CHOEIR DE CHANTS E[ DE DANSES
Trou la la , trou la la , Le postillon de Longjumea'i , Le poslillon de Lonc [tth-haut] jumeau !
Le maître rentre échevelé. — J'en éuis sûr, ils profilent des affreuses circonstances.,.
Il est interrompu par l'arrivée de madame Bocquet , qui paraît tenant son fiU par la nuin.
Madame. ISocquet. — Bien le bonjour, monsieur Dosvergettcs. Il me paraît que ces petits jeunes gens ne sont pas gentils.
Le maiire. —Vous êtes bien bonne, madame, ils ne veulent pas toujours,..
Madame Bocquet. — Je vous ramène l' pelit, qu'est hcn fàiln''. . .
Le nuu'irc. — Madame Bocquet, vous savez ce qu'il m'en coûte, mais votre fils s'est conduit...
Madame Ilocr/ucl. — Je n'sais pas ce qu'il a fait, mais, l' pauv' pelit, ileneslben fâché; il en avait encorclcsyeux tout ror..;os, quoi !
Le mattre. — Madame Bocipiet, il m'est impossible ma
tiaïuioijlité, le repos de ma iiKiison en dépendent...
Madame IJocquet. — Eh ben, c'est bon; si vous le prenez comme ça, mettez que j' n'ai rien dit : j' le retirerai, v'Ia loul. l'ardine, on peut ben dire c' qu'il a fait, tant qu'il n'a pas assassiné...
Lcmattre. — Ce qu'il a fait!...
51adame Desvergeltes s'ajinroclie eiicourag>''c par la présence d'une f>;maie. Son mari parle loiiguomeiit à l'oreille de maïuiine Bocquet.
Madame Bocquet. — Ah , nh... dame !... après ça, vous savez ce que c'est que les enfants ; il aura dit ça sans pe.iser, faut pas y en vouloir. Je crois bien que vous avez trop de raison tous Ks denssc pour faire attention à u;ie chose qne dit un enfant.
Madame Desvergcttes tout en pleurs. — Mon Dieu, si; v'iii pourtant comme monfieur e^t.
Madame Bocquet. — Les enfants, pas vrai, ça jacasse , et v'ià tout. Je puis vous répondre que Bocquet ne le dira plus , il me l'a promis, il en connaît la conséqiience... Allons, pelit, c'est arrangé; demande pardon à monsieur et à mr.lanie Desvergeltes, et dis-y que tu ne le diras plus... (Bocquet roule sa cas(|uetle entre sej doiglsj. Pauv' petit! vous voyez, pas plus de méchanceté qu'uu mouton. Allons, petit, M. Desvergct:es te pardonne... N'est-ce pas , monsieur Desvergeltes î
Madame Desvergeltes jvlant les bras autour du ciju de son mari. — Allons, mimi, |)ardonne...
l^emaUrc. — Puisque vous le voulez... val'r.sseoir, mon peliiauii.
Madame Bocquet, — Ah! c'est bien, ça. Il sera sage, j'en réponds... Vous ne diriez pas, monsieur, raaduaie, ça m'fait toujours de l'effet, les raccommodages... nous soium' eiifants comme eusse... Bien obligée , monsieur Dcsvergettes.
Le mattre. — De rien, madame.
Madame Bocquet. — Au revoir, monsieur, madame.
Elle sort. Le maître fait deux tours dans la classe, porte la n.iin à son front, prétexte une indisposition, et donne congé pour aujourd'hui. Les élèves le remercient bruyamment et se répandent il la hâte dans la rue.
Voilà, sauf les variations, à quelles vicissitudes est exposé le cours quotidien de renseignement primaire.
Zi'Hcole de village.
c l'ai vue il n'y a pas un mois — c'est une petite maison qui touche à l'église , qui dort suis le toil du Seigneur. Ce devait èlrc autrefois l'Iiuinble et paisible presbytère.
Vous souvienl-il , Adolphe , de ces vieux murs rongés de mousse qu'on découvre du haut de la maison de votre excellent oncle , et de ce cimetière plein de hautes herbes, et de celte petite fenêtre qui s'ouvre au milieu d'une épaisse tapisserie de Ucrre ; c'est, comme je l'ai su , la fenêtre du UKiîlrc d'école.
11 vous souvient aussi qu'on nous indiqua ce logis un jour quo nous avions fini nos provisions de tabac.
C'est une petite porte sur la rue , derrière l'église. Au-dessus de la porte de l'institution on voit sur une planche l'insigne effacé des manufactures royales. Il y a là une salle basse, sombre ei fraîche , simplement crépie , où glisse un rayon de soleil par la porte do fond qui va dans le jardin. Dix ou douze enfants en jaquette étaient debout çà et là, les uns près de l'unique table eu forme de pupitre, les autres amassés devant des pancartes accrochées le long du mur.
L'LCOLll 11.
K:l|<'5i't ^airons, loulos ci's li'ltv l.v'i/nk'ssc rclournôrt'iil et nous i\j;inli'icnt en silence aM'cdf [^mids youx cloiiiK'^'. On \oyaii il.nis
•eS^'iTZ
un coin quelques joujoux bibôs, mie l'olitocliairetto peinlcel sans itiu>, une peiiio lame de s!i)io C'bivclice. Le luuîuc était absent.
Telle est l'école de Vulaincs, dont la physionomie littéraire s'écarte de notre sujet et nous coûtera peu. Il y avait sur la table du
maître un bocal plein de pipes , un pot plein de tabac , des balances qui lui servirent h nous le peser, une boîte où il tient sa monnaie; dans celte école enfin — on vend du tabac.
p rliarmant pays nie rappelle une scène qui fournit (piel(iues réflexions sur la brièveté du ti-nips scolaire 5 ta campagne. Que faire d'un enfant qu'on n'emploie pas aux travaux de la terre et qui sait à dciuze ans tout ce qu'on peut lui apprendre dans son \illa'^eî
In diinaiK lie — c'était encore avec vous, mon (lier ami — nous étions allés jus(iu'aii bois de {a Madeleine, cette belle lisière de la foiét, et il s'agissait de repasser la rivière de Samois à Iléricy. Il y a\ait dans le batelet du passeur un petit garço!i qui revenait ile l'aris son paquet sous le bras. — On n'a donc pas voulu de toi ? disait le batelier. — On m'a trouvé trop petit , disait l'enfant.
Il él.iiteii eiïet très-petit , très-délitai , le teint pâle et semé de rousseurs, mais il avait une forél de beaux cheveux h reflets dorés, des yeux bleus et clairs, pleins de douceur et (rinlelligeiice , et de longues paupières blondes qui adoucissaient encore le regard.
Je me mêlai de la conversation. Il répétait d"un ton simple et résigné , avec un dé-appuinlenient honnèlc et naïf, tempéré par cette idée (pi'ii n'y avait point de sa faute : — Ils ont dit
que j'étais trop petit. — lit quel âge avez-vous? — Treize ans. — Et qu'alliez-vous faire à Paris? — J'étais en place chez un marchand de vin, dans la rue Louis-l'hiiippe, derrière l'ilôlel-de- Ville. J'ai vu l'aul Louvain, reprcnail-il en se tournant vers le batelier, c'est tout près. Il est bien, lui ; quand vous irez â l'ïiis, allez donc le voir.
Cet enfant, qui n'avait que treize ans, cet enfant si heureusement né , si délicat et si jeune (pie riionime de l'aris ^ avait eu honte sans doute et n'en avait pas voulu , on l'avait envoyé chez un marchand de vin , dans l'un des plus affreux quartiers de la capitale, où il eût servi des cochers ivres et supporté les propos, les rebuffades, les mauvais traitements de tout ce qui peut s'amasser de criminel et d'abject dans un cabaret de Paris! Ils l'ont trouvé trop petit, cher enfant! Dieu soil loué! Ne grandis pas, ne vieillis pas, mon fils! garde tes treize ans, tes cheveux épais, ton œil pur et ce visage serein avec lequel tu disais, en bai> sant les yeux, ton léger paquet à la main : —l(s m'ont trouvé trop petit!
Reste petit, reste faible, chélif , innocent, et reste dans ton village. N'y a-t-il donc plus une botte de foin h faner, une gerbe i lier, un coin de terre à bêcher, un seul arbre à écheuillcr dans la campagne; et les parents, n'ont-ils pas encore un morceau de pain noir à te donner quand vient la nuit? Mon Dieu! quelle aveugle espérance de fortune abuse ces pauvres gens sur les misères de la capitale, et quelle sombre passion les pousse à sacrifier leurs enfants dans les flancs d'airain de cet autre Moloch?
Ce ne'ful pas tout. On louche à l'autre rive. Nous arrivons à Héricy, où nous prenons la Grand'rue. C'était un dimanche, comme j'ai dit , les femmes étaient sur leurs porter. Les gens allaient et venaient; le petit garçon du bateau marchait devant nous : on l'a-
to
BIBI.IOTIIÈOUE rOUR RIRE.
vail annonce par dos cris, on l'inicrrogca; dans nn moment la nouvelle se répandit d'iiii bmit du village h l'autre. On s'allroiipiiit sur fi roule , et ce fut une bordée de huées assourdissantes ; on lui faisait honte de sa taille et de sa déconvenue, onrarrèi;iii au passii„'e, on lui faisait répéter l'aventure au milieu des rires, on racc,ii)!ait de grosses injures, on avait l'air de s'en prendre à sa fainéanlisi; et à sa mauvaise velouté, on le menaçait de je ne sais quels cliàtimenis.
L'enf.Mit souriait sans se détourner, un peu étourdi de cet accueil, de ce bruit et de tous ces regards li\és sur lui.
Il n'y a\ait rien debien sérieuxdansces clameurs , mais c'était iiiie plaisanterie grossière et dure qui nie révoltait ; une joie imbécile cl uuxpieu.se éclatait dans les yeuv de ces femmes. L'une d'entre elles surtout le poursuivait de ses cris avec un aiharnemeut inexplicable et ivi cessait (le répéter : — Jh '. tr (/raiid tâilu .'
On eût bouleversé dans tous les sens le vocabulaire des injures qu'on n'en eût pas trouvé une qui convînt moins à ce cher' enfant. Non , j'en suis silr, ce pauvre pi.tit n'ét;rit pas un lâche. Ce mut m'indi^^na.
J'entendis un peu plus bas une voix qui disait: — Ce pauvre. Ettiitiw.' et j'en fus doublement cliaimé; parce qu'il pouvait Compter au moins sur une âme comiiaiissante, et parce que moi aussi je pus répéter tout bas : Pauvre Euginc! j'aurais élé fâché de ne pas savoir son nom.
L'enfant s'arrêta quelipie part. Nous marchions toujours et nous entendions de plus loin ces rumeurs confuses : le reloue d'iCuj^ène était devenu l'événement de cette journée, on l'on n'avait rien h faire. Je croyais ne le plus revoir quand je me retotniiai ; il s'était remis à marcher : mais cette fois il donnait la main h une toute jeune enfant de trois ans, et une vieille paysanne mise 5 la mode ancienne, et la tèle penchée, marcliail à son côté, sa petite sœur sans doute et son aïeule ; les quolibets le poMrsiiivai''ut dans cille compagnie attendrissante, enlre ces deux faibles créatures incapables de le défendre. 11 portait toujours son pa([uet d'une main ; l'enfant qu'il tenait de l'autre trébuchait à chaque pas, le visage Çrave, le doigt dans la bouche : la vieille marchait à côté en silence , le front plissé machinalement, le regard fixe et les mains croisées sur .sa poitrine. Soit qu'il n'eût pas d'autres parents, soit quelque motif plus fâcheux, il n'avait trouvé pour l'accompagner, pour le plaindre et le proléger au milieu des huées, que ces deux êtres, une enfant qui ne sentait rien encore, mie vieille femme qui ne
sentait plus. La conlenance de ces trois personnages qui s'avançaient ainsi lentement ne me sortira jamais du cœur ni de la mémoire.
\ W «A n — . rTwi Ji£. |i\\ llJ^senl, ce pauvre Eugène?
Relournera-t-il à l'école , r> 1''; -^i=J— ^^^^^i^ mm retournera-til à Paris? ' -^^i-'i ' 1' > ■"" 11 me revient une auire
iiiquiéinde qui m'est rcs- ' tée sur son nom , et vous savez, Adolphe, que nous aïons longtemps débattu s'il s'appelait Eugène ou Auguste.
Doctrine chrétienne.
Nous avons vu les inconvénients de renseignement dirigé par un homme marié , naturellement plus occupé de sa famille que des autres familles , et de ses enfants que des enfants des autres.
Mais s'il e\i>lait une réunion d'hommes débarrassés des soins de la famille par If célibat , des soins de l'ambition par une pauvreté volontaire, des inquiétiulcs de tout genre par une obéissanee absolue, retenus dans la morale la (ilus pure par des sentimenis religieux, uniquement voués ï leurs devoirs, s'en occupant jour et
nuit, vivant dans la relraile et l'élude, uniformément répandus dans tout le royaume, cherchant partout les enfants du pauvre et
leur donnant pour rien leur jeunesse, leurs veilles, leurs Iravaux, et, avec i'instruciion nécessaire, les notions capables d'en faire d'honnêies gens et de bons citoyens, n'est -il pas vrai ([u'on ne saurait rêver rien de plus parfait en fait d'inslilolinn primaire?
tli bien I ce corps existe , nous l'avons sous les Teux, ce sont les frères de la Doctrine ehrérienne :
— et (piand ces bons frères se h.ihardent paifois dans les rnes, les enfants qn'ils iiislrnisent leur jettent des pierres; et les hommes du peuple, qui leur doivent le peu qu'ils savent , les insultent et menacent de les égorger les jours d'émeute.
Cependant, Messieurs, des hommes qui, de leur plein gré, à la (leur de l'âge , sans aucun but d'avenir , sans espoir d'aulre récompense iiue le mépris et les oHeuses de la foule, reiionceiit à t(ms les plaisirs et se condatiinent à l'ombre et au travail pour apprendre tout siiiip'enient à lire et à écrire à de pauvres enfaïUs, — voyez pourtant, cela n'est pas tout à lait -S:
sans mérite. ^='-
Mais, disent les p(n-tiers philosoplies , ils ont leur but. Ce sont des inlri-
gauls, ils ne visent à rien moins qu'à bouleverser l'État et à s'emparer du pouvoir.
En ce cas il faut avouer que depuis nn siècle environ qn'ils furent institués par un héros inconnu qui s'appelait l'abbé de la Salle, ils ne vont pas vite en besogne, l.a ronjinalion est longue à mûrir; et depuis cent ans, ils n'ont rien fait au moins qui puisse trahir leurs projets.
Mais, Messieurs , j'en suis sûr, il n'est jamais entré dans la têlo du frère iijnoraiitin le plus ambitieux de se faire dictateur ; non , ils n'ont jamais pn penser que ce fût un moyen de parvenir au pouvoir suprême que de se consumer sur la refile de trois et l'écriture bâtarde; non , leurs dorloirs ne sont pas bourrés de canons comme une redoute; non, leurs crucilix ne sont pas affilés en poignards; non, leurs écritoires ne sont point des boîtes à cartouches, leur cuisine n'est point nu arscn;d, leurs poudrières n'o:it jamais servi qu'il sécher l'écrilure ! Demandez aux ouvriers et aiiv enfants qn'ils iiislrnisent , ils ne les ont jamais vus qne lire , compter, faire raumône et prier Dieu, et ces bons frères ne leur onl jamais parlé que d'en faire autant.
O vous donc qui avez à peine du pain pour vos enfants , envoyezles chez les frères de la Doctrine chrétienne ; et vous (pii êtes plus fortunés, ayez cette certitude que voire aisance vous prive de donner à vos fils l'instraction primaire la plus parfaite.
Xie Collège.
Non, je n'inscrirai pas ton nom dans celte œuvre frivole, maison vénérable; je croirais profaner des souvenirs fpii me sont trop chers. L'n jour viendra peul-élre où je pourrai le payer dignement le tribut de ma reconnaissance. J'y emploierai du moins toutes les forces de mon cœur et de mon esprit.
fl-.COI.IEH.
It
Mais ligurcz-voiis mon profond ^tonm-nient cl mon scantlalo ((iianil au surlir ilc ctll<' maison intLl.iiic où cini] cents jeunes
lioinnies (léiliissaienl ù la fois sons le regard sé\ère du supérieur, où jamais un mot, ou geste, une penséo nu m'a\ait appris qu'on pouvait rougir, où lesmailresen récréation jouaient avec nous cuiiuue des camarades, où nous les craignions coui me (les pères îi l'étude, où la rèj;le régnait eu souveraine coiuiue l,i discipline dans un corps prus sien , où les cliùtimenis étaient pourtant si rares et si simples ; où, (|uand par malheur ils éla'ont inutiles, nos pauvres maîtres ne savaient plus (pie mouler en ciiairc, s'agenouiller et nous dire : — Prions Dieu, mes euj'ants, pour un de- vos condisciples , afin que Dieu ite l'abandiwue point ; — figurez-vous, disje, ma stupeur (^nand au sortir de cet asile, où Dieu même m'avait conduit , je tondtai dans un collège ro\ al à Paris.
Que je vous dise tout de suite ce (jui me frappa et ce (\u\ se passe ordinairement dans ces classes :
C.incpianle élèves, externes et pensionnaires, envaiiisscnt la salle en tumulte en atleiulant le professetii-, Oa se pousse, on se culbute, et l'on se distribue h. l'avance des livres dont le titre m'épouvantait.
Le moindre écart , en ce moment de liberté , est de coller au plafond des boulettes de papier mâché , où pendent par un fil des ligures grotestpu s découpées dont l'emploi est de récréer l'a'il durant les ennuis de la classe.
Le professeur arrive , sa présence établit à peine une espèce de silence troublé par des toux ironi(|ues sur les tons les moins spécieux. La prière n'est (jn'un bnurdonnenicnt qui sert do prétexte à toutes sortes de clameurs et de refrains obscènes, fondus à peine dans le bruit des voix.
11 faut un bon quart d'heure avant qu'on ait ouvert les livres , Trouvé la page , Tiré les plumes , Clierclié les ( opies , Préparé l'encre.
Pincé le voisin.
Le professeur demande les leçons, et cet liommc est si malheureux et si mal obéi qu'il est obligé de faire desccn-f.
dre l'élève qui récite au ' pied de ta chaire, de peur qu'on ne le souffle ou d'autre fraude. Or j'ai connu un élève qui décliir.iit tons les jours sa pnge des Racines t/recques ci la collait à cette chaii-e , où il la lisait iranqniHcmont h couvert des regards du maître.
Si c'est dans l'hiver, un pensionnaire a jeté malicieusement dans le poêle on paquet de sel qu'il ramasse depuis six mois an R'fectoire. nientùt on entend un pétilletnent monotone et continu. Le maître demande ce que c'est : on hausse les épaules; le pétillement va son train; on rit sous cape; il faut que le professeur descende de sa chaire , qu'il démêle la malice et qu'il éteigne le feu.
l'n jour l'un de nos camarades , voulant renchérir , jeta dans la flamme un cornet de soufie; un moment après, l'élève qui récitait
se ntet à tousser
lium , Imiu ! Le maiire musse Nous tdusyius
hum, hum!
i, aussi : hum ,
X. hunil et l'on n'entendait ([ue râles et loussailleries de tous 1 ^ cOlés. On découvrit enfin la f luanaMivrc , mais nous faillîmes lous être asphyxiés.
O même élé\e, r'élail le
fils d'im apoihieaire, a)t|Kjrtc
un auiie jour une maudite
drogue, (huit j'oublie le nom
latin . (pii puait roinine tous
les (lisibles, i.c m.iiiic n'ose
s'en plaindre , de peur de
. .^ préiii an bitui et aux risées;
""""^ ^^ ' mais enfin , c'est une ragt; ,
c'est une peste, on n'y peut plus tenir, on ouvie les portes, les
fenêtres , la classe est
interrompue , et c'était
encore de quoi nous
faire |>érir.
Si c'est au printemps, celui-ci fait provisions de hannetons dans ses promenades, il en a jilein uncollVe, et dès le commencement il les sème çà et là , sur les livres , les bancs et les babils de ses camarades ; il ne tarde pas à recueillir...
Brrrrr, un hanneton prend son essor; nn fécond, un troisième, un quatrième le suivent, et bienUit ce n'est ]>lus qu'une nuée et un horrible bourdonnement dans la classe qui semble frappée d'une plaie d'Égvpte.
]l faut avouer que ces hannetons, ."'^itf^ 3ft* -1 '*^ I''"^ lourd et le plus sot des iu- <■"- ,-i— ^'^' / secies, ont toujours assez de malice (le s'aller abattre sur le nez ou la toque des professeurs.
On passe au devoir, c'est-à-dire, et c'est bien le cas, du plaisuiU au sévère , — ïilite du tri !
Tout à coup , au milieu d'un profond silence, 'une voix partie on ne sait d'où pousse un rugissement à toute force. — Ahiiii !!!!
Le professeur demande encore ce que c'est. Vous remarquerez que, fût- il un héros , ou un saint , ou un
archange à l'épée flam boyante, il lui est impossible de ne pas être en ce moment riiomnie le plus sérieux , le plus ridicule et le plus bouffon de la terre.
Il demande toujours de qnoi il s'agit. Quoi de mieuv à faire?
Que répondre aussi? On ne répond pas , et , tandis qu'il promène sur les bancs son regard sévère , la même voix pousse le même cri , mais à la vérité plus effroyablement. Alii, ahi !!!!!
Celte fois, le maître a tout vu. Il s'adresse au coupable :
— C'est vous, l'aiureau?....
— Moi, m'sion , ne sais pas, connais pas, bredouille impelucu-
BIBLIOTHEQUE POUR RIRE
scmciit l'ilùvo cti (iress.mi la tûte avec ce sérieux moqueur qui (lônouce et la fauie it ramlacc la plus insl[;iic.
DicouviDiis ir.ilxird sou procédé. Il s'csi fait une longue élude de [H)usscr cel lioirible cri sans ouvrir les lèvres et sans contracter un Irait de son visaRC. — Je vous ai vu.
— Moi, in'sieu , j'ouvrais mon livre; c'est pas moi, m'sieu.... Et sans desserrer les dents , regardant son maître en face.... Àhi, rt/«" .'.'.'.'.'... Il fait trembler Ks vitres. Que voulez-vous que fassciii à cela huit cents vers à copier! Il faut le dire ici, et c'était surlout mou sujet de scandale: il n'est pas de maçon , de planteur, de cliarretier qui parle plus insolemment à son manœuvre , h son nègre , à sou cheval , que l'élève de ces collèges à son maître.
Mais \oici (|u'nne fanlaisie passe par la tète d'un de ces disciples: il écrit sur un chiilon de papier : — yi irais heures moi7is un quart, — KODI.N DES Buts, — faites passer.
Le papier circule, la conjuration s'élend, la classe est avertie, les instruments s'apprêtent, l'orage s'amasse en silence. Cependant l'innocent professeur, calme, assuré, pérore, explique, lire sa montre, voit avec intérêt s'écouler les minutes et marche ainsi vers l'heure fatale , sans se douter quel signal funeste elle va donner et quelle horrible tempête va se déchaîner sur sa tète.
Les trois quarts sonnent !... Aussitôt , sur tous les tons, de toutes paris, h l'imitation de tous les insiruments, sans qu'un œil sourcille, sans qu'une bouche s'enlr'ouvre , éclatent eu chœur ces accords formidables :
Chasseur diligent , Quelle ardiur le dévore I Tu pars dtô l'aurore Le cœur content...
Le professeur épouvante se lève et s'écrie : — Toute la classe en retenue !
LE CIIGCUR.
L'itTroi le devance , Ton coup est certain; La douce espérance Te Ruide en cliemin.
O peine cruelle, Il faut quitter ta liello :
Mais le soir près d'elle Te ramènera
Le professeur essaie de dominer l'enseiuble : — Deux semaines de retenue !!!
REPRISE DD CHOEDR.
Chasseur diligent.
Quelle ardeur te dévore I Tu pars dès l'aurore,
etc
Et rien ne petit expriiiur la langueur des cadences, la mollesse du mouvement , lu moelleux el la grâce des voix vers ces dernières mesures de la fanfare :
Mais le soir près d'elle Te ramènera.... *
Tra la la tra la la tra la U la la la lairc: la laire la la hl la la hi ! etc...
Le professeur crie , peste , parle, on ne l'entend pas, la voix lui manque , vox f'aucibus fiœsit; il s'agite, il gesticule , il se débat :
pauvre homme! il ne lui manquait plus que d'avoir l'air de diriger lui - même celte symphonie, el le voilà tout justement dans l'atli- )lude d'un chef d'orchestre enthousiaste , d'un maître de chapelle dans son coup de feu.
J'en ai vu qui pâlissaient, rougiNsaieut el fioissaieut par pleurer !•.. et j» tue souviens, a\ec
mes idées toutes fraîches de respect et de discipline, de quelle profonde et dotiloureuse con)passion je fus saisi à la vue de ce renversement inouï, de cette majesté déchue et dépouillée de tout son prestige, de ce souverain redoutable tombé au plus bas, demandant grâce pour ainsi dire au dernier de ses sujets, et combien j'étais èlonné que ces cœurs de roche n'en
fussent pas attendris.
Ah! c'est qu'en général du moins cet âge est sans pitié.
J'en ai vu qui sautaient à bas de leur chaire , jetaient leur toque et leur robe et couraient implorer l'assis tance du proviseur.
Le proviseur arrive, le tiUDulle s'apaise , la classe est en retenue ; mais le temps de la classe s'est écoulé et le professeur a pris la jaunisse.
Non, voyez-vous, il est impossible que ces enfants-là fassent jamais des magistrats intègres , des sujets supportables, une société heureuse et tranquille.
laes Professeurs.
1 n'y a rien h dire contre l'Université, sinon que c'est un corps qui n'est pas un corps, que ses professeurs, libres, ambitieux, chargés de famille, s'occupent naturellement de leur fortune, de leur avancement, vont dans le monde et s'embarrassent en même temps de toutes sortes (le spéculations littéraires et politiques, qu'ils vendent leurs paroles comme ils vendraient de l'huile et de la cassonade , qu'ils se soucient de leurs importantes fonctions comme d'un chef destitué, qu'ils vont parler deux heures par jour en classe avec autant de dégoût que les élèves en ont à les écouter, que sur cent écoliers qu'ils amassent , et dont ils savent à peine les noms, ils n'en daignent ouverteinent surveiller que quatre ou cinq, et qu'an lieu de cent jeunes gens bien élevés, ils forment une demi-douzaine de petits pédants qu'ils détournent de leur direction, et dont le plus fort ne pourra faire peut-être un avocat honnête et médioci'^.
Aussi j'estime l'Université à peu près autant qu'un corps enseignant de bonzes et de marabouts , car elle ne fait guère davantage pour l'éducation , les progrès , le repos des générations présentes et des sociétés à venir.
Il faut lui rendre pourtant cette justice qu'elle a essayé d'améliorer l'instruction. On employait autrefois huit ou dix ans à faire ses études, et l'on savait à peine un peu de latin et de grec ; mais cela sufTisait pour entrer dans quelque étude spéciale , et l'on avait appris à apprendre. L'Université a voulu qu'on apprît , durant ces mêmes huit ans, un peu d'italien, d'allemand , d'anglais , de mathématiques , d'histoire naturelle , d'histoire , etc. ; il en est résulté que les élèves sauront beaucoup moins de latin et de grec, et pas un mol d'anglais , d'italien , d'histoire naturelle , etc.
Les eiïets déjà sont frappants. Un homme du métier nous disait que les élèves médiocres des anciennes classes étaient des sujets rares, et qu'avant dix ans on ne saurait plus rien en France. U n'y