‹ L'étudiantChapitre 86 sur 243 · I.'KCOLII-I · texte numérisé non relu

I.'KCOLII-I

n qu'à voir, la iiiaiii sur la conscience, ce qu'on sait A(-]^ maiiiteiianl.

Il y a (les sens, il est vrai, qui disciU qu'il n'est pas lu'eessjiic d'ap|)reu(lrc le latin et le grec ; de quoi n'en peut-on dire autant ? Il n'y a rien à répondre à ces g^-ns-lb ; mais qu'ils prennent l'aune et la truelle.

In dis plus grands abus de la librairie , h qui l'on en reproche tant, (lenrit dans la liitérninre universitaire : je veux dire ces éditions nouvelles des plus vieux classiques qu'on rarraîcliit d'un avant-propos ou de quelques notes, et que les professeurs, d'intelligence avec les libraires parce qu'ils y trouvent leur compte les uns et les autres, forcent leurs élèves d'acheter tons les ans. Les Ituciiies grecques sont les mêmes depuis deux cents ans : il ne se passe pas d'année scolaire qu'un professeur n'y colle son nom et n'en écoule forcément une édition b son profit. Il n'est point de faiseurs d'almanaciis , de libraires de pacotille , cl d'écrivains faméliques , qui aient tenté rien de pareil.

lies XSzternes.

1 y a dans beaucoup de collèges des externes et des pensionnaires.

L'externe est le courtier, le commissionnaire, le pourvoyeur et pour ainsi dire le proxénète de rinlernc. C'est par lui que le pensionnaire reclus connnunique avec toutes les choses prohibées du dehors. C'est l'externe qui fait ses achats et qui lui passe des objets de contrebande, c'est lui qui le fournit de poudre fulminante , de charcuterie et d'épices; c'est lui qui lui procure le livre défendu, qui prend ses livraisons à mesure chez le libraire , et qui lui loue au cabinet de lecture du coin le roman à la mode. C'est lui qui importe , comme on dirait aujourd'hui , la civilisation dans le collège, c'est-à-dire les notions les plus fraîches de la mode , des théâtres , du bal masqué , etc. , etc. Il raconte tout ce qu'il a la liberté de voir, d'entendre et de faire; il attise sans cesse les Gammes de l'imagination de l'interne, qui montre un penchant singulier à se civiliser.

C'est parmi les externes, quand ils sont riches, qu'on voit le plus souvent ce qu'on appelle en argot de collège des amateurs: ce qui signifie, mieux qu'on ne peut l'expliquer , quelque chose de fat, d'avantageux et de petit-maître.

L'externe est, comme on voit, quant à l'interne nn agent assez pernicieux, et c'est à grande raison qu'on l'exclut des collèges dans tous les bons ouvrages sur l'éducation. Quant il lui-même , placer au collège un enfant comme citerne dans une ville comme Paris, sans précepteur ou répétiteur, c'est le lâcher sur le

pavé , livré h lui-même , comme un mendiant ou on vagalrand , durant les sept ou huit années les plus périlleuses de sa vie , et l'exposer à tout ce qu'il peut lui arri\er de pis. Il serait plus simple et plus sûr de lui mettre tout de suite un labot dans les mains, le désordre est tel dans ces grands collèges que l'externe peut disparaître impiuièi\ient de sa rlasse pimr six mois, polir l'annéi' entière. A tiilite exlièiiiilé, une fausse attesialiou le lire d'affaire. Comment l'écriture des parents serait-elle comme du professeur ([ui ne connaît môme pas l'élève? l'n jeune homme [wurrait

également suixie les cours d'une cl.isse (pielconquesans acquitter les droits universitaires. J'ai connu des liinnanistcs (pii avaient fait leur iliè-

toriqtie dans les rairières de Moiil martre on sur l(;s ânes du bois de boulogne; cela s'appelle (ittr... C'est la même chose (pie l'école buissonnière, seulement on en occupe alors les loisirs à plus de frais et plus dangereusement.

lies Internefa

a condition des inteiJies , dû ment enfermés, serait donc la meilleure pour une bonne éducation physique et morale , si l'on pouvait se résoudre à les nourrir plus con\enablement ;

S'ils ne sortaient jamais , et s'ils n'oubliaient en un jour de fête et de spectacle le peu de leçons qu'on peut leur avoir données;

Si leurs parents ne venaient pour le moindre châtiment implorer les maîtres et neutraliser leur pouvoir ;

Si l'éducation religieuse n'était nulle et si l'on ne leur apprenait simplement qu'il ne faut point insulter fi la religion, sans trop leur dire pourquoi ;

Si les professeurs croyaient un peu plus eux-mêmes à ce qu'ils enseignent ;

Si le singulier état de toutes choses en ce tcraps-ci ne les plaçait eux-mêmes dans la plus fausse position, et ne les empêchait de donner à leurs élèves un principe droit en fait d'histoire ou de religion ;

S'ils avaient pour but de former d'iionnêlcs gens, et non d'obtenir une décoration ou un grade de chef de bataillon dans la garde nationale;

Si l'on donnait moins d'importance h des sciences vaines , incomplètes, et tout à fait inutiles pour la conduite de i'hoœme et de la société ;

Si le doute qui n'apprend rien , qui ne sait rien , qui n'est bon à rien, n'occupait point en personne toutes les chaires;

Si les maisons étaient dirigées par des personnes assez graves pour ne point céder, dans un moment de folie et de désordre , à des petitesses comme celle de substituer, par exemple, le lamlrour à la cloche , en souvenir de je ne sais quel régime soldatesque qu'elles sont loin de goùterj Si la discussion n'était point permise et encouragée sur des

niBLIOTHEQUE POUR RIRE.

(1ii!;iii(<s iii\ii>l.il>lcs cl dos inaliOrcs religieuses qu'on feint du vouloir laiie ii'.-|)ccUr;

Si les .syMèmos l's plus clTioiili'S d'atlK''i>me et de matérialisme n'ataieal point cours dans les écoles de philusophic ;

Si, par suite d'une révolution politique qui ne change rien h d'élcrnilies vérités, on n'a\ait point changé de doctrines, fait di.sparaiire tous les excellouls livres de l'enseii^ncnient , et si par coiisé(iucnt les professeurs n'avaient scuihlé dire à leurs élèves: Ntms vous avons lueiilijusqu'à présent, ou Dès co niuincal 7tous aUims mentir;

Si les professeurs n'empruntaient pas le malin une gravité de commande qui disparaît le soir au spectacle ou au bal;

Si les élèves ne savaient pas iiarfaiteineni ce qui se passe dans l'intérieur des nuiuii/es de leurs maîtres, etc. , etc.

lies Pensions,

niagincz des gens qui font une spéculation , des marchands , des entrepreneurs qui ])reinu'nt un établissement quelconfpie , une inénaf;erie , par exemple , un haras , une école vétérinaire, et qui l'enferment de grilles et de portes parce qu'ils répondent de leurs sujets ; qui les soignent pour niéritor de laronfianre, qui les surveillent de peur qu'on ne les retire par suite de quelque accident, qui ne voient en eux que leur intérêt, qui les classent exactement selon les divers prix qu'ils en retirent , qui no leur donneraient pas une drogue ou im picotin de plusque ne le porte leur marché, (jui leur mesurent et leur rognent sans cesse le manger, le couvert et le boire, qui font des punitions et di> la diète un moyen d'économie, qui n'en soignent dans le nombre que cinq ou six des plus heureusement doués, et qui n'enseignent quelques tours , quelques manœuvres savantes à ces sujets brillants (pie pour attirer du renom à la maison Seulement au lieu de bétes ce sont des enfants.

On a vu un maître de pension qui prônait son savoir-faire, et qui se vantait d'avoir fait dîner soixante élèves , un jour dr fcte , avec un seul dindon.

Il appelait cela contenter tout te monde.

Aussi , pensions marâtres, jardins froids et Mériles, perdus en des rues infectes, vous glacez l'ànie de vos tristes élèves , vous ne leur laissez li regrets, ni respect , ni «nuvenirs; ils vous ri TOienl sans vous saluer, e! ce n'est pas là celle maison patirni lli' du mou cœur revole si .M-uvent, dont j'ai peuplé la campagne des plus riantes imaginations ei des plus purs sentimenis de ma jeunesse , et dont j'irai quelque jour Laù>er le seuil en pèlerinage.

lie Pion.

C'est le nom du maître d'éludc ; mais il faut se servir du nom consacré, sous peine de n'être pas compris.

Nous ne f.ii^ons «(u'un chapitie là où il faudrait un volume : la qucïtioa du pion bc raitaciic à bien d'autres.

Le pion sort de celle innombrable foule qui étudie aujourd hui sans forlniic , et qui quitte les classes sans état , sans avenir, sans pouvoir embrasser une profession libérale , sans rien savoir d'uu métier mécani(|uc.

Or il n'est pas de cheval de fiacre , de septième clerc d'avoué, de mousse à bord d'un navire , de vieille femme galante, de dernier commis de commerce, d'apprenti d'usine, de forçat dans son bagne , de chien à l'attache , de malade sur son lit de misère, de voyageur livré à des sauvages, de moineau pris par des enfants, qui ne soit plus heureux qu'un pion.

Le pioti gagne un ii;orccau de pain tous les jom's et quatre cents francs tous les ans... et il n'a pas d'aulrc perspective. Supposez-le ambilieux : il accuse la société , il est agité, renmant, par conséquent nuisible; il laisse croître ses cheveux et porte un chapeau à larges bords, il proteste enfin.

On a remarqué , pendant la révolution , que les jacobins les jilus enragés , les clubistes les plus forcenés et les plus ridicules appartenaient à cette classe d'instituteurs laïques attachés aux collèges , qui , dans leurs idées classiques , voyaient le forum de Rome à l'assemblée de leur section , et se sont crus des orateurs chargés des destinées de la république parce qu'ils n'étaient que des brouillons bouffis d'orgueil et impatients de sortir de leur état.

On pourrait remarquer quelque chose de pareil aujourd'hui. Voilà par où le pion, quant à lui , louche aux misères du temps. Quant à l'élève , il ne lui est d'aucun avantage d'être confié à des individus, souvent aussi jeunes que lui, qui ne sont près de lui qu'en passant, qui sont occupés d'autres plans, et qui ne peuvent prendre aucun goût à leur état parce qu'ils ont toujours en vue d'en changer.

Il ne lui est rien moins que profitable aussi de vivre familièrement avec ces jeunes gens plus avancés , plus corrompus , plus occupés d'idées étrangères, souvent dangereuses, qu'ils laissent plus ou moins percer; de recevoir leurs conlideuces politiques ou littéraires , de lire leurs livres et leurs brochures , et d'apprendre prématurément du pion tout ce que celui-ci a appris dans la vie qu'il a déjà menée au dehors.

Je dis vivre familièrement, parce que c'est le rapport le moins mauvais qui puisse s'établir entre eux.

Car le pion est plutôt le domestique de l'élève qu'un de sei maîtres , il n'a pas même la satisfaction de contribuer à son instruction , il n'a qu'à le surveiller et à le conduire. Le maître renverrait bien plutôt le pion qui lui coûte de l'argent que l'élève qui lui en rapporte , il ne se fait aucun scrupule dans un débat de donner gain de cause à l'élève; ceci a pour effit d'ôter toute autorité au pion et d'alléger l'élève , à son grand dommage , de sa surveillance. Mais surtout la condition du pion pressé entre ces deux pouvoirs, altaijué par l'élève s'il fait son devoir, repris par le maître s'il ne le fait pas, et dépendant de l'un et de l'autre pour uu morceau de pain, est une des choses les plus misérablesde ce monde.

Cette condition déidorablc se montre avec évidence dans des rapports étrang(>s : le />ion malgré lui traite l'élève avec une certaine déférence; l'élève l'appelle M'sicu, mais d'un ton insultant qui trahit bien le cas (ju'il en fait.

Que les parents méditent les conséquences de ces relations, et à quelles espèces d'autorités ils confient leurs enfants.

11 faut dire aussi que la mise même du pion n'est propre qu'à lui enlever toute considération et tout respect. A le voir marcher le long des rangs des élèves, on dirait quelque mendiant qui s'en est appioché piur en tirer des aumônes ; il l'ail laclic encore parmi le désurdic et les ruines des vestes de classe. 11 n'est pas d élève en

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