‹ L'étudiantChapitre 96 sur 243 · I.A (ilUSKTTb · texte numérisé non relu

I.A (ilUSKTTb

iiitiuiinu'iit ri)ii\iiiiicii : c'est que la prisrite est née \eitiuusf, exccssiveiiK'iil scrlueuse; et si celte vtriii ailrape presque toujours une eiiliiisc (\vs ses pn'niicis p;is /f|^__Z^ S>w^ dans In carrière de h »ii' , cela liciii luiik^./r^. ..\ quement à la funeste iiiduence (pie viennent exercer sur la destinée de la griselle lecliapeau rose el le |)ara|)Uiie.

Quant au clia|>cau rose , il n'est pas nécessaire, je pense, d'insislei' lon^nenient sur le rôle terrible qu'il est appelé à jouer !

Le chapeau rose a plus séduit de jeunes grisetles que les nia(;ni(iques cachemires; — il y a toutes sortes de raisons pour cela ; mais la meilleure est qu'on n'offre jamais de cachemires.

Nous disons chapeau ro,»*-, parce que le premier chapenu rêvé par la griseltc est toujours rose , — soit qu'il ait éié aclieié , soit qu'il ail été donoé. — Le rose a l'a'^rément d'aller parfaitement aux brunes et aux blondes; aussi les Loretaces qui emploient cet article devraient en commander une douzaine à la fois pour peu qu'on y gagnât le treiziàiie, — car ils sont toujours sins d'en trouver un placement avania'jjeux.

(Hianl au pjr:ii)!;iie , c'est là une arme encore bien plus terrible pour attaquer la vertu de la grisette !

On ne se figurerait jamais quel sermon vertueux on pourrait débiter en chaire touchant l'immoralité du parap''iie ! — Les jirédicaicurs ambuijnis du temps de la restauration iiuissaieiit toutes leurs homélies p;u' la fameuse phrase : » C'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau ! » Ces deux philosophes i ndossaienl toute la sainte fureur de ces Bourdaloues et de ces M.s liions de cheflieu de canion; et pendant qu'on accusait ainsi de toutes les immoralités du siècle ces deux écrivains morts et enterrés depuis pas mal de temps, personne ne songeait alors, personne ne? songe même encore aujourd'hui h dévoiler tous les méfaits de l'ennemi le plus déclaré de la vertu! — Cet ennemi est d'autant plus dangereux qu'il plane incessamment sur toutes les tètes , qu'il a une excellente réputation dans toutes les familles, et que la jeune fdle la plus innocente va se réfugier cent fois par an sous son aile protectrice sans éprouver le moindre ciïroi , et sans se douter le moins du monde que ce protecteur qui a l'air si bon homme n'est au fond qu'un profond scélérat, un Méphistophélès, un envoyé des Enfers.

On parle de l'immoralité des cabinets particuliers, de l'immoralilé des loges grillées, de l'immoralité des romans de M. Paul de Kock, de l'immoralité des danseuses de l'Opéra, de l'iinmoralité des fiacres à rideaux rouges; mais qu'est-ce que tout cela, bon Dieu '. à coté de l'immoralité du parapluie!

Vous n'êtes pas sans avoir flâné vers huit heures du soir dans la rueVivienne, dans la rue Saint-Denis, dans la rue Richelieu , ou dans n'importe quelle rue enfin , pourvu qu'on y reiiconlre une foule déjeunes modistes , fleuristes , hngères , frangères , brodeuses, ou enlumineuses I — Vous avez dû remarquer par conséquent la peur effrojable qu'a cet essaim de jeunes beautés |)ou.' tout ce qui peut gâter leur petit chapeau rose ou leur petit bonnet à rubans coquets. — Il est reconnu depuis longtemps qu'après la vertu il ii'y a rien de plus vétilleux au monde que les petits chapeaux roses ou les petits bonnets à rubans; or, que voulez-vous que devienne une jeune fille qui ne possède au monde que sa vertu et que son petit chapeau rose, et se trouve tout à coup surpris*! sans parapluie, par une averse ou une giboulée comme nous en éprouvons tous les jours depuis le mois de février présente année î

La malheureuse jeune Glle qui n'a pas été fournie par sa mère d'excellents principes et d'un parapluie d'occasion se trouve dans la iX)sition la plus critique , la plus fâcheuse que l'un puisse imagiuer. — Car euOn que pcul-ellc faire, la luallieureube jeune

fille qui a de la vertu mais |tas de parapluie? — Monter dans un pinnibus? — Le coudiicteiir ne manque jamais de crier : C'oin- /»/(■?.' — Se réfugier dans une allée? — Il n'y a |)as d'allée rue Vivieiine ou nie llidielieii. — Se blotiir sous une (MirK; cochèreî — La position esi peu agréaMe. — Prendre un de ces fiacres vides qui se promènent au pas dès que la pluie arrive? — Il faudrait payer six francs la course, et c'est un peu cher pour la bourse d'une griselle qui gayiie trente-cinq sous par jour.

(^»ne faire, mon Dieu, (pie faire pour saiivei l'amour du pelil chapeau rose (pie l'on avait mis le matin sur la foi d'un nnon de soleil trompeur? — C'est ici que le parapluie, l'immoral parapluie s'avance d'un air patelin et vient jouer son rôle odieux avec une petite voix mielleuse.

Car partout où l'on rencontre des trottoirs, de la pluie et des griseites, on peut éire cerlain de trouver aussi des parapluies en embuscade qui , comme des loups dévorants, n'attendent que la première goutte de liquide céleste pour s'élancer au-dessus de la tête de timides brebis modistes de profession. Ce qu'il y a de plus malheureux , c'est que le parapluie n'arrive

pas seul ; il est toujours porté par un bras ([ui appartient h un beau jeune homme blond ou brun , jamais garance, (|ui depuis jilusieurs jours venait régulièrement lorgner les carreaux du magasin où

'.j&£^^^>^\^; > travaille la jeune grisette en ques' ~;5r«*^iâj\\v; tion. — l'eut-ètre même le jenm

une homme au parapluie a-t-il déjà eu le bonheur de danser avec la jeune fille au chapeau rose , dans un de ces bals champêtres qu'enfante le Carnaval; mais là en était restée la connaissance ; des billets très-doux avaient été adressés à la vertu , mais étaient restés sans réponse de la même au même : et voilà que tout à coup (piel(|ues gouttes de pluie sont cause de l'embrasement de deux cœurs de sexe dilTérentl

Car, vous avez beau dire, il est humainement impossible qu'une jeune modiste, lingère ou brodeuse, qu'une jeune grisette quelconque enfin qui possède un cœur et un chapeau entièrement neufs, ne se laisse pas entraîner sous l'abri protecteur d'un parapluie porté par un jeune homme qui n'est pas garance. — Jamais de la vie on ne consentirait à monter dans un Caere, mais on accepte paifaitemcnt l'oirre d'un parapluie I

Voilà donc nos deux amoureux nous offrant le tableau de Paul cl Virginie; la nie lliclielieii devient l'allée des Pamplcmomses!

Mais, hélas! c'est là (pie doit s'arrêter la comparaison entre les amoureux de rile-dc-Fiance dont le chef-hcu est Paris, et l'ile de France où se cultive la canne à sucre. — La Virginie des tropiques est morte à seize ans avec son entière innocence; et la Virginie de la rue Richelieu vit très-

longtemps et en parfaite santé eu ne se faisant appeler iv.ademoiselle que pour la forme...

Je vous le dis en vérité, mes très-chers frères, la vertu ne sera toujours qu'un nom tant que le gouvernement n'aura pas fait jeter au feu tous les parapluies , et n'aura pas fait jeter à l'eau tous les marchands de riflards !

Eu atlendanl ce moment, que nous hâtons de tous nos vœux, nous ne saurions trop recoimuaiidcr aux mères de famille de donner

BIBLIOTHfeQUE POUR RIRE.

h leurs (iilos ilc iiès-bons piiticipcs et un parapluie meilleur encore ! — Le (alTeias de re meuble piéiieui les uiutlra à l'abri des averses du priaieui|)s el dos cu.igi s du ca'ur.

iH elles duriiiiruut perpétuellciucut du sommeil de l'innocence sur l'oreiller de la \erlu.

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