CHAPITRE IX
Des ennemis de la griselte.
Nous vous avons d(5taill<5 plus haut tous les objets, OH du iiinins tons les principaux objels de rulolàiiie de la giisetle. — l'assons maintenant au caialo^ue des autres objels qu'elle a presque toujours eu a\ersiou. Lu première ligue apparaît son portier, .le ne sais pas counnent cela se fiiit, mais pres<|ne toutes les fois' que l'on prie une griselte de formuler son opinion sur le vieux molosse préposé à la garde de l'immeuble dont elle occupe une légère fraction au sixième étage, elle répond presque invariablement :
— Mon portier?... c'est une vieille canaille!
De même, si l'on prend des renseignements auprès du coticicrfje touchant la jeune couturière qui est au nombre de ses locataires, il vous explique en faisant une moue signiûcative, mais qui a le désagrément de le rendre encore un peu pins laid que nature:
— M,im' zelle Virginie?... Ah! c'e^t une p' tite pas grand' chose.
Sans doute il y a des exceptions, el l'on a vu des griseltes jouir de l'estime de leur portier, en même temps <|ue ces portiers jouissaient de toute la considération de leur jeune locataire, — mais cela est rare, — très-rare, — et les exceptions ne prouvent que d'autant mieux la ri-gle générale.
(/est fort triste, mais c'est comme cela! Celte profonde antipathie qui s'établit entre deux classes qui ccpcndanl devraient vivre dans une paix si profonde, puisqu'elles sont séparées par toute la hauteur de l'immeuble (quelquefois huit étages), provient presque toujours de l'oubli de la griselte à ajouter le traditionnel s'il vous plait — à la demande du cordon. — Voilà pourtant comme de grands effets naissent de peliles causes.
Ajoutez à cela que la griselte n'est pas d'un rapport merveilleux pour le portier; qu'elle n.' lui rembourse que bien jusle le prix des porls de lettres, quand elle en reçoit; — qu'elle ne donne pas la moindre bûche par voie, vu qu'elle n'achète le bois que par cotrets:
— et qu'enfin, au jour du \ / nouvel an, elle ne lui offre que ses vœux bien sincères; plus quelquefois une orange, quand elle en a reçu qui sont bien cotonneuses.
Du reste, la griselte est bien imprudente de ne pas mettre plus de diplomatie dans ses relations sociales avec nn homme qui ouvre perpétuellement l'œil sur sa conilniie , et dont la bouche imite l'œil.
I Aussi le portier, qui est nn dieu sous le rapport de la vengeance, finit-il toujours par jouer quelque pour peu qu'il y ail du stra-
fn.iine dans sa conduite; — el quand elle partage son cœur en deux poriiims égales, un des rivaux ne laide pas à èire informé (le celle opérai ion par le portiir.cjni le cunduit jusqu'à la porte de son infidèle, on il peut juger, par le peiit trou de le serrure, de toute la sjrandenr de son infortune!
Le second ennemi de la grisetle, c'est le voisin dont elle arrose la tète louies les fois qu'il lui prend fantaisie de donner à boire à son (101 de girollée , — c'est-à-dire deux fois par jour.
Ce personna^'e huuiccié est forieux , siirlonl ([uand ce voisin est une vieille voisine, et toutes les relations sociales sont excessivement désagréables entre ces deux locataires.
La iroisièiiic bête noire, ou plutôt bêle bleue de la grisetle, c'est le sergent de ville , — mafiisirat municipal qui la contrarie perpétuellement dans ses deux plus chères air.'clions, — c'est-à-dire le cancan el la giroflée, attendu que le préfet de police est excessivenicnl rigoureux pour les danses et pour les pots de fleur qui manquent de retenue.
Et le sergent de ville est un être impitoyable qui ne connaît que le procès-verbal.
Hormis ces trois exceptions, la grisetle, qui a nalurellenifnt bon cœur, esi fort généralement disposée à armer son prochain, — surtout quand ce prochain est un joli garçon qui a des moustaches, de la galanterie et des sous-pieds 1