I.'ÊCOLJER
Il cOilf à l'i'iiioiion , sa voix s'aitôrc, ses yeux s'hnincctciit , il s'e^Miio la lignie de son iiKniclioir. Sensntioii de profuiidc slupour et du l'oiiip.issioii parmi les f'iùves.
Le madve. — Vous apprendrez l'évangile suivant... nous devons avoir fini à !:i l'Ole- Dieu... un évangile par jour, conune ça...
Il prend lin livre ei imiiipie (pi'on passe h la dictée. Les caliiers s'ouvreiil , les plumes s'ap|)rèlent.
I.e nuit'Ire dictant. — Le vieux Ntstor répond en ces tenues... Le rieii.v... ^'elilt)r... n'poiitl tu ces termes... aii.r .evrot/es... Je le vas frotter les épaules, loi, l^-has, \a-nupieils. Vit élève écrivant. — Frot-ter-fes-t'ptiutes. Le mnilrc. — Tu écris ça, toi, ignare?.. , m me confonds avec Fénclou... (il sourit), c'est pas mauvais... pauvre I-'éiielun! (Il reprend sa dicléc). Diius le ctinuil de l'heureuse Hèlijue... dans te... je ne sais plus ofi j'en suis... Le vieu.v Nestor... Àiuiiote. — M'sieii , voulez-vous me tailler ma plume? Le iiiiidrc avec une intenlidii maligne. — .Monsieur, me ireiiczvous pour un tailleur? y, ne suis pas tailleur...
Les élèves avancés se mettent i( rire. I.e maître réprime à demi un .sourire de satisfaction, et demeure quelques secondes sans parler. Il reprend sa dictée.
— Da/is le eliimU de l' /leiimise... non, ce n'est pas ça... Le vieu.v Nestor répond, virgule, aur envoi/ts, virgule, du roi d'illtaijuc , dru\ points: Amis! point d'admiration ..
En ce moment Viuel duniic sans aucun iiiolif im violent souiïlet 5 'ronnellier penrlié sur son papier. On s'étonne et \iiRt s'écrie — WMeu, 'ronnellier, y me donne des calottes. Le maître. — Ici, Tonnellier.
Tonuetlicr oppressé et stupéfait. — M'sieu , c'est lui. Le maître. — Ici, brigand... faut que tu sois bien féroce, toi! (il .soulève Tonnellier par les oreilles). Tonnellier. — Holà, holà, liooooolà! (furieux) Grande bête, nà! Lcmatlre. — le t'anéaiilis, luitérnble.... Tu es donc un fl'au. In es donc né pour le tourment des humains... On aurait dû l'étouffer en naiss.int... Si j'étais ton pérc... Mais, les parents, c'est si indulg! nt... .le ne sais plus oij j'en suis... datis le climat de l'heureuse Itcti/fue... savoyards!
Gnlloclint rentre avec sa mère et se tient humblement derrière elle. La classe e?t interrompue, les élèves chuchotent.
Madame Gallochat. — Mande bien pardon, mosieu Desvergeites , sans vous déranger...
Le maître. — Comment, madame , je suis enchanté de l'occasion qui«me procure...
Madame GuUocliat. — L'pelit est revenu chez nous, qui dit : Le mosieu m'a grondé. Attends, que j' dis, j'vas \oir, çan' sera rien. Il n'osait pas revenir comme ça tout seul.
Le maître. — Oh! madame, quel eufauiilla;;e... Vous avez eu toit, Gallochal; pourquoi n'osiez-vous pas , mon petit ami?
Madame Gallochal. — Tu vois, petit, mosieu e.st bon... Vous savez quel'fois y ne .sont pas fâchés d'.iller comme ça courir... Oh ! irais , que j' dis, j' vas l'y ramener, j' vas y parler, an mosieu... L'iinnltre. — .Madame, je suis enchanté de l'occasion... Mndime Gallochat. — Y a pas de quoi, mosieu Desvergeites... Allons, petit, ôle la casquette, v'Ià ton panier, va avec tes petits Muiarades, et profite... C'esl-il sage, c'esl-il savant, tous ces petits m''ss;eur.s-là?
/.e matire. — Mais , Dieu merci , je n'ai point à me plaindrç , en 1 , ra va.
Madame Gallochat. — Ah dame! ç'esl pas luul des roise.". Seigneur Dieu, qu'on doit avoir quel'fois du mal dans vol' étal I...
Le madré. — .Mais comme ça... il faut des soin.s.
Madame Gallochat. — Allons , ti revoir, mosieu Dcsvergetles, excusez bien.
Le madré. — Comun'iit , madame , c'est moi qui... ( Klle son. A Gallorlwi, d'un ton dur : ) \eux-lii m'ouvrir ton livic tout de suite? ((;allochat fait un mouvement pour rejoindre sa mère.) Veux-tu re.>.ler là , drôle (il le lepousse sur le banc d'un coup de poiniO- lli'i»! l'uiu! ouf!... Dans le climat de l'hciinusc /totii/ur... lion, bon, ne vous ^ùiw/. pas, continuez, la-bas, c'est fort bien.
Bocquet et Zidore se fiappenl l'un l'autre. — A loi le dernier.*
— C'est lui cpji l'as.
— C'est loi. El zut et sut! — El zul et :m«.'
Le madré. — At- P tendez , je vais me mettre de la partie.
lioeipiet et Zidore passent sous le banc et se fia|ipeiil alleinalivement en fuvaiil : le maître les |H)ursuit.
Zidore. — (;'est toi qui l'as. Bocquet. — C'est toi. Le maître les saisit, ils coniinucnt de se renvoyer des tapes.
/.e maître. — Ah ! déchaînés ( il les secoue par les cLeveiix) ! à genoux, et au pain sec tous les deux (ils se mettent à genoux) ; les .savoyards! (Il reprend son livre.) Dans te climat de V heureuse lié tique...
Zidore et fincquot, rampant sur les pieds et les mains, s'approchent et continuent leur e.scarmouche.
Le maître s'élance. — Ce ne sont pas des enfants , ce sont des bêtes féroces... (il les sépare b grands coups). Viens ici, toi... et vous me le paierez cher tous les deux.
Bocquet à voix basse en tirant la langue. — Ohé , Zidore! Psi! pst ! (;'est loi qui l'as.
Zidore. — M'.sieu... j' vas y dire ce que tu sais bien (Bocquet lui fait les cornes). M'sieu , vous ne savez pas ce que Bocquet a dit?... Il a dit comme ça que sa grande sœur s'en va sur le carré, et puis avec le voisin qui joue de la flûte, et puis qu'elle y a donné quatre sous pour (ju'elle ne le dise pas...
Bocquet en même temps. — .M'sieu, l'écontez pas, c'est pas vrai... Eh bien, moi, j' vas y dire ce que l'as dit aussi.
Le maître. — Silence, vipères!... vous portez le trouble et le déshonneur dans vos familles.
Le maître, conune on l'a dit, est marié, marié tant bien que mal , et son repos, .son honneur, les mystères de sa vie privée sont à la merci de celte uiulliiudn éionrdie d'où s'échappe tôt ou tard, comme des roseaux de la fable, la fatale rumeur : Midas, le roi Midas a des oreilles d'ânel Ainsi se mûrit (|uelque catastrophe.
Bocquet. — M'sieu, c'est pour vous ce qu'il a dit.. 11 a dit comme ça...
Le maître. — Silence I
Bocquet. — Que madame Desvergeites...
Le madré. — Silence , vous dis-je !
Bocquet. — Que madame Desvergeites...
Le maître, à ce nom, fléchit.
L'enfant s'approche et lui dil le reste plus bas.
Le maître d'abord le repousse.
Puis il écoule.
Puis il fait répéter.
Puis il pâlit.
L'enfant èiend ses révélations. Le maître laisse tomber sa irlft dans ses mains. Ou fait silence , il se relève.
Le iiiAilrc. — Mon Dieu! quelle épivuve! je n'y survivrai pjs.
DIBLIOTHÈQUE POUR RIRE.
Il oclalf et pmissi' lîtirqnol jusqu'à I.i (Hirte. — buiici ilici, mallicnii'UXj jllrz iiircuvcr les parents coupables qui vous ont (loiiné le jour.
Il revient h si table.
Les élèves sont consternés, h l'exceplion de (piel- (lurs-uiis qui souiient et font (les grimaces.
Vinci liàille , — Tonnellier louche, — Félix uiau!;;',
— Anatole sidlc, — Boivin glousse , — Francis (loi t ,
— G ilôt danse.
Leiiuillrc. — Messieurs,
après ce qui vient de se passer, je me vois forcé d'interrompre la classe ; vous ]H)uvez \ous retirer.
Les élèves reçoivent cette nouvelle avec acclamation. En cet instant par.iît niadanie Uesvergettes avec Bocqucl.
ALiilame Desvergettes. — Pourquoi donc que tu chasses c' petit, Desvergeites? Il se désole à la porte, c' pauvre enfant!
Le maiire. —Il vous appartient bien de prendre sa cause en main!
Madame Desvcrgcttes. —Tiens, qu'est-ce qu'il y a donc?
Qu'est-ce que t'as donc , mimi? Il a donc été bien méchant, Bocquet?
Le maître. — Sors d'ici , malheureuse !...
que lu me fais dire.
Madame Dcsvergctics. — Ah çh , dis donc , loi , tu m'ennuies pas mal !
Le mat Ire. — Vous n'avez pas de honte devant ces innocents !
Faut -il que je m'explique?
Ma dame Dcsve rg elfes. — Explique-toi, qu'est-ce ça me fait? c'est que tu vas voir, toi , à la Gn !
M. Dcsvergettes entraîne sa femme dans la pièce voisine. Bocqnct, qui a quelque raison de craindre les suites de l'explication, profite du moment pour s'es<iuivcr. On entend des cris , une dispute, des sangloU étouffés. La classe se déchaîne et fait un horrible tapage; on escalade les bancs, on décroche les cadres, on danse iur les tables.
Viiiet, monté sur un banc, chante :
Promenons-nous dans le bois Tandis quo le loup n'y est pis; Loup! 5 c«-tii?..,.
On entend pleurer madame Desvergeltes.