‹ L'étudiantChapitre 94 sur 243 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tnicrs h ne peut giroflée

8ait« du catalogue de» paadoiu de la grisette.

Après cela, je ne sais vraiment pas pourquoi tout à l'heure , à propos de moustaches, nous avons tout

\\\ i\vï \ ''""P P"^'* '"^ niouche.

^^^\ ujl I - Cet amour de la grisette pour cet ^HH^V Vli il \(s\ ornement masculin n'a rien de con- ^^7^,71 " ( >•( traire aux vœux de la nature; et les belles dames qui crient le plus au scandiile et à l'immoralité quand elles voient une grisette se permettre d'avoir un amant jouent absolument le rôle de ces fluueurs qui , lorsqu'ils ont fait disparaître une bourse dans la foule , sont les prccricr bien fort: Au voleur! l'Yanchement , la grisette pas concentrer toutes ses affections sur un simple pot de , (ûl-c« luèuic une giroflée double; et, quand ou a de jolis

yeux, on n'est pas fâchée de les m'rer dans d'antres yeux, — comme le recommande mademo'selle I.oïsa Puget dans une de ses romances.

Les journées d'été sont fort longues, — les soirées d'hiver sont plus longues encore; et l'aïuonr, qui a le talent de rapprocher tous

les rangs, sait au.ssi merveilleusement abréger les heures.

D'ailleurs , il faudrait que la grisette eût un cœur de Bédouin pour ne pas se laisser attendrir par les prières d'un beau jeune honmie qui lui jure sa parole d'honneur la plus saci ée qu'il se meurt d'amour pour elle , et que si elle n'ouvre pas sa porte il se jette par la fenêtre!

Pauvre jeune liomme I — et c'est (|u'il le fait très-souvent comme il le dit ; car , pour peu que le don Juan soit voisin d'une beauté cruelle, il ne craint pas de prendre le chemin vicinal do la gouttière, et de se jeter de la fenêtre... dans la chambre de la grisette.

Voilà de ces circonstances où on a beau avoir une serrure Fichet à sa porte et à .son cœur , il n'en faut pas moins céder au Destin , du moment où il avait écrit à l'avance sur son calepin que le 15 déccmlire IS/il, mademoiselle Aglaé, fleuriste, rue Saint-Denis, cesserait de concourir pour le prix de vertu ! De profundis!

Que voulez-vous! c'était écrit là-haut; ce n'est ni la faute de mademoiselle Aglaé ni de M. Ernest; — c'est la faute du Destin : — et tout ce que mademoiselle Aglaé pourra se permettre le lendemain malin , ce scia de se mettre à sa fenêtre , lie lever ses beaux yeux mélancoliques vers le ciel , et de faire des reproches à ce cruel Destin , — qui s'en moque pas mal , vu rhabitudc.

Après cela, il faut être juste, '^ toutes les grisettes ne poussent ^***' '^""^ pas ainsi l'oubli des convenances sociales jusqu'au point de fermer leur porte sur le nez de tout Français dont le seul crime est de les idolâtrer — ( pas les portes sur le nez ) ; elles comprennent parfaitement que l'homme et la femme ayant été jetés pour un temps plus ou moins long dans cette

vallée de larmes et de misères nommée la vie , il faut chercher à l'embellir par des relations sociales agréables.

A cela vous me direz :

« Pourquoi les grisettes ne se marient-elles pas? »

Vous êtes charmant! — La plus belle fille du monde n'accepte que ce qu'on lui oITre ; et comuie généralement on ne lui cHre qu'un simple cœur sans autres accessoires, il faut bien qu'elle s'en contente. — A défaut de mari , elle accepte donc un amant; et les grandes daines, qui ont de lool en abondance , leur reitroçLent encore ce strict nécessaiie.

LA oniSETTE.

(Jar, il faiil Olic juste, la plupart du temps, la seule difTérenco qu'il y a cnln- les jeunes lillcs à petits honiiels et les jeunes dames à <,'iMiuls cliapeaiix , c'est (pie les preniiùies sont lidèles à leur anianl , tandis tpie les secondes sont inlidMrs à leur mari. Il est vrai (|ue l'un est jjénéralemenl mieux (jne l'anlre ; mais où serait le mérite de la lideliléet do la vertu si le mari était aussi joli naiçoi» (pic l'amant?

Ce (pii fait que la dameii rliapeau se nomme toujours uiie/i »i)»ic fioniifle, et (|uc, lorsqu'elle \iont it décéder, ou inscrit invariableuieni sur sou tombeau du l'érc-Lacliaise : — Ci()(t mailmnc, de '", iicc de ***, iiuuUle dta l'iioiisis cl des mères I — (pialilcs que la \ille de Paris lui concède 5 perpéinilé, en lettres d'or, movennanl la somme de huit cents francs le métré carré.

Notez que la jeune grisolle ne se laisse jamais aller , dans sos amours , b (pulque bas calcul d'intérôi ; elle se donne toujours cl ne se vend jamais; c'est absolument comme l'iiospilalité cliez les Écos-ais.

Pour lui plaire il faut être jeune, et le vieux barbon (pii vient lui prendre le menton a beau lui faire les propositions les plus enivrantes ( n véritable aeajmi et en cacliemires français pure laine,

il est lopuussé avec une indignation renouvelée du la chante

Suzanne 1

Du moins il en est toujours ainsi dans les premiers temps de l'amour de la grisclte pour son Oscar ou pour son Edgar ! — Dieu de Dieu ! — pour rien au monde elle ne voudrait lui faire dos traits.

Si par la suite elle varie et se relâche un peu de ses admirables principes de fidélité, — il ne faut s'en prendre qu'au mauvais exemple et au frottement de la civilisation, qui vimnont ternir peu à peu son heureux naiurel.

Sans doute plus d'une grisetle se transforme on Lorctlc, mais du moins ce n'est que vers l'âge de vingt-deux ou vingt-trois ans!

I-:i cette fois encore , ce n'est pas la faute de sa vertu ; c'est la fauie du palissandre! — et il faut avouer qu'un lit en palissandre est bien tentant ([uand pendant toute sa jeunesse on n'a couché que dans du noyer rembourré do nojaux de pêches.

Enfin , pour en finir avec le catalogue des passions de la griscttc, nrus mentionnerons :

— Sa passion pour les brodequins noirs bieo étroits , qu'elle nomme ùrouequins;

— Idem pour les souliers hanneton doré;

— Idem pour le homard , qu'elle pronouce l'homard; Etc. , etc. , etc. , etc. , etc.

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