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CHAPITRE VII

Opinions littéraire! et politiques de la grïsette.

Lagrisettc, qui fait consister le vrai, le seul bonheur dans la liberté, ne pouvait manquer d'apporter l'indépendance la plus grande , la plus absolue dans son style et dans son orthographe.

Grâce aux lumières qui ont pénétré dans Kmles les classes de la société, lonie {•risette sait écrire, au moiib en dnni-'^ros; mais

cetie folàlro jeune fille .secoue généralement avec trop de fierté le JOUR lionieux do roriiionraplie univeisilaire, et se pl.iil !i improviser nn assonib'a^e de lettres (|ui cause la plus grande saiisfuciion li M. Marie, lai/'oniuiteur ortaucjrafic, ei de si. Tlii ubert , directeur du it''7/UV ^iML ygatt»'-' Vaudeville, donuanldcs billotsd'or-

'J.ffVVw!^ ^^ La grisolle ne parvient 5 se four-

' " ' rer ni dans la lèlo ni dans les doigta

^ ' ' l'ortliographe dos mots môme les

plus usuels pour elle : — au lieu de rendez-vous , jamais elle ne man(picra d'écrire raiiddlvou , à moins qu'elle ne soii prétentieuse, car alors elle fait du style et partage le mot on trois : rany-dez-vou.

SpecKiclc se transforme invariablement en spéfjuctacle , et amour no niarehe jamais sans un II as|)iié.

Après tout, cela tient peut-être à ce que la griscttc taille toujours sa plume avec ses ciseaux.

Il est surtout un mot qui ferait le désespoir de la grisetle si la grisetle se désespérait de queliiue chose : — c'est le mot pol;!technique'.

Toutes les fois qu'une grisolle, fût-ce même une modiste de la rue Viviennc , se trouve en rolaiion do commerce ou d'amitié avec un des élèves de réiablisseinent militaire de la montagne Sainte- Geneviève, elle attrape une inifîiaine véritable pour s'ingéniera mettre l'adresse sur le poulet destiné à l'élève en (|uestiou. — Elle a beau assembler une foule compacte d's, d'il et d'Y , jamais de la vie cela ne penl parvenir à pr.oduire le polytechnique désiré. — Ce jeu enfonce le c.asse-têlc chinois lui-même.

Aussi un grand nombre de grisetles ont-elles dû la réputation de vertu dont elles jouissent dans le quartier Sainto-Gonoviévo au silence forcé (|u'elles se voient obligées de garder vis-à-vis des amoureux qui ne se déclarent que par la voie de la petite poste, et qui implorent une réponse par le même canal gouvernemental.

Heureusement qu'il existe encore quelques vieux débris dj l'ancienne et utile corporation des écrivains publics. Providence dos cui.sinièros qui aiment à tenir leurs livres en parties parfailemeiu doubles et des jiniiies cmituiières auxquelles le ciel a départi un i(our sensible, et qui p.ir con-é(|uenl ne peut pas voir longtemps souffrir un beau jeune homme, blond ou brun, — quelquefois même deux jeunes hommes, l'un bloiul et l'autre brun, ce qui fait qu'alors la grisolle, à l'instar de la cuisinière, tient aussi sa correspondance en partie double.

Du moins l'écrivain public no commet pas d'êlourderies par trop fortes dans son orthographe, — il a toujours un style analogue à la circonstance, — et même, quand il le faut, il sa charge de répondre en vers, — moyennant cinq sons do plus.

Puis il signe le tout Virginie ou Joséphine, on magnifique bâtarde , — avec paraphe , paiaraphe et poudre d'or, — à moins que ce ne soii du tabac.

L'écrivain public a le double 'avantage de ménager l'amour-proprc et de préparer une porte de salut en cas de saisie de correspondance ; — on peut toujours nier récriture et le tabac d'un secrétaire salarié, et protesicr de son innocence on feignant de s'arracher quelques cheveux , — puisqu'il est admis dans la société que des cheveux arrachéa sont des preuves d'innocence.

RIRLIOTHËQDE POUR RIRE.

Voilb pour l'i rritiirc (\c la grisullc. — O"*""" ^ •''"> It'Cliirc, grâce Si réliulc aiiprofoiidii' (|ii'('lle a faite dos iiicilli'iirs juilciirs dO-s sa plus leiulro c'iif.iiico, elle peut se flallor de lire irùs coiiraniiiiciit — dans les tirns imprimvn , bien eiiiendti.

Aussi In sriM'lle est- file géiiéialcmoiil d'une crrlaine force sur tous les anleiirs contiMn|Hirains ; et «piand on lui deniaiule qui elle préfère de Victor Hugo ou de Laiiiartiiie, — elle n'hésite pas à répondre : — P<iul (le hork !

L'auteur de Mon foisin rtai/mond est, aux yeux de la grisctte , le plus grand romancier des temps modernes; il éclipse lingène Sue , George Sand, Frédéric Souillé et I!a!«ac lui même, — car la grisette ne comprend la litléralme (|ue sous son point de \ue amusant, et rien ne l'amuse plus(]uelcs amomeiies et les gaudrioles. — Fies romans vertueux h la Ducraij-Duudnil n'ont |ias le luuindre succès auprès d'elle; — elle \ous fait remarquer, dans

.^^ ces ouvrages, qu'on trouve

'^"^^^-■— - ""- , une rcrla par trop invraisemblable.

KUe vous dit ça avec beaucoup de sang - froid , tout en laçant ses brodequins.

Aussi l'apparition d'un ouvrage de Paul de Kork produit-il toujours le plus ,;rand effet dans tous les magasins de Paris ; et un JL'une liumuie galant n'a rien de mieux h faire ([ue de procurer immédiate ment h la grisclte qu'il courtise le roman nouveau de Paul de Kock. — Elle s'empressera de le dévorer dans une seule nuit, — le romau.

La grisette néglige beaucoup plus les beauxarts que la littérature; elle ne connaît que trèsvaguement les noms de Paul Delaroche, de Pradier ou de David. Mais elle s'arrête volontiers devant les slaïuelies de Dantan; — ça lui donne même assez souvent l'occasion de se retourner Tivement vers quelque autre admirateur du

spirituel caricaturiste en lui adressant l'épithcte de — polisson !

Je ne sais pas ce qu'on a pu lui dire ou lui faire , mais le fait est qu'elle répond : — polisson .'

Que diable a-t-on pu lui faire? Après ça, nous sommes bien bon de nous en occuper si longtemps; — ça ne nous regarde pas. La griseite qui a queltpies relations avec des artistes est facile à reconnaître : elle sème sa conversation de termes d'atelier, surtout h l'époque de l'exposition de peinture, et est infiniment flattée quand elle peut voir son portrait dans la grande galerie à côté d'un capitaine de la garde nationale en tenue de parade.

lion nombre de grandes dames sont grisettes sur ce |)oint. Heureusement que la grisette peut maintenant se procurer la satisfaction d'un portrait an (layucrrèolype:

Mais ce qui la llaiterait encore bien plus, ce serait d'avoir ta statuette! — aussi est-il peu de scidpieursqui ne soient assaillis de demandes de ce gi'ure ; — ils se déiiarrassent des solliciteuses tu leur assurant qu'on ne fait d'abord les statuettes que dans le cosluiiic

des statues des Tuileries, et qu'on ne les habille qu'à la dix-huitiètne séance.

La solliciteuse rougit, et la proposition n'a pas^le suite , car on trouve quelquefois de la vertu, même chez les modistes.

Quant à la politique, la grisette s'en occupe généralement fort peu. — Quand dans sa semaine on est obligée de confectionner deux chapeaux , de tailler trois robes , de chiffonner cinq bonnets ou de faire 885,736 points arrière, on n'a plus guère le loisir de s'occuper de Méhémet- Ali ou de la reine d'Espagne, ou de tout antre monarque ayant le droit et l'agrément de faire placer son buste en plàtro sur la cheminée de tous les fonctionnaires de son royaume.

Aussi la grisette a-t-elle besoin d'être eu possession d'un républicain bien ardent pour avoir les moindres notions sur les droits de l'homme : — et de toutes les manifestations politiques, il n'en est qu'une seule qu'elle affectionne assez : — je veux parler des t.oasts portés en faveur d'une foule de libertés avec du cidre ou du iiischo/f! — Avec du bischolî surtout on lui ferait, dans la même soirée, boire successivement à la santé de Louis- Philippe, du duc de Bordeaux, de la république, du sultan et du pacha d'Egypte I

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