él.ince après lui , il s'enfuit eu criant.
Le iiHiiIre. — In uominc Putris cl l'ilii et... (Callochal rentre à (|ualre pâlies, le maître s'éiance de nouveau; Galliicliat (lisparail , le maiire couliiiue): — et Fitii cl Spiritus sanvli-..
Les élèves sur l(uis les tons du miaulement: — Jmrn!
Zidore, après les autres, note aiguë, cvagérée: — A.MIïn!
Le maître dévorant sa colère et les dents serréis: — Vcni, .saucte Spiritus... Ici, liocquet , ici, scélérat: (jueje le casse un hras ou deux... Je te ferai suivre , moi !
Bocquet. — Si, m'sieu , jesuis... sanc.tcSpirUus,sancle....
Le maître avec un nionvcmont passionné. — Je vais t'en donner 6Ur les reins, des sanctc Spiritus... Apporlc-moi ce que lu câclies dans la culoite.
Bocquet. — ^. M'sieu , c'est mon déjeuner.
Le maître. — Viens-tu?... (Bocquet lui met dans la main un cornet de mélasse. ) Vilain dégoûlant, tu no l'auras pas, ton déjeuner, sauvage!... la brute, la brute elle-ménu', vaut mieux que vous, car au moins la brute... mercenaires!... Vint, saticie Spiritus, Bs — Bs — Bs — Bs — Bs — inrende — Bs — Es.
Les élèves. — Bs— Bs — Bs — Bs — Amen !
La classe commence, le maître demuntle les leçons, on entend un frémissement de feuillets.
Tonnellier. — N' pousse donc pas, toi.... M'sieu !
Anatole. — Tiens, capon, va dire à m'sieu.
Tonnellier. — M'sieu I ! !
ylnatole. — Oh c'tle échinade ajirès la classe ! lu verras, va ! capon ! capAn! fd.)U !
le maître. — Nalole, l'évangile?
Tonnellier. — Bien fait.
/Inaiole. — Grand voleur, tu verras (il se lève et commence très haut): En ce temps-là... là... là... à... En ce temps-là... «... En ce temps-là... à-.. Jésus... lis... us...
Le maiire. — Sait pas, quinze fois l'évangile h copier. Anatole. — Si , m'sieu , si , tu'sieu... En ce temps-là... à... à...
Tonnellier, bas. — Bien fait.
Anatole. — En ce temps-là à à, (bas) filou! filou! (haut) En ce temps-là... «... à...
Le maître. — Copier trente fois.
Anatole. — .Mais, m'sieu.... — Quarante fois. — Une injustice, nà. — Cinquante fois. — Ferai pas, nà. — Tu raisonnes!... — Le maître se lève. — Si, m'sieu; si, m'sieu; (plus bas) injustice, n5 ! filou, \ù. !
Le maître. — Zidore, l'évangile.
Zidore se lève avec empressement et parle fort vite. — En ce temps-là. En ce temps-là, En ce temps-là... M'sieu, papa a été malade , j'ai pas pu apprendre tout. Le maître. — Une attestation de vos parents? Zidore. — M'sieu , papa élail malade.